TPL_GK_LANG_MOBILE_MENU

MTN BUSINESS BRAND

A+ A A-

Romain Da Costa, Directeur de la communication de la Mairie de Rosny Sous-Bois : Itinéraire d’un homme d’engagement

romain-dacosta

S’il est un mot que nous avons beaucoup entendu ces dernières semaines, c’est bien celui-ci : DIASPORA. Est-il besoin de rappeler que le terme est revenu dans la brulante actualité politique nationale comme une ritournelle à la faveur de la nomination de Lionel Zinsou au poste à polémique de Premier Ministre ? La belle occasion était ainsi offerte aux médias d’interroger les représentants de la diaspora béninoise active sur cette nomination. Organisés au sein de diverses associations et regroupements culturels, les Béninois de l’extérieur s’investissent dans diverses œuvres sociales à destination de leur pays. Il n’est pas question de rester les bras croisés et regarder de loin ce qui se passe sous les tropiques. Cette ligne de conduite, a toujours guidé notre Manager du jour dans ses différentes initiatives. Homme d’ouverture, homme d’actions, homme de parole, Romain da Costa jouit d’une belle réputation au sein de la communauté des Béninois de France qu’il a d’ailleurs représentés pendant 4 ans à la tête de la section France du Hcbe (Haut Conseil des Béninois de l’Extérieur). Polyvalent, il n’hésite pas à s’engager au service des populations de Cotonou à travers des œuvres humanitaires et culturelles au sein de son Association Adb (Amitié et Développement avec le Bénin créée en 1990), et à mettre son expérience au profit des jeunes pour le rayonnement de la culture béninoise en France à travers diverses activités et projets. Romain Da Costa bataille également sur le terrain de la politique. Malgré quelques intrigues qui l’ont empêché de se présenter sous la bannière de son parti (la Renaissance du Bénin), aux élections municipales de 2008, il affirme sa fidélité au parti de l’ancien Président Nicéphore Soglo, dont il demeure membre. En France, où il vit depuis 38 ans, il est également affilié à l’Udi de Jean Louis Borloo. Dans cette « douce France » où il a débarqué aux premiers jours du mois de Septembre 1977 et où il a mené de front ses études et les indispensables jobs pour s’en sortir, Romain Da Costa a eu un parcours que beaucoup parmi ces paires, pourraient certainement lui envié. Le Directeur de la communication et responsable du pôle Relations Publiques et Coopération décentralisée de la ville de Rosny Sous-Bois en Seine-Saint-Denis, la soixantaine bien entamée voit sa retraite à l’horizon 2020, avec beaucoup de sérénité. Sérénité d’un homme qui aura déjà semé des fleurs avec l’espérance que les fruits bénéficieront à un grand nombre de personnes. Car, l’esprit de l’homme d’actions fourmille d’idées, grouille de projets à mettre en place, notamment dans le domaine de la communication et des médias, secteur qui le passionne depuis toujours.

Par Djamila Idrissou Souler, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Monsieur da Costa Bonjour, êtes-vous Français ou Béninois ?

Les deux, puisque je suis né Français en 1955 et je suis devenu Dahoméen après l’indépendance le 1er août ensuite, il y a eu la révolution et je suis devenu Béninois en 1975 et lorsque je suis allé m’installer en  France, j’ai demandé à être réintégré dans la nationalité française. Donc je dirai sans complexe qu’être Français est un atout pour nous autres émigrés en France. Ne serait-ce que pour ne pas aller pointer tous les ans au centre administratif, mais au-delà de cela, je dis qu’on a quand même été des Français à qui on a inculqué la culture française et quand je partais pour la France, je ne m’imaginais pas être dépaysé parce que je pensais connaître en tout cas théoriquement, ce que c’était que la France. Je me sens d’abord et avant tout Dahoméen, Béninois et quoi qu’on dise, en Europe, on me regardera toujours comme l’Africain, comme le  Noir, même si de temps en temps on peut oublier que je ne suis plus Noir

Est-ce que parfois vous ne vous sentez pas comme Samba Diallo, ce héros sacrifié du célèbre roman l’Aventure ambigüe de Cheikh Amidou Kane, écartelé entre deux mondes, deux cultures, pas totalement accepté dans le pays d’accueil et souvent mal compris dans son pays d’origine ?

