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Mohamed Paul Tossa, Médecin toxicologue : L’environnement au coeur du développement

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La prise en compte de l’environnement dans toutes les politiques de développement ne devrait plus être un débat mais s’imposer comme une nécessité, selon le jeune cadre qui nous fait le plaisir de se livrer à nous dans ce nouveau numéro de Manager à l’Affiche.Loin de l’Afrique, le Costa Rica est donné en exemple comme le pays pauvre qui a réussi à bien décoller avec le concept de l’économie verte. Pourquoi pas le Bénin ? Questionne-t-il. Hé bien le Bénin, qui vit une crise énergétique récurrente depuis plus d’une décennie et qui n’a pas encore fait de la lutte contre la pollution de l’air et de toutes les autres nuisances un vrai cheval de bataille ; le Bénin où les espaces verts sont visibles comme le soleil au pôle nord, est encore assez loin de ce paradis vert. Au moins, les ressources humaines sont ce qui manque le moins. Notre pays regorge en effet, de talents et de compétences avérées. « Il n’y a de richesses que d’hommes », n’est-ce pas ? Reconnaissons aussi que souvent, ces compétences dans une bonne majorité, sont fructifiées à l’extérieur. Une fois formés justement, certains cadres béninois ne font pas toujours l’option de revenir au pays pour servir. Ne jetons la pierre à personne d’autant que le problème est assez complexe. Intéressons-nous néanmoins, à quelques-uns d’entre eux qui font l’option de ne rien lâcher. Ils sont à cheval sur plusieurs activités menées de front à la fois au Bénin, comme dans le pays d’accueil.  Mohamed Paul Tossa est l’un d’entre eux. Il est né à Cotonou, un 16 avril 1973 ; le jour-même où, selon ce que ses parents lui ont rapporté, l’anniversaire du Prophète Mahomet aurait été célébré dans le pays pour la toute première fois.Ainsi, ses géniteurs ne se contenteront pas de le baptiser comme l’apôtre Paul afin de le nourrir de la vertu d’humilité rattachée à ce prénom, ils feront mieux en lui adjoignant celui du prophète Mahomet, pour honorer ce jour cher aux musulmans. Belle ouverture d’esprit, signe remarquable de tolérance. Il n’en faut pas plus, ou moins (c’est selon) pour que Mohamed Paul se laisse convaincre que sa naissance est placée sous une bonne étoile. Mais ça, c’est une autre histoire dont l’épilogue n’est détenu que par le grand architecte de nos vies. Pour l’heure, sa carrière de Médecin en environnement santé entamée depuis bientôt 10 ans lui réussit assez bien. Et dans l’immédiat, le jeune quarantenaire Evaluateur des risques sanitaires et environnementaux à EDF (Electricité De France) depuis 4 ans, a décidé de ne pas se contenter de vivre loin de son pays dans une posture vaniteuse que certains de nos compatriotes de la diaspora peuvent souvent exprimer à l’égard du « Bled ». Bien facile en effet de critiquer les autres quand on ne vit pas leurs réalités, leurs difficultés et alors même que rien ne garantit que mis dans les mêmes, conditions on ferait mieux. Mohamed Paul Tossa s’organise avec quelques amis pour mettre en œuvre des stratégies, des actions dans les domaines de l’Education et des loisirs à l’endroit de la jeunesse.Mais c’est la question cruciale et transversale de l’énergie électrique qui est au cœur de ses préoccupations. D’ailleurs, entre septembre et Octobre de cette année, il se propose de convoquer quelques-uns des plus grands responsables d’Afrique et d’ailleurs afin de discuter des questions liées à la précarité électrique à laquelle sont confrontés de nombreux pays du continent.«(…) Des entreprises internationales comme Edf, Siemens, Général Electric y participeront », renseigne-t-il. La politique, n’est pas bien loin non plus. A ma question de savoir pourquoi la politique, pourquoi maintenant surtout qu’on ne lui connait aucun combat, aucun parcours d’élu local, de député, aucun militantisme avéré, il répond simplement « Si vous ne faites pas la politique, c’est la politique qui vous fait ». Réplique facile par trop usée, dirais-je. « Pour changer les choses et faire triompher sa vision du monde, il faut pouvoir être de ceux qui ont le pouvoir de décision », argumente Mohamed Paul Tossa. Il me semble évident que notre hôte ne rechignera pas à s’octroyer une place sur ce marché des prétendants à la grande messe de 2016, déjà bien atomisé à souhait. Qu’à cela ne tienne, en attendant la grande bataille présidentielle, je vous invite à la lecture de cet entretien où il nous parle avec vigueur de ce métier dont le Bénin gagnerait fortement à faire un peu plus la promotion.

