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Angelo Ahouanmagna au sujet des 2ans de Talon : « La Rupture n’est pas un projet de cinq ans »

Angelo-Ahouanmagna

Avril 2016-Avril 2018. Comment décrypter avec pertinence, le bilan et le style du  Président Patrice Talon deux ans après le 06 avril 2016. A l’occasion de cet anniversaire nous avons choisi de donner la parole au fondateur de l’Institut « Défis-Bénin ».Une structure innovante de réflexion et d’actions sur le développement. Promoteur de médias, Diplômé en Sciences politiques et Relations  internationales, Angelo AHOUANMAGNA est un analyste averti de la vie politique nationale et internationale. A travers ces propos il apporte un regard sans parti pris et sans concession, mais plein d’espoir et  d’idées pour la suite du mandat du Président Patrice Talon.

Monsieur AHOUANMAGNA, quel est d’après vous le bilan politique que l’on peut faire de ces deux premières années de mandat du Président Patrice Talon ?

Au bout de deux années d’exercice du pouvoir, il faut reconnaître que le Président Talon n’est pas bien lisible au plan politique. Il y a eu certes le pari initial qui a envisagé une réforme de forme et de fond de la fonction présidentielle elle-même, puis globalement le projet de révision constitutionnelle.

Ce projet a tourné court pour des raisons sur lesquelles il a été déjà longuement théorisé et qui devraient se résumer, à mon humble avis à un important malentendu entretenu à tort ou raison à la fois auniveau de l’opinion et de l’élite politico-médiatique.

A cela, il faut ajouter le retard à l’allumage des bonnes explications officielles sur les enjeux d’un tel projet, puis les vices et vicissitudes de la négociation parlementaire chez nous.

Mais avec le recul, ce fut un acte manqué en dépit du timing qui était le meilleur possible : un début de mandat, un président qui ne serait pas candidat à sa propre réélection,etc. Le pays est passé à coté de la possibilité de mener un débat serein sur un sujet qui fait largement consensus : à savoir qu’il faille donner un coup de toilettage à la Constitution de 11 décembre 1990. Mais, de mon point de vue les conditions de ce débat n’avaient pas été rendues possibles.

« Depuis avril 2016, on assiste à une rupture de style dans l’exercice du pouvoir »
Est-ce à dire que du coup le président n’avait plus de marges de manœuvres politiques ?

Une fois que la démarche constitutionnelle des réformes est stoppée, les inclinaisons voulues pour la fonction présidentielle par exemple se limiteront à des mesures de style. Car depuis avril 2016, on assiste à une rupture de style dans l’exercice du pouvoir. Et l’idée qui s’en dégage est celle d’un Président qui gouverne à l’abri des caméras et micros, se tenant aux caps qu’il s’est fixé, peu ébranlé par les échos de l’opinion.

Puisque vous me parlez de bilan politique, on pourra ajouter à cette perception, une gestion politique qui fait peu dans la concession et le marchandage politique. C’est aussi ça qui fait qu’on a du mal à saisir avec beaucoup de précision les objectifs politiques du Chef de L’Etat.

Quand on est particulièrement soucieux de gestion politique, les alliés et mentors encombrants dont vous avez nécessairement besoinde vous débarrasser se gèrent politiquement à visage beaucoup plus masqué.

C’est vrai que cet apparent détachement politique du Chef de l’Etat et même l’absence de visibilité politique pour les fonctions ministérielles depuis deux ans, peuvent être psychanalysés à volonté, à travers l’idée que Patrice Talon s’est quelque part bloqué dans cette intention du mandat unique. Bien que le projet avorté de la révision constitutionnelle, l’ait libéré de cet engagement. Il l’a justifié dans sa célèbre boutade connue de tous et selon laquelle il avisera.

De façon plus large, l’image politique de la Rupture a été jusque-là celle d’un «  coup de gomme ». Voyez le Bloc de la Majorité Présidentielle (BMP), c’est en majorité des compagnons du Changement et de la Refondation ou encore des alliés du challenger de Patrice Talon au 2nd tour de la présidentielle de 2016. D’ailleurs, le nouvel élu avait-il le choix ?

Le calendrier des législatives et de la présidentielle dans notre pays favorise souvent ce genre de rafistolage où on prend du vieux pour faire du neuf. La grande question ici, de mon point de vue est de savoir si le PrésidentTalon a un projet politique de rupture pour la composition de l’hémicycle en 2019 ?En a t-il encore les moyens, vu les mérites de ceux qui l’ont accompagné opportunément depuis deux ans ? Eux n’ont peut-être plus le choix : étant en marge aujourd’hui des galaxies de Boni Yayi et de Sébastien Ajavon.  Mais Patrice Talon, de son côté peut-il se passer d’eux ? Est-ce qu’il y aura une dimension de la Rupture qui consistera en une dose de renouvellement de la classe politique ? Voila autant de questions qui font qu’on ne cerne pas entièrement la vision et la perspective politique du Chef de l’Etat.

« La Rupture, pour être le tournant historique qu’elle veut, a besoin de devenir un courant politique ou d’incarner une idée de renouvellement »

Mais quelle est votre lecture des perspectives politiques immédiates ?

S’il est une évidence au bout des deux ans, c’est qu’il n’y aura dès à présent que des défis politiques pour la Rupture. Le principal est d’ailleurs sa propre survie ou non en 2021.

J’imagine qu’un Président ne s’engage pas autant au risque de cliver la société pour que tout s’arrête au bout de cinq ans. La Rupture, pour être le tournant historique qu’elle veut, a besoin de devenir un courant politique ou tout au moins incarner dans une certaine mesure une idée de renouvellement. Je vois qu’il tient à cœur au Chef de l’Etat et à la majorité présidentielle, la réforme du système partisan. C’est à mettre à l’actif de ce bilan politique. Mais visiblement, son orientation actuelle va régler, tant soit peu, les questions de financement, lutter contre les clubs électoraux en élargissant les bases de la représentativité nationale des partis. Cependant je doute fort qu’elle puisse promouvoir de ce fait un leadership de rupture ou régler la sempiternelle question d’assemblée à géométrie variable qui sont des problématiques qui déteignent sur la qualité des débats et de la gestion politique dans notre pays. Certes, le renouvellement ne se décrète pas, mais il faut en favoriser l’éclosion par la semence de bonnes et nouvelles graines.Le Bénin en dispose des réserves dormantes. Ce serait une bonne perspective pour la Rupture d’agir véritablement sur ce plan.

Est-ce que d’après vous, c’était un candidat attendu et un président attendu ? En d’autres termes, est-ce qu’il y a deux ou trois ans, vous pouviez parier sur la candidature puis l’élection de l’homme d’affaires Patrice Talon ?

Vous savez depuis l’historique Conférence nationale et le retour à une démocratie pluraliste au Bénin, le cