Nominations dans les universités publiques : La communauté universitaire plus que jamais divisée…

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(L’Intersyndicale menace et accorde un moratoire au gouvernement)…

Après avoir, par décret N°2018-441 du 20 septembre 2018, suspendu l’élection des recteurs, vice-recteurs, membres du Conseil d’administration d’universités, doyens, directeurs, vice-doyens et directeurs adjoints des Unités de formation et de recherche (Ufr) des universités nationales du Bénin, le gouvernement a récemment procédé à la nomination des responsables de certaines entités. Ceci, sous prétexte que la légitimité de ceux-ci est remise en cause étant donné qu’ils sont en fin de mandat. Si cette décision s’inscrit dans le cadre des réformes au niveau de l’enseignement supérieur, il n’en demeure pas moins qu’elle dresse désormais les enseignants d’universités, les uns contre les autres. Que d’attaques dans les médias ! La communauté universitaire est plus que jamais divisée…

La communauté universitaire du Bénin ne parle visiblement plus le même langage surtout, depuis les nominations prononcées dans plusieurs entités et facultés. Débarqué du poste de Doyen de la Faculté de droit et des sciences politiques (Fadesp/Uac) alors qu’il avait l’intention de briguer un second mandat, Joël Aïvo déplore la ruine de plusieurs décennies d’acquis démocratiques. A l’en croire, l’Université élit ses Doyens depuis les années 1980. «Si l’Université s’y accommode, le pays perdra confiance en la fine fleur de son élite et les principes cardinaux qui la gouvernent (l’autonomie des Universités et l’élection des Recteurs, Doyens et Directeurs) seront remis en cause» se désole le président de l’Association béninoise du droit constitutionnel. Et de poursuivre «si dire à nos compatriotes ce qui est conforme aux grands principes de l’Etat, ce qui relève de la justice et ce qui ne peut être faussement vendu comme du droit, si faire l’apologie de la démocratie doit valoir d’être blâmé par le pouvoir politique, alors je suis très fier de ne pas avoir été maintenu contre votre volonté. Et même si je l’avais été, je me suis préparé à n’exercer aucun jour supplémentaire de mandat qui relèverait d’un pouvoir de nomination et non de l’élection. Le 12 février 2019 est la limite du mandat que vous m’avez confié. Il aurait été scrupuleusement respecté, quoi qu’il arrive». Mais, cette perception de l’option du gouvernement ne restera que celle du Prof Joël Aïvo. Selon le professeur Thierry Alavo, les enseignants ont «pris l’habitude d’élire des responsables  qui mènent la vie dure aux étudiants» du fait de la gestion qu’ils font de l’argent public souvent utilisé pour leur propre confort. Ce dernier estime plutôt que la décision du gouvernement est bien pensée et s’imposait pour mettre fin au détournement massif de denier public dans nos universités publiques. «…le gouvernement a très bien fait de chercher à ramener l’ordre» soutient-il. « C’est comme si leur élection leur donne le droit de ne pas rendre compte aux autorités sur le plan national alors que nous sommes une université publique… Ceux que nous avons élus sont voraces» fait-il observer. Et de s’en prendre ouvertement au Prof Joël Aïvo. « J’aurais eu du respect pour l’ex doyen de la Fadesp si, au moment où les étudiants souffraient du fait des détournements massifs (il y en a qui ont réclamé de simples choses et on les a traités de bandits, puis on les a renvoyés de l’université pour 5 ans),  si en ce moment-là, le doyen de la Fadesp avait pris la décision de monter au créneau et de dénoncer les agissements des gens que nous avons élus, j’aurais eu du respect pour lui… il (Joël Aïvo Ndlr) s’est tu et a même écrit une lettre pour faire l’hommage de l’ancien recteur qui a été le plus controversé dans la gestion financière de l’université » a-t-il martelé. Il accuse ses pairs de se coaliser pour piller les ressources publiques. Le nouveau doyen de la Fadesp, Rock David Gnahoui, quant à lui, n’a pas non plus apprécié certains propos du Prof Joël Aïvo et estime être convaincu qu’il s’agit juste d’une transition. De toute façon, les deux hommes ne sont pas plus unis qu’hier. De son côté, le désormais ex- Directeur de l’école doctorale de la Fadesp, Victor Topanou ne perçoit pas la décision du gouvernement de la même façon que certains de ses collègues dont le Prof Thierry Alavo. Selon lui, cette nomination ne répond à aucune norme. Reçu sur Soleil Fm, il promet saisir le juge administratif pour que justice soit rendue étant donné que son mandat n’est pas encore arrivé à terme et qu’il lui reste encore un an de gestion. Selon Victor Topanou, l’arrêté ministériel définissant les modes de désignation des directeurs des écoles doctorales pris en 2014 n’a pas été suspendu et n’a connu aucune modification; mais dans le même temps, le ministère prend un autre arrêté pour changer les modes de désignation. « Il est évident que si on saisissait le juge administratif Il nous donnerait raison et c’est probablement ce que nous allons faire. Nous ne pouvons pas être à la Fac de droit et ne pas suivre les règles de droit », a-t-il déclaré selon les propos rapportés par un média. Une position qui se dégage aussi des dires du Prof Aïvo. L’universitaire n’entend pas croiser les bras face à la menace qui plane sur les acquis démocratiques. « De l’endroit où je serai, avec d’autres, et nous sommes nombreux, je travaillerai à ce que cette parenthèse, ouverte le 30 janvier 2019, soit refermée le plus rapidement possible. Je me battrai pour que les idéologues de cette régression, leurs serviteurs et les bénéficiaires de ce recul démocratique soient mis en minorité afin que notre pays retourne sur le piédestal qui faisait notre fierté » rassure-t-il. Au-delà des dissensions inévitables, estime-t-il toujours, la magie de la démocratie, c’est de consacrer une idée et d’établir pour un temps, celui qui aura la légitimité pour agir. C’est ça la démocratie. Et, on est démocrate, ou on ne l’est pas.