Par Djamila Idrissou Souler Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Vous conseillez EDF sur les impacts sanitaires et environnementaux liés à la production de l’énergie électrique. Qu’est-ce que cela exprime comme réalité ?

L’environnement constitue aujourd’hui un enjeu de développement et il y a des pays qui ont évolué vers l’économie verte. C’est-à-dire qu’on prend en compte l’environnement dans toute la stratégie de développement économique qu’on met en place. C’est vrai que les pays développés sont plus en avance sur nous et l’environnement représente un véritable enjeu de développement économique. En termes clairs je m’occupe des problèmes de santé liés à l’environnement, aux nuisances générées dans l’environnement. Lorsque vous prenez par exemple une centrale qui produit de l’électricité, vous avez une cheminée et dans les pays développés par exemple, la hauteur de cette cheminée est calculée en fonction de ce qu’on appelle la dispersion, c’est-à-dire le panache de fumée qui sort de cette cheminée. On modélise, c’est-à-dire qu’on entre les paramètres dans un ordinateur qui indique le périmètre sur lequel cela peut aller et on voit s’il y a des personnes qui y habitent et on regarde la quantité de cette fumée sur ces périmètres et quand on constate que la quantité qui y arrive est très importante, on peut demander d’augmenter la hauteur de la cheminée pour augmenter la dispersion et avant d’aller prendre cette décision qui comporte des incidences financières sur l’entreprise, on évalue le risque sanitaire que cela représente pour les personnes d’être exposées à cette émission. Moi je donne juste cet exemple de pollution atmosphérique parce que les éléments qui sortent de cette cheminée comportent des risques pour la santé, avec de nombreux polluants comme les oxydes d’azote, le dioxyde de souffre, les particules qui constituent un véritable problème de santé publique.

Il est donc question de la préservation de la santé des populations. Pensez-vous que nous ayons conscience de tout cela au Bénin ?

A ma connaissance, non. Je pense qu’on n’a pas de démarche systématique d’évaluation des risques. C’est toute une technique et il faut l’appréhender, il faut savoir la faire. Je pense qu’on est conscient du danger, on est conscient que la pollution atmosphérique ne fait pas du bien, mais je ne suis pas certain que les gens sachent par exemple  que la pollution atmosphérique peut entraîner le cancer. Je pense qu’il n’y a pas une prise de conscience réelle du danger, même si on a conscience que ce n’est pas bien.

Est-ce un défaut de communication ?

Je pense qu’il y a un problème de communication et de sensibilisation des personnes, mais aussi, je ne crois pas qu’on ait dans ce pays, ceux qu’on appelle des spécialistes d’évaluation des risques sanitaires. C’est quelque chose dont il faut avoir absolument la maîtrise, c’est une méthode qu’on peut déployer. C’est-à-dire que quand on parle de risque, il y a ce qu’on appelle le danger. Quand on prend la fumée qui sort de la cheminée vous avez ce qu’on appelle le danger et ce qu’on appelle l’exposition, et tant que les personnes ne sont pas en contact avec la fumée, il n’y a rien du tout. Mais ce n’est pas parce que les personnes  sont en contact qu’il va forcément se passer quelque chose. Pour savoir s’il va se passer quelque chose, il y a toute une méthodologie pour croiser à la fois ce danger et l’exposition et également des facteurs qui sont propres au sujet pour savoir si des gens sont par exemple exposés à cette fumée-là, si dans 15 ans ou 20 ans ils auront le cancer ou si c’est dans 70 ans qu’ils vont développer le cancer. Dans l’un ou l’autre des cas, ce n’est pas du tout la même façon de gérer le risque, si c’est dans 70 ans et la personne commence à être exposée à 20 ans.

Cela donne des données aux gouvernants, aux entrepreneurs pour prendre les décisions idoines et même aux consommateurs par exemple, pour mener des actions citoyennes.

Absolument, il faudrait organiser la mise à disposition des données à l’endroit des autorités à divers niveaux de décision afin qu’ils en prennent compte.

En tant que spécialiste comment vous organisez vous donc, pour mettre ces données à la disposition de nos gouvernants, pour attirer leur attention sur les dangers ?

Il ya des petites actions qui ont commencé pour toucher les autorités en leur montrant clairement qu’il y a quelque chose à faire.Nous avons commencé par faire des petites sensibilisations sur les réseaux sociaux par exemple où de temps en temps on publie des articles sur divers sujets notamment liés à la pollution de l’eau, à la pollution de l’air parce qu’en fait, ma spécialité, c’est l’eau, l’air et le sol, l’environnement en général et cela peut toucher également les aliments et même les médicaments parce que je suis spécialiste de la sécurité sanitaire et  la sécurité sanitaire  peut toucher à tous les domaines, après c’est une question de méthode. Donc il ya de petites actions qui se mènent au niveau de la sensibilisation, qu’on diffuse. J’ai fait un article par exemple la dernière fois pour la journée mondiale de la santé. Le thème de cette année c’était la sécurité sanitaire des aliments et donc j’ai fait un article pour sensibiliser le public.

Votre spécialité est apparemment assez rare au Bénin. Comment devient-on ce que vous êtes aujourd’hui ? Que répondriez-vous à un étudiant qui serait inspiré par votre parcours ?

Je suis depuis peu, enseignant à l’Université de Parakou, à l’Ecole nationale de santé publique. C’est une école qui forme des licences professionnelles en santé publique et épidémiologie, avec un programme master de promotion de la santé. Dans ce cadre, le minimum à faire est de former des étudiants à cette spécialité. Il y a des cours sur l’environnement et la santé, mais il n’y a pas des cours sur les méthodes d’évaluation des risques sanitaires. C’est toute une méthode et si on ne l’a jamais fait, on ne peut pas s’improviser. Il y a une thèse d’environnement santé aujourd’hui comme je l’ai fait et c’est avec le professeur Fayomi, mais ce n’est pas une thèse des risques sanitaires. C’est une formation à part et je pense que c’est quelque chose qu’on peut mettre en place ici. Je pense que j’ai la main libre pour insérer cela dans le programme de mes étudiants à Parakou. Et pourquoi ne pas discuter avec les enseignants qui forment également des étudiants à Cotonou pour mettre en place dans le programme, le module d’évaluation des risques sanitaires et j’irai plus loin en disant que les autorités sanitaires doivent se saisir de ce dossier, parce que c’est à partir de ces évaluations, qu’on prend la mesure de gestion des risques. Je vous donne un exemple très simple, vous mesurez la quantité de benzène, c’est un polluant atmosphérique, il y en a plein à Cotonou à cause de la vente de l’essence kpayo, il y en a plein à Cotonou à cause de la façon dont on va mettre de l’essence dans sa voiture, au niveau des stations, il y a du benzène dans le carburant. Le benzèneest un cancérigène, il donne la leucémie, le cancer du sang. Les personnes qui y sont exposées prennent beaucoup de risques et leur espérance de vie est très limitée. Ce qui serait intéressant ici, c’est que l’on fasse des études spécifiques dans cette couche de population pour voir si les personnes qui manipulent ces produits ne souffrent pas de maladies particulières.

Parmi ces personnes, on trouve malheureusement parfois des enfants à peine âgés de 5 ans qui sont constamment exposés à ces risques parce qu’accompagnant leurs parents dans ce commerce !

C’est une catastrophe sanitaire. Moi, j’aimerais que les autorités se saisissent de ce dossier, parce qu’une fois qu’on évalue le risque sanitaire on met des limites à ne pas dépasser, c’est ça, la gestion des risques. Limiter par exemple le trafic urbain, en séparant par exemple l’axe des poids lourds, il faut avoir le courage de prendre ces décisions, ce sont des décisions de santé publique, on ne peut pas accepter que des gens meurent en moyenne à 57 ans.

La lutte contre l’essence frelatée s’est menée il y a quelques années. Il y a eu une volonté du gouvernement sans doute qu’elle avait été mal exprimée ou mal organisée, ce qui est évident c’est que le marché fleurit bel et bien.

Elle n’a pas été menée sur les bonnes bases,  parce qu’il faut permettre aux gens de choisir leurs risques, c’est-à-dire qu’il faut informer les gens des risques qu’il prennent, une fois qu’ils sont au courant et s’ils acceptent y aller c’est tant mieux , mais quand on ne présente pas la chose de cette façon...

En définitive, qu’est-ce que vous pouvez dire pour faire comprendre l’importance de cette spécialité, l’importance de la médecine environnementale. Comment mieux expliquer votre spécialité ?

Pour que les gens prennent vraiment conscience de l’ampleur du phénomène, il faut savoir que la pollution de l’environnement représente la principale cause aujourd’hui des maladies chroniques c’est-à-dire les maladies qui vont s’installer de façon durable et pour lesquelles on est parfois obligé de prendre des médicaments à vie. La pollution de l’environnement est le principal facteur de ce qu’on appelle la morbidité. Et quand je dis environnement, cela concerne ce qu’on appelle les agents physiques, le bruit, l’exposition au bruit peut entraîner la tension artérielle, des maladies cardio-vasculaires, tout simplement parce que le bruit génère du stress et c’est le stress qui agit sur les vaisseaux pour qu’on en arrive là. En Europe, aujourd’huila deuxième cause de morbidité après la pollution atmosphérique cela est reconnu, c’est le bruit. Il y a des mesures qui sont prises par exemple pour interdire que des véhicules circulent la nuit, parce que c’est surtout le bruit nocturne qui en est à l’origine. Donc vous avez les agents physiques, vous avez les agents chimiques, j’ai donné tout à l’heure l’exemple du benzène, mais vous avez le plomb qu’on retrouve dans l’essence et qui est qui est véritablement toxique pour le cerveau des enfants, vous avez donné tout à l’heure l’exemple des enfants qui vendent de l’essence avec leurs parent, ils sont en train de s’user complètement le cerveau.

C’est le futur du Bénin qui est ainsi sacrifié ?

On peut le dire ainsi parce que, quand vous augmentez d’un microgramme la plombémie (le taux de plomb dans le sang), vous perdez je crois que c’est de l’ordre de 5 le quotient intellectuel. Et je suis persuadé que quand on prend les enfants aujourd’hui et qu’on fait la plombémie chez eux elle doit dépasser les 100 microgrammes qui est en fait la limite à ne pas dépasser.

Pourtant en Afrique, sinon au Bénin à ce que l’on peut voir, l’environnement est souvent relégué au second plan.

On ne peut développer le pays qu’en se basant sur l’environnement, j’ai parlé tout à l’heure de l’économie verte,  c’est ce que le Costa Rica a fait. Le Costa Rica, dans tout ce qu’ils ont fait, ils ont tout développé dans le respect de l’environnement, y compris le tourisme, tout a été fait dans le respect de l’environnement et donc aujourd’hui, ils ont une économie qui est florissante mais basée sur le respect de l’environnement. C’est l’économie verte et le Costa Rica, c’était un pays pauvre mais qui commence par émerger. Ce que je veux dire c’est que dans un pays comme le nôtre, où tout est à faire, on peut mettre l’environnement au cœur du développement et construire une politique de développementautour cet environnement, c’est quelque chose qui est tout à fait faisable. Or là, on a parlé des risques sanitaires, c’est à dire des risques qui concernent des humains, mais les nuisances environnementales ne concernent pas que les humains, cela concerne aussi les animaux, les poissons, qui changent de sexe parce que vous avez des hormones issues par exemple des déchets médicaux, les pilules contraceptives, quand on urine, les résidus peuvent se retrouver dans les eaux et vous avez de pareilles choses qui se passent dans l’environnement. Il y a une atteinte également à la biodiversité.

AfricaTomorrow, c’est le nom de votre Fondation. Quel est son cœur d’activité ?

