Café de la science : “Comment les gens se soignent à Cotonou ?“ : L’automédication et l’accès aux soins au cœur des échanges

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Des scientifiques, experts, et spécialistes des questions de santé au Bénin, ont été mobilisés sous la paillote de l’Institut français de Cotonou, ce jeudi, 27 septembre 2018, autour de la question “Comment les gens se soignent à Cotonou“. Ceci, dans le cadre des entretiens “Café de la science“, une initiative de l’Institut de recherche pour le développement (Ird), la Direction nationale de la recherche scientifique et de l’innovation (DNRSI), et le Cirad. De l’accès aux soins, à l’approvisionnement des médicaments en pharmacie, sans oublier l’apport de la médicine traditionnelle et surtout l’automédication, tous les aspects de la question ont été abordés…

De la communicative introduction présentée par Dr Marius Vignigbé sur la logique et pratiques de soins en milieu urbain au Bénin, il ressort que les populations n’adhèrent toujours pas aux soins de santé bien que Cotonou soit suffisamment pourvu en infrastructures sanitaires avec un personnel soignant de qualité disponible. Si la couverture en termes de besoins de soins et l’accès aux médicaments posent toujours problème, l’enquête menée par ce dernier révèle que le paludisme reste la morbidité la plus fréquente. Les difficultés financières et la situation géographique des centres de santé ont été évoquées comme principaux obstacles à l’accessibilité aux soins. La nature ou la gravité de la maladie conditionne également le choix des populations à recourir aux services de santé. Encore que le taux de disponibilité des médicaments n’est évalué qu’à 44% dans les centres de santé avec une rupture de stock pouvant aller d’une à vingt semaines. La disponibilité des médicaments efficaces ne résout donc toujours pas le problème d’accès aux soins. Toute chose qui laisse place à l’automédication. Que ce –soit des sources formelles ou informelles d’approvisionnement des produits médicamenteux, les populations investissent dans leur bien-être selon leur pouvoir financier. Outre les facteurs institutionnel, économique, socioculturel ou lié au médicament lui-même, Dr Marius Vignigbé déplore une communication insuffisante voire absente au cœur des soins de santé. Quant au médecin épidémiologiste, Dr Jean-Yves le Hesran, il a présenté à l’assistance, les aspects statistiques et épidémiologiques de l’accès aux soins à Cotonou. S’appuyant sur une enquête réalisée dans 630 foyers à Cotonou, il a exposé les contours des traitements pharmaceutiques et traditionnels sans oublier le fait que plusieurs personnes se procurent des médicaments le plus souvent à la pharmacie sans consultation médicale ni ordonnance.Concernant l’approvisionnement et l’accès aux médicaments dans les officines de pharmacie, Dr Louis Koukpemedji a également reconnu que l’automédication est largement répandue à Cotonou avec des aspects multiples et diversifiés. Et ceci, malgré que plus de 44% des pharmacies au Bénin sont concentrés à Cotonou. 121 sur les 277 que compte le pays. Comment s’approvisionnent-ils en pharmacie ? Il y a des clients qui s’y rendent avec une prescription médicale et d’autres s’offrent les médicaments à la pharmacie sur imitation d’une vieille ordonnance, après un coup de téléphone à leur médecin, suite à des recherches sur le net, sur conseils de pharmacien ou encore sur suggestion d’un ami ou proche.

Quid de la médecine traditionnelle…

La médecine traditionnelle s’est pareillement invitée dans les échanges. Des types de demandes reçues aux pathologies fréquentes traitées sans oublier les types de soins, Gabriel Salavi, praticien de la médicine traditionnelle, a démontré l’apport inestimable du traitement par les plantes. Selon lui, la médecine traditionnelle a connu une fréquentation de plus de 80%, d’après les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé. Il existe également des traitements à titre préventif avec la médecine traditionnelle, rassure-t-il. A sa suite, Dr Vincent de Paul Akoutey, médecin de santé publique, a évoqué le fonctionnement du système public de santé et surtout les raisons de renoncement aux services publics de santé par les populations. Selon les confidences des usagers, il s’agit entre autres, du mauvais accueil des patients, de la cherté des soins, du personnel incompétent, du mauvais suivi du patient, des soins de mauvais qualité, de l’insuffisance des équipements, et parfois de mauvaise qualité. Il a, par ailleurs, déploré la politisation à outrance des postes techniques, la forte syndicalisation du secteur, l’instrumentalisation des communautés dans la participation communautaire. Prenant la parole, le Représentant de l’Ird, Florent Engelman, s’est réjoui de la poursuite de l’initiative qui permet de mobiliser la communauté scientifique autour des questions d’intérêt général. Le Directeur national de la recherche scientifique et de l’innovation, Innocent Bokossa, a lui, rappelé que le “Café de la science“ permet aux chercheurs de communiquer sur les résultats de leurs recherches. Il a, par ailleurs, témoigné sa gratitude à l’Ird et au Cirad pour leur contribution auxdits débats scientifiques.

 

Aziz BADAROU

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