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Didier Maixent Djeigo, Directeur général de l’Anpe : « Ne confondons pas chômage et oisiveté »

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« Les gens qui veulent fortement une chose sont presque toujours bien servis par le hasard », disait Honoré de Balzac. Ceux qui ne croient pas au hasard emploieront alors, sans doute, l’expression de « logique divine », selon le mot de George Bernanos. Vous connaissez peut-être déjà l’histoire. Si oui, je ne ferai que vous rafraîchir la mémoire ou sinon, vous donner une information qui certainement ne changera pas radicalement le cours de votre existence, mais vous permettra de réaliser que certains actes les plus désintéressés et souvent d’ailleurs justifiés, que nous posons dans la vie, nous reviennent parfois d’une manière déguisée sous une autre forme. Pour la petite histoire donc, nous sommes en 2006 ; Didier Maixent Djeigo est alors Président national de la Jeune chambre international Bénin. Il organise un concours, celui des jeunes entrepreneurs les plus remarquables de cette année-là. Sur la liste des récipiendaires une certaine Reckya Madougou. Quelques années plus tard, la jeune dame reconnue pour ses talents de leadership devient ministre de la Microfinance. Elle se souvient du dynamique entrepreneur et reconnaît en lui la personne la plus apte à ses yeux, de prendre la direction de la structure en charge de gérer la cruciale et préoccupante question de l’emploi au Bénin.
La nouvelle de sa nomination lui arrivera au retour de sa séance de sport hebdomadaire. Didier Maixent Djeigo s’en souvient encore : « c’était un dimanche du mois de novembre 2010, je revenais du sport, ma femme m’accueille et me présente ses félicitations ». Il est d’abord pris d’un sentiment d’appréhension. Comme il avoue lui-même, à ce moment-là, il connaissait très peu l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi (Anpe).
Moulé dans le privé il lui fallait composer avec un nouveau monde, un autre mode de gestion. Cependant, aujourd’hui, il bénit le ciel pour cette opportunité qui lui a été offerte. Pour lui, être le Directeur général de l’Anpe, c’est une occasion de mieux connaitre son pays et de le servir, d’être au cœur de la décision. La motivation n’a pas pris une ride depuis, cependant que les challenges eux sont de taille et les opportunités d’emplois, surtout chez les jeunes, se réduisent comme une peau de chagrin.

Je suis chômeur, je cherche un travail, je viens frapper à la porte de l’Anpe. Est-ce que mon problème est réglé ?

On peut déjà commencer par avoir un début de solution dès qu’on a frappé à la porte. C’est une manière d’introduire nos échanges pour dire qu’il faut déjà aller frapper à la porte. Parce que si la solution existe, elle n’existe pas pour ceux qui restent chez eux. Elle existera pour ceux qui s’approchent de l’Anpe. Si vous n’allez pas sous l’arbre, vous ne saurez pas s’il porte des fruits. L’autre étape, c’est d’utiliser l’échelle qu'il y a sous l’arbre pour monter à la hauteur du fruit et le cueillir, parce que vous avez beau être sous l’arbre, si vous attendez que le fruit murisse, souvent, il est pourri avant de tomber, c’est-à-dire, ou d’autres le consomment, ou d’autres saisissent cette opportunité. En tout cas vous n’avez pas la meilleure des opportunités. En un mot, il faut aller vers le service public d’emploi qu’est l’Agence Nationale Pour l’Emploi, il faut se faire enregistrer dans la base de données, bénéficier des prestations des experts qui sont dans les 12 antennes départementales sur toute l’étendue du territoire. Nous avons communiqué largement il y a quelques semaines sur l’antenne de Pobé qui a été ouverte. Une fois que vous arrivez au sein de ces antennes, vous êtes accueillis, écoutés, orientés par les techniciens que sont les conseillers en emploi. Le conseiller en emploi vous donne alors un rendez-vous et tient une séance de travail avec vous en tête-à-tête. A ce moment, le conseiller pourra prescrire, j’emploie le mot à dessein, les mesures qui sont structurées sous forme de programmes.

Quels sont les différents programmes proposés ?

Il y a des programmes dédiés à la promotion de l’emploi salarié et de l’emploi indépendant. Globalement, nous avons le  Programme d’appui à l’emploi salarié (Paes), qui nous permet de mettre en stage les jeunes diplômés dans les structures gouvernementales, mais aussi dans les entreprises privées. Depuis 2 ans, c’est une réforme majeure que nous avons introduite. 25% de  l’effectif de ces stagiaires sont orientés vers le secteur privé, parce que nous sommes persuadés que c’est au sein de ce secteur qu’ils ont la meilleure des possibilités d’apprentissage, donc de renforcement de leurs capacités et de leur employabilité, c’est-à-dire leur potentiel de pénétration du marché de l’emploi.

Bon à cette étape, je suis toujours dans mon statut de chômeur. Le processus à l’air long…

(Sourire) Oui ! C’est comme dans un restaurant. On vous donne le menu et après discussion avec le serveur, vous choisissez ce qui est beaucoup plus adapté à vos goûts et dans ce cas précis, à votre profil. Vous avez des mesures et en attendant de trouver du travail, on vous les présente et on vous insère dans l’une d’elles. Toute chose qui peut mieux vous préparer à trouver du travail. L’Anpe ne crée pas des emplois. Ce sont les entreprises qui en créent. L’Anpe est le service public qui vous accueille, vous accompagne, vous appuie et vous oriente dans la recherche du travail.

Le chemin semble long. Quel délai s’écoule réellement entre le moment où je frappe à votre porte et celui ou vous me trouvez un emploi ?

On n’a pas fait d’études particulières sur la question. Il y a des études qui existent. Mais laissez-moi toutefois vous dire que cela peut s’exprimer en minutes, en heures ou en années. Je vous explique. A l’Anpe, ce que nous appelons le cœur du métier du service public, c’est l’intermédiation entre l’offre et la demande d’emploi. C’est-à-dire qu’au quotidien, les conseillers en emploi vont dans les entreprises prendre les offres d’emploi qui existent  pour les mettre en relation avec les profils qui sont dans notre base de données. Si la veille, l’antenne reçoit une offre d’emploi relative au recrutement d’un cuisinier avec une expérience de 5 ans, spécialisé dans la cuisine thaïlandaise et que, le lendemain, un chercheur d’emploi s’inscrit dans la base et  remplit les conditions, il sera mis en relation. Après les tests, s’il est retenu, cela s’exprime alors en heures. Donc, il faut déjà dire que notre cœur de métier est cette intermédiation que nous menons au quotidien. Vous venez, vous avez tel profil, nous l’enregistrons dans notre base de données. Si ça répond à des demandes, des offres qui existent, eh bien, nous faisons ce que l’anglais appelle le « matching », c’est-à-dire la mise en relation, et si vous arrivez à bien vous défendre devant cette entreprise qui recherche votre profil, vous avez trouvé un emploi.

Souvent, nous avons un a priori. On se dit que l’Anpe est réservée à ceux qui veulent travailler dans le service public, et que si l’on veut du travail dans le privé, il faut démarcher soi-même avec son cv.

Il faut bien insister sur le fait que L’Anpe est un service public à la disposition de tous les béninois chercheurs d’emplois, de tous les chefs d’entreprises. Ainsi, Matin Libre par exemple peut s’inscrire dans notre base de données et bénéficier d’un accompagnement de l’Agence. L’Anpe est aussi au service des centres de formation et des autorités locales, par exemple les Mairies. Nous sommes le carrefour de l’emploi et nous intervenons, au regard de la transversalité de la question de l’emploi, dans tous les secteurs où on parle de développement donc de création d’emplois. Quand vous venez à l’Anpe, nous vous prenons la main, et si nous avons des offres d’emploi, vous en bénéficiez tout de suite. Mais en attendant, que les offres ne viennent, nous ne vous laissons pas, nous renforçons vos capacités à travers des formations qui ont lieu au sein même de l’antenne, des formations qu’on appelle T.R.E (Technique de Recherche d’Emploi) et cela de façon gratuite.

Résumons, si vous le voulez bien, les trois mesures majeures à la disposition des chercheurs d’emplois enregistrés à l’Anpe.

1ère étape. Quand vous venez à l’Anpe, on vous accueille et vous remplissez une fiche d’enregistrement. On vous programme pour que le conseiller en emploi vous écoute. Si entre temps, après votre enregistrement dans la base de données que nous appelons Accueil-Emploi, (qui est un logiciel, qui nous permet de faire l’intermédiation ; une base de données au sein de laquelle nous enregistrons et les chefs d’entreprises et les chercheurs d’emplois qui viennent nous voir), il y a des offres d’emplois, nous faisons la mise en relation et vous avez votre emploi. Si nous n’avons pas à ce moment-là, une offre qui corresponde à votre profil, nous vous programmons pour un entretien et pour une formation à l’antenne.

2ème étape. Dès que l’Anpe lance le programme d’appui à l’emploi salarié, (cela se fait tous les ans), "les stagiaires Anpe" dont on parle, nous sélectionnons parmi ceux qui répondent aux profils demandés par les structures publiques et privées. Nous avons souvent le cœur gros, car nous n’arrivons pas à offrir l’opportunité à tout le monde compte tenu du budget. Nous sélectionnons dans le lot et nous faisons bénéficier à une majorité de ceux qui sont demandeurs.

3ème étape. En dehors du PAES, il y a le Paei (Programme d’Appui à l’Emploi Indépendant) ou le bénéficiaire est formé depuis l’idée d’entreprise jusqu’à la rédaction de business plan et puis il y a le Programme de Renforcement des Capacités des Demandeurs d’Emploi (Rcde). C’est un programme de perfectionnement en vue d’une reconversion.
Voilà 3 mesures majeures qui sont à votre disposition en attendant que vous puissiez trouver votre emploi. Et, nous considérons que pour les 2 dernières mesures, trouvez votre emploi, c’est créer votre entreprise.

Tous ces programmes lancés, mis en route, pouvez-vous en faire un bilan déjà ?

En début d’année, nous avions planifié 1500 bénéficiaires du Paes, nous avons dépassé cette prévision puisque nous sommes à 1600. L’année dernière, on en avait fait 1300. Nous avons 200 bénéficiaires du Rcde cette année, c’est-à-dire 200 personnes qui ont été renforcées dans leurs capacités en agriculture, en élevage et en transformation. En ce qui concerne le Paei, nous formons au titre de cette année 600 personnes destinées à devenir des chefs d’entreprise. Pour le Partenariat décentralisé pour l’emploi (Pades), 154 personnes seront mises à la disposition des mairies pour être embauchées. Nous avons planifié 2 personnes par commune.


Et globalement, combien d’emplois ont été créés ?

Il faut avouer que notre talon d’Achille, c’est le système d’informations sur le marché de l’emploi. Et c’est également le cas dans les autres secteurs, que ce soit au niveau de la santé, des médias, etc. Aujourd’hui au risque de me tromper, je ne peux pas avancer de chiffres. Mais je peux citer des domaines où des emplois ont été créés. Seulement, je vous garantis qu’une étude se fait actuellement pour recenser tous les emplois générés par les programmes et projets gouvernementaux des trois dernières années au Bénin…

Mais d’où viennent alors les chiffres cités çà et là. J’ai lu quelque part que 30.000 emplois ont été créés cette année.

Ces chiffres concernent les emplois salariés, les salariés que l’Etat a embauché. Ça ne suffit pas. Il y a des activités, des initiatives, qui sont génératrices d’emploi, imaginez le secteur des Btp, ou plutôt les travaux à grande intensité de main d’œuvre, les routes qui sont tracées. C’est beaucoup d’emplois. Mais on n’a pas un dispositif de comptabilisation de ces emplois-là. Donc si j’avance des chiffres, ce ne serait pas rigoureux. Si vous prenez le micro crédit, chaque femme qui reçoit le micro crédit, c’est un emploi qui est créé. C’est de l’auto emploi. Cette dame qui a son micro crédit fait partie de la catégorie de personnes qu’on sort ainsi de la pauvreté, qu’on autonomise et donc qu’on peut comptabiliser dans les réalisations de créations d’emplois. L’étude en cours de réalisation pourra bientôt nous dire combien d’emplois le Bénin a pu créer en 2011, 2012 et 2013.

Le Bit dit justement que pour que le Bénin puisse réellement sortir de la pauvreté et se développer il faut qu’il réussisse à créer jusqu’à 110.000 emplois par an. Un peu utopique, n’est-ce pas ?

