Le président des chasseurs de Tchaourou sur Frissons Radio : « Ce que nous demandons, c’est de ne plus venir prendre quelqu’un par surprise… »

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Le Président national des chasseurs, Yèkini Assika, quelques semaines après les violences meurtrières survenues à Tchaourou et à Savè, revient sur les tenants et aboutissants de ces évènements. Après avoir démenti les propos du Ministre de l’Intérieur Saca Lafia, quant à un recrutement de personnes droguées venues affronter les forces de l’ordre, il a insisté sur l’abandon des arrestations tous azimuts, condition nécessaire pour un retour définitif à la paix dans ces régions, selon lui. C’est à travers une interview accordée à Jean-Luc Aplogan de Frissons Radio, dont votre journal vous propose l’intégralité du verbatim.

 

Jean-Luc Aplogan : Yèkini Assika, il y a combien de chasseurs ici ?

Yèkini Assika : Dans chaque village, il y a des chasseurs qu’on ne peut pas dénombrer. Quand on parle de chasseurs, vous aurez remarqué qu’il n’y a rien que des paysans. Ceux qui restent au champ, ceux qui vont au champ, ce sont eux qu’on appelle chasseurs.

 

Est-ce que vous êtes autorisés à pratiquer la chasse ?

J’ai le Pv de ma nomination, j’ai un statut, un règlement intérieur, la signature de la Préfecture et le journal officiel. Tout est à jour.

 

Dans la crise, la violence de ces derniers jours, est-ce oui ou non, vous avez vraiment tiré sur l’armée ?

S’il devrait y avoir la main des chasseurs, on allait se réunir. Quiconque puisse dire tel jour, on s’est réuni. Qui peut dire qu’il nous a vus en train de s’apprêter pour venir dire toi Président, tel jour, tu as invité les autres chasseurs et vous avez tenu la réunion et tels propos. Moi je dis que je ne l’ai jamais fait.

 

Mais il y a des chasseurs qui sont morts, donc ils ont participé de façon volontaire, de façon individuelle ?

Vous savez l’ignorance, ceux qui sont partis, s’ils avaient l’autorisation, ils n’allaient pas rester au bord de la voie, il faut voir si ce n’est pas au bord de la voie qu’ils ont été tués.

 

Combien de chasseurs sont morts ?

Moi je reconnais la mort de trois, à Tchaourou

 

A quel moment ils sont morts ?

C’était le vendredi

 

Ils sont morts par balles ?

Ils sont morts par balles

 

Savez-vous qu’ils ont tiré sur l’armée ?

J’aurais appris qu’ils ont tiré. Quand ils sont restés au bord de la voie, là où on vend du carburant. Ils ont dit qu’ils veulent sécuriser. Ils ont dit que les gens arrêtaient les chauffeurs et prenaient de l’argent. Ils arrêtent les motos et prennent de l’argent. C’est de là que l’armée s’est levée.

 

C’est des gens que vous connaissez, les trois qui sont morts ?

Je les connais. Parce qu’on fait la chasse ensemble.

 

Donc les chasseurs ne se reprochent rien ?

Pratiquement rien. Il y a des pasteurs parmi nous. Quand on dit drogué et tout là, celui qui se drogue, c’est lui qui a choisi. Mais les chasseurs, dans les normes ne doivent pas se droguer.

 

Le Ministre de l’Intérieur a menti ?

Le Ministre de l’Intérieur, s’il vient, il peut nous dire là où on vend de la drogue.

 

Il n’y a pas eu de recrutement de chasseurs ?

Je dis, j’ai cessé même de faire la carte, j’ai cessé de faire la réunion. On va recruter qui encore ?

 

Recruter pour la circonstance

Que Dieu n’ose. Tu vas prendre l’enfant de quelqu’un pour aller le tuer ? Affaire de recrutement, c’est faux. J’ai dit qu’il n’y a pas de recrutement à Tchaourou. Le Nigeria on connait, si c’est Ibadé, si c’est Ilori, ils n’ont qu’à dire d’où ces gens sont venus.

 

Est-ce vrai que des militaires ont pissé du sang, ils ont perdu la vue, ils ont mal au ventre, ils ont été envahis par des guêpes ?

Ces guêpes là, c’est des guêpes que nous avons pour pouvoir sauvegarder le roi. Si vous voyez ces guêpes sortir, c’est pour pouvoir faire reculer. Ce n’est pas pour tuer. Maintenant si on nous dit qu’on a de puissance, c’est de la bénédiction. Et aujourd’hui, j’ai remarqué que nous avons perdu un peu de bénédictions. C’est ça qui nous a amenés à l’étape actuelle.

Est-ce vous avez jeté de mauvais sorts aux militaires ?

Ces militaires sont nos enfants. La majeure partie de ces enfants envoyés à Tchaourou ne sont rien que des Bariba et des Nago. Si on doit encore leur jeter des sorts, l’enfant que toi-même tu as mis dans l’armée, c’est sur l’enfant là que tu vas mettre un mauvais sort ? S’il y a trouble, tu cris devant une femme, elle peut trouver sa période sur champ, d’autres peuvent avoir une crise.

