Le Bénin, Un Etat voyou sous Talon ? Moins de 15 jours pour le savoir

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(Le Dossier Ajavon: une nouvelle tournure)

Le régime de Patrice Talon a moins de 15 jours pour démontrer s’il respecte ou non les décisions des juridictions internationales. C’est le délai imposé au Bénin par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples  qui a ordonné la suspension de l’exécution de l’arrêt rendu par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) dans l’affaire des « 18 kg de cocaïne». Le Bénin est très bien surveillé.

L’affaire des «18 Kg de cocaïne» a pris une autre ampleur depuis le 07 décembre dernier. En effet, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a été saisie en février 2017 par les avocats de l’homme d’affaire Sébastien Ajavon. Ils montraient que l’affaire de trafic de drogue et la procédure subséquente faisaient partie d’un complot orchestré contre leur client ; un complot qui a violé  ses droits garantis par des instruments internationaux. En octobre 2018, les mêmes avocats se sont plaints de la  création de la Criet pour juger une fois encore Sébastien Ajavon, une juridiction d’exception qui l’a condamné à 20 ans de prison. Pour les avocats, les peines prononcées par la Criet violent les conventions internationales ratifiées par le Bénin et placent leur client dans «une situation précaire et extrêmement grave». Ils ont par conséquent  demandé à la Cour installée à Arusha d’émettre à titre provisoire une ordonnance de sursis à l’exécution  de l’arrêt de la Criet jusqu’à sa décision. Et le 07 décembre 2018, la Cour a accédé à la demande du requérant et a invité l’État du Bénin à lui faire un rapport dans les quinze jours suivant la réception de l’ordonnance sur les mesures prises pour mettre en œuvre la décision. La décision de la Cour africaine a provoqué un  tollé général et suscité diverses interprétations aussi bien dans le camp de l’homme d’affaires Sébastien Ajavon que chez les soutiens du gouvernement béninois. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il est ordonné à la Criet de suspendre pour le moment l’exécution de sa décision  en attendant que la Cour africaine livre son verdict. La Cour ayant rendu sa décision le vendredi dernier, le Bénin dispose désormais de moins de 15 jours pour faire le point de l’exécution de ladite décision.

 

Le Bénin: terre fertile à l’investissement privé ou un État voyou ?

 

On sait qu’il y a quelques années, Patrice Talon avait qualifié le Bénin d’État voyou parce que le régime de Yayi Boni n’avait pas exécuté certaines décisions  rendues par la Cour commune de justice et d’arbitrage d’Abidjan (Ccja) dans une affaire où il était le requérant. Candidat à la présidentielle de 2016, il avait promis de corriger le tir.  L’affaire Ajavon est comme pour lui une belle occasion pour redorer l’image du Bénin. Mais le requérant ayant pour nom Sébastien Ajavon, son pire ennemi, Patrice Talon acceptera-t-il de se montrer  démocrate en permettant  aux organes judiciaires béninois de respecter l’ordonnance d’une juridiction internationale directement applicable au Bénin? Difficile de le dire. Dans cette affaire, la Rupture joue en tout cas sa crédibilité. En effet, Patrice Talon  qui n’a pu convaincre de grands grands investisseurs à venir s’installer au Bénin depuis 2016, a un défi à relever. Faut-il le souligner, le Chef de l’État s’est lancé, ces derniers mois, dans une campagne de séduction de ces investisseurs. Il a fait dans ce cadre plusieurs visites à l’étranger et a pris part à plusieurs conférences internationales afin de vendre la destination Bénin.  La décision de la Cour d’Arusha est pour lui une vraie opportunité qu’il doit exploiter afin de montrer aux potentiels investisseurs que le Bénin est un État de droit où sont garantis et respectés les droits individuels et où existe la sécurité juridique pour ces investisseurs. Le Chef de l’État n’a vraiment pas le choix. Une autre option risque de transformer le Bénin pour longtemps en un  État de non droit et de chasser les rares investisseurs qui  continuent de faire tourner vaille que vaille l’économie nationale.

Mike MAHOUNA        

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