Nous n’allons pas baisser les bras en disant que c’est utopique mais nous allons surtout dire que c’est très technique. Le Bit a des définitions, des standards qu’il faut savoir utiliser intégralement. J’ai l’impression que nous les manipulons selon nos volontés. Quand ça nous avantage, nous épousons les définitions du Bit. Quand cela ne nous arrange pas, on n’en veut pas. Par exemple, quand vous prenez la définition rigoureuse du Bit du chômage, nous avons un taux de 3% de chômage au Bénin. Au sein des jeunes de 16 à 25 ans, en zone urbaine ce taux peut monter jusqu’à 7 ou 8%, mais au plan national c’est 3%. Par contre nous avons un taux de sous-emplois (beaucoup de jeunes Béninois sont en situation de sous emplois) assez élevé donc c’est pourquoi le taux de sous-emploi est de l’ordre de 53%.
Nous avons décidé de renforcer les statistiques du secteur de l’emploi, c’est pour ça que nous avons engagé trois études dont les résultats sortiront d’ici la fin de l’année. Et l’année prochaine, nous nous engageons à faire mieux, à faire des enquêtes emplois. Ce sont des enquêtes sur l’emploi avec un certain nombre de questions, d’indicateurs à renseigner chaque année. Et là, nous pourrons vous dire si les 110.000 qui viennent sur le marché de l’emploi sont des chiffres vrais.

Globalement dites-nous, la situation de l’emploi au Bénin, est-elle alarmante? Comment a-t-elle évolué depuis la création de l’Anpe ou à défaut quand que vous en preniez la charge ?

Je ne vais pas dire alarmant, mais plutôt préoccupant. Aussi bien hier qu’aujourd’hui et j’espère que demain beaucoup moins. L’emploi reste une question préoccupante. C’est une question on va dire difficile économiquement parlant, c’est une question sensible politiquement parlant et très délicate au plan social. Vous savez que dans les pays dits développés, la question se pose de manière plus cruciale que chez nous. Les "indignés de l’Espagne", c’est une expression majeure de ce que dans un pays développé, l’emploi peut être une question hyper préoccupante.

On ne saurait comparer la situation de nos pays à celle des pays développés. Au moins, dans ces pays, il y a des mesures  sociales. Les gens sont payés pour être au chômage. Que fait le Bénin pour ses chômeurs ?

J’aime beaucoup votre expression : ils sont payés pour être au chômage. On ne va pas payer les gens pour être au chômage (sourire). Au Bénin, c’est un luxe d’être chômeur dans le sens strict des pays occidentaux. Cependant, nous avons des mesures d’accompagnement : offrir la possibilité à tous les diplômés de faire un an de stage et de bénéficier d’une allocation de stage pendant la période. Le montant de cette allocation est de 50.000 FCFA en moyenne. Cette somme varie en fonction du diplôme obtenu et peut donc être inférieure ou supérieure à ce taux. En espérant que nous ayons suffisamment de moyens pour que les chômeurs puissent pointer, comme on le dit ailleurs, pour obtenir leurs allocations de chômage, et je ne souhaite même pas que l’on en vienne là. Mon souhait, c’est que l’on puisse réellement accompagner les jeunes à se prendre en charge, à s’autonomiser. Ça veut dire, renforcer les capacités de celui qui par exemple, a décidé d’entreprendre dans le maraichage, le former en théorie et en pratique et lui offrir les moyens de s’installer. En novembre prochain, nous lançons le  Programme emploi des jeunes (Pej), financé par la Banque mondiale à plus de 17 milliards de FCFA. Ce programme va spécifiquement s’occuper de la formation de jeunes artisans en Certificat de qualification professionnelle (Cqp) et en Certificat de qualification métier (Cqm). Ce sont des certificats qui viennent remplacer ce qu’il y avait comme mesures traditionnelles, les Examens de fin d’apprentissage traditionnel (Efat), pour que l’apprenant quand il sort de son apprentissage puisse avoir son parchemin. Après ça, il sera pris en charge en termes de formation à l’auto emploi pour devenir un chef d’entreprise et  on l’accompagne à rédiger un business plan. Et enfin, il reçoit un montant forfaitaire pour être installé dans une activité génératrice de revenus. Ce programme cible plus de 17.000 jeunes sur une période de trois ans. Je préfère vous parler de ces mesures qui sont identifiées, qui sont conçues pour accompagner les jeunes, afin qu’ils ne soient pas des chômeurs au lieu d’attendre qu’ils deviennent des chômeurs pour leur donner des allocations. C’est une dérive et vous savez que les pays occidentaux ne maîtrisent plus la situation aujourd’hui. Nous pouvons encourager les entreprises à embaucher, leur offrir des facilités, c’est une mesure qui réduit le chômage. Il y a aussi des mesures qui facilitent l’embauche. Dire par exemple que toutes les entreprises béninoises qui vont embaucher à partir de l’année prochaine, qui vont offrir un Cdd de deux ans à un chercheur d’emploi, si l’Etat prend en charge les six ou les 12 premiers mois de salaire, il y aura beaucoup d’embauches !

