An 3 du gouvernement de la Rupture : Des réformes, les populations dans l’expectative !

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(Le recul est assez énorme sur le plan social, selon le Sg/Cgtb)

Depuis le 06 avril 2016, le vent de la Rupture souffle sur le Bénin et des multiples réformes engagées dans divers secteurs pour révéler le pays, de par ses potentialités, il faut retenir que le rêve peine à se concrétiser, trois ans après. Si dans le sous-secteur de l’énergie électrique, de grands paliers ont été franchis pour garantir une marche sereine vers l’autonomisation énergétique, dans le secteur de la santé, les béninois ne sont toujours pas à l’abri des épidémies et les dispositifs de prévention et de riposte inquiètent. Dans l’enseignement supérieur, la communauté universitaire gronde pour l’autonomie, l’indépendance des universités nationales, les Etablissements privés d’enseignement supérieur sont contraints aux examens nationaux et autres réformes, pourtant décriées. Quant au sort des partenaires sociaux, il semble avoir été scellé et le secrétaire général de la Cgtb, Moudachirou Bachabi déplore un recul énorme. Le tableau reste aussi moins rassurant dans les secteurs de l’agriculture, des transports…Que retenir des trois ans de gestion du régime Talon ?

Santé : 3 ans et trois épidémies de lassa !

 

Des réformes profondes ont été amorcées par le gouvernement dans le secteur de la santé pour garantir un bien-être à tous à travers des soins de qualité et surtout accessibles. Seulement que trois ans après, il n’y a pas encore de quoi se réjouir. Plus surprenant, en trois années de gestion, le gouvernement de la Rupture a dû faire face à trois reprises, à une épidémie de la fièvre hémorragique à virus de lassa. D’abord, de janvier 2016 au 23 mai 2016, date de déclaration de la fin de l’épidémie de lassa, 54 cas de malades dont 28 décès ont été enregistrés. Mais malgré les dispositions subséquentes prises par le gouvernement de la Rupture notamment le renforcement des dispositifs de prévention et de riposte avec le pré-positionnement de la Ribavirine (médicament efficace contre la maladie), le 20 février 2017, le Bénin s’est retrouvée une fois encore en situation d’épidémie de la fièvre de lassa. Cette fois-ci, la malade à l’origine de l’épidémie, une femme enceinte est venue du Nigéria. 61 cas ont été enregistrés. N’arrivant à toujours pas à prendre la mesure des choses au niveau de nos frontières, le 13 janvier 2018, le Bénin se retrouve à nouveau en situation d’épidémie. «Du 08 janvier 2018 date du premier cas présumé index au 25 janvier 2018, date du décès du dernier cas confirmé, 05 cas confirmés tous décédés ont été enregistrés », renseigne le ministre. La fin de l’épidémie a été déclarée en mars 2018. Et du 07 décembre 2018 au mois de mars 2019, notre pays était à nouveau en situation d’épidémie. La prévention et la gestion des épidémies restent alors un problème entier sous ce régime. De même, la réforme liée à l’exercice en clientèle privée a été cœur des débats et suscité moult remous. Un décret présidentiel oblige les médecins du secteur public à décider de servir soit dans les cliniques privées soit dans les hôpitaux publics car le Chef de l’Etat juge inadmissible que des médecins formés avec l’argent du contribuable, recrutés et payés par l’Etat béninois consacrent la majeure partie de leur temps, de leur énergie dans les centres de santé privés. De nouvelles conditions ont été définies, par la suite, pour encadrer l’exercice en clientèle privée. Des réformes pour la rationalisation des dépenses liées aux évacuations sanitaires à l’assainissement du sous-secteur de la pharmacie, les habitudes ont été bouleversées. Seulement que les attentes demeurent importantes quant au renforcement des plateaux techniques, la disponibilité d’infrastructures sanitaires et l’accessibilité aux soins de qualité. ²

Energie électrique : Le délestage jugulé!