Je dirai oui et non en même temps. Il y a un documentaire qui va paraître bientôt sur une chaine française. Il a été réalisé par une métisse de père ivoirien et de mère française. Elle vit la réalité au quotidien et a fini par écrire un  livre et maintenant elle sort un documentaire ; Gaston Keldman a écrit un livre «  Je suis Noir, mais je ne mange pas de manioc… ». Tous ces exemples prouvent que oui, on a beau évoluer en Europe, on a beau avoir les diplômes, on a beau être étudiant en Sciences-po ou être Docteur en droit, ou Professeur à l’Ena en France, on vous regardera toujours sous ce plafond de verre, ce qui fait que le dernier degré qu’on pourrait atteindre, on ne l’atteint jamais. Et quand c’est comme ça, qu’est-ce qu’on fait. Eh bien, on a tendance à se tourner vers son pays d’origine en se disant, j’ai pu travailler dans un système organisé, j’ai des compétences à mettre au profit de mon pays. Au moment où  j’ai eu ma nationalité en 1989, je me disais que j’étais plus utile au Bénin, en restant en France plutôt qu’en rentrant. Mais à un moment donné, j’ai pensé qu’il faut quand même rentrer et  mettre à disposition de mon pays, ce que j’ai acquis comme expérience. Pour revenir à l’autre aspect de Samba Diallo, effectivement, le cliché c’est que quand on laisse sa culture et qu’on se retrouve dans une société dans laquelle on veut intégrer, il y a des renoncements, des intégrations qui ne sont pas parfaites et pour finir, vous êtes pris entre deux feux. Mais, je le dis sans complexe, nous qui sommes partis, avec le rationalisme que nous avons, nous avons des clés pour essayer de comprendre et de lutter contre. Et je prends mon cas personnel, plus je suis intégré dans la société française, plus cela me donne des clés pour comprendre d’où je viens. Il y a une quinzaine d’années,  avec l’éclosion des  sites internet, le  premier site que j’ai  voulu mettre en ligne c’était  un site sur les cultures Vodou, parce que je suis vraiment choqué que nous même nous ne parlons pas de notre culture et qu’on laisse les autres décrire le Vodou pour nous. Le Vodou a été jeté aux orties parce qu’on a trouvé que c’est la seule  manière qu’il  fallait utiliser pour nous coloniser. Il fallait que l’Africain se débarrasse de sa culture, se débarrasse de ses règles qui font marcher sa société, il fallait qu’il s’en débarrasse. Le vodou au départ, ce n’est pas du fétichisme, ni la sorcellerie et c’est dans cet esprit que le Président Soglo a initié ici la fête du vodou. Nous devons réhabiliter nos cultures.

N’est-ce pas parce que vous, vous êtes parti à 22 ans à un âge où vous étiez déjà imprégné de l’éducation à l’africaine, béninoise notamment. Pensez-vous que ce soit la même réalité en ce qui concerne la génération après vous ?

Forcément le risque est grand, mais moi le travail que je fais sur moi-même, je le fais sur mes enfants et nous sommes quelques-uns qui essayons de faire perpétuer cette habitude. Ma fille, quand elle avait l’âge de 14 ans, elle a été interviewée sur France 3 nationale où en direct elle a déclaré que son rêve c’était de devenir avocate et aller travailler dans son pays. Elle l’a dit à la face de la France

Elle comprend la langue ?

Elle est  née en France, dans un milieu où on ne parle pratiquement pas le Fon, et pourtant du fait qu’elle se soit accrochée au Bénin, elle ne manque jamais une année où elle ne vient en vacances, ce qui lui permet aujourd’hui, de connaître sa famille, ses tantes, ses oncles, et dans les associations dans lesquelles  je milite en France. Moi c’est le même travail que je fais dans les associations dans lesquelles je milite. Vous me direz qu’un seul arbre ne peut pas cacher la forêt, je reconnais que le risque d’acculturation existe et on l’observe. Mais c’est le prolongement de ce qui s’est passé ici, ce n’est pas parce qu’on est parti en France seulement qu’on est acculturé. On peut être ici et être acculturé. L’acculturation part d’ici même puisque nous avons  accepté d’être colonisé, à partir de ce moment-là nous sommes devenus acculturés. On nous a demandé de renier nos cultures, nos habitudes, pour être accepté par le colon. A partir de ce moment-là on est devenu catholique et entre temps musulman. On renie d’un  côté d’où on vient et on n’arrive même pas à intégrer sérieusement là où on va. Aujourd’hui est-ce que vous trouvez normal qu’on jure sur la constitution,  et qu’on décide en même temps de contredire ? Est-ce que vous trouvez normal qu’on fasse des lois et qu’on  les contourne ? Notre comportement aujourd’hui sincèrement en Afrique et au Bénin en particulier, est un comportement d’être acculturé.

