Le père Arnaud Eric Aguénounon à propos de la crise préélectorale : « Le Bénin grippe sous Talon, mais ne mourra pas! »

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Ecrivain-Essayiste, le Père Arnaud Eric Aguénounon a pris l’habitude de partager avec les Béninois ses réflexions sur la situation sociopolitique nationale. Dans un ton ferme, osé pour d’autres, il appelle les dirigeants à agir pour le bien de la communauté dont ils ont en charge la destinée. Compte tenu de la tension sociale délétère due à l’exclusion des partis de l’Opposition des prochaines élections législatives, nous publions à nouveau l’opinion du père Arnaud Eric Aguénounon qui est toujours d’actualité.

Des dirigeants politiques puissants, ondoyants, et pourtant mortels…

 Le Bénin grippe sous Talon, mais ne mourra pas!

Poursuivons notre précédente réflexion !

Les tentatives de sortie de crise du premier Béninois n’ont été qu’un jeu politique et nous plongent dans une situation inédite ; notre démocratie acquise douloureusement est devenue insignifiante et vidée de sens. Nous sommes donc passés de la dictature de développement, sous le messie politique, pour arriver à la dictature des lois liberticides sous cette gouvernance des faiseurs de roi. Dans la situation actuelle que vit notre pays, le Bénin, où nous allons vers une politique monocolore, vers un prochain Parlement exclusivement d’obédience présidentielle, la dictature menace donc toutes les libertés publiques, l’indépendance de la justice ; puis provoque la mort morale des institutions de contre-pouvoir et organise la fin de l’alternance politique objective. Ce monde chaotique à venir a été si bien préparé et orchestré par le pouvoir actuel des faiseurs de roi. L’opposition, en minorité dans la Législature sortante et sans grande stratégie, n’a pas pu déjouer tous les plans de la mouvance ; sa petite victoire à l’occasion de la révision manquée de la Constitution béninoise fut de très courte durée ! Sans nul doute Patrice TALON a fonctionné avec la majorité parlementaire de Boni YAYI et celle de l’ancienne télécommande utilisée depuis Paris. Il les a bien instrumentalisées pour mettre en place son cadre juridique. Désormais, libéré en partie d’elles, il compte constituer sa majorité parlementaire personnelle.

Dans notre ouvrage, *_La frénésie du messianisme_ ,* nous écrivions ceci : _*« Un certain approfondissement de notre réflexion révèle que le faiseur de roi intronisé, même s’il se distingue dans sa relation à la visibilité et à la commodité possède en lui des relents de maître du roi passé, au sens où il sait bien user du jeu de démarcation périphérique d’avec le régime d’antan parce qu’il en était non seulement un fondateur, mais aussi un mandant. Mais au fond, les plaies structurales liées à la mentalité, à l’anthropologie et à l’administration du pays ne disparaissent pas par un miracle. Il n’y a pas de miracle à ce niveau. Et en plus, nous sommes toujours sous l’emprise du messianisme, un messianisme intrinsèque à l’esprit clanique, féodal et royaliste de nos sociétés africaines. Un messianisme impétueux, prétentieux, présomptueux qui s’affûte dans les caves des sectes ésotériques. Le vernis ne fait pas la qualité du bois ; la décoration ne change pas la vétusté d’une salle. Le messianisme des faiseurs de roi est plus fin dans les manœuvres politiques et son influence est à la fois morale et matérielle._ »* (pp. 67-68-69). En dehors d’incarner l’autorité de l’Etat, de protéger le pays, la seule chose positive dans l’exercice du pouvoir politique n’est que le service de l’Etat pour le développement intégral du pays. Mais, dans son déploiement, le pouvoir politique rime avec les honneurs, la richesse, la duperie, la mesquinerie, la fraude, la tricherie, le mensonge, le drame, les malversations et la démence. Il y a dans le pouvoir politique quelque chose de puissamment grisant qui inhibe les sens et les sensibilités en rendant le détenteur du pouvoir sur-puissant au point de baigner dans une sensation d’immortalité née de cette sur-puissance. Les dirigeants politiques vivent dans cette bulle et ont tendance à écouter uniquement les familiers et les amis vivant dans cette même bulle qu’eux. Tout se passe comme s’ils sont uniquement préoccupés par l’entretien de leur image, la stratégie de leur communication, et l’ardent désir de se constituer une majorité politique. Il ne doit pas être facile pour un chef d’Etat de concilier la fouge d’avoir une majorité politique, l’ambition effrénée de rester au pouvoir et l’épanouissement socio-économique de son peuple. C’est justement pour cela que nous constatons des crises sociales lorsqu’un chef d’Etat n’écoute pas son peuple comme il le faut, ne fait pas, bien entendu avec discernement, la volonté légitime de ses concitoyens, mais leur impose un schéma de développement qui, malheureusement, ne profite qu’aux riches citoyens et aux investisseurs étrangers. Construire des routes, des infrastructures ne signifie pas que le panier de la ménagère s’améliore.