 

Le sous-secteur de l’énergie électrique est en plein essor et trois ans après, on peut se réjouir d’avoir vaincu le délestage. Ainsi, grâce au plan de redressement du secteur qui sert de boussole, d’importants projets structurants ont été mis en œuvre et la lumière prend progressivement le pas sur l’obscurité. Faut-il le souligner, pour combattre le délestage et relever des défis, il a été procédé à la location de groupe de puissance 180MW, la réhabilitation des quinze groupes électrogènes Wartsila du parc de production de la Sbee. la mise en service des lignes de transport Onigbolo-Parakou et de Tanzoun et surtout la centrale de Maria-Gléta 2 dont le troisième moteur a été officiellement mis en marche la semaine écoulée. Une nouvelle centrale de 120MW dont le bouclage financier est en cours est annoncée sur le site de Maria-Gléta. La densification et l’extension des réseaux urbains a permis à la Sbee de mieux distribuer de l’énergie électrique aux béninois. Outre les améliorations de performances connues également dans le volet “distribution de l’énergie électrique“, la durée de coupure a été réduite de 75h à 18h par mois. Notons qu’à l’horizon 2021, il est prévu la disponibilité de 500MW d’énergie électrique. Quant aux énergies renouvelables, elles devront couvrir d’ici 2021, 25% des besoins en consommation électrique au Bénin. Longtemps espéré, le paiement électronique pourrait soulager la clientèle de la Sbee d’ici juin 2019. Composante 2 du projet Defissol, financé par des partenaires techniques et financiers, la modernisation du système d’information de la Sbee est mise en branle et les résultats sont attendus pour bientôt. Une innovation qui devra mettre fin aux longues files d’attentes et l’impossibilité de recharger son compteur le week-end. Une réforme qui vise l’amélioration du délai de recouvrement à la Sbee.

Education : Colère à l’Université

 

Si la réforme du Conseil national de l’éducation s’est heurtée à de la résistance dans le rang des enseignants notamment du supérieur, ces derniers n’ont point approuvé, les décisions prises sous le couvert de ladite réforme. Il s’agit surtout de la suspension des élections des responsables d’universités et Ufr et surtout les nominations prononcées par le gouvernement dans les universités nationales. De la compression de la carte universitaire aux nouvelles conditions de jouissance des allocations universitaires sans oublier les évaluations des enseignants du secondaire, la quasi-totalité des réformes engagées dans le secteur éducatif a alimenter la polémique. Si les enseignants du supérieur revendiquent le respect des libertés universitaires, ceux du secondaire n’approuvent toujours pas les évaluations tout en craignant de se voir débarquer. Les établissements privés d’enseignement supérieur n’ont pas été épargnés par les réformes. Leurs étudiants sont contraints à prendre part aux examens nationaux de licence et de Master pour voir leurs diplômes, signés par l’Etat béninois. La suppression du Brevet de technicien supérieur (Bts) pour se conformer aux exigences du système Lmd fait partie des réformes. Dans l’enseignement primaire, les cantines scolaires ont étendues à plus d’écoles mais la disponibilité des infrastructures scolaires restent un problème à résoudre.

Sécurité : Beaucoup d’efforts consentis!

 

L’avènement de la police républicaine marquée par la fusion de la police et de la gendarmerie a permis le recul du grand banditisme. Les attaques contre les institutions bancaires et financières ainsi que les grands magasins et supermarchés ne reviennent plus tellement sur les lèvres. Mais cela n’a pas permis de garantir la quiétude des populations car une nouvelle forme d’insécurité s’est installée. Des assassinats, crimes crapuleux avec à la clé, le prélèvement des organes humains sont devenus récurrents. Des cybercriminels ont très tôt été pointés du doigt. Des Cybercafé et autres coins habituels des cybercriminels ont été la cible des flics républicains. Mais depuis quelques mois, des vols à mains armées, des agressions sont récurrents et la panique a gagné le rang des populations. L’insécurité persiste et gagne du terrain malgré l’effectivité de la coproduction de la sécurité publique et la ligne verte…

Situation des travailleurs et syndicalisme : “le recul est assez énorme“ selon le Sg/Cgtb

 

Les revendications des travailleurs sont-elles satisfaites par le gouvernement de la Rupture ? Quel sort pour le syndicalisme ? Moudachirou Bachabi, secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Bénin (Cgtb) exprime simplement sa désolation. Lisez plutôt !

Que sont devenus, trois ans après, les revendications des partenaires sociaux ?

Je crois que de façon globale, il faut retenir que l’ensemble des travailleurs reste dans l’attente d’une réaction plus sociale du gouvernement puisqu’il n’y a pas eu d’évolution majeure en termes de satisfaction des revendications. Il faut comprendre également que quand on parle de la matière sociale, il n’ya pas que les travailleurs de l’administration publique, il y a aussi les travailleurs du secteur privé et ceux qui sont dans l’informel. Donc de point de vue global, sur le plan social, on peut dire que ce gouvernement n’a pas beaucoup progressé avec les travailleurs

De façon plus précise, dites-nous Sg ce qu’il en est aujourd’hui des différents points de revendications des travailleurs ?

