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Energies renouvelables au Bénin : Ces filles qui s’affranchissent financièrement

Filles-Energies-Renouvelables

Depuis janvier 2018, la population de la partie septentrionale du Bénin s’habitue à elles. Ces filles qui sont dans l’entretien de lampadaires solaires, l’installation de systèmes solaires domestiques....Vaille que vaille, elles s’imposent sur le terrain et y tirent leurs revenus.

A Bérézingou, un quartier de Natitingou, à environ 600 km de Cotonou, Victoire Sambiéni, 33 ans, travaillait assidument ce 21 mai 2018, sur le circuit électrique d’un domicile privé en construction. Casque jaune de chantier sur la tête, chasuble vert-clair frappé de gris sur un pantalon ‘’Jean’’ bleu, godasses au point, elle a été sollicitée pour renforcer l’équipe de techniciens photovoltaïques. Dix jours durant, le travail de cette jeune maman d’une petite fille a consisté à la pose de gaines et au tirage de câbles dans les pièces. En fait, la présence de Victoire sur ce chantier n’est pas le fruit du hasard. Après 5 tentatives infructueuses à l’examen du Baccalauréat, elle fait partie des 64 filles déscolarisées, âgées de 18 à 35 ans, de niveau minimal 4ème, sélectionnées sur plus de 400 candidatures issues des localités de Tchaourou, Parakou, Copargo, Ouaké, N’dali, Pehunco, Djougou, Natitingou, Bassila, puis formées par l’Ong ‘’Destin en main’’ (Fate in hand) dans le domaine des énergies renouvelables. La formation qui a eu cours d’octobre 2017 à janvier 2018, a été initiée par le projet Wemen energy development impact (Wedi), grâce à l’appui financier de la coopération suisse et de l’Ambassade des Etats-Unis. « (…) Je me suis retrouvée dans un secteur que je trouve très porteur (…). J’ai vu que c’est un secteur dans lequel les femmes peuvent s’investir et gagner leur vie (…). Le but du projet est de former les femmes sur les énergies renouvelables afin qu’elles puissent s’autonomiser (…)», a expliqué Ismène Ahamidé épouse Zoumènou, présidente de l’Ong Destin en main, promotrice et Gérante de la société Ismath energy Sarl. « Ces filles ont été formées en technique de montage de systèmes solaires photovoltaïques, entretien de lampadaires solaires, installations et dépannages domestiques parce qu’elles ont fait des généralités sur l’électricité avant de passer à la spécificité de l’énergie solaire (…). En dehors ça, on les formées en développement personnel ; enfin l’informatique pour leur permettre d’avoir les rudiments nécessaires pour faire des saisies de documents au cas où elles voudraient faire des devis », a-t-elle ajouté. Outre cette maison en chantier dans laquelle Victoire travaille, elle a à son compteur plusieurs autres réalisations, toujours à Natitingou. « J’ai fait l’entretien de panneaux solaires, de petits dépannages dans des maisons. Parfois des gens achètent 10 lampes chez moi et c’est moi- même qui vais leur changer les douilles ou les réglettes. Le jour où je suis allée entretenir des panneaux pour la première fois à un monsieur, il m’a donné de l’argent et j’ai refusé. Mais il m’a forcée parce que quand il m’a vu monter sur le toit, cela l’a ému. Il m’a donné 3000 FCfa. Il y a des maisons où je m’en sors parfois avec 1000 ou 1500 FCfa », raconte Victoire Sambiéni qui a aussi juré que dans la vente d’ampoules à des hôtels et des particuliers, elle fait parfois un chiffre d’affaires de 150 000FCfa, duquel elle tire son bénéfice. En poussant notre curiosité, notre interlocutrice nous a confié que c’est avec une partie de cette recette qu’elle s’occupe de la popote, paie la scolarité à l’un de ses deux frères (qui vivent avec elle) qu’elle a pu inscrire dans une école privée « parce qu’entre- temps j’avais  posé le problème à mon mari qui a 3 femmes, mais il a dit qu’il a beaucoup de charges ». A Tchaourou, dans le département du Borgou où 9 filles ont bénéficié de la formation, nous avons pu avoir des témoignages non moins édifiants de deux d’entre elles. Olga Agbidjihouèdé, 23 ans, a raccroché en 3ème avec son Bepc en poche : « Nous avons des kits (battérie, panneaux solaires, lampes, régulateurs, câbles…) de 200.000FCfa qu’on propose aux clients. Et quand ils en achètent, on leur fait tout le montage. On en a fait à Tchaourou ici, à Yanbouan et à Djibril Lamboudo (des quartiers de Tchaourou) ». En dépit de quelques difficultés sur le terrain, elle dit être tout de même satisfaite du projet « parce que ça m’a permis de faire beaucoup de choses. Là où je suis, si j’ai des problèmes d’électricité, je n’attends plus personnes. Même si les voisins ont des difficultés, ils n’appellent plus personne. Ils savent que je suis là ». A son niveau, le profit qu’elle tire de son travail lui permet de s’équiper en outils de travail et de régler aussi d’autres problèmes quotidiens. « L’argent que nous trouvons sert à régler nos problèmes et on économise une partie. Si je reviens du travail, j’en donne parfois à ma maman », a complété sa collègue de la même commune, Amina Chabi, 27 ans, niveau d’étude Terminale ayant abandonné l’école depuis l’an surpassé ; célibataire et mère d’un enfant.