AfricaTomorrow est une fondation à laquelle nous donnons une dimension africaine. Elle intervient au Bénin, mais elle a également vocation à intervenir dans d’autres pays de l’Afrique. C’est une fondation qui veut œuvrer à redonner à l’homme toute sa dignité, car on y parle développement et développement durable. Et quand on dit développement, quand on n’y met pas au cœur le développement humain, il ne sera jamais durable. C’est l’homme qui fait le développement et donc les domaines d’activités de cette fondation, ce sont tous les domaines qui peuvent permettre à l’homme de s’épanouir, pour pouvoir contribuer à ce développement, c’est l’éducation, c’est la santé, c’est le sport,  la fondation intervient également dans la gouvernance  en Afrique et dans notre pays, la fondation interviendra également dans le domaine de l’environnement, de l’énergie…

L’énergie parlons-en.Le délestage sévit encore au Bénin

C’est une crise qui secoue toute la sous-région.

Je pense comprendre que vous avez des idées à ce propos.

J’ai beaucoup  d’idées dont je ne peux pas prétendre détenir le monopole, vous savez, le plan directeur dans le domaine de l’énergie, ce sont des choses écrites et connues de tous.On aurait pu éviter cette situation si on avait un programme sur le long terme, si on avait une vision de développement, on aurait pu le faire. Aucun pays ne se développe dans ce monde sans l’énergie, lorsqu’on sait que le taux d’accès à l’électricité au Bénin est de l’ordre de 3% dans les zones rurales et en ville c’est de l’ordre de 50-55%, pour une couverture globale d’à peu près 25%. Vous avez des entreprises qui ne veulent pas venir s’installer au Bénin parce qu’on ne peut pas leur garantir l’accès à l’énergie, vous avez des ménages qui n’ont pas accès à l’électricité, vous avez ce qu’on appelle la précarité énergétique. Il y a des solutions qui sont assez simples. La première des choses, c’est de sortir de la dépendance énergétique. Vous savez l’électricité coûte chère au Bénin par rapport aux pays développés. Cela est dû à  loi du marché car lorsque la demande est supérieure à l’offre, le produit coûte cher, nous dépendons du Ghana, du Nigéria…C’est parce le Bénin n’a pas fait un programme d’investissement  sur  l’énergie à long terme, il n’y a pas eu d’investissement sur l’énergie depuis 1960.

Nous avons un pays qui ne réfléchit pas assez sur les risques sanitaires et environnementaux des installations industrielles, un pays qui n’a pas de vision prospective dans le domaine de l’énergie …mais où va-t-on alors ?

Il faut que l’Etat intervienne moins dans la gestion des entreprises. Dans les pays développés ou les choses marchent, ce sont les entreprises privées qui fournissent de l’énergie, il n’y a que dans nos pays où cela ne marche pas. Et dans les pays où le problème demeure, ce sont les entreprises publiques qui fournissent de l’énergie. En Côte-d’Ivoire ils ont commencé par trouver des solutions et c’est pareil au Cameroun, parce ce qu’ils ont développé le partenariat public-privé. Les privés ont commencé par s’installer dans le domaine. Il faut permettre au secteur de se subventionner pour pouvoir investir dans les équipements de production et dans le renouvellement des équipements. Les équipements actuellement sont vétustes et vous avez une perte importante d’énergie sur le système. Honnêtement, ce ne sont pas des investisseurs du domaine qui manquent, mais c’est juste le cadre d’investissement qui est mauvais. Moi j’ai discuté avec des spécialistes de l’énergie en Europe et ils m’ont dit clairement qu’à l’heure actuelle, la façon dont les choses se passent à la Sbee, cela ne les intéresse pas.

Un tour sur votre profil Facebook donne à voir des photos avec des postures à l’image des présidentiables déjà annoncés. Avez-vous des ambitions politiques ?

Comment avez-vous trouvé les photos déjà ? (sourire)

Pas mal ….Je lis par exemple, « Mohamed Paul Tossa est un fils du terroir, un produit du milieu local dont les atouts et compétences méritent d’être portés à d’autres échelles au service de la nation ». Un décryptage s’impose.

