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Opinion : Les péchés originels du PAG

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Enfin un Programme d’Action du Gouvernement ! Enfin parce qu’il a fallu les cris d’orfraies de la presse nationale, les impertinences sarcastiques de la société civile, les avanies renouvelées et justifiées de l’opinion publique et les inquiétudes légitimes citoyennes. Un ensemble d’actions, un assortiment homogène de mesures complémentaires, un assemblage de projets et d’objectifs politiques que le gouvernement avec au commandement Patrice Talon se propose d’accomplir et d’exécuter dans le but déterminé de révéler le Bénin. C’est un programme décliné à travers des réformes estimées prioritaires, des investissements voulus massifs, des projets jugés phares et sectoriels planifiés sur la durée. Le vendredi 16 décembre 2016, c’était donc le soulagement politique, l’enjouement citoyen dans certains camps et l’heure du décompte dans d’autres. Dans cette salle du peuple du Palais de la Marina, le style était léger et aérien. L’allure et la prestance galbées de chaque ministre se pliaient à toutes les exigences de la cosmétique politique avec une aisance publique. Le discours était censuré à la lettre et la perception publique était intelligente. Une première depuis l’arrivée au pouvoir des nouveaux maîtres de la République. Certes, ce qui sépare la folie du génie ne se mesure qu’à l’aune du succès. Mais bien avant ; hélas !!! L’avalanche des prétentions de l’heure, des ambitions politiques et des présomptions économiques a fini par avoir raison de l’équanimité d’un certain nombre dont moi. J’ai donc décidé de réunir les éléments d’appréciation pour retracer le fil de l’évidence que notre noyade euphorique nous empêche de percevoir à travers cet instrument d’orientation de la gouvernance. Juste pour ne pas être complice de ce que Michel Rocard nomme "l’imbécilité politique collective" mais admettre "l’urgence d’être réactionnaire" d’Ivan Rioufol.
Les vices de forme du PAG

C’est un document de planification stratégique. Très utile. C’est la boussole politique de développement. Et donc obligatoire. C’est l’outil d’évaluation populaire et d’appréciation de l’action gouvernementale. Mais, le nôtre intervient comme un cheveu sur la soupe. Il est attendu certes ; mais il a manqué le préalable.

Puisque tout pouvoir et d’ailleurs l’actuel est élu et s’est installé dans un contexte d’alternance et un besoin d’alternative, la cohérence requiert un processus d’implémentation des nouveaux paradigmes du "Nouveau départ" jugé nécessaire, une théorisation du champ de valeurs de "La Rupture" souhaitée. Et c’est ce que les communistes appellent la superstructure. Si on comprend moins l’idéologie ou la philosophie du nouveau régime, il serait difficile d’en cerner les enjeux et donc le diagnostic stratégique du passif politique hérité. La structure des peuples et les motifs de leur vote conditionnent les logiques du pouvoir.

Ici, le "Nouveau Départ" à remis en cause "La Refondation" et la "Rupture" a mis en déroute "Le Bénin Gagnant". Sous le chômage de la jeunesse et la pauvreté des masses, le peuple rumine l’arrogance des élites, l’échec de la classe politique, les outrances de la repentance, les ratés citoyens, l’insécurité et les oukases du "politiquement correct". Patrice TALON, l’homme d’affaire est donc élu. Dans la glaciation donc de notre représentation démocratique, dans ce désaveu populaire pour la classe politique, la clarification conceptuelle serait un préalable de gouvernance. C’est cela même qui construit et installe dans l’inconscient collectif le leadership politique fédérateur d’un Président de la République axé sur une vision partagée de la réalité nationale, un consensus autour des solutions envisagées et un devoir d’exemplarité dans la gouvernance publique.

Au-delà des concepts, ce sont les acteurs. Ceux qui ont pensé le projet politique et supposé son modèle économique. Ce sont des hommes et des femmes entre temps responsables et coupables de l’échec politique dénoncé, des outrances révélées de la fiscalité, de la dégradation sociale. Ruse de l’histoire les revoilà engagés à porter le fer dans le fruit de leurs propres chimères.

Ceux dont l’évidence de l’inconstance et de la versatilité du langage est consubstantielle à l’arithmétique politicienne. Ceux qui furent les hussards de la République sont devenus spontanément des précurseurs déboussolés dans un no man’s land de chienlit. Derrière eux : les ruines des attentes et des besoins. Devant, il ne peut qu’exister la brume ! Ces mêmes cadres dont les aptitudes techniques sont applaudies et les parchemins admirés ne peuvent que produire les mêmes dégâts. C’est à croire avec Etienne de la Béotie, que la couronne a été juste ébranlée pour mieux mettre à profit le trône. C’est à croire que le tyran a été chassé afin de mieux se servir de la tyrannie. Cela est d’autant plus anecdotique avec la parole du Chef de l’Etat. Lors de la remise du rapport de la Commission technique nationale chargée des réformes politiques et institutionnelles le 28 juin 2016, Patrice Talon s’est donné un défi : "…Désormais la balle est dans mon camp. Je la jouerai avec détermination, avec foi. Et avec mes collaborateurs, nous allons nous efforcer assez rapidement d’examiner en détail le contenu de ce rapport pour sortir le projet de révision de notre Constitution que nous allons soumettre au Parlement dans les meilleurs délais afin que le peuple béninois soit saisi comme souverain avant l’année prochaine", a-t-il dit. Avant 2017 Nous y sommes. "Il ne faut point se fier à celui qui a violé une fois sa parole", conclurait William Shakespeare.

C’est pour cela qu’en tant que produit politique, le Bénin Révélé est frappé d’un péché originel et révoltant : l’incrédibilité évidente de ses géniteurs. Je les imagine méditant, en leur for intérieur, les vivats dont leurs électeurs saluent encore les promesses électorales. Et comme jadis Daladier, murmurer : "Ah, les cons…". Car ils n’ignorent pas eux, ce qui nous attend.

Le risque de la dette

Depuis le 06 avril 2016, Patrice Talon accepte pour nous de se brûler à l’incendie mais sans afficher la cruelle part du feu. Il plane sur le discrédit persistant de Boni Yayi. Il proclame son amour du Bénin, mais les Béninois veulent des preuves d’amour. Ambiance !

Et la preuve fournie est le PAG. Un condensé de réformes et de projets : 7 axes stratégiques déclinés en 77 réformes prioritaires et 299 projets pour un coût total de 9 039 milliards de FCFA censés générer 500 000 emplois à terme.

A l’analyse, c’est un document prétentieux et non ambitieux. Il se donne des rêves qui semblent plus titanesques que ces capacités et ses aptitudes. Ceci simplement dans la mesure où le gouvernement même qui le propose estimait à la prise de service au lendemain du 06 avril 2016 qu’un endettement massif a été engagé par le précédent régime. Retour de balancier donc !!!

Le document établit un risque élevé d’encours de la dette intérieure et extérieure du pays en 2021. En effet de 41,6% du PIB, Patrice Talon compte augmenter le ratio de la dette sur le PIB de plus de 20% jusqu’à 61,3% en 2021 après un pic de 63,1% en 2019.

Le surendettement aussi craint ici est indiqué par l’analyse de la valeur actualisée de la dette extérieure par rapport aux exportations de biens et services, qui doit être en dessous de 150%. Ici le gouvernement n’indique en rien comment, il veut accroitre les exportations. Certes, le seuil de l’endettement dans l’espace communautaire UEMOA est de 70% du PIB. Mais l’autre ratio analyse la viabilité de la capacité d’endettement d’un Etat. Au-delà de 150% des recettes d’exportations vous êtes surendettés.

Autant au niveau du budget 2017 et du PAG, il y a en filigrane, une volonté de faire du Bénin un pays surendetté. Conscient le gouvernement avait d’ailleurs plaidé la clémence des parlementaires au cours des débats budgétaires, pour avoir largement dépassé les normes requises en matière d’endettement. Oui une volonté d’enrichir un certain nombre de privés en mettant à leur disposition le patrimoine public. Et cela implique la dette.

Dans le même temps, le ratio du taux d’investissement du PIB passe de 22,4% à 16,4% pour 2021. En oubliant bonnement que l’investissement a atteint 19,5% du PIB en 2014 dont 12,5% du secteur privé selon le FMI. L’intérêt sur la dette passe de 0,7% en 2015 à 2,3% en 2021. Il faut dire que nos actuels dirigeants semblent vouloir bercer le peuple avant de le flanquer, dans l’épreuve de la dette, au pied du mur.

La contribution des partenaires du secteur privé est prévue à la hauteur de 71% du financement des projets phares évalués à 7 086 milliards de FCFA. Comment ses milliards seront mobilisés ? Quels sont les privés qui oseront engager leur investissement sans garantie de rentabilité ? Quelles sont les garanties de rentabilité offertes ? Pas de réponse dans le PAG.

Enfin, le mutisme du gouvernement sur les stratégies de contrôle de l’informel. Même si la croissance est en hausse, l’inflation en baisse, les infrastructures fleurissent que le secteur privé connaisse l’essor ; les résultats économiques resteront plombés par l’informel. Car bien d’économistes estiment qu’au nombre des facteurs qui expliquent la stagnation de la pauvreté globale au Bénin malgré une bonne croissance, il y l’absence de redistribution, mais aussi les 3,5 de croissance démographique annuels qui limitent l’amélioration du niveau de vie des populations. Mais enfin la présence forte d’un secteur informel très important.