C’est en prévision ?

Disons que c’est en réflexion avancée. Dans le cadre du plan de promotion de l’emploi. Pour booster la Politique nationale de l’emploi qui existe déjà, le président de la République a mis sur pied une équipe technique ayant à sa tête un comité interministériel présidé par le Ministre d’ Etat. C’est cette équipe technique qui a réfléchi et proposé 33 mesures de promotion d’emplois et parmi ces mesures il y a justement celle qui facilite l’embauche.

Au niveau national et de plus en plus, vous mettez l’accent sur l’entreprenariat. Cependant, tout le monde n’a justement pas le profil de l’auto emploi ou ne rêve pas de devenir un entrepreneur…

Effectivement le pourcentage de ceux qui ont le profil de l’auto emploi, rigoureusement et que l’on peut accompagner est faible. Et, vous savez pourquoi ? On n’a pas été formaté pour ça, depuis l’école, on n’a pas été préparé à être chef d’entreprise. Et quand je parlais des nouvelles mesures, celles-ci sont regroupées autour de 4 objectifs. Le premier objectif est de stimuler l’emploi salarié et c’est pourquoi le gouvernement a décidé de créer 10.000 emplois publics supplémentaires, en plus de tout ce qui a été déjà fait au cours de cette année 2014. Le second est de dynamiser l’auto emploi, à travers les Business promotion center (Bpc), le  Projet de promotion de l’entreprenariat agricole (Ppea), les programmes de l’Anpe,
Enfin, le troisième objectif est lié à l’adéquation formation-emploi. Là nous abordons la dimension systémique de la question. Tant qu’on n’ira pas à la base, donner les rudiments de chefs d’entreprise à ceux qui sont en formation, il arrivera toujours sur le marché, des jeunes avec des diplômes non adaptés. Et nous, nous avons un rôle de régulateur. Nous intervenons auprès des centres de formation pour apporter notre contribution en termes de curricula de formation. C’est dans ce cadre que nous organisons justement le samedi des métiers pour orienter les jeunes vers les secteurs porteurs.

En ce qui concerne l’orientation, aujourd’hui les séances ne se font qu’à l’Université. N’est-il pas plus pertinent, d’aider les jeunes à choisir leurs filières déjà au Collège, par exemple ?

C’est notre ambition, en collaboration avec le système de formation. Ce serait d’intervenir au niveau le plus bas possible, décliné les programmes de formation à l’auto-emploi déjà au niveau du Cp.  Ce n’est pas encore le cas, mais je vous garantis que le deuxième forum de l’éducation que nous appelons le "Forum de la rupture avec le système" qui existe actuellement,  se penchera sur toutes ces questions. Le programme 3P de l’Anpe est pour amener chaque participant à se faire un projet professionnel personnel (meilleure connaissance du marché de l’emploi, dans quel secteur il y a des niches d’emplois, quels sont les secteurs saturés, etc). Et, dans tout ça l’Etat est interpellé parce qu’il a un rôle de régulateur à jouer. Si nous savons que les Bts Marketing Communication par exemple, ne sont plus consommés pourquoi continuer à en former autant ? Et c’est comme si on a des machines à fabriquer ces Bts qui en crachent beaucoup chaque année. L’Etat pourrait par exemple à des moments donnés, pour une durée de 2 ou 3 ans, fermer certaines filières le temps de consommer le trop plein de stock. C’est comme toute industrie. Si ce que vous produisez n’est pas consommé, n’en fabriquez plus. Attendez, écoutez le marché et fabriquez ce que le marché veut consommer. Et aujourd’hui, il y a des secteurs qui sont des niches d’emplois. Nous avons le "samedi des métiers" pour révéler qu’il y a des secteurs d’emplois comme l’hôtellerie et le tourisme, l’agriculture, les Btp, les Tics qui sont des niches d’emplois. Ce sont des filières vers lesquelles il faut s’orienter aussi bien en termes de formation que de création d’activités. Et chacun de ces secteurs a fait l’objet d’un samedi des métiers. Le prochain samedi des métiers aura lieu à Djougou et portera sur les métiers du bois. Et un dernier avant la fin de l’année est prévu à Cotonou et concernera le secteur des métiers de la culture et de l’art.