A d’autres échelles au service de la nation, c’est une ambition politique…

Vous-vous présentez donc aux prochaines élections présidentielles ?

C’est tout à fait envisageable.

Vous n’êtes  pas trop jeune pour cela ?

Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années…

Quand je dis trop jeune, les gens vous rétorqueront peut-être votre manque de parcours dans ce domaine, votre inexpérience. Vous êtes un électron libre, quel diable allez-vous chercher en politique ?

Un électron libre parce que je ne fais pas partie d’un parti politique, mais pas forcément un électron libre parce je fais partie quand même d’un groupe de jeunes, qui ont des ambitions pour leur pays, des jeunes qui ont l’ambition que leur pays se développe. Vous savez, lorsque vous prenez tous les documents qui ont été rédigés par les plus grands économistes du monde pour la croissance économique dans le monde, des 20, 25, 30 ans à venir, tous s’accordent à dire que c’est en Afrique que cela se passera et tous s’accordent à dire que la jeunesse africaine représente le véritable facteur pour ce développement.

Pas besoin d’avoir un parti politique, pas besoin d’avoir le parcours de Maître Adrien Houngbédji, de Bruno Amoussou, de Kérékou ou de Yayi Boni, forcément pour revendiquer ce droit, c’est cela ?

Je dirai non et c’est mon avis. Je pense qu’on n’est pas forcément obligé justement d’avoir tout ce parcours, pour y prétendre.

Si ce n’est pas l’expérience politique, que pensez-vous que les jeunes peuvent apporter comme argument véritable pour justifier que c’est leur moment. Qu’ont-ils de plus que les aînés ? Vous pensez-vous que c’est le contexte mondial qui s’y prête mieux aujourd’hui, la politique a évolué ?

En effet, les jeunes voient aujourd’hui la politique d’une façon différente, les jeunes décrient la façon dont la politique est faite aujourd’hui dans notre pays qui n’est pas la politique de développement. Allez sur  Facebook et regardez les publications, lorsqu’on parle de sujet de développement, cela n’intéresse pas les gens, mais lorsqu’on parle de sujet purement politique, ils sont intéressés. Le développement a totalement déserté le forum. Et nous, nous avons commencé donc par attaquer les choses sous un angle de développement. Pourquoi cette ambition ? Il y a une vision qui est simple et qui est globale. Nous, nous voulons faire par exemple ce que les Ghanéens ont fait. Avant, il y avait les « shoesmaker »(cordonniers ghanéens ambulants), mais aujourd’hui, il n’y en a plus. Pourquoi ? Tout simplement parce que le Ghana a développé une politique qui a permis aux leurs, de retourner chez eux. Ce qui nous intéresse dans  cette vision, c’est faire en sorte que le Béninois s’il quitte son pays, que ce soit volontairement, que ce ne soit pas pour des raisons ni politiques ni économiques. Nous voulons d’un Etat où les gens sont très heureux d’être chez eux, des pays africains l’ont fait on est capable de le faire aussi. Et c’est cela notre vision globale qui se décline en actions. Lorsque je prends par exemple la Conférence nationale des forces vives de la nation, il y a eu deux résolutions principales qui ont été prises à la fin de cette conférence, il s’agit du pluralisme politique, et du libéralisme économique. Le premier on l’a réussi. On l’a tellement bien réussi qu’on a 171 partis politiques pour dix millions d’habitants. Mais le libéralisme économique pose encore problème car on ne peut pas faire le libéralisme économique sans intégrer le secteur privé. Il faut industrialiser le pays. On peut dire que 25 ans après, le Bénin n’est pas industrialisé. Et ce qui qui a fait qu’on en est encore là c’est  parce qu’on n’a  pas réglé la question de l’énergie. La base de tout développement, c’est l’énergie. Et tant qu’on n’aura pas réglé cette question, on ne peut jamais prétendre à un quelconque développement.Et c’est pour cela que nous, ce sujet nous intéresse particulièrement et sur lequel nous-nous battons véritablement pour trouver des solutions pour ce pays. Rien qu’en développant le secteur de l’énergie, on crée beaucoup d’emplois pour les jeunes. L’industrialisation génère beaucoup  d’emplois. Les pays moins développés qui ont encore beaucoup de choses à faire dans le domaine l’industrialisation, peuvent facilement résoudre le problème de chômage en développant l’industrie. Je pourrais parler d’autres choses encore, mais le temps ne permettra pas de tout développer ici.

