En résidence surveillée depuis deux semaines : Comment Yayi passe ses journées

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Enquête exclusive

 

Boni Yayi est interdit de visite. Quelques parents très proches sont autorisés à franchir le seuil du lourd portillon métallique donnant accès à cette résidence autrefois si respectée. Les riverains, eux, sont suivis jusqu’au seuil de leur demeure. La Police a fait le vide autour de l’ancien chef d’Etat, le prédécesseur de Patrice Talon. Sa garde rapprochée, composée il y a encore quelques mois   de 5 soldats,  est réduite à un seul élément. Il en est de même pour les chauffeurs. Ce sont pourtant des privilèges concédés à tout ancien chef d’Etat et reconnus par la Constitution. Il y a même des jours où l’accès au domicile est totalement interdit, même aux parents dits proches. Impossible de l’aider à faire des courses, impossible d’aller lui acheter un médicament à la pharmacie.

 

Boni Yayi n’est pas surpris outre mesure par ce qui lui arrive. Certes, ça l’affecte. Mais connaissant l’homme qui est devenu son successeur, il savait que ça se passerait comme ça. Mais il n’a jamais imaginé que l’armée tirerait à balle réelle sur des civils. C’est plutôt ça qui l’affecte, selon certaines confidences. Il aurait ainsi congédié  de son propre chef la plupart des gens venus, dit-on, assurer sa sécurité. « Ma Bible me protègera », leur aurait-il lancé. Dès son réveil les matins, il fait son sport habituel, suit ensuite les informations sur les différentes chaînes de médias nationaux et étrangers. Il lit aussi beaucoup, la Bible surtout. Mais ce qui le réconforte le plus, c’est les moments qu’il passe au téléphone. Boni Yayi reçoit un nombre incalculable de coups de fil par jour. Des amis, des chefs d’Etat, qu’il a alertés dans une lettre sur sa nouvelle condition d’assigné à domicile, l’appellent du monde entier pour prendre de ses nouvelles. Il a aussi le soutien de son épouse Chantal de Souza Yayi.

 

Depuis les événements des 1er et 2 mai, la police traque les proches de Boni Yayi. Son neveu Philippe Aboumon  par exemple a été arrêté. A part l’ancien président Nicéphore Soglo, le 1er vice-président de l’Assemblée nationale Eric Houndété et l’ex ministre de Talon Candide Azannaï, la plupart de ceux qui sont venus le soutenir ont reçu des convocations. C’est le cas de l’ancienne députée Amissétou Affo Djobo. Depuis sa dernière sortie médiatique, lundi 29 avril, au lendemain des Législatives caractérisées par un fort taux d’abstention, sortie au cours de laquelle Boni Yayi a déclaré que le président Patrice Talon devra passer sur son corps avant d’installer la 8e législature, la police suspecte l’ancien président, de fomenter un coup contre le régime en place. Par les arrestations et les convocations, la police pense tirer des renseignements sur le prétendu coup en préparation. Mais l’objectif de Yayi par cette déclaration, soutient-on autour de lui, était d’alerter des personnalités de la sous-région afin qu’une pression soit faite sur l’actuel chef d’Etat dans le sens de  l’annulation des élections législatives du 28 Avril dernier, élections qui ont connu un très fort taux d’abstention à travers tout le pays.

 La militarisation des alentours de sa résidence ne dérange pas que Boni et Yayi et ses proches. C’est tout le quartier Cadjèhoun, réputé pour être une zone commerciale, qui s’en trouve affecté. Même après la levée de la barrière qui bloque l’entrée du quartier, beaucoup de personnes évitent de prendre par la double voie goudronnée contiguë à la résidence de l’ancien chef d’Etat. La peur y plane toujours.

 

Mike MAHOUNA

La Haie Vive, une victime collatérale
L’autre quartier de Cotonou qui subit de plein fouet le contrecoup de la situation de Cadjèhoun, c’est le quartier Haie Vive. Il est  situé dans l’angle droit de Cadjèhoun. C’est l’un des quartiers les plus chics et les plus chauds de Cotonou. Très animé surtout les soirs, il abrite beaucoup de personnalités et aussi la plupart des ressortissants européens. On y découvre des bars, restaurants V.I.P, Boîtes de nuit et hôtels de renom. Mais depuis les événements des 1er et 02 mai, l’activité économique a pris un coup. Les affaires sont au ralenti. Puisqu’il faut passer par Cadjèhoun avant d’aller à la Haie Vive, les gens évitent de faire le détour. Ils préfèrent ne pas prendre de risque. Résultat, Haie Vive devient un quartier terne. Ce n’est plus l’affluence les soirs dans les bars et restaurants. Et le pire, on ne sait jusqu’à quand la situation va perdurer.

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