Diversification agricole au Bénin : Lumière sur certaines filières porteuses

7 089

Get real time updates directly on you device, subscribe now.

Depuis plusieurs décennies, le coton a été et est la principale culture d’exportation du Bénin et donc le principal produit pourvoyeur de devises. Cette situation accroît les sources vulnérables du pays que certains qualifient ‘’d’unijambiste ‘’. Dans ces conditions, il importe de voir si le développement prôné d’autres filières porteuses pour les exportations a atteint  des résultats significatifs. Il est question donc d’analyser les actions de diversification ayant impacté les exportations sur la base du méta analyse de l’économie béninoise 2011-2015.

Dans le Plan stratégique de relance se secteur agricole (Psrsa), des défis majeurs pour l’agriculture béninoise à l’horizon 2015 sont de trois ordres : (i) nourrir la population béninoise : le secteur agricole doit assurer la couverture des besoins alimentaires et nutritionnels sans cesse croissants des populations (13 millions d’habitants environ d’ici à 2020), (ii), assurer l’accroissement des revenus des producteurs agricoles, pour la satisfaction de leurs besoins non alimentaires (soins de santé, éducation et autres), et l’amélioration des conditions d’emploi et d’existence en milieu rural, (iii) jouer le rôle de vecteur de croissance économique pour atteindre un niveau satisfaisant en matière de contribution du secteur agricole à l’économie nationale. De la lecture du troisième défi au Plan stratégique de relance du secteur agricole, il ressort que l’agriculture doit jouer un rôle de plus en plus important dans le développement de l’économie à travers l’amélioration de la production aux fins d’exportation.

Balance commerciale agricole

 

La  balance commerciale du Bénin est  fortement déficitaire,  car, les importations d’intrants agricoles, de produits agricoles et agroalimentaires supplantent nettement les exportations de produits agricoles et agroalimentaires. Selon les données de l’Institut national de la statistique et d’analyses économiques (Insae), moins de la moitié (34,8%) des importations  sont couvertes par les exportations. Cette situation appauvrit davantage le secteur agricole et l’économie béninoise, car, il ya plus de sorties que d’entrées de devises. Il est donc impérieux de renverser la tendance, en appuyant fortement la diversification et la promotion d’autres filières agricoles en dehors du coton (ananas, anacarde, crevette, palmier à huile, etc.), susceptibles d’impulser l’amélioration des exportations conformément aux objectifs du Psrsa/Pania qui est d’accroître les volumes des exportations des produits agricoles.

Structure des exportations

 

Les exportations officielles du Bénin restent dominées par les produits du coton qui représentent près du tiers des ventes à  l’étranger. Le Bénin exporte également la noix de d’anacarde, le bois et les ouvrages en bois dont les valeurs demeurent encore faibles, comparativement au coton fibre. Les exportations de fer, fonte et acier se composent de la production des industries métallurgiques ainsi que de la ferraille expédiée vers les pays asiatiques, tandis que les produits pétroliers exportés proviennent des importations. Comme il est aisé de le constater, le coton demeure le principal produit d’exportation du Bénin. En deuxième position, vient l’anacarde qui, malgré les progressions faites, est encore très loin derrière le coton. Il faut en conclure que la promotion de nouvelles filières porteuses pour les exportations n’est pas encore une réalité.

Contraintes et défis pour l’accroissement des exportations de produits agricoles

 

L’agriculture béninoise a aussi un potentiel de diversification important en dehors de la filière coton.  La production de noix de cajou se développe très rapidement au Bénin comme dans d’autres pays d’Afrique de l’ouest. Bien que les chiffres soient entourés d’incertitudes, la production est estimée à environ 150 000 tonnes, et la Fao classe le Bénin comme 4e exportateur de l’Afrique de l’ouest. Les noix de cajou du Bénin sont parmi les meilleures, classées en qualité supérieure à celle du Ghana ou de Côte d’ivoire. Les noix de cajou sont exportées brutes au Vietnam et en Inde ; seules de petites  quantités sont traitées localement.