L’Intersyndicale menace et accorde un moratoire…

Très remontés contre le gouvernement après les récentes nominations prononcées dans les universités nationales du Bénin, les enseignants du supérieur, réunis au sein de l’Intersyndicale, n’entendent point baisser la garde et se disent déterminés à user de tous les moyens légaux pour contraindre le gouvernement à revoir sa position. Ainsi, après leur sit-in dans les locaux du Ministère de l’enseignement supérieur, ils ont accordé un moratoire d’un mois au gouvernement pour rapporter sa décision et surtout associer les enseignants aux réformes du Conseil national de l’éducation. C’est donc clair que dans quelques jours encore, les enseignants du supérieur se feront entendre à nouveau au cas où le gouvernement resterait campé sur sa position. Faut-il le rappeler, par décret N°2018-441 du 20 septembre 2018, le gouvernement a décidé de suspendre les dispositions des articles 19, 24, 27, 31, 33, 34,  et 44 du décret N°2016-208 du 16 avril 2016 portant création, attributions, organisation et fonctionnement des universités nationales en République du Bénin, modifié par le décret N° 2016-638 du 13 octobre 2016 relatives  à l’élection des recteurs, vice-recteurs, membres du Conseil d’administration d’universités, doyens, directeurs, vice-doyens et directeurs adjoints des unités de formation et de recherche (Ufr) des universités nationales du Bénin. Ceci, en attendant l’examen de la nouvelle gouvernance des établissements publics d’enseignement supérieur par le Conseil national de l’Education (Cne), le gouvernement béninois. Chose curieuse, le compte rendu du Conseil des ministres du mercredi, 30 janvier 2019 mentionne que le fonctionnement des Unités de formation et de recherche des Universités nationales est compromis par le fait que les responsables actuels n’ont plus de légitimité pour assurer la gestion de leur unité respective. Il s’en est suivi, des nominations dans les universités. Toute chose que désapprouve énergiquement l’Intersyndicale des enseignants du supérieur.

 

Aziz BADAROU

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