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Maître Fadhil Eric ADAMON, Notaire à Lokossa : « Jamais sans mon notaire ! »

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En Afrique, certaines habitudes ont la peau dure, comme celles qui consistent par exemple pour certains, à préférer aux banques, les fonds de placards, les vieilles boites de « Milo » ou les coffres forts pour planquer leurs économies et les bénéfices de leur commerce. Eh oui, ces usages ont encore cours de nos jours. Comme l’est cette pratique qui consiste à marginaliser la loi et à privilégier l’oralité et le secret dans la gestion et la matérialisation des actes les plus importants de la vie : mariage, divorce, successions, achat de biens immobiliers, création de société, etc. « La liberté commence là où finit l’ignorance » clamait Victor Hugo en son temps ! Comment récuser cette assertion si on sait que c’est par méconnaissance des dispositions de la loi que des Béninois continuent encore à se crêper le chignon dans les tribunaux parce que, tel aurait acheté un terrain à un héritier qui lui, l’aurait vendu à plusieurs autres, telle épouse après un divorce ne sait à quel saint se vouer après avoir été dépossédée des biens de son mari défunt, et que des héritiers ne savent comment régler la succession de leur parent décédé en l’absence d’un testament rédigé dans les règles de l’art. Que de litiges, de perte de temps, d’énergie et d’argent ! Tout cela aurait pu être évité. Il aurait suffit d’une simple consultation, un conseil avisé du notaire pour éviter les regrets et les drames parfois irréparables ! Libérez-vous donc des chaines de l’ignorance et de l’inconscience, consultez votre notaire. Oui, mais encore faudrait-il en avoir un et savoir exactement en quoi il peut nous être utile. Si l’avocat est la star des métiers juridiques, s’il est celui à qui on pense de facto pour régler les conflits, le notaire passe pour celui qui permet de les éviter. Avoir un notaire c’est comme avoir un médecin de famille. Et, ce n’est certainement pas Fadjil Adamon qui me contesterait. En 2010, âgé de 38 ans, muni de son diplôme du Centre de Formation Professionnelle Notariale de Paris, et armé de son amour pour le droit, il fait son entrée dans ce cercle que j’ai toujours pensé à tort peut-être, comme fermé et réservé à une certaine élite du pays. Je vous parlais des habitudes qui ont la peau dure, il en est donc de même des préjugés, n’est-ce pas ? Non, le notariat n’est pas une institution de bourgeois suffisants et condescendants, et les notaires ne sont pas tous vieux et austères. Et, pour exercer ce métier pas besoin d’être un grand orateur, un fougueux pour électriser les jurés dans une cour ou désarçonner l’adversaire. Hé bien cela tombe à pic, parce que Fadhil Eric n’est pas l’homme des grands discours, et même s’il m’a confié avoir fait du théâtre au Collège, il avoue avec humilité ne pas être assez grand acteur pour rivaliser de bagout et de jeu de gestes comme le font avec brio les avocats.
Maitre Adamon est né en France où il fera des études de droit. Après son Bac littéraire, il savait déjà qu’il s’orienterait vers les métiers juridiques. Il a toujours su la voie dans laquelle il voulait s’engager. « ça a toujours été le droit. J’aurais pu devenir avocat, mais j’ai préféré un métier où des défis restent encore à relever où il y a encore matière à faire », indique le jeune notaire. Un métier où il n’y a pas foule pourrais-je dire. Justement, c’est ce qui a séduit Me Adamon qui regrette que son métier demeure encore un mystère, une sorte de nébuleuse pour ses concitoyens. Le souhait de notre Manager est que le recours au notaire se banalise, comme c’est le cas notamment en France, où le métier est enraciné dans les mentalités et la culture depuis des siècles. La Chambre nationale des notaires du Bénin, compte trente-cinq notaires répartis sur l’étendue du territoire Béninois. Maître Fadhil Eric Adamon dirige sa charge à Lokossa où il a été nommé.

Par Djamila Idrissou Souler ( Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. )

Pourquoi selon vous, le métier de notaire n’est pas aussi populaire que celui de l’avocat ?

C’est que de façon générale, le Notariat est peu connu du grand public, pour ce qui touche aux services que l’on peut rendre à nos populations. Du coup, on s’imagine que nos métiers ne concernent que les nantis. Au contraire, l’avocat est perçu comme le défenseur de la veuve et de l’orphelin pour reprendre une formule consacrée. Il est difficile de rivaliser avec  une telle idée, qui est d’ailleurs exacte en partie.