J’ai cette impression qu’il est un assez difficile pour ces Béninois de l’extérieur, de vraiment se sentir 100% Français, 100% Canadiens ou américains par exemple et en même temps aussi 100% béninois…

Je ne voudrais pas parler pour tout le monde et je vous dis que ce n’est pas impossible. Il faut vraiment le vouloir. Et moi je dis, plus je passe du temps en Europe et mieux cela me permet d’intégrer.

Lionel Zinsou, enfant de la diaspora, même si certains disent qu’il est plutôt franco-français qu’autre chose. Lionel Zinsou, Premier Ministre à polémique du probable dernier gouvernement de Yayi Boni, êtes-vous de ceux qui sont pour ou de ceux qui sont contre?

Moi je ne veux pas rentrer dans la polémique, et me perdre en conjectures. Parce que je peux vous donner mille et un arguments pour et en même temps, mille et un arguments contre. Ce n’est pas le problème. Quelle est la situation ? Au moment de la deuxième investiture du Président Yayi Boni, j’ai été invité sur le plateau de Africa 24 et j’avais dit : voilà un Monsieur qu’on est allé chercher. Oui, puisque au Bénin c’est cela la politique. On n’a pas quelqu’un qui a un parcours construit avec un parti politique, et des cadres prêts à bien gouverner, non. Un groupe de personnes se réunit pour désigner un poulain, et s’arrange pour le faire accepter de tous. Après, le poulain devient pur-sang et lâche tous ceux qui l’ont fait. C’est ainsi qu’on a promis à Yayi Boni d’être traduit à la Haute Cour de justice s’il n’est pas réélu en 2011. Et, il y a eu le  K.o retentissant. En ce temps-là, j’avais dit, vous voyez à partir de ce moment, il va se sentir très fort et vous n’arriverez plus à le contrôler. Et J’ai dit, s’il fait ça, son mandat sera calamiteux. Donc moi, ce que je lui avais recommandé c’était, maintenant qu’il n’est plus adulé au sein de son groupe, d’aller au-delà et d’aller chercher les hommes qu’il faut  et les mettre à la place qu’il faut. Et en disant cela, je pensais à tous les Béninois parce qu’il n’y a pas que Lionel Zinsou comme Béninois qui soit bien intégré et qui gèrent des postes en France. Il y en a plein et je disais à l’époque, sortez, franchissez la palissade de votre village pour aller chercher des éléments. Il ne l’a pas fait à cette époque. On le lui a reproché. Tout le monde a vu la fin du mandat avec des conseillers approximatifs qui l’ont entouré et qui lui ont conseillé tout et n’importe quoi. Nous sommes dans cette situation aujourd’hui. Et enfin, voilà, je me dis, il m’a écouté peut-être à distance ! Il est allé chercher quelqu’un que tout le monde s’accorde à dire qu’il est brillant, quelqu’un qui mériterait même d’être premier en France, et là je reviens sur l’image du plafond en verre…..Lionel Zinsou a la capacité d’être Premier Ministre de France. Du fait qu’il est né Français, et qu’il ne vit pas ici, moi ce que j’attends, c’est le travail qu’il va faire. Et là je jugerai. Aujourd’hui, je ne peux pas critiquer parce que je suis pour qu’on aille chercher des compétences. Si ceux qui sont ici, faisaient si bien que ça, on ne serait pas dans la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Il s’agit d’avoir quelqu’un pour conduire l’action sur le plan opérationnel du gouvernement. En a-t-il les capacités ? La plupart des gens disent oui. Il y a ceux qui lui promettent des embuches, mais on verra, laissons-le faire, on ne peut rien prédire, puisque c’est cela aussi le fort du Béninois, nous critiquons tout et souvent aussi on critique même sans aucune référence.

C’est une main-tendue à la diaspora béninoise, qui pourra ainsi mettre en pratique ses compétences sur le terrain. Donc, à priori oui pour cette nomination. Alors, pensez-vous qu’il pourra vraiment avoir les coudées franches pour mener à bien sa mission ?