La production de noix de cajou du Bénin souffre d’un manque de soutien

 

Parmi les contraintes à la croissance, figurent le recours à des variétés à faible rendement, de mauvaises pratiques agricoles, le manque de financement adéquat, et le prix élevé des biens d’équipement et de conditionnement (sacs de jute). La filière d’exportation est informelle et dominée par une myriade de revendeurs individuels et semi professionnels, vendant aux commerçants indiens. En raison de ce caractère non officiel, les prix sont volatiles et les agents locaux ne retirent pratiquement aucun bénéfice du commerce, le pouvoir de négociation étant aux mains d’opérateurs étrangers qui possèdent et contrôlent toutes les informations sur les conditions de marché. La transformation locale fait également face à des obstacles redoutables et sa viabilité reste incessante. A l’heure actuelle, elle est encore embryonnaire, avec cinq usines (dont quatre ont été mises en place en 2011) traitant un total d’environ 5% de la production nationale. Le secteur de la transformation souffre de sa petite taille par rapport aux grandes usines de transformation de l’Asie et de toutes les contraintes qui pèsent sur l’activité industrielle au Bénin : le manque d’infrastructures (notamment de transport), le manque d’énergie fiable et de sources d’eau, le coût élevé du capital, le manque de main d’œuvre qualifiée, le coût relativement élevé de la main-œuvre africaine par rapport à l’Asie, enfin le manque d’information sur le marché. En outre, des processeurs du marché asiatique commercialisent les sous-produits de la transformation, réduisant ainsi les coûts unitaires, tandis que les Béninois ne le font pas.

La production d’ananas

 

Elle est en hausse rapide, en dépit d’une faible productivité et de sévères contraintes logistiques. La faible productivité (22tonnes/ha dans les plus modernes) provient en grande partie d’une mauvaise utilisation des intrants ; ainsi les fermes d’ananas utilisent souvent les engrais du coton inadéquats pour les noix, et les pratiques agricoles sont également mal adaptées. Le manque d’effectifs est également un problème, car la plupart  des entreprises productrices se situent dans l’Atlantique où la proximité des zones urbaines attire les travailleurs, loin du laborieux travail dans les fermes. La chaine des valeurs de l’ananas souffre également de la logistique inadéquate des transports béninois, ce fruit ayant une durée de vie critique. L’ananas est chargé en vrac sur des camions non réfrigérés et il est endommagé par les chocs sur les routes accidentées. Le transport est ralenti le long du chemin par une douzaine de barrages où il faut longuement négocier. Le fret aérien est irrégulier ; lorsqu’il n’y a pas d’espace de fret disponible, les fruits sont déversés sur le marché à un quart de leur prix. Le marché régional offre une petite porte de sortie supplémentaire, mais là encore, le transport reste extrêmement coûteux. Le gouvernement du Bénin doit améliorer sa logistique d’exportation à tous les niveaux.

Le beurre de Karité

 

Enfin le beurre de karité nécessite, comme le reste de l’économie, une formalisation. Bien que fortement soutenue par les donateurs, la production est encore largement informelle, la collecte se faisant sur les arbres qui poussent dans la nature. Ces arbres mettent 30 à 35 ans à pousser et sont menacés par la déforestation incontrôlée, en l’absence d’une bonne gestion forestière au Bénin. La plupart du travail est confiée aux femmes et s’effectue dans des conditions très difficiles. Le transport  est inorganisé, et se fait parfois dans des contenants de produits chimiques recyclés polluant la récolte. Un fois encore, le contrôle de qualité est inexistant et les transactions reposent sur la confiance.

Réorganiser les filières

 

Le gouvernement du Bénin devrait favoriser la réorganisation des filières, par l’amélioration du contrôle de la qualité, la promotion de la transformation locale, la promotion de laboratoires agréés, la dissémination de l’information, l’aménagement des pistes rurales, le renforcement des capacités, la fixation des normes et des fonctions de  vérification…

Thomas AZANMASSO

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise les cookies pour améliorer votre expérience. Êtes-vous d'accord ? Vous pourrez le désactiver à tout moment. Accepter Lire la suite