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Assomption: Marie a été «assumée» corps et âme au ciel

assomption

Pour les catholiques, le 15 août est la fête de l’Assomption de Marie, appelée Dormition de la Vierge chez les orthodoxes. Créée toute pure par la grâce de Dieu, Marie ne pouvait pas connaître la dégradation de son corps dans la mort. C’est la tradition populaire qui, tout au long des siècles, a poussé l’Eglise à définir l’Assomption de Marie comme un dogme, en 1950. Retour sur le sens toujours renouvelé de l’une des plus grandes fêtes du christianisme.

Marie a été « assumée »


Marie a accueilli sur terre son Fils venu du ciel et Lui accueille au ciel sa mère avec tous ses disciples. Marie n’est pas « montée » : elle a été « assumée » c’est-à-dire prise-avec. Son Fils Jésus, parce que Fils de Dieu, a pu effectuer son « Ascension » près de son Père et il pouvait dire : « Je monte vers mon Père » (Jn 20, 17).
Confesser l’Assomption de Marie, c’est croire que l’humanité n’est pas enfermée dans « la sphère terrestre », qu’elle s’accomplit dans un passage au Père qu’elle est incapable de réaliser par elle-même car ni ascèse ni mystique, ni politique ni science ne peuvent introduire dans le Royaume de Dieu.
C’est également s’engager à vivre dès maintenant à son exemple dans l’amour, un amour vrai qui s’abaisse, qui « descend » dans le service pour se laisser « monter » dans la Gloire.
Ensuite c’est espérer être « pris par » l’Esprit non dans l’espace des planètes mais dans « la Maison du Père », c’est-à-dire dans une communion et une paix où tous les humains se reconnaissent comme enfants du même Père.

Corps et âme


Les premiers chrétiens n’ont pas gardé trace de Marie : sa grandeur unique était ce qu’elle avait vécu, ce que les évangiles disaient d’elle. La dévotion à son endroit ne consistait pas à se rendre sur les lieux précis de son existence passée mais à croire en sa présence actuelle, au sein de l’Eglise. En effet la dernière fois où les Ecritures parlent d’elle, c’est pour signaler sa présence au cénacle où elle priait en compagnie des apôtres et des autres femmes dans l’attente de l’Esprit promis par son Fils (Ac 1, 14). Luc ne dit rien de « son enlèvement » ultérieur. Marie est en prière pour que nous suivions son chemin.
« Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, ou qui se trouvent engagés dans les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la Patrie bienheureuse » (Vatican II- L’Eglise - § 62)

La grandeur du corps


La fête de l’Assomption souligne la grandeur du corps : celui-ci n’est pas que l’enveloppe de l’âme, la dépouille que l’on peut abandonner à sa destruction.
Le christianisme, contre toutes les critiques qui courent, tient au respect du corps. Le sommet de l’Amour de Dieu n’est-il pas que son Verbe ait pris un corps humain et se soit « incarné » ? La grandeur de Marie n’est-elle pas d’avoir donné corps à Celui qui était Esprit ? Le sommet de la haine des hommes n’est-elle pas d’avoir crucifié un corps ? Jésus n’a pas proclamé un message pour âmes pieuses, il a toujours montré de la compassion pour tous ces corps blessés par la maladie ou abîmés par un handicap. Jamais il n’a parlé de résignation, sans cesse il a cherché la guérison.
Le corps enlevé au ciel n’est pas un prodige à expliquer : c’est la façon d’affirmer que le corps qui doit retourner à la poussière (Gen 3, 19) peut, par grâce, devenir lumière.


L’Assomption de Marie au Ciel : l ’historique


La chrétienté a cru à l’Assomption de la Vierge Marie dès les tous premiers siècles de son histoire et la tradition de la fête officielle de l’Assomption remonte ainsi probablement au VI° siècle déjà.
Comme l’écrit Mgr Michel Dubost (évêque de France) dans son livre «Marie» (ed. Mame, Paris 2002) : «La fête de l’Assomption est née à Jérusalem, mais il est difficile de savoir à quelle époque. L’origine de la fête vient peut-être de la consécration par l’évêque Juvénal (422-458) d’une église dédiée à Marie, à Kathisma (étape supposée de la Vierge entre Nazareth et Bethléem). Elle a plus probablement pour origine la consécration d›une autre église à Gethsémani, à côté de Jérusalem, au VI° siècle. Quoi qu›il en soit, la fête fut étendue à tout l›Empire par l›empereur Maurice (582-602) sous le nom de Dormition de la Vierge Marie. Elle fut toujours célébrée le 15 août. L›année liturgique des Orientaux commençant le 1er septembre, elle s›ouvre vraiment avec la Nativité de la Vierge et se clôt avec son entrée dans la gloire le 15 août.»
Mais ce ne sera qu’au milieu du XX° siècle que l’Assomption de la Vierge Marie, sera proclamée «dogme de l’Eglise», par le pape Pie XII, en 1950.
«Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort» (Vatican II, Lumen gentium §59).
L’Assomption de la Sainte Vierge est une participation singulière à la Résurrection de son Fils et une anticipation de la résurrection des autres chrétiens»