La communauté apprécie…

Sophie T. Gnammi résidant à Natitingou apprécie la prestation de Victoire : « Elle m’a vendu des ampoules de 5000 FCfa qu’elle m’aidé à placer. Et au niveau de ma cour-arrière, j’avais un problème au niveau de mon interrupteur. Elle me l’a réparé et depuis, je n’ai plus eu de problème ». L’ancien préfet des départements de l’Atacora et de la Donga, Gervais N’dah-Sékou, lui, salue l’opportunité du projet Wedi. « Il coincide avec ce que je faisais quand j’étais encore aux affaires : contribuer au développement de la femme, des jeunes filles déscolarisées dont on connaît la précarité de la vie (…). Les filles de Natitingou, je les ai vues plusieurs fois à l’œuvre (…). Je les ai même aidées dans le cadre de leur démarche pour obtenir un local où elles pourraient domicilier leur activité et être repérables géographiquement sur le terrain. Mais ça n’a pas évolué comme on le voulait puisqu’entre temps j’ai bougé », a-t-il regretté.

Des difficultés certes, mais…

A l’issue de la formation, il était prévu que chaque bénéficiaire puisse faire le ‘’mentoring’’ d’au moins deux filles par an dans le but d’agrandir le nombre de bénéficiaires dans chaque localité. Pour y arriver, il va falloir aplanir en amont certaines difficultés. « Si on peut avoir des prêts, on va en faire pour qu’on n’oublie pas ce que nous avons appris ». A l’instar de Olga, sa consœur Victoire compte « vraiment évoluer dans ce travail » en s’installant durablement avec ou sans le Bac. La présidente de ‘’Fate in hand’’ mesure à leur juste valeur certaines difficultés auxquelles elle tente de pallier d’ailleurs. « Il y en a qui n’ont pas les moyens pour démarrer et font la demande de kits. Du coup, je me constitue en ‘’crédit fournisseur’’. J’achète les kits que je leur envoie. Quand elles les revendent à la faveur d’installation à des ménages, elles prélèvent leur bénéfice et me renvoient mes sous d’achat », a indiqué Ismène Ahamidé.

Au-delà de l’autonomisation…   

A ce jour, soit 6 mois après la formation, le projet Wedi impacte positivement des zones énergétiquement défavorisées du Bénin. Et ces techniciennes photovoltaïques en tirent profits, de même que leurs proches comme c’est le cas ailleurs avec d’autres programmes similaires sur le continent, en Amérique latine, en Asie, particulièrement au Honduras avec la lumière à base d’énergie propre à la portée de la communauté. C’est donc une évidence que si tous les obstacles sont surmontés autour de ce projet qui prend en compte la femme,  à terme, il contribuera significativement au décollement économique du pays. Plusieurs spécialistes du développement à l’instar de Julia Vaillant, Economiste au Laboratoire d’Innovation pour l’Égalité des Genres en Afrique de la Banque Mondiale, l’ont dit : les défis de développement en Afrique sont directement liés à la question du genre qui est transversal. En effet, « les femmes représentent la moitié de la force de travail potentielle d’un pays. Augmenter la productivité des femmes, c’est augmenter la productivité de toute l’économie. Quand les femmes travaillent, elles ont moins d’enfant et plus de pouvoirs décisionnels sur la scolarisation, la santé et la nutrition de leurs enfants. Si les femmes n’ont pas d’opportunités d’emploi, et qu’elles restent à la maison, la fertilité va stagner... ». Toute chose qui agit sur le dividende démographique. « Ce sont les femmes qui rendront l’Agenda 2030 véritablement transformationnel et inclusif », martelait Phumzile Mlambo-Ngcuka, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Directrice exécutive d’Onu Femmes, à l’occasion du 8 mars 2016. La prise en compte effective des femmes dans ces projets en adéquation avec le Programme d’action du gouvernement (Pag) ne fera qu’accélérer la marche du Bénin dans la réalisation de la plupart des Odd notamment ceux 1, 4, 5 et 7.

Jacques A. BOCO

Dernière modification lemercredi, 13 juin 2018 04:44
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