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Liberté de presse et la situation du journaliste : Le regard de Moukaram Badarou

Moukaram-BADAROU

COTONOU, le 04 Mai 2018

Mesdames et Messieurs de la presse,

Je voudrais saluer avec beaucoup de considération les initiateurs des Journées des Médias du Bénin (JMB), particulièrement sa Présidente Madame Gislaine Adimi Agbozo .Tout ce qui a une portée historique est une valeur et votre initiative, qui est à sa troisième édition, a plus qu’une portée historique et c’est avec enthousiasme, que je vous dis toutes mes félicitations.

Je voudrais ensuite saluer et féliciter l’Union des professionnels des médias du Bénin (UPMB) et son Président Monsieur, Franck Kpochémè ainsi que le Conseil national de la presse et de l’audiovisuel (CNPA) et son Président, Monsieur Basile Tchibozo. A travers ces deux Associations corporatistes, C’est l’ensemble des acteurs de la presse béninoise que je salue chaleureusement et avec respect.

Je voudrais enfin remercier et féliciter le gouvernement de la République pour avoir accepté et accompagné l’initiative des journées des medias du Bénin.

Mesdames et Messieurs,

Le thème que j’ai le plaisir de partager avec vous est intitulé : « Liberté de presse et la situation du journalisme au Bénin : le regard d’un homme politique ». Homme politique, je le suis mais je voudrais aussi signaler à l’assistance, du moins pour ceux qui le savent pas, qu’homme de la presse, je le suis également pour avoir été promoteur et pendant plusieurs années, Directeur de publication du Journal Bénin Espoir. C’est dire, que j’ai une idée des difficultés de la profession mais aussi et surtout une forte idée de l’importance et de la noblesse de la presse. Laquelle presse est vue par beaucoup comme le quatrième pouvoir et dont j’affirme souvent qu’elle a plus de galons qu’on ne le pense. Elle peut faire et défaire les autres pouvoirs ; elle peut sauver ou faire sombrer tout un peuple ; elle peut détruire un pays comme elle l’hisser au firmament. La presse a donc une arme, elle est une arme. C’est une bombe atomique pacifique.

Il faut savoir donc la manipuler pour qu’elle sert la juste cause pour laquelle elle est et devrait être. Comme toute arme redoutable, elle ne doit pas se retrouver dans les mains de n’importe qui. Elle devient sérieusement dangereuse une fois à disposition du profane ou de celui qui n’en sait rien ; ou alors de celui qui est de mauvaise foi et peu soucieux du vivre ensemble, du bon vivre ensemble. Sony Labou Tansi a enseigné que : « quand vous parlez, ayez pitié de celui qui vous écoute ». A sa suite, je dis quand vous écrivez, ayez pitié de celui qui veut vous lire.

Mesdames et Messieurs

Bien avant la tenue de l’historique conférence nationale de fevrier 1990, un nouveau vent souffle sur le Bénin en ce qui concerne la liberté de la presse. En effet, à l’essoufflement du régime militaro marxiste du Général Mathieu Kérékou, le gouvernement militaire révolutionnaire a pris la courageuse décision de démonopolitiser l’espace médiatique béninois. C’est le lieu pour moi, de rendre un vibrant hommage à Monsieur Ismaël Soumanou et à Monsieur Denis Hodonnou qui ont eu l’audace de créer respectivement la Gazette du Golf en 1988 et Tam-Tam Express en 1989. A travers ces deux promoteurs et journalistes, mes hommages mérités à tous les autres promoteurs et journalistes de cette mémorable époque qui ont joué d’importants rôles pour l’avènement effectif de la liberté de presse au Bénin. Un clin d’œil particulier aux journalistes des médias du service public de ce moment là, je veux parler du journal Ehuzu, de la radio et télévision nationale qui ont bravé toute intimidation pour s’adapter à la nouvelle situation. Dans une bonne couverture des activités de la grande messe politique qui accoucha le renouveau démocratique, ils ont contribué énormément à redorer le blason de notre chère patrie, le Bénin. De part leur bravoure, ils ont réussi à forcer la main aux tenants du pouvoir de l’époque et réussi de ce fait à faire changer le cours de l’histoire du Bénin et nous voici en plein dans le renouveau démocratique avec toutes ses conséquences.