Pie XII proclame le dogme de l’Assomption


[Le dogme s’appuie sur les écrits anciens, sur la foi des fidèles et sur la liturgie]
Alors, puisque l’Eglise universelle, en laquelle vit l’Esprit de vérité, cet Esprit qui la dirige infailliblement pour parfaire la connaissance des vérités révélées, a manifesté de multiples façons sa foi au cours des siècles, et puisque les évêques du monde entier, d’un sentiment presque unanime, demandent que soit définie, comme dogme de foi divine et catholique, la vérité de l’Assomption au ciel de la Bienheureuse Vierge Marie - vérité qui s’appuie sur les Saintes Lettres et ancrée profondément dans l’âme des fidèles, approuvée depuis la plus haute antiquité par le culte de l’Eglise, en parfait accord avec les autres vérités révélées, démontrée et expliquée par l’étude, la science et la sagesse des théologiens - nous pensons que le moment, fixé par le dessein de Dieu dans sa Providence, est maintenant arrivé où nous devons déclarer solennellement cet insigne privilège de la Vierge Marie.

[La proclamation dogmatique glorifie Dieu en orientant les hommes vers Dieu]

Nous, qui avons confié Notre pontificat au patronage particulier de la Très Sainte Vierge, vers qui Nous Nous réfugions en tant de vicissitudes des plus tristes réalités, Nous qui avons consacré à son Coeur Immaculé le genre humain tout entier en une cérémonie publique, et qui avons éprouvé souvent sa très puissante assistance, Nous avons une entière confiance que cette proclamation et définition solennelle de son Assomption apportera un profit non négligeable à la société humaine, car elle tournera à la gloire de la Très Sainte Trinité à laquelle la Vierge Mère de Dieu est unie par des liens tout particuliers.
Il faut, en effet, espérer que tous les fidèles seront portés à une piété plus grande envers leur céleste Mère ; que les âmes de tous ceux qui se glorifient du nom de chrétiens, seront poussées au désir de participer à l’unité du Corps mystique de Jésus-Christ et d’augmenter leur amour envers Celle qui, à l’égard de tous les membres de cet auguste corps, garde un coeur maternel.
Et il faut également espérer que ceux qui méditent les glorieux exemples de Marie se persuaderont de plus en plus de quelle grande valeur est la vie humaine si elle est entièrement vouée à l’accomplissement de la volonté du Père céleste et au bien à procurer au prochain ; que, alors que les inventions du «matérialisme» et la corruption des moeurs qui en découle menacent de submerger l’existence de la vertu et, en excitant les guerres, de perdre les vies humaines, sera manifesté le plus clairement possible, en pleine lumière, aux yeux de tous, à quel but sublime sont destinés notre âme et notre corps ; et enfin que la foi de l’Assomption céleste de Marie dans son corps rendra plus ferme notre foi en notre propre résurrection, et la rendra plus active.

[La définition dogmatique]

C’est une très grande joie que cet événement solennel arrive, par un dessein de la Providence de Dieu, alors que l’Année Sainte suit son cours, car ainsi nous pouvons, pendant la célébration du très grand Jubilé, orner le front de la Vierge Mère de Dieu de ce brillant joyau et laisser un souvenir plus durable que l’airain de Notre piété très ardente envers la Mère de Dieu.
Nous proclamons, déclarons et définissons que c’est un dogme divinement révélé que Marie, l’Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste.

[Aspects disciplinaires]
C’est pourquoi, si quelqu’un - ce qu’à Dieu ne plaise - osait volontairement nier ou mettre en doute ce que Nous avons défini, qu’il sache qu’il a fait complètement défection dans la foi divine et catholique. Et pour que Notre définition de l’Assomption au ciel de la Vierge Marie dans son corps parvienne à la connaissance de l’Eglise universelle, Nous voulons que Nos
lettres apostoliques présentes demeurent pour en perpétuer la mémoire, ordonnant que les copies qui en seront faites, ou même les exemplaires qui en seront imprimés, contresignés de la main d’un notaire public, et munis du sceau d’une personne constituée en dignité ecclésiastique, obtiennent foi absolument auprès de tous, comme le feraient les présentes Lettres elles-mêmes si elles étaient exhibées ou montrées.
Qu’il ne soit permis à qui que ce soit de détruire ou d’attaquer ou contredire, par une audacieuse témérité, cet écrit de Notre déclaration, décision et définition. Si quelqu’un avait la présomption d’y attenter, qu’il sache qu’il encourrait l’indignation du Dieu Tout-Puissant et des bienheureux apôtres Pierre et Paul.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, l’année du très saint Jubilé mil neuf cent cinquante, le premier novembre, en la fête de tous les Saints, de Notre pontificat la douzième année.»
Pie XII,
Constitution apostolique «Munificentissimus Deus», définissant le dogme de l’Assomption, 1er novembre 1950

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