Les revendications étaient déjà là notamment l’amélioration des conditions de travail et de vie. C’est déjà d’ajuster les revenus. Donc, nous avons beaucoup insisté au cours de nos échanges avec le gouvernement sur la réévaluation du point indiciaire, l’augmentation du Smig. Nous avons inisité sur la jouissance intégrale des statuts particuliers que ce soit au niveau de l’enseignement que des autres corps. Nous avons également beaucoup travaillé afin que le secteur informel soit priorisé par l’Etat étant donné qu’il fait partie des secteurs qui pourvoient à l’économie nationale. Toutes ces préoccupations ont été discutées mais les arriérés salariaux continuent d’être un problème. En réponse à tout ce que nous avons, le gouvernement a procédé à un licenciement massif en fermant sans aucune forme de procédure réelle, l’ensemble des structures de l’Etat qui permettait de consommer la main d’œuvre. Donc, tous ces jeunes sont à la maison. L’attrait que pourrait constituer le partenariat public privé a été également plombé puisque là aussi, notre secteur privé est en train de se réduire comme un pot de chagrin. Là aussi, il n’y a pas d’espoir de création d’emplois. Maintenant, la dérégulation, je veux dire l’œuvre législative en matière sociale également n’est pas pour encourager la production de l’emploi puisque nous avons cette fameuse loi sur l’embauche, nous avons également des mesures qui ont été introduites pour que le droit syndical soit muselé. Ce qui fait que de plus en plus, on donne une large part au capital et ce capital écrase la main d’œuvre. Et quand la main d’œuvre est écrasée, le social a donc déserté totalement le forum et on peut dire que le recul est assez énorme sur le plan social…

Pour beaucoup d’observateurs, le syndicalisme est réduit au silence sous le régime de la Rupture. Qu’en dites-vous, Sg ?

C’est une mauvaise lecture que de penser que ce syndicalisme est réduit au silence mais plutôt, le syndicalisme est contraint au professionnalisme. C’est vrai que nous avons eu droit à des pratiques syndicales, des méthodes de revendications mais en matière sociale, il ne faut pas avoir des méthodes passe-partout. Et lorsque vous êtes en face d’un régime comme celui que nous avons aujourd’hui où toutes les institutions sont visées pour être bâillonnées, la liberté d’expression, d’aller et de venir sont en pleine voie de confiscation, on ne peut pas utiliser les mêmes méthodes pour estimer que nous faisons du syndicalisme. Vous avez ce travail qui est fait par le pouvoir qui veut tout contrôler. Il faut que les responsables syndicaux travaillent à intégrer ces paramètres. Donc c’est ce que nous faisons aujourd’hui et qui donne l’impression d’un silence…On ne se précipite pas sur les modes anciennement employés pour agir. Nous sommes ici dans un schéma où lorsque vous faites l’état des lieux, les organisations syndicales sont en mesure de parler de vrais militants. Et quand on fait l’état des lieux, on se rend compte qu’on avait beaucoup plus des gens qui étaient dans l’effet d’entrainement que dans le militantisme syndical. Aujourd’hui, ceux qui étaient dans l’effet d’entrainement, étant plus nombreux, ils sont la proie facile du pouvoir. C’est justement eux qui se retrouvent un peu contre ce que nous faisons aujourd’hui. Nous faisons un travail pour que le mouvement syndical aussi bien le syndicat que ses actions aient un ancrage social plus fort. Cet ancrage social veut dire que nous devons aller en partenariat, en alliance avec un certain nombre de paramètres de sorte à ce que les travailleurs soient conscients que personne ne viendra défendre leur situation à leur place. Et que lorsque nous avons des sujets citoyens de grande importance, que nous puissions nous positionner aux côtés d’autres organisations afin que nous ne soyons pas la caisse de résonance de certaines opinions qui n’intègrent pas toujours notre schéma de fonctionnement.

Revenons maintenant à la gouvernance du régime de la Rupture. Trois ans de gestion des affaires publiques, dites-nous si selon vous, l’espoir est permis quant à la marche vers la prospérité partagée, l’essor espéré ?

