Chronique d’une optimiste au Bénin malgré tout, Par Sandra Idossou

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Vendredi dernier a été un jour particulier parce qu’il a eu le mérite de me pousser dans mes retranchements. Il a réussi à me faire douter de moi, de mes procédés, de mes concitoyens et surtout de certaines institutions publiques de mon pays. Vendredi dernier, plus que depuis ces seize derniers mois où je porte malgré moi cette campagne de santé publique et de protection de l’environnement, j’ai eu très envie d’échanger avec un sociologue afin de mieux comprendre un certain nombre de choses de mon pays. Mais ce Vendredi a été surtout très particulier parce que, malgré mes questionnements, mes états d’âme, il a réussi à encrer en moi cette farouche envie de ne point baisser les bras, de ne point céder à cette remarque qu’on me répète à tue-tête « Ce pays ne changera jamais…Ne perds pas ton temps ». Vendredi dernier, malgré tout, ces soubresauts m’ont raffermie, m’ont édifiée et m’ont confirmé qu’ensemble nous sommes beaucoup plus forts et pouvons faire de grandes choses avec nos « petits moyens ». Vendredi dernier, le 7 Décembre 2018 n’avait en réalité rien d’exceptionnel comme date sauf que, c’était le délai que nous nous sommes fixés au sein de notre association de bénévoles pour confirmer ou annuler la tenue de notre dernier Eco Running de l’année…un Eco Running spécial dédié aux membres de la presse et aux artistes du Bénin. Pour ceux qui ne connaissent pas Eco Running ou Eco Walking, ce sont des activités sportives et écocitoyennes qui consistent à courir ou à marcher tout en ramassant les déchets plastiques qui jonchent nos artères. Initiées, il y six mois dans le cadre de notre campagne Sach et Heloue, nous avons déjà organisé quatre éditions et espérons mobiliser nos populations autour du fléau que représente le sachet plastique et de l’urgence d’adopter de nouveaux comportements responsables. Pour l’organisation de chaque EcoRunning/ Eco Walking, nous offrons aux participants des t-shirts ou dossards, des gants, des sacs poubelles, de l’eau, des fruits, des gels désinfectants pour les mains, etc. Nous louons aussi des tricycles de ramassage de ces déchets plastiques qui sont, plus tard, transformés en pavés ou autres éléments d’usage domestique. Vendredi 7 Juillet, une Congolaise vivant chez nous a été la première personne à nous envoyer sa contribution de 100.000 pour aider dans l’organisation de la dernière édition. Pendant qu’un jeune journaliste Béninois s’est proposé de s’occuper de la presse, une Béninoise vivant au Ghana nous a envoyé 50.000. Dans la même journée, une jeune entreprise locale de fabrication de délicieuses pâtisseries a offert 250.000 alors qu’une autre Béninoise s’est proposée d’offrir l’eau pour les 500 à 800 participants que nous comptons recevoir. Quand la pratique ici au Bénin est de ne presque jamais répondre aux courriers administratifs, c’était donc un soulagement quand une autre personne s’est proposée d’aller déposer elle-même nos demandes de sponsoring à des institutions afin d’obtenir rapidement une réponse positive ou négative. Et pour terminer cette journée, une compagnie aérienne a accepté nous accompagner et un restaurant va offrir des bons pour une tombola pour les participants à cet Eco Running prévu pour le Samedi 29 Décembre. Ce Vendredi rempli de stress a été pour nous un excellent test. Nous nous sommes rendus compte que, malgré tout, malgré le manque de subvention de l’Etat Béninois dans cette campagne depuis ces seize mois, malgré le pessimisme de nos concitoyens autour de la possibilité de devenir nous aussi, un pays sans sachet plastique, cette journée du Vendredi a eu le mérite de confirmer qu’ensemble, chacun avec ses moyens, nous pouvons faire de grandes choses dans nos quartiers, dans nos communes et dans nos pays. Un engagement social n’a pas besoin de grands mots, de grands discours. Il a juste besoin d’actes concrets, provenant d’un peuple patriote. Certes l’engagement social nécessite les moyens financiers, mais le plus important est de se mobiliser nous-mêmes, ensemble, pour changer notre cadre de vie. Un quartier sale n’a pas forcément besoin de l’Etat si les habitants comprennent qu’ils peuvent et doivent s’engager pour leur santé, celle de leurs enfants et refuser de vivre avec des immondices autour d’eux. Avec cette même mobilisation, les habitants peuvent être un élément de pression pour exiger auprès de leurs municipalités un minimum de propreté. La propreté de nos villes est d’abord une affaire personnelle avant d’être collective. D’ailleurs un proverbe Wolof dit que la propreté est la clé de la santé. Tout comme le petit colibri, chacun à son niveau peut faire quelque chose. Chaque Béninois, à quelque niveau peut/doit donner un peu de son temps, de son amour, de ses connaissances, de ses ressources à notre pays sans rien attendre en retour. C’est à ce prix que certains pays se sont développés. C’est par ce sacrifice qu’on peut tous fièrement dire que sommes Béninois.

L’auteur est l’initiatrice de la Campagne Sachet Heloue

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