Oui, nous pourrons y revenir quand le temps des grandes batailles sera venu (sourire)

Je rends hommage à toute cette jeunesse avec qui je travaille qui est très dévouée à la cause et qui  se bat au quotidien pour que nous avancions.

Oui, comme je le disais, nous verrons cela dans le concret dans quelques temps, quand les grandes batailles commenceront à se mener…

Ce qui est sûr, nous serons présents.

Nous voulons vraiment voir les gens à l’œuvre. Le temps des grands discours est révolu. Mais pourquoi voulez-vous rentrer en politique maintenant ?

Parce que j’ai toujours eu envie de contribuer à l’œuvre de construction de ce pays. Et si vous avez des idées à mettre en œuvre, il faut forcément passer par la politique en tout cas au Bénin. Et pourquoi maintenant, parce qu’il y a eu des concours de circonstances qui ont fait qu’on s’est dit que si on ne veut pas que le Bénin rate ce train, ce vent de développement qui souffle sur l’Afrique, il faudrait absolument que la jeunesse se décide à faire quelque chose par elle-même. Cette jeunesse qui a soutenu plusieurs fois des gens qui sont arrivés au pouvoir et qui a été complètement mise de côté après, cette jeunesse doit prendre conscience aujourd’hui que c’est par elle-même qu’elle doit faire les choses. Il faut que la jeunesse prenne conscience que c’est maintenant qu’elle doit se battre pour venir aux affaires dans ce pays.

Que dire pour conclure notre entretien Monsieur Tossa ?

Au mois d’octobre 2014, j’ai été distingué ici à Cotonou, j’ai reçu le Trophée Kwabo dans la catégorie rayonnement international. Et, ce que j’ai envie de dire aux jeunes béninois aujourd’hui, c’est qu’ils soient conscients que c’est tout à fait à la portée de tout le monde et qu’ils croient en  leur potentiel. La jeunesse a du potentiel et elle est ambitieuse. J’invite donc la jeunesse à rejoindre notre groupe dans cette bataille que nous menons pour elle. Pour cela, il suffit tout simplement d’aller sur ma page Facebook. Le combat que nous voulons mener, nous voulons la mener pour la jeunesse et par la jeunesse.

Mini Bio



Diplômé de la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université d’Abomey-Calavi (FSS) en Médecine générale en 2001, il exerce en tant que Médecin Généraliste pendant quelques années à Cotonou, avant de passer son doctorat de troisième cycle en santé publique en France en 2009 dans la filière ‘’Santé Environnement’’ à l’Université Henri Poincaré Nancy 1 où parallèlement, il se spécialise en toxicologie clinique. Evaluateur des risques sanitaires et environnementaux à EDF (Electricité de France) depuis 4 ans, il est également Enseignant à l’Ecole Nationale de Santé Publique et d’Epidémiologie de l’Université de Parakou depuis quelques mois. Il est par ailleurs, expert en sécurité sanitaire auprès de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail.

Vie associative



D’abord, membre du bureau de l’Association des Etudiants en Médecine de Cotonou (AEMC, en 1997), il rejoint par la suite le REMAO (Réseau ouest-africain des associations d’Etudiants en Médecine, 1997 - 1998) et intègre finalement de l’AMJ (Association Médecine Jeunes, basée à la FSS, en 1998 - 1999. Mohammed Paul TOSSA est également membre de l’association ASMB (Association Solidarité Médicale Bénin), initiateur de l’Association MEBEF (Médecins Béninois de France) et Trésorier de BMC (Bénin Ma Contribution), créée en 2014 dont le siège est à Paris.

Publications



Il est auteur et co-auteur de plusieurs publications et communications scientifiques dans le domaine de la Santé. Il a par la même occasion, été, membre de jury de plusieurs soutenances de mémoire et de thèse.

Sources :Profil Facebook de Mohamed Paul Tossa
D.I.S

 
Dernière modification lelundi, 22 juin 2015 10:34
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