Il est vrai que même le plus cruel dictateur au monde a une partie de son peuple acquise à sa cause, mais jusqu’à quand ? Il semble qu’on veuille renouveler toute la classe politique, il semble qu’on souhaite un pays politiquement monocolore pour mieux diriger, il semble qu’on souhaite une démocratie propre au Bénin ! Mais ne serait-il pas prétentieux de croire que cela soit favorable à la paix, que le peuple soit si doux ou que ce soit juste une partie du peuple qui soit manipulée ? Un peuple pauvre, affamé, analphabète est peut-être fragile, mais constitue une braise. N’est-il pas plus facile de produire une démocrature dans un pays individualiste, pauvre à plusieurs égards et à fort taux d’analphabétisme comme le Bénin ? Notre questionnement se penche sur le machiavélisme, le moralisme et la praxis en politique.

L’institution présidentielle est très politique, il est bien vrai ; mais faudrait pas qu’elle se dénature et se dégrade sous le surpoids des intrigues politiques au point de perdre de vue l’engagement sacrificiel pour le peuple. Le soin du peuple est plus important et plus productif que la bataille politique. Doit-on le rappeler, un chef d’Etat en exercice n’est pas un chef de parti politique, encore moins un président d’honneur de parti politique. Normalement, la fonction présidentielle ne divise pas, ne poursuit pas. Elle délègue, rassemble, coordonne, garantit l’indépendance des institutions, et ne terrorise personne, parce qu’elle a, elle-même, peur. Mieux, elle protège les libertés publiques, écoute humblement les corps constitués de la Nation, sauvegarde la paix, et se met au-dessus des clivages politiques et des règlements de compte. Etre Président de la République ou Président de l’Assemblée Nationale ou Président d’Institution de contre-pouvoir, c’est une vocation, un service, un sacrifice ! Nous le savons tous ; et particulièrement l’institution présidentielle n’est pas une royauté !

Les prochaines élections législatives, si rien ne change, et si elles tiennent, elles seraient une victoire déloyale pour l’image du pays, un échec pour l’héritage démocratique du Bénin, et l’inauguration d’une autre République ! Le pays survivra, mais nous passerons tous, à tour de rôle. Nos dirigeants actuels agissent comme s’ils sont les touts premiers et les derniers à la tête de ce petit pays qui ne vend à l’extérieur que sa démocratie! Certainement qu’il y aura autre chose à vendre à l’extérieur du pays, mais quoi ?

En réalité, c’est en accomplissant le bien de tous, en aidant au bonheur de chacun, en assurant la vraie justice et la paix sociale qu’on entre dans l’immortalité, et puis l’histoire retient qu’on a été un dirigeant digne, humble, impartial, sage et rigoureux.

 Arnaud Eric Aguénounon

 Ecrivain-Essayiste

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