Aucun militaire n’a eu de malaise ?

Je ne suis pas sur le terrain. C’est ce que j’ai vu que je vais dire. Mais moi je sais que cette affaire de mauvais sort, nous ne la souhaitons même pas. On ne peut pas faire ça à nos enfants.

 

Des militaires ont perdu leurs vues ou pas ?

Je ne suis pas là. L’arbre ne peut pas tomber au champ et tuer celui qui est à la maison. Je ne suis pas au champ, comment je peux témoigner ? Il n’est pas bon de mentir. Maintenant c’est au Colonel qu’on peut demander s’il y a de morts. Moi de mon côté, j’ai dit que je reconnais que j’ai vu trois personnes et ces trois personnes sont parties sur leur propre initiative.

 

Vous avez des pouvoirs magiques ou pas ? Qu’est-ce que vous portez à la main gauche ?

Ça c’est des trucs qui donnent des signes. Quand vous voyez ça, vous saurez que celui-là, il adore le Ogou.

C’est une gourmette en métal et une autre gourmette en cuivre

Ceci, c’est en cuivre, c’est avec ça que je vais en brousse. L’autre, c’est pour dire que je suis du couvent Ogou. C’est un signe d’identification.

 

Et les bagues que vous avez aux doigts ?

Ces bagues sont des bagues qu’on ne touche pas n’importe comment, si non ça va trembler. Ça a un poids. Ce ne sont pas des gris-gris.

 

Ça sert à quoi ?

Ça doit te protéger des serpents la nuit. Je ne porte pas des chaussures. Pour ne se perdre. C’est comme des boussoles. Parce que là-bas, il n’y a pas d’indices, ni d’hôpital, il n’y a rien. Donc je porte ça, pour me protéger dans la brousse. C’est notre boite à pharmacie également.

 

Vous avez trois étuis sur votre table, il y a des poudres à l’intérieur. A quoi servent ces poudres ?

Il y a pour l’hémorragie. Quand quelqu’un se blesse et qu’on lui met ça, le sang s’arrête. Si vous voulez, j’amène la lame, je vous coupe et je vous mets ça. Dans deux minutes, le sang va s’arrêter. Si vous avez des maux de ventre, je vous donne ça, vous allez voir dans cinq minutes, si ça va se calmer ou pas. Ceci, c’est pour morsure de serpent.

 

Vous avez autres choses encore ?

Ah ! J’ai ma vie. J’ai mon cœur.

 

Est-ce vrai que les balles ne vous atteignent pas ?

Si ça ne nous atteigne pas, est-ce que ceux-là vont mourir ? Celui qui dit que ça ne nous atteigne pas a menti. J’ai dit que quand on tire maintenant, je serai le premier à fuir, parce que je connais ce que les balles font.

 

Donc, vous n’avez pas de gilet par balle magique ?

Venez voir s’il y a ça. Gilet par balle là, c’est mon pied. Talons aux fesses, on a appris ça. S’il y a anti-balle, moi je ne sais pas.

Vous êtes politique ou apolitique ? Est-ce vous êtes des supporters du Président Boni Yayi ?

Boni Yayi est de chez ma maman directe. S’il a un malaise, c’est que j’ai un malaise. Je suis quelqu’un qui a refusé de faire la politique. Quelqu’un qui entre en politique, il est à un côté, si j’apprends ça, c’est fini. Il ne peut même pas réunir un chasseur. Parce que, ce sont les conséquences de la politique que nous endurons actuellement.

Vous êtes anti-Talon ?

Talon me connait parfaitement et je le connais. Il me connait, ça ne date pas d’aujourd’hui. Je l’ai connu depuis 2006. J’ai lutté pour le retour de Talon.

 

Est-ce que vous dites que c’est fini ? Il n’y aura plus de nouvelles violences et que tout est réglé ?

Je dis, les élections sont terminées. Celui qui doit remporter a remporté. Maintenant, qu’ils essayent de voir, comment négocier et parler. Parce que nous sommes entre nous-mêmes. Il n’y a pas un étranger. Quand il y a bagarre, l’enfant tape son papa. Maintenant, c’est à l’enfant de s’agenouiller et de demander pardon. Ce que nous allons demander, c’est de ne plus encore créer d’autres tensions. De ne pas venir prendre quelqu’un. Par surprise, à 3 heures du matin, ils ont débarqué pour venir arrêter. Voilà que c’est l’arrestation d’une seule personne qui a tout créé. C’est ça l’objet de notre bagarre avec la police, si non, il n’y aura rien. C’est l’enlèvement qui fait soulever la population. Si non, tout le monde était déjà sûr, attendant la médiation. Qu’ils n’ont qu’à honorer leur engagement. Vaut mieux de vous dire la vérité, nous ne sommes pas en sécurité. Si je dis encore que c’est terminé et qu’à deux heures du matin ou à 4 heures du matin, ils reviennent encore, qui a menti à la population ? Donc c’est moi.

 

Président, merci.

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