Oui, justement est-ce que vous-mêmes (les notaires) ne contribuez pas à donner cette image de vous ? Une image de gens snob, faisant parti d’une élite, d’un cercle fermé ?

S’il est vrai qu’il n’est pas donné à tous d’embrasser une profession noble, on ne peut pas pour autant dire, qu’à ce jour, la profession soit fermée. On peut être une profession ouverte mais élitiste, car ces deux qualités ne sont pas antinomiques.


Comment devient-on notaire au Bénin ?

La voie la plus répandue  dans le notariat actuel, consiste à entamer, après une maitrise en droit au minimum, un stage dans un Office notarial. Après plusieurs années de stage, et à condition d’avoir un certain niveau bien entendu, vous pourrez figurer au registre des stagiaires tenu par la Chambre nationale des notaires du Bénin. Cela va vous permettre de passer après cinq années de stage ou plus, le Certificat d’aptitude à la profession de Notaire, qui permet de déterminer, comme son nom l’indique, ceux qui pourront postuler à l’attribution de charge. En effet, notre métier s’exerce dans le cadre d’une charge qui doit avoir été créée par l’Etat dans telle ou telle localité du pays.

Cette attribution de charges se fait après un autre test appelé test de classement, à la sortie duquel votre rang détermine la ville dans laquelle vous serez nommé par le chef de l’Etat pour exercer votre profession.

La nomination par le Président de la République permet de comprendre que le notaire, en tant qu’Officier public et ministériel, est détenteur d’une parcelle de la puissance publique. C’est pour cette raison qu’il est habilité à conférer l’authenticité aux actes qu’il reçoit. C’est sans doute également ce qui explique la perception élitiste que vous évoquiez plus haut.
 Il est également possible, à condition d’en avoir les moyens matériels, d’aller faire son notariat dans un autre pays qui reconnaît les mêmes principes généraux du droit que nous, en France notamment, ou encore dans un pays de la sous-région. En toutes hypothèses, le passage du test de classement est l’étape finale.

J’indique enfin pour information, qu’il existe depuis plusieurs années un ouvrage intitulé Textes Fondamentaux, du Notariat Béninois, qui est en vente dans toutes les librairies de la place moyennant la modique somme de 2000 Francs. Il est donc loisible, notamment à tout étudiant, de se procurer cet ouvrage et de s’informer sur les critères académiques et d’expérience, qui conduisent à ce noble métier.


Trente-cinq notaires pour tout le pays ! Vous trouvez cela normal ?

Comme je l’ai dit précédemment, les populations béninoises ne savent pas exactement ce que font les Notaires. Ce n’est pourtant pas faute de communiquer, et à cet égard la Chambre nationale des notaires du Bénin fait beaucoup de choses, mais il semble qu’il faille aller plus loin.

Cette ignorance de nos missions fait que nos études, notamment à l’intérieur du pays, ne reçoivent pas beaucoup de visites des populations, sauf lorsqu’elles y sont obligées. C’est le cas pour les procurations et les testaments essentiellement. C’est la raison pour laquelle ce nombre est suffisant si l’on considère la sociologie actuelle du Bénin.

La réponse serait toute autre, si les pouvoirs publics décidaient de confier aux notaires leur matière de base, celle pour laquelle ils ont été longuement formés : l’immobilier. Dans les pays dont notre droit s’inspire, notamment en France, la question immobilière et les transactions sont exclusivement du ressort des Notaires et cela ne présente que des avantages, y compris pour l’Etat, qui est au moins certain de récupérer les droits de mutations.  


Que fait l’ordre des notaires pour aider à l’évolution des mentalités afin que le recours au notaire devienne chose banale au Bénin ?

La Chambre nationale des notaires du Bénin communique par divers canaux pour entretenir les populations et les pouvoirs publics, de l’importance du Notaire dans l’environnement économique béninois. Je peux citer  entre autres, les journées portes ouvertes que la chambre organise chaque année dans diverses localités de notre pays et qui permettent d’informer tous les citoyens sur les matières qui relèvent de nos compétences. On peut citer par ailleurs la Minute du Notaire, émission télévisée désormais bien connue des populations, et qui permet encore et toujours, de déblayer le terrain et nous rendre plus visibles.   