J’aimerais tout spécialement vous demander de prodiguer quelques conseils à ces jeunes bardés de diplômes, en quête de travail et de la rémunération qui correspondraient à leur profil et qui n’ont toujours rien trouvé. Il y a parfois un fossé entre, trouver simplement un emploi et trouver le bon emploi selon les aspirations de chacun…

Mon conseil prend plusieurs formes. Je voudrais dire à ces jeunes qu’il faut qu’ils revoient le sens de leur engagement. Même au plan citoyen, il faut qu’ils soient des citoyens actifs, déterminés dans les associations saines et apprennent à s’accomplir dans ces associations-là, avoir des activités de vacances saines. Ça commence par là. Pourquoi ne pas commencer par des jobs de vacances. J’en connais qui font de la couture, de la blanchisserie, etc. Il faut apprendre à développer d’autres talents. Rester dans les jupons de maman et attendre que les opportunités tombent n’est pas la bonne solution, je dois dire. Il n’y a pas de sot métier. A partir du moment où ils sont diplômés, je pense qu’ils doivent se déterminer. Moi, si je dois donner mon exemple, j’ai été aide-maçon à l’époque où les jeunes ne connaissaient pas beaucoup la notion d’argent de poche. Nous sommes conscients que le chemin qui mène à l’emploi est rude. Et le service public est là pour les accompagner. Nous n’avons pas la prétention de dire que nous avons toutes les solutions ou dire que nous avons la solution pour tout le monde, mais nous faisons l’effort de faire en sorte que chacun puisse avoir un minimum qui le détermine sur ce long et dur chemin d’insertion dans le tissu économique à travers un travail décent. Il faut qu’ils apprennent à sortir de leur zone de confort, sortir de leur coquille et ils se rendront compte qu’il y a forcément quelqu’un pour leur tendre la main.

Quand on a milité dans les associations, qu’on a été dynamique et brillant directeur de société, et qu’on est aujourd’hui responsable de la structure au cœur de la question de l’emploi au Bénin, la prochaine étape c’est peut-être une fracassante entrée en politique ?

La politique moi je la fais tous les jours. Je suis de ceux qui pensent qu’il faut faire la politique  des choses et non les choses de la politique. Faire la politique du développement, la politique de l’emploi, faire la politique de la fraternité, de l’amitié, de la citoyenneté, je suis totalement preneur. Maintenant, à contrario, le développement de la politique, l’emploi de la politique il faut mettre des gants, je crois que c’est ce que l’opinion publique appelle la politique politicienne. Je ne suis pas pour ça et le jour où je m’engagerai, je saurai faire la part des choses. Pour l’instant je suis ici et je servirai jusqu’au jour où il plaira à Dieu de me confier une autre mission.

Quel est l’objectif primordial qui vous tient à cœur et qu’il vous reste encore à atteindre ?

Mes ambitions pour l’emploi, c’est de trouver tout d’abord les moyens pour mobiliser davantage de ressources pour pouvoir soutenir, et financer notre mission. Parce que l’Anpe vit aujourd’hui essentiellement des ressources du Budget national. Et, vous savez qu’en la matière on ne peut pas faire de manière technique un budget. On est obligé d’attendre que les moyens soient mis à disposition pour programmer des activités qui rentrent dans ce cadre. Une étude est en train d’être menée sur la mobilisation des ressources parce qu’il y a plusieurs exemples dont on peut s’inspirer dans plusieurs pays. Imaginez que la Caisse  nationale de sécurité sociale (Cnss) est en surliquidité. Dans certains pays, c’est un prélèvement de la caisse qui finance l’emploi. La deuxième ambition est d’aller davantage dans les contrées les plus reculées, porter le service public auprès de tous les Béninois. Aujourd’hui, nous avons 12 antennes départementales et nous avons 77 points focaux emplois dans chacune des communes. Nous souhaitons faire en sorte que ces 77 points soient des institutions nous permettant d’animer la stratégie de promotion de l’emploi au sein de chaque commune. Parce que définitivement pour moi, c’est là que se situe l’avenir du service public d’emploi. Cela permettra de régler le problème de l’exode rural, dynamiser l’économie locale de chacune de ces régions et de créer des chaînes de valeur locale. C’est mon rêve et nous travaillons à cela. J’aimerais pour finir parler du secteur dit informel, le mot informel n’est pas péjoratif. D’ailleurs, on ne saurait rendre péjoratif 90% de son chiffre d’affaires, de gens qui travaillent et nourrissent l’économie nationale. Il y a beaucoup de sous-emplois, de sociétés non déclarées, beaucoup de choses qu’on peut améliorer. Il faut s’occuper de ce secteur et travailler à ce que l’économie puisse en tirer quelque chose, le secteur informel puisse renforcer l’économie de façon pertinente et structurée.

