Circulation à Cotonou: Quand les mains remplacent les clignotants !

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Pour circuler à Cotonou, il faut impérativement avoir les mains solides. Désormais en circulation, elles sont substituées aux clignotants lorsque le conducteur s’apprête à changer de direction. Cette pratique qui n’entretient aucune relation avec le code de la route est, pourtant, au regard des faits, devenue une norme. Aux yeux et à la barbe du Centre national de sécurité routière (Cnsr), elle prend de l’ampleur. L’onction semble lui être accordée. En réalité, s’en départir expose le conducteur à des injures, hurlements et reproches de toutes sortes sur la route. Ceci, quand bien même les clignotants fonctionnent normalement. Matin Libre…

Le ridicule finira par avoir raison du Béninois. Ces ingénieux n’en finissent pas d’en inventer, les manières. Et, tout partira de cette anecdote. ‘’Victor, sur sa moto, voulant entrer dans une Von, allume son clignotant afférent. Une fois engagé, ce sont des injures qu’il reçoit en pleine figure de la part d’un autre conducteur. La raison, il n’a pas fait usage de la main avant de s’engager à changer de direction’’. «Ne pouvais-tu pas signaler que tu tournais?», est-il questionné. «Mais regardez, la moto clignote», répond Victor. Et au second de revenir à la charge. «Quel clignotant, ne pouvais-tu pas faire la main?». Ceci, pour signifier combien l’ignorance gagne du terrain. Parfois, et la main et le pied simultanément du conducteur, sont sollicités pour le job. Le client aussi ne se faire pas prier. Soit, le service lui est demandé, soit, il le fait de façon spontanée quand son conducteur veut changer de direction. La pratique n’échappe presque à aucun conducteur. Pratiquement tous s’y plaisent. Même les conducteurs de camion s’y adonnent. L’inspiration, même si elle laisse pantois, ne reste pas sans explications. Pour certains conducteurs, le signe de la main réduit considérablement les risques et le taux des accidents de circulation. En tout cas, c’est ce qui ressort des propos d’Abibou Imorou, un conducteur de taxi moto ‘’Zémidjan’’. «Je pense que c’est bon de faire le signe de la main. A Cotonou, aujourd’hui, il y a trop de monde. Donc, le clignotant n’est pas vite regardé que la main et de plus, les conducteurs ne font pas attention aux clignotants. Mais quand tu fais la main, ils voient plus vite surtout dans la journée. C’est pourquoi nous faisons la main», explique-t-il. «Les gens ne font pas toujours attention aux clignotants. Les yeux sont toujours braqués devant. Il faut nécessairement faire la main sinon tu risques de faire un accident», soutient de son côté, Nicolas Amani. En réalité, va renchérir Didier Johnson, «Même quand tu clignotes, celui de derrière n’arrive jamais à voir. Il ne se réveille pas. En faisant en plus la main, il saura si tu veux tourner à droite ou à gauche». La prudence est mère de sûreté et vu que, «Le Béninois est trop pressé», comme le souligne cet autre conducteur, il vaut mieux prendre ses garde-fous. Puisque, «Même si tu allumes le clignotant, il ne fera pas attention», témoigne-t-il.

 

Que vaut le code de la route…

 

Comme susmentionné, la pratique prend de l’ampleur. Et, le moins qu’on puisse dire est que le Cnsr est dépassé. En réalité, conduire sur nos routes répond à des normes universellement connues. En la matière, des signes de communication sont divers. En circulation par exemple, tout conducteur qui s’apprête à apporter un changement dans la direction de son engin doit avertir de son intention les autres usagers. Et c’est à cela que servent les clignotants. Pas besoin d’un doctorat pour comprendre cela. Les règles d’utilisation sont d’ailleurs simples. Dès que le conducteur s’apprête à changer de direction, il utilise le clignotant, soit celui de droite, soit celui de gauche pour faire comprendre aux autres usagers vers où il se dirige de sorte à ce qu’ils puissent anticiper sur son changement de direction. Nulle part dans le code de la route, le signe de la main est désigné. D’où vient alors que son usage devienne une règle? Déjà, la non-maîtrise du code de la route chez certains est évoquée. «La plupart des collègues ne connaissent pas le code de la route surtout, dans le domaine des conducteurs dits ‘’Zémidjan’’. Donc, il faut nécessairement faire la main», affirme Abibou Imorou avant d’inviter les autorités compétentes à prendre leurs responsabilités. Pour cet autre conducteur, cette pratique est due à l’état défectueux des clignotants. Soit, on en n’aperçoit même plus sur les engins, soit, ils y sont mais ne fonctionnent pas. Et, puisque le changement de direction sans avertissement préalable, l’oubli du clignotant ou l’absence de changement de direction est sanctionnable par le code de la route, la formule est trop vite trouvée. La responsabilité du Cnsr se trouve engagée. En effet, il est bon de veiller sur le port des casques, la circulation à droite, etc. Il serait aussi louable que le centre mette un point d’honneur quant au bon fonctionnement des phares et clignotants. Bref, sur le respect du code de la route, ce recueil, écrit ou numérisé, de toute réglementation qui concerne la circulation sur les routes et les chaussées, par tous les usagers qui les empruntent, qu’ils soient motorisés ou non. D’ailleurs, ne pas s’y conforter peut entraîner une amende. Pourtant, l’anarchie s’amplifie et qui sait les années à venir la nouvelle trouvaille. Comme le suggère Abibou Imorou, il faut des séances d’orientation et de vulgarisation sur le code de la route. En réalité, ce qui semble échapper, c’est que le conducteur en faisant usage de la main ou de son pied avec quelques coups d’œil en arrière, peut perdre le contrôle de la conduite. Qu’en est-il aussi des nuits où, sans clignotant dans une zone plus ou moins ténébreuse (par défaut du courant électrique parfois), il faut changer de direction ? La conscience humaine est interpellée. Les clignotants ne sauraient être des enjoliveurs et leur présence en bon état sur les motos et autos, ne saurait non plus être un choix. Encore moins que l’usage de la main en devienne une norme. Le manque de signalisation même si elle ne représente qu’une contravention modérée comparée à d’autres infractions est dangereux et peut provoquer de nombreux dégâts humains ou matériels.

Cyrience KOUGNANDE, Kamilou AMIDOU (Stag)

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