Réserves sur les modes de la dette

Dans une perspective de renforcement de la résilience de la dette publique, il est souhaitable que l’Etat engage des réformes structurelles visant à soutenir la croissance économique, élargir la base des exportations et améliorer le climat des affaires.

Ici, le gouvernement se base sur la loi sur le Partenariat Public-Privé. Une loi déjà dévoyée et abusée par le pouvoir même avant sa promulgation. Le 19 octobre 2016 au terme du conseil hebdomadaire des ministres, le gouvernement décide de mettre en affermage des hôpitaux publics au nom de la loi sur le Partenariat Public-Privé. Alors même que le Chef de l’Etat n’a promulgué la loi que le 24 octobre 2016. Idem pour l’attribution des marchés publics gré à gré tels que le recensement administratif à vocation identification des personnes attribué à SAFRAN…Alors même que les dispositions prévues aux articles 19 et 20 ne sont pas prises en compte par les décrets d’applications nécessaires majorant ainsi le risque public alors que le gain reste privé. Ceci a été fait plus tard et après un reportage à charge de Canal 3 Bénin. Un désaveu économique pour l’Etat. Des éléments de contexte qui ont forcément motivé la crainte de la Banque Mondiale et du FMI à l’égard de cette loi comportant des non-dits.

En dehors des contrats PPP, le gouvernement compte sur un autre mode d’endettement : l’emprunt obligataire. Déjà en 2015, on s’inquiétait face à l’usage qu’en faisait le régime défunt. Le FMI avait tiré la sonnette d’alarme dans un rapport rendu public le 07 janvier 2016. Parce qu’en décembre 2015, le Bénin avait placé sur le marché financier régional des obligations d’une durée de sept ans pour 250 milliards de FCFA, soit 5% de son PIB à l’époque. Et c’est exactement ce que l’actuel gouvernement à fait. Trois emprunts sont déjà lancés. Un premier. Un second. Ces deux premiers ont été fructueux. Mais un troisième décidé n’a pas été concluant. Et avec un taux de 6,35%, pendant que la Côte d’Ivoire lance des emprunts à 5,9% avec succès, ce n’était pas donné avec la dégradation des conditions d’accès aux capitaux mondiaux. Depuis mi-décembre 2015, la hausse de son taux directeur est évidente. En seulement deux mois, il est passé de 0,25% à 0,50%. Et le fardeau est envisagé s’alourdir en raison de la remontée mondiale des taux d’intérêt sous la pression de la Réserve Fédérale Américaine.

 La dette a ceci de particulier : plus vous empruntez, plus vous perdez la faculté d’emprunter encore. Mais on emprunte pour financer un déficit ou un besoin de financement. Dans le PAG, le gouvernement expose un besoin de financement. Ce qui est normal. Mais pour contracter une dette, il faut deux préalables : la solvabilité et la soutenabilité de la dette. D’abord la capacité de solvabilité. Ce qui implique que les conditions, sinon le coût du service de la dette soit compatible avec la rentabilité économique des investissements qui ont généré l’endettement. Alors que dans le PAG, il est seulement précisé comment les investissements progresseront ainsi que le ratio de la dette. Mais, omerta est mise sur l’évolution du pouvoir d’achat des populations censées payer les impôts qui permettent à la longue de solder la dette d’un Etat. C’est en cela que si regard est porté sur la question de la soutenabilité de la dette, les perspectives sont beaucoup plus mitigées.

La sincérité fut longtemps la fille absente du débat public. La vérité fait peur aux politiques. Mais demain, quand elle sortirait de son puits, on ne verrait plus qu’elle. Elle envahira l’hôpital de la dette. Elle nous dira que les folies spéculatives des marchés publics, les coups de Jarnac de l’imprévisibilité et les nasardes des acteurs économiques.

Patrice Talon adoubé par le suffrage se trouve grandement affranchi pour contenir les ambitions et les aspirations disparates du pays. Mais on devine du mou dans la cordée. Qu’importe alors !!! Notre grande affaire, c’est désormais de quitter le vice politique national. Et de chasser toute sa bande : l’évitement, la défausse, le dilatoire, l’évasif du rêve, la langue de bois et sa peur des mots vrais. Et avant que la comédie ne cède au tragique, transformons la ruse en courage et l’homme politique se mue en Homme d’Etat pour que la Nation retrouve son destin.

M.C.T.

Dernière modification lejeudi, 05 janvier 2017 05:44
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