Nous avons largement parlé du demandeur d’emploi, je voudrais pour finir que vous me brossiez en quelques mots, le profil type du bon employeur.

Le bon employeur, je vais être global, c’est celui qui a des ambitions pour son entreprise qui veut développer son entreprise, mais qui a du respect pour l’autre et qui obéit à la loi. Savoir développer son entreprise en développant les hommes et les femmes qui y travaillent. Voilà le bon employeur pour moi.

Par Djamila Idrissou Souler

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mini bio


 

Monsieur Didier Maixent Djeigo a un diplôme de radiologie médicale et un MBA en marketing et communication. Il a été chef service de radiologie médicale à Lomé pendant 7 ans. Après cela, il a été commercial dans le secteur de l’assurance vie. "La meilleure école de vente" selon lui, en Afrique surtout. Il est par la suite, rentré dans l’industrie pharmaceutique : il a été délégué médical, responsable commercial, chef projet pharmacie sur l’Afrique, avant de créer sa propre entreprise DEKELIC. DMD, comme l’appellent plus simplement ses amis, a eu une vie associative très riche. Il  a été Scout pendant sa jeunesse et plus récemment, membre actif et Président national en 2006 de la Jeune chambre international Bénin.
Lorsque son temps le lui permet, Didier Maixent Djeigo lit des romans d’aventure et d’espionnage et des ouvrages de leadership. Il aime écouter de la musique live. Ses artistes préférés sont Gnonas Pedro, Poly Rythmo, Zeynab, Sagbohan Danialou, Don Metok, Rabbi Slo, Dibi Dobo, Richard Flash et Sèxwi. Notre manager est un grand sportif. Tous les samedis et dimanche, il va à la salle de sport faire sa gym. Il y a quelques années il a même occupé la charge de Secrétaire général de la Ligue de handball et fut responsable de l’équipe de Handball, les Pélicans.


Guichet Emploi Campus


 

Les universités constituent des lieux où on fabrique les diplômés, la création du Guichet emploi campus se situe dans le cadre de la stratégie de l’Anpe d’aller au-devant du futur chercheur d’emploi. Quatre centres ont été ciblés : Abomey-Calavi, Parakou et Porto-Novo et Ketou. Celui d’Abomey-Calavi est déjà opérationnel depuis le 28 mars 2014. Les mêmes prestations y sont offertes que dans les antennes Anpe. Il est déterminant d’aller vers les étudiants pour communiquer avec eux sur les réalités de l’emploi ce qui permettra à l’Agence de dérouler plus aisément les programmes des 3P ainsi que les séances de Techniques de recherche d’emploi.

Quelques définitions



Sous-emploi
Situation de celui qui travaille, mais est occupé en dessous du temps normal de travail fixé à huit heures, qui a une occupation en dessous de ses qualifications et qui forcément gagne en dessous de ses besoins. Beaucoup de jeunes Béninois sont en situation de sous-emploi. Le taux de sous-emploi des jeunes au Bénin est estimé à 53%

Chômage
Situation de ce lui qui est qualifié, mais est inactif, sans revenus et n’a pas travaillé pendant la période de référence qui est souvent de 15 jours. Et il est en recherche active de travail. Une personne inactive qui reste à la maison, qui n’est pas en recherche active de travail ne répond pas à la définition du Bit.  Le taux de chômage des jeunes au Bénin est évalué à 7%.

Dernière modification levendredi, 17 octobre 2014 10:25
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