Les cubes : Un mirage, comme exhausteur de goût

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‘’Les cubes, exhausteurs de goût, sont des substances qui augmentent la perception olfacto-gustative (goût et/odeur) d’un aliment. En général, les exhausteurs de goût, n’ont pas de saveur propre, donc ne modifient pas le goût de l’aliment…’’. Pourquoi sont-ils (cubes) alors constamment utilisés dans la préparation des mets, si tant est qu’ils ne modifient point le goût de l’aliment ?Et pour quelles conséquences ? Reportage… 

Jeudi 22 novembre 2018. Foule impressionnante, à l’entrée.Elle est constituée d’hommes, de femmes, de jeunes, de personnes âgées…. Certains y sortent, pendant que d’autres y entrent. Sacoches en main,  pour la plupart des sortants. En levant un peu la tête, on peut lire sur une vielle plaque supportée par deux pions : ‘’Marché Saint Michel de Cotonou’’. Dans l’enceinte de ce marché notoirement effervescent, des étalages, surtout de condiments, de cubes et corollaires ; se discutent le terrain. 17h 38’ ! ‘’Fofo wa!’’ ‘’EtƐ ajaxƆ !’’. Ces clameurs incessantes en langue locale ‘’goun’’ à notre recto, sont les cris d’une dame, assise attenant son étalage, et qui veut à coup sûr proposer ‘’un bon marché’’. Approchée, elle découvre avec effarement et ce à l’aune de nos supplices, qu’il ne s’agit pas en effet d’un potentiel client. Faciès aussitôt renfermé, elle décide néanmoins de parler des cubes qu’elle vend. « J’ai plusieurs marques de cubes sur mon étalage. Comme vous pouvez le constater, chaque client avec son goût. En plus, les prix varient d’une marque à une autre. Les clients qui viennent acheter des condiments en achètent, presque toujours», lâche-t-elle anxieusement. Prou précise, une autre boutiquière de ces exhausteurs va plus loin, dans ses explications. «Moi j’avais l’habitude d’acheter tous les labels de cubes, pour revendre. Mais j’ai fini par abandonner certains, au détriment de deux seulement. Ce sont ces deux labels qui sont d’ailleurs les plus vendus dans ce marché », devisera-t-elle.  S’il y a un tri qui se fait donc dans l’utilisation des cubes pour la préparation des subsistances, les consommateurs ont certainement leurs raisons qu’ils remémorent. Chez dame Fifonsi, elle est on ne peut plus clair. Pour cette trentenaire et mère de famille, vu les critiques qu’il y a autour des cubes, elle a juste opté pour une marque. Ceci à l’en croire, parce qu’elle s’était retrouvée à l’hôpital une fois, après achèvementd’un plat contenant une autre marque de cube. Elle dit ne désormais consommer que la marque pour laquelle,elle a adopté. « J’avoue que préparer sans y mettre, me laisse un arrière-goût. C’est comme s’il manquait quelque chose au plat. Il est vrai j’utilise aussi les fretins, rarement les crevettes mais le goût n’est jamais le même à mon niveau. Toutefois, je reste convaincue qu’il faut que j’abandonne son utilisation », assure la jeune dame. D’autres habitués sont plus exigeants que Fifonsi, quant à la consommation de ces cubes. C’est le cas de Maguy Yetongnon, qui à cause de l’utilisation des cubes qu’il qualifie ‘’d’abusive’’ dans les aliments, avoue ne plus manger certains repas du dehors. « J’ai refusé depuis fort longtemps de manger du riz au gras au dehors, à cause de la concentration du cube.  D’après ce que je sais, il doit y avoir une dose à respecter. Mais certaines vendeuses associent le nombre de cubes, à la saveur du plat. Surtout celles qui vendent du riz au gras », affirme-t-il, avec sang-froid. Subséquemment pour ces consommateurs, les cubesen tant qu’exhausteurs degoût et de la bonne sapidité, semblent aussi nuire à la santé, en fonction des marques et de sa concentration. Des avis partagés par d’autres regards bienveillants, hormis ceux de certains responsables d’associations de consommateurs, ayant classé les interrogations à leur endroit.

Les exhausteurs de goût dont les cubes, des maux à pallier

« (…) En général, les exhausteurs de goût n’ont pas de saveur propre, donc ne modifient pas le goût de l’aliment. Ils excitent les papilles gustatives à mieux percevoir le goût ». Ce début  d’explication de l’agro-nutritionniste Fiacre Alladaye,  nous replonge dans le gotha sapide des exhausteurs de goût, dont les cubes. D’après ses dires, ces exhausteurs de goût sont presque présents dans tous les plats et facilement identifiables sur les étiquettes des conserves et congelés. Ce sont, à l’en croire, les additifs alimentaires codés E620 à E641; des acidifiants E270 (acide lactique); et certains édulcorants E951 (aspartame) contenus dans les chewing-gums et autres produits sucrés. Pour lui, la particularité des cubes est que leur consommation abusive serait nuisible à la santé.« Les règlementations alimentaires ne qualifient pas les exhausteurs de goût, de produits toxiques. Ils sont considérés comme des additifs alimentaires. Le glutamate E620 est un acide aminé non essentiel donc, que l’organisme peut synthétiser. Il est naturellement présent dans l’organisme humain et dans beaucoup d’aliments. Ce sont les apports supplémentaires d’origine artificielle qui de par leur dose, deviennent très toxiques et nuisibles à l’organisme. Les exhausteurs de goût artificiels n’apportent rien de nutritif à l’organisme. Ils ont pour rôle de stimuler les papilles gustatives afin d’augmenter la perception du goût. L’excès dans leur consommation, peut provoquer une surexcitation des fibres nerveuses qui finira par les détruire. Par ailleurs, un apport fréquent de pareils produits peut modifier la composition hormonale du corps et conduit à l’apparition de plusieurs maladies, des troubles cardiaques, neurologiques, respiratoires, intestinaux, cutanés, et de la vue», souligne le président de l’Organisation non gouvernementale (Ong) Food  and nutritional security for all (Fnsa/Sécurité alimentaire et nutritionnelle pour tous. Dans ses propos, des palliatifs existent, pour suppléer ces exhausteurs. «Les épices, herbes naturelles, et autres condiments existent et sont accessibles à toutes les bourses. Dans les régions comme la nôtre (sud Bénin ; ndlr), nous disposons des crevettes sous plusieurs formes, ‘’afitin’’, ‘’lanhouin’’, gingembre, ail, oignon, poivre, et plusieurs feuilles pour assaisonner et rehausser la saveur de nos mets. Ce sont des exhausteurs de goût naturels, riches en micronutriments c’est-à-dire en vitamines et sels minéraux et qui ont aussi des vertus thérapeutiques», conseillera Fiacre Alladaye. Comme diront certains, il faut bien manger pour bien vivre. Pour bien manger, il faudra alors examiner son alimentation. Cet examen peut donc commencer par le bornage de la consommation des cubes et autres exhausteurs artificiels de goût car bien manger, c’est avant tout manger sain.

 

Janvier Gbèdo (Stag)

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