Jeux de hasard: Entre divertissement et dépendance

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Au Bénin, les jeux de hasard ne cessent de varier. Entre folie des grandeurs et élan de solidarité, l’intérêt des joueurs de ces différents jeux devient une courbe très ascendante, qui ne cesse d’aller crescendo. Reportage…

13h 06 min ! Concise paillote revêtue par une bâche verte griffée d’un certain logo sous qui est disposée une chaise et des supports autour. Placée au bord d’une voie pavée au vu et au su des usagers et sous laquelle, s’aperçoit un jeune homme assis, devant une petite machine. A sa gauche un peu plus haut, peut-on lire sur un court tableau accroché au mur, une série de numéros. A peine installé, quatre jeunes gens se pointent devant lui. Chacun des visiteurs après les salutations d’usage, récupère tour à tour, des tickets directement tirés de la machine et sur lesquels sont marqués des écrits, contre une modique somme de 100 Fcfa. Quelques instants après, d’autres personnes dont des conducteurs de taxi-moto passent, pour le même exercice. Pendant que certains d’entre eux profitent pour prendre siège, d’autres, juste après le retrait des tickets, s’en vont. Que venez-vous de faire ? « Je viens justement de venir miser sur 5 numéros parmi les 99, espérant avoir un tirage favorable le soir. C’est la loterie. Je viens ici jouer toutes les fois que possible », répond Patrice Kingnontin, électricien de profession. Bienvenue donc à Ekpè carrefour, ce mardi 2 avril 2019, où les jeux de hasard ont un intérêt particulier pour une frange de la jeunesse de ce village.
16h 58 min ! A nouveau, le lieu se remplit et le jeune homme toujours assis dans la paillotte gardant ainsi la machine, est envahi par un nombre impressionnant de personnes, avec leurs tickets respectifs en main. C’est l’heure des résultats pour les parieurs et nul ne semble les distraire. Malgré les bruits et klaxons des véhicules et motos, ils ont tous leurs yeux rivés vers le vendeur de tickets. « Que Dieu fasse pour que je reparte avec quelque chose ce soir si non, le camp est chaud », lance dans le lot, un parieur obligeant l’assistance à pouffer de rire. « Après le tirage, les numéros qui ont gagné seront affichés sur le tableau avec, les gains y afférents », informe le chef poste. A la fin des tirages, sur une quinzaine de personnes ayant présenté leurs tickets, une est sortie gagnante et repart avec 4.000 Fcfa. « Bon, c’est bon pour aujourd’hui, on se reprend demain », se réjouit-il. Abordé, il explique qu’il est un habitué des lieux et rien ne peut le séparer du loto. A l’entendre, c’est sa seconde activité à part son job d’employé sur un parc de vente de véhicules d’occasion. Quant à Patrice Kingnontin qui rentre bredouille, c’est juste un espace de divertissement ce jeu de hasard car à l’écouter, son activité lui permet déjà de subvenir à ses besoins.

 

De la pure dépendance pour d’autres…

 

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Si les jeux de hasard constituent un divertissement ou une activité secondaire pour certains, pour d’autres comme André Zoutègni, c’est carrément une activité principale. « Au début, je n’aimais pas le jeu. Or pour les amis au quartier, c’est leur activité principale. C’est ça ils jouent. Je parle de Najabet et non du loto que je n’aime pas jouer. Un jour, j’étais là tranquillement quand les amis ont misé sur un ticket. Ils en ont misé pour 100 nairas. Ils en ont fait cinq mises et un ticket a gagné. Devant moi, chacun d’entre eux a gagné comme gain, 74.000 Fcfa, au moment où moi j’étais en train de galérer. C’est là j’ai en même temps eu la motivation et j’ai commencé par parier. J’ai un compte principalement pour ça et il n’y a que de nairas dedans. C’est ça qui me permet de jouer. Je peux choisir 5 matchs et mettre 200 nairas là-dessus. Si je peux trouver 2.000 nairas, ça me suffit largement. Même si je n’ai pas encore gagné une grosse somme pour l’instant, je n’ai non plus chuté. C’est un jeu qui m’aide beaucoup et me permet de régler mes petits soucis financiers. Aujourd’hui, rien ne va dans le pays et il faut qu’on fasse quelque chose pour manger quand-même. L’autre avantage que ça me procure, c’est que je connais de mieux en mieux beaucoup de clubs de football sur lesquels je mise… », déclare le trentenaire. À l’instar d’André Zoutègni, d’autres jeunes en manque d’emploi, ont aussi fait de ces jeux de hasard, leur principal gagne-pain. C’est aussi le cas de Senakpon M. qui après un accident de circulation dit-il, a perdu son emploi. Obligé de survivre, il n’avait plus à l’en croire autre opportunité que de se lancer dans ces jeux de hasard. « Je ne peux pas dire aujourd’hui que ça ne me nourrit pas, puisque mon pied ne me permet pas d’aller au boulot », assure-t-il.

L’œil du spécialiste

D’après Emile Adambadji, Docteur en Sociologie de développement, les jeux de hasard contrairement à ce qui s’observe aujourd’hui, sont nés dans un but précis. « Il faut dire que les jeux de hasard sont nés en Grèce antique (vers 1500 avant Jésus-Christ) et sont conçus dans le but de rendre plus agréable et moins contraignante l’existence humaine. La vie de l’homme ne sera donc plus faite que de travail, si je m’en tiens à l’essence même de ces jeux », recasse-t-il. Pour lui, si ces jeux étaient purement ludiques en son temps, l’avènement de la mondialisation leur a fait perdre, leur sens originel. « Au Bénin précisément, les quelques jeux de hasard qui existaient, étaient destinés aux retraités et à quelques rares jeunes. Mais malheureusement aujourd’hui, la kyrielle de jeux et la situation socio-économique actuelle ont fait que les jeunes toute tendance confondue, jettent davantage leur dévolu uniquement sur ces jeux. Plus l’oisiveté et le demain incertain caractérisent ces jeunes, plus ils s’y adonneront et ça ne peut que les servir à un moment. Ils ne peuvent donc pas être considérés comme des emplois, ces jeux », conclut le Sociologue. En définitive, les jeux de hasard permettent aujourd’hui à des jeunes d’être soulagés financièrement, histoire de pallier le chômage. Toutefois, ils ne constituent pas un office dont ils doivent se targuer.

Janvier GBEDO (Stag)

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