Cela est une paire de manche, mais je pense qu’il a la capacité de nous démontrer ce qu’il peut faire et ce qu’il sait faire. S’il n’a pas les coudées franches, qu’il  le fasse savoir qu’on le sache, puisque ce n’est pas facile de diriger les Béninois et  depuis l’époque du  Dahomey, c’est pareil. On nous présente Zinsou un peu comme l’homme providentiel, à lui de démontrer  qu’il a voulu faire, s’il a voulu faire, et  que   ses méthodes sont bloquées ou contrées, à lui de le faire savoir pour qu’on puisse situer les responsabilités.

A ce sujet, on a remarqué un clash sur les réseaux sociaux, certains Béninois de la diaspora taxant ceux de l’intérieur d’aigris, de gens méchants, atteints du syndrome de la «Béninoiserie». N’est-ce pas assez inquiétant et peut-être symptomatique d’une  société divisée ou qui a du mal à communiquer ?

Non pour moi c’est un épiphénomène, combien de postes avez-vous dénombré par rapport aux millions de Béninois qui sont à l’extérieur, donc il ne faut pas faire attention à cela.

On a l’impression que les Béninois de l’extérieur ont un regard très critique à l’égard de ceux qui sont restés au pays.

En tout cas en le disant, ils se critiquent eux-mêmes. Moi je ne fais pas attention à cela. Le Béninois qui est à l’extérieur ne peut pas prétendre être d’emblée au-dessus de celui qui est à l’intérieur. Il y a un dialogue à avoir. C’est au Béninois de l’extérieur de venir démontrer en quoi il apporte de la valeur ajoutée à ce qui existe, s’il occupait la place de celui dont il veut prendre la place. Si je dois venir prendre votre place uniquement pour prendre votre place, cela n’a aucune valeur ajoutée. Donc le but n’est pas de dire que ceux qui sont là font mal, qu’ils sont mauvais. Cela ne marchera pas. Cela fait 25ans que moi je fais l’aller-retour entre le Bénin et la France. Il y a peut-être une démarche ethnographique à avoir. On doit étudier le terrain sur lequel on met les pieds, on doit comprendre le fonctionnement de ceux à qui on a à faire et leur faire créer une valeur d’usage de ce que nous apportons. On doit apporter par des preuves, par des actes, par des discussions, par de la pédagogie, le bien-fondé de ce qu’on a à donner. Et, surtout il ne faut pas venir comme ça, tout seul. Tout ce que je fais depuis 25 ans, je rencontre des hommes d’affaires, des clubs de jeunes…

Vous faites effectivement partie de ce qu’on peut appeler la diaspora active qui milite dans des associations et mènent des actions sur le terrain. Quel bénéfice réel, le Bénin tire-t-il de l’activité de cette multitude d’associations ?

La première association que j’ai créée, s’appelle Amitié et développement avec le Bénin (Adb). C’était en Juin 1990, à la sortie de la conférence nationale, où j’ai décidé de n’appartenir à aucun parti politique parce qu’il y en avait une centaine déjà. J’ai décidé de créer une association et nous avons commencé par faire des voyages avec des chefs d’entreprises qui sont venus ici et qui ont investi. Nous avons fait aussi de l’humanitaire. Nous avons offert des équipements sportifs à des équipes de football, notamment Les Requins de l’Atlantique. Nous avons organisé pour une troupe théâtrale du Bénin, une tournée dans toute l’Europe et des rencontres avec le Centre national de la danse en Seine Saint Denis. Sur deux années consécutives, nous avons organisé ce qu’on a appelé Le Ressort de la créativité avec des jeunes créateurs de mode béninois, à qui on a eu le courage de dire : « vous n’êtes ni styliste, ni couturier, ni créateur de mode, vous êtes des mécaniciens de la mode, puisque il n’y a aucune théorie dans ce que vous faites ». Ils avaient très mal pris cette remarque, mais à la fin des deux concours, je peux vous dire qu’il y a Didier Fabrice qui est parti en France à Esmod et qui vit très bien de son art. Il y a une autre jeune styliste, Lydie Sassé qui est allé aussi à Esmod grâce à nous, et qui aujourd’hui est l’un des piliers de l’atelier Christian Dior hommes. Lorsque j’ai rencontré les jeunes parlementaires du Bénin, on les a accueillis par deux fois en France pour les faire se confronter à d’autres jeunes élus, pour leur donner des ouvertures pour le développement. C’est ce que Adb fait et tous les ans, on organise des manifestations à Rosny où on essaie de rassembler d’autres associations béninoises, pour partager  leurs  expériences.