Le notaire joue un rôle important lors de la création d’une entreprise. A quel point êtes-vous impliqué ? Et que dire de la réforme entreprise par le Gufe ?

La réforme à laquelle vous faites référence, c’est en réalité le nouvel Acte uniforme sur les sociétés commerciales, qui par ses dispositions, ouvre le champ à la possibilité de créer une Sarl  sans intervention du Notaire.

Le rôle que joue le Gufe s’inscrit dans le droit fil des textes dont le Bénin s’est doté lors de l’entrée en vigueur de ce nouvel acte uniforme. Ce rôle, régalien, consiste à accompagner les créateurs de sociétés dans leur démarche entrepreneuriale, en facilitant notamment les formalités, que l’on jugeait jusque-là trop longues et trop onéreuses.
Bien entendu, nous, notaires, continuons d’être les conseils de nos clients car la création d’une société est une affaire sérieuse, qui requiert l’intervention de professionnels du droit.  Notre partenariat avec le Gufe est donc toujours actif, et le restera  toujours, puisqu’en fait, nos objectifs sont les mêmes sur ces questions.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez souvent dans l’exercice du métier ?

Il n’existe pas de métier sans heurts et le nôtre n’échappe pas à cette règle. Il n’est par exemple pas toujours facile de gérer les conflits intra familiaux auxquels nous assistons dans le cadre des successions. On peut citer aussi les multiples problèmes que nous pose une profession purement informelle, celle de démarcheurs immobiliers. C’est une spécificité  négative de notre pays, que de laisser des personnes qui n’ont aucune formation juridique, s’investir systématiquement dans les ventes immobilières, quitte à les empêcher quelquefois. Il suffirait pourtant là aussi que les pouvoirs publics nous consultent et qu’ensemble, nous réfléchissions à une réglementation afférente à cette profession qui devra alors se formaliser et, ce faisant, générer des taxes au profit de l’Etat.


Après vos études, vous avez décidé de rentrer au pays pour exercer votre profession. Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?

J’ai travaillé plusieurs années en région parisienne, avant de décider de rentrer dans mon pays d’origine. J’aurais pu en effet rester en France où je suis d’ailleurs né. Mais il n’est pas sûr que j’y aurais fait une carrière plus intéressante qu’ici, car vous savez que le racisme et les préjugés sont une réalité indéniable en Occident. Savez-vous combien de notaires exercent en France ? Environ 7000. Savez-vous combien sont d’origine africaine ? Moins de 10. Je vous laisse tirer les conclusions qui en coulent, quand on connaît la propension des étudiants africains à étudier le Droit.  


Donnez-nous quelques exemples de choses à ne pas faire sans son notaire

Il y en a une foultitude. Votre notaire doit intervenir dans tous les actes importants de votre existence : création de société, acquisition immobilière, mariage, testament, obtention d’un important financement. C’est le seul moyen de se voir expliquer par un professionnel, ce à quoi vous vous engagez par votre signature.

Partagez avec nous une anecdote, un insolite que vous aurez vécu dans votre office avec un client.

Les cas sont foison et sont toujours liés à la matière immobilière : il faudrait que nos pouvoirs publics parviennent, grâce à l’instauration d’un cadastre notamment, à rendre obligatoire le recours à l’acte authentique, pour toutes les transactions immobilières.  

J’ai vécu récemment la situation malheureusement classique d’un client qui, il y a une décennie, a acquis une parcelle, a signé simplement une convention sous seing privé avec son vendeur, et a conservé cette convention tel un trésor, par devers lui, pendant tout ce temps. Après qu’il ait édifié une bâtisse de plusieurs niveaux sur ladite parcelle, il a reçu récemment la visite d’un charmant jeune homme, également acquéreur de la même parcelle, et dont le notaire a eu la prudence d’obtenir le titre foncier. Le vendeur étant décédé entre temps, il va de soi qu’un minimum de précaution aurait évité à cette victime d’une double vente, les déboires que vous pouvez aisément imaginer.

Le recours au Notaire en matière immobilière, quel qu’en soit le coût, n’est pas un luxe, c’est une impérieuse nécessité si notre pays veut vraiment faire sa mue et répondre à l’appel du futur.

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Dernière modification lemardi, 06 janvier 2015 09:44
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