La constitution du 11 décembre 1990 en son article 24 stipule que: « la liberté de la presse est reconnue et garantie par l’Etat. Elle est protégée par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication dans les conditions fixées par une loi organique ». En droite ligne de cette disposition constitutionnelle, les différents régimes qui se succèdent à la tête du pays jouent leur partition pour garantir cette liberté de presse. On a même connu des périodes de gloire parce que, en 2002, le rapport des Reporters sans frontières (RSF) a classé le Bénin 21ème dans le monde et 1er en Afrique comme pays où la liberté de presse est effective. Malheureusement, la même ONG internationale publie le 25 avril 2018  dans son rapport de 2017, que le Bénin occupe désormais la 84ème place sur le plan mondial contre 76 l’année précédente. Pourtant la liberté de presse est bien constituée au Bénin et ceci est bien reconnu par le rapport des RSF. On peut se réjouir de ce qu’au Bénin, il n’y a pas de journalistes arrêtés de manière abusive ou de journalistes tués dans l’exercice de son métier. Pourquoi alors cette descente aux enfers ? Nous sommes tous interpellés et nous devons faire le nécessaire pour corriger le tir. Sans presse et sans la bonne presse, point de démocratie et donc point de développement.

Mesdames et Messieurs,

L’image que présente aujourd’hui notre presse n’est pas les plus enviables. On ne peut pas et on ne doit pas venir à la presse parce qu’on a échoué ailleurs. On doit y être par vocation et par conviction. Il est malheureux de constater dans plusieurs journaux les mêmes titres  en manchette avec les mêmes articles signés de personnes différentes alors qu’on n’est pas en présence de publireportage ; les micros et caméras ne peuvent être tenus par ceux qui ne s’y connaissent pas du tout. Le respect de la plume et la plume du respect a déserté le forum et ça devient de plus en plus inquiétant. Le journaliste qui invite un responsable sur un plateau doit lui-même fouiller, se documenter et se renseigner afin de ne pas laisser son invité servir  du n’importe quoi à l’opinion publique. Comme l’a dit feu Président Emile Derlin Zinsou « un journaliste ne doit pas être distrait ». Les acteurs de la presse doivent faire violence sur eux  mêmes pour espérer que les personnes externes au métier revoient la copie vis-à-vis de la corporation. La charité bien ordonnée commence par soit même.

Quant à la HAAC, elle doit retrouver impérativement les gènes de sa création et de son existence. Elle doit jouer qualitativement le rôle qui lui est dévolu. Ce n’est pas l’impression qui se dégage en ce moment. Si non, comment comprendre que des ondes de certaines radios de la place soient brouillées et piratées sans que les clarifications nécessaires ne soient pas portées à temps  à l’opinion publique ? Qu’une chaine de télévision ne soit plus visible au Bénin et que l’opinion ne soit pas située sur les tenants et aboutissants de cet état de choses ? Comment comprendre que les réseaux sociaux continuent de dicter leurs lois sans que rien ne bouge véritablement pour discipliner les hors la loi qui en profitent pour intoxiquer les paisibles populations ? L’Article 142 de la constitution dispose que « La Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la Communication a pour mission de garantir et d'assurer la liberté et la protection de la presse, ainsi que de tous les moyens de communication de masse dans le respect de la loi. Elle veille au respect de la déontologie en matière d'information et à l'accès équitable des partis politiques, des associations et des citoyens aux moyens officiels d'information et de communication ». Comme on le constate, la HAAC dispose de l’arme nécessaire pour réguler. Elle doit reprendre la plénitude de ses fonctions.

A l’endroit du gouvernement, je voudrais plaider pour :
-    un redoublement d’effort pour plus de facilité à l’accès aux sources publiques de l’information ;
-    La vulgarisation du code de l’information et de la communication ;
-    La dépénalisation des délits de presse ;
-    Le renforcement et l’amélioration des conditions d’exercice du métier de journaliste ;
-    le renforcement des aides aux médias. Ce qui se fait actuellement est insignifiant.

Mesdames et Messieurs,

Le salut de la presse béninoise viendra du ressaisissement des acteurs eux-mêmes conjugué avec l’exercice réel, avec beaucoup de responsabilité, du rôle régalien de la HAAC plus les dispositions que le gouvernement entend prendre pour accompagner la corporation. Cet effort collectif permettra à coup sûr de faire retrouver à notre presse, toute sa lettre de noblesse. La démocratie et le développement sont une quête permanente, il faut y travailler sans relâche. Je veux bien compter sur chacun d’entre nous pour jouer sa partition afin d’aider à relever les défis qui s’imposent à notre presse. Il y va de la survie de notre démocratie.

Je vous remercie pour votre aimable attention

Dernière modification levendredi, 11 mai 2018 04:58
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