Je crois qu’il faut remonter un peu à ce que nous pouvons appeler la fondation de notre démocratie : le consensus qui reste un principe constitutionnel. Ce principe étant à valeur constitutionnelle, il est évident qu’on ne peut pas aménager le consensus ni nos institutions ni l’espace de vie publique pour faire le confort de certains hommes. Il faut rechercher le confort général dans l’aménagement de la vie publique et malheureusement depuis trois ans, nous constatons que les efforts qui sont déployés, ce n’est que pour le confort de certains hommes. C’est dommage qu’aujourd’hui, on ait préféré l’immédiat de quelques-uns à l’avenir de tous. Çà nous pose un sérieux problème. Est-ce que c’est une mauvaise foi ou une mauvaise interprétation des choix que nous avons eu à faire à la Conférence nationale des forces vives de la Nation ou tout simplement une volonté absolue d’avoir absolument le pouvoir et d’avoir absolument tout. Si c’est cela que nous avons en face de nous, çà appelle d’autres énergies par rapport au génie béninois pour le contrôle de notre avenir. Aujourd’hui, nous sommes dans l’impasse et les différents acteurs se réfugient derrière les lois pour ne pas jouer leur partition. C’est triste, parce que c’est clair qu’il n’y a pas de loi utile si cette loi ne sert pas les intérêts du peuple. A la date d’aujourd’hui, notre peuple veut une paix, des élections inclusives, que la séparation des pouvoirs soit effective dans l’esprit et dans la lettre des textes que nous avons adopté. Mais nous assistons à une confusion de pouvoirs. Nous assistons à une situation où des élus du peuple sont plutôt devenus des élus des nommés ou des nominés d’un pouvoir politique qui, absolument, sont en divergence avec le peuple sur un certain nombre de points. Nous sommes tous d’accord qu’il faut retoucher notre constitution mais nous disons “non“ à une révision opportuniste. Nous sommes dans un monde dynamique et nous nous inscrivons dans cette dynamique. Nous devons voir, nos institutions évoluer, nous devons faire des réformes. Ce sur quoi, nous ne nous entendons pas est qui sacrifie quoi pour quels résultats. Donc, je crois que ce ne sont pas les réformes qui nous font peur, ce qui nous fait peur, c’est l’esprit des hommes qui animent ces réformes, la direction qu’ils prennent avec les résultats des réformes…Même si au travers de quelques interventions, le Chef de l’Etat a toujours affiché sa volonté de rendre ce peuple heureux, mais rendre le peuple heureux, c’est également l’écouter profondément, c’est également se remettre en cause, remettre en cause ses convictions personnelles pour que le peuple se sente aimé, c’est faire en sorte que les efforts ne soient pas assez trop pour soi-même pour le bonheur du peuple. Mais à la date d’aujourd’hui, c’est très facile qu’à la faveur du Conseil des ministres qu’on dise que le Chef de l’Etat ne peut se substituer aux institutions de la République pour apporter la paix à ce peuple. Nous sommes obligés de déployer beaucoup d’efforts pour assurer la sécurité, nous allons vers le 28 avril avec une incertitude. On ne sait pas ce qui va se passer même si le peuple, pendant longtemps, a été pacifique. Lorsque vous suivez un fou jusqu’à son dernier retranchement et qu’il se retourne contre vous, vous n’êtes pas sûr de gagner la bataille. Nous en appelons, à la faveur de cet anniversaire, que le Chef de l’Etat use dans son amour pour siffler la fin de la récréation. Il a toujours obtenu et il a toujours dit qu’il obtiendra ce qu’il veut de sa majorité à l’Assemblée nationale, alors qu’il demande à sa majorité d’apporter la paix à ce peuple. Car, il ne sert à rien de foncer. On peut avoir les sièges à l’Assemblée et ne pas pouvoir s’y asseoir…Nous avons des institutions qui doivent fonctionner et le Chef de l’Etat, étant garant du fonctionnement des institutions, il doit jouer à fond sa partition. Et quand on dit que le Chef de l’Etat est le premier magistrat d’un pays, cela a un contenu et quand on dit qu’il peut recourir à des mesures exceptionnelles, cela a un contenu. Et l’interprétation qu’on fait aujourd’hui des pouvoirs exceptionnels du Chef de l’Etat est une interprétation suicidaire…

Un message à lancer ?

Je ne peux que prier pour mon pays et inviter tous les béninois qui ont la foi de prier Dieu…j’ai foi qu’il interviendra.

 

Réalisé par Aziz BADAROU

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