Est-ce qu’il y a des données qui renseignent sur l’impact de ces activités, un espace où on peut s’informer sur ces actions ?

Il y a des données pour tout ce qui est coopération de ville à ville. D’ailleurs, le dernier Atlas vient d’être achevé. Mais, ce qui concerne les associations, il y a une tentative d’étude initiée par l’ancien Consul Monsieur Joseph Ménard Pognon qui vient de partir et qui d’ailleurs nous a tous réunis pour nous tracer un code de déontologie sur la manière de coopérer avec le Bénin. L’étude n’a pas encore aboutie, mais justement, j’encouragerai son successeur à vraiment travailler dans ce domaine pour qu’on puisse avoir clairement une idée de ce qui se fait. J’ai un ami, par exemple, Monsieur Adandédjan qui est le Président du Hcbe de l’Italie et qui travaille beaucoup avec des Italiens, je ne sais dans quel domaine, mais il a déjà été accueilli sur pleins de plateaux ici au Bénin pour parler des actions. Je pense que ce que je vais nous recommander à nous-mêmes, c’est que nous passions plus dans les médias et que nous produisions des documents qui fassent l’état des lieux de ce que nous faisons. Parce qu’il y a énormément d’actions de Béninois de l’extérieur à l’endroit du Bénin. Malheureusement, l’association faîtière que j’ai dirigée pendant 4 ans qui est le Hcbe pour la France devrait quand même faire mieux que ce qu’elle fait actuellement. Je ferai en sorte qu’à notre prochaine Assemblée générale  de fin d’année, qu’on nous donne des missions, parce que l’une des missions de cette association devrait être aussi de recenser les actions des Béninois de l’extérieur.

Vous êtes le Directeur de la communication de la Mairie de la ville de Rosny-Sous-Bois en France, ce n’est pas banal. Et, vos amis vous appellent d’ailleurs Monsieur le Maire sur le ton de l’humour.  Peut-être que vous le serez bientôt ? (sourire)

Écoutez, c’est très difficile d’être un maire noir à moins que ce soit un petit patelin de 600 habitants où ils ne savent pas qui choisir … c’est très très difficile. Ceci étant, rien n’est impossible dans la vie puisque l’année dernière aux dernières élections, Monsieur Jean-Louis Borloo m’avait investi pour prendre la tête d’une ville notamment Neuilly Sur Marne et je n’avais pas accepté tout simplement par loyauté pour mon Maire et pour ne pas être arlequin serviteur de deux maîtres. Ma retraite approchant, je vous apprends que je suis très impliqué aussi dans la politique en France puisque je suis membre de l’Udi (Union des Démocrates Indépendants) et qu’au Bénin également je suis très impliqué. Et que le moment venu, je choisirai de sauter le pas et de le faire ou au Bénin, ou en France.

Comment avez-vous réussi à occuper un poste aussi stratégique dans l’administration française.

Je suis à la Mairie de Rosny depuis maintenant 34 ans. Et en fait, j’y suis entré exactement le 09 juin 1981, par hasard.

Racontez-nous tout. Cela pourrait inspirer nos lecteurs !

Je devais faire mon Bts en fabrication mécanique. Quand j’ai terminé ma formation on était en pleine révolution ici. Donc, j’avais fui la révolution pour aller en France. J’ai eu mon Bts et je voulais passer un concours d’ingénieur et il fallait que le Bénin m’autorise à passer ce concours. Or, j’étais parti clandestinement du Bénin et je ne pouvais pas bénéficier d’autorisation et je ne voulais pas retourner au Bénin d’aussi tôt. Je me suis alors inscrit en sciences économiques et parallèlement je donnais des cours de mathématiques à des particuliers. Et le père d’un de mes élèves était gêné de me voir brandir le désir de retourner au Bénin. Et je lui avais expliqué que je suis fatigué d’être étudiant obligé de chercher du travail, et qu’au téléphone on me réponde oui, mais quand on me voit, on me dise non (délit de faciès). J’en étais fatigué. Et c’est là que ce parent d’élève me propose de me faire rentrer à la Mairie de Rosny-Sous-Bois. Et, pour tout vous dire, au début j’étais un coursier, j’allais chercher des plis officiels dans les services et c’est fortuitement à la veille des élections de 1983, qu’on cherchait quelqu’un qui sait rédiger des articles et qui est passionné des photos pour occuper un poste au service de l’information. Voilà comment je suis rentré en 1982 au service de l’information. Parallèlement, je continuais mes études de maîtrise en sciences économiques, et en même temps j’ai fait une formation de journalisme au Cfpj. Je me suis formé à la communication. J’ai donc été nommé chef de service de la communication en 1989 et Directeur de la communication en 1992-1993.

Quels sont les secteurs concernés par la coopération entre la ville de Rosny et Cotonou?

Nous avons démarré par le renforcement des capacités. Il y a des cadres de la ville de Cotonou qui allaient régulièrement à Rosny. Il y a eu également un projet concerté ville de Créteil-ville, ville de Rosny pour venir former ici dans le domaine de la communication, la commande publique et les services techniques. Ensuite, nous avons une coopération dans le domaine du traitement des ordures ménagères, avec la dotation de trois bennes à ordures à la ville de Cotonou. Il y a aussi un partenariat dans le cadre de la police municipale, où l’on prépare actuellement l’accueil d’une équipe de la police municipale de Cotonou à Rosny et un autre projet qui a démarré, il y a trois ans et qui va se poursuivre, c’est le soutien à l’éducation par le numérique, avec la dotation de trois écoles de Cotonou et deux écoles de Sèmè-Podji, de kit d’ordinateurs et de vidéo-projecteurs, permettant de travailler sur le tableau sans avoir besoin ni de craie, ni de gomme.

La retraite, vous en avez rapidement parlé : comment la préparez-vous ? Pensez-vous à revenir au pays ou ce n’est pas encore au programme ?

Je suis déjà au pays. Il n’y a rien qui puisse me retenir, à moins que le Bénin me rejette, mais je ne pense pas qu’on puisse me rejeter, puisque je suis Béninois, à part entière. Moi, je n’ai pas le complexe du Béninois de l’étranger qu’on  rejette.

Vous prévoyez revenir pour vous impliquer dans quels secteurs d’activités? La politique, je sais que vous en avez fait avec un parti politique ici, vous avez tenté les législatives ou municipales il y a quelques années ?

Ah la politique ! J’avais dit que je n’entrerais pas en politique, mais j’ai accompagné le Président Soglo, pendant son mandat présidentiel, ensuite à la mairie de Cotonou, jusqu’au moment où j’ai eu envie en 2008, de rentrer dans l’équipe, mais cela n’a pas été facile. Et, pour des raisons sur lesquelles je ne tiens  pas à revenir ici, je n’ai pas été retenu sur la liste de mon parti qui est la Rb. J’ai donc pris la liberté d’aller sur une autre liste, à l’époque, la liste du G13, avec monsieur Candide Azanaï. Nous avons fait une belle campagne en 2008, et à l’époque Candide était bien seul. Nous avons fait cette campagne électorale, juste pour prouver qu’on m’avait menti quand on me disait que je ne pouvais pas être candidat. J’ai déposé ma candidature, elle a été acceptée par la Cena. Et, j’ai dit au gens, j’ai déjà gagné, et j’ai fait une campagne qui a été vue dans le 7e arrondissement où nous sommes. A la suite de cette expérience, je me suis réconcilié avec le Président Soglo, avec Léhady Soglo, nous-nous sommes réconciliés et nous avons recommencé à travailler. Mais vous savez, il y a quelque chose qui vous étonnera, c’est que beaucoup de partis politiques me reprochent tout le temps, de toujours mener des actions en faveur de Cotonou seule. Alors, je leur dis que je suis Béninois et je suis prêt à apporter ma pierre à tous ceux qui me sollicitent. Si un parti politique trouve que je suis mal exploité par mes amis de la Rb, hé bien qu’ils m’en fassent la démonstration, …

Quelle est votre position aujourd’hui, vous êtes toujours dans la Rb ou vous êtes libre ?

Vous savez, je suis un homme libre et je ne perds aucune occasion pour dire à mes amis de la Rb, ce que je pense. J’ai été critique vis-à-vis de la gestion de la ville de Cotonou, mais en même temps quand j’entends les gens dire on va les chasser, je leur dis mais pour mettre qui ?

Mais ce n’est pas comme s’il n’y avait personne !

Mais démontrez ! Moi je suis pour la démonstration. Les élections sont terminées et vous venez de démontrer que ce n’était que des incantations. Parce que si les gens étaient capables de virer les Soglo, ils l’auraient fait, mais les résultats sont là. Cela n’a pas pu être fait.

Cela vous a plu alors ?

Ça ne m’a pas déplu…

Vous avez pu voter ?

Non je n’ai pas pu voter parce que ma carte s’est baladée et on n’a pas pu la retrouver. En tout cas, je suis un citoyen à part entière, j’ai la carte du parti Rb, je n’ai pas la carte d’un autre parti. Mais, si un parti pense que je suis mal exploité par la Rb, il peut se manifester.

C’est un appel que vous lancez ? Pour 2016 ?

Écoutez, pour 2016, les cartes sont vraiment jetées et rebattues parce que personne ne pouvait penser que Lionel Zinsou allait arriver.

Ah bon ? Vous mettez carrément Lionel Zinsou dans le lot ?

Je pense que oui, je ne pense pas qu’il puisse venir juste comme ça ...Mais si c’est ainsi, ce serait une bonne chose, parce que cela va relever le niveau.

Et pourquoi tout le monde s’exprime en termes de « relever le niveau ». En quoi la candidature de Lionel Zinsou va-t-elle contribuer à relever le niveau ? Je ne comprends pas…cela veut dire que les autres...

Non, il y a actuellement des gens qui sont très brillants et qui sont présidentiables, mais il y en a trop et je pense qu’un candidat comme Lionel Zinsou pourrait peut-être décourager certains. Il y aura une sélection, au lieu qu’on ait 30, 40 candidats, on pourrait peut-être en avoir 5 ou 6. Et cela obligerait certains candidats à s’unir.

Quels sont vos autres projets ? Je sais que vous gérez une télévision à la Mairie de Rosny. Je voudrais savoir si vous avez un tel projet pour le Bénin?

L’une de mes cordes, c’est aussi la communication audio-visuelle, puisque j’ai créé pour la ville de Rosny-sous-Bois, une télévision locale, qui a grandi et a émis dans toute la France à un moment donné et qui a même signé un partenariat pour aller sur la Tnt, avec le groupe Energie. En 2010, quand le Maire qui m’a poussé à créer cette chaîne est décédé, son successeur n’a pas voulu la pérenniser. Rosny Tv s’est donc arrêtée en mars 2010. Cependant, un an après, ayant cette compétence, avec des collaborateurs à ma disposition, j’ai créé une chaîne associative qui s’appelle Neptune News (Nord Est Paris Tv News). Aujourd’hui, nous diffusons sur internet Neptune.com et nous avons reçu l’agrément du Csa (Conseil supérieur de l’audio-visuel de France) qui nous permet de diffuser sur tous les réseaux non hertziens, et pourquoi pas un jour sur le satellite. Dans ce domaine, j’ai beaucoup travaillé avec des boîtes de production au Bénin, pour le contenu, mais également pour les échanges et livraison de matériel. Le meilleur projet que j’aurais voulu mettre en place, ce n’est pas seulement une télévision, mais c’est un vrai groupe médias. Parce que je sais qu’il y a aujourd’hui beaucoup de sociétés au Bénin, mais un grand groupe qui pourrait rivaliser avec les groupes internationaux, on n’en a pas encore. Quand je vois les équipements avec lesquels vous travaillez aujourd’hui, je tiens vraiment à vous tirer mon chapeau parce que je vois qu’il y a eu du progrès, beaucoup d’améliorations. Quand je parle de groupe, ce n’est pas d’écraser ce qui existe, mais compte tenu des relations que j’ai avec ceux qui sont sur le terrain aujourd’hui, c’est mener la réflexion, pour qu’ensemble, on puisse réellement mettre en place un groupe.

Nous avons déjà quand-même des groupes qui sont bien structurés, avec radio-télé, presse écrite...

Oui je sais de quoi je parle, je parle sincèrement d’un groupe digne de ce nom, qui peut être par exemple un vrai groupe de pression. Parce que je donne un exemple, quand vous prenez la Haac, je pense que les gens de la communication n’ont pas les arguments techniques, ne sont pas bien armés juridiquement pour les contrecarrer. Quand je m’abonne à Canal Horizon et  que lorsque mon abonnement est terminé et je n’ai plus l’Ortb, ni aucune chaîne locale, ce n’est pas normal. La loi doit imposer aux distributeurs de réseaux de produits payants, de distribuer gratuitement toutes les chaines de service public. Et ce n’est pas le cas. Il y a beaucoup de choses comme ça qu’on peut apporter et ce n’est qu’ensemble qu’on peut y arriver. C’est cela mon rêve. Et du rêve à la réalité, il y a un pas qu’on n’hésitera pas à franchir.

Le rêve de vivre votre retraite paisiblement ou toujours dans cette dynamique très actif, ce sera où ? En France ou au Bénin ?

Ma retraite, je la vois en grande partie au Bénin. J’ai fait 22 ans au Bénin et 38 ans en France, il est temps que je me repose et que je me ressource. Mon village natal n’est pas loin d’ici, c’est Adounko, vers la route des pêches. Donc, je pense que cela va être un bel endroit pour se reposer. Les projets sont en train de mûrir déjà. Ils vont peut-être démarrer avant, mais quand je serai à la retraite, sincèrement j’ai tellement couru dans ma vie, que ces projets, je préfère être fondé de pouvoir et laisser les jeunes gérer et me reposer dans mon village.

Parlons du dynamisme de la diplomatie béninoise à mettre à l’actif du Président Yayi Boni. François Hollande Président français en visite au Bénin, un point positif ?

J’ai assisté à la réception que le Président Hollande a donnée à l’endroit de la communauté française au Bénin. Parmi les raisons de sa visite, il disait que le Président Yayi Boni est le premier Président africain, à lui rendre visite, lorsqu’il a été élu Président de la république et que le Président Yayi Boni lui a demandé de lui promettre d’aller lui rendre visite pendant son mandat, avant que lui ne s’en aille. C’est donc cette promesse qu’il a voulu honorer. L’autre raison est liée à la sécurité, ensuite il a parlé de l’exemple de la démocratie béninoise et à ce titre, des projets d’accompagnement au développement qu’il avait pour notre pays.

Nous sommes à la fin de cet entretien, je vous laisse conclure.

Je pense que j’ai dit l’essentiel sur ma vie, ceux qui sont curieux de me connaître, ils n’ont qu’à aller sur google et taper Romain da Costa et ils en sauront un peu plus sur moi. Je suis très ouvert à la discussion. J’ai rencontré beaucoup de jeunes au Bénin, je compte en rencontrer encore beaucoup dans les mois à venir, et je vous remercie sincèrement pour avoir conçu ce programme qui nous donne la parole. Parce que quand vous n’êtes pas Député, Maire, Ministre ou Conseiller, vous n’avez pas souvent droit à la parole. Et donc une émission qui regarde vers la société civile et qui nous tend le micro, je dis que c’est une très bonne chose parce que, tous les citoyens ont droit à la parole. Je pense que c’est à ce titre que je l’ai prise aujourd’hui, pas au titre de politicien, je l’ai prise au titre d’un béninois qui avait des choses à dire par rapport à la vie de la société béninoise et je vous remercie.

romain-dacosta2Mini Bio


Romain da Costa est parti en France en 1977, à l’âge de 22 ans, pour poursuivre ses études. Après un Bac E au Lycée Technique Coulibally et une année au Collège polytechnique Universitaire (CPU) d’Abomey-Calavi. Il entre au Lycée Langevin Wallon à Champigny la même année où il prépare un BTS de fabrication mécanique. Diplôme obtenu en 1979 avec la mention OST –Anglais. Il entre ensuite à l’Université Paris XII – UER Sciences Économiques de La Varenne. De 1980 à 1985 il obtient successivement le DEUG, une Licence de Sciences Économiques, une Maîtrise d’Économétrie (mathématiques et statistiques appliquées l’économie) et boucle une année de DEA en économie de la répartition. Il complétera ses études avec plusieurs formations notamment en journalisme, en audiovisuel et en Internet appliqué aux collectivités locales.
Romain da Costa est marié et père de deux enfants.

Dernière modification lelundi, 27 juillet 2015 05:40
Connectez-vous pour commenter
Retour en haut

Application Mobile

app-mobile-android

Abonnement Numérique

abonnement-numerique

Abonnement Papier

abonnement-papier

Inscrivez-vous à notre Newsletter et revevez l'information en continu ! Les dernières nouvelles, les dernières déclarations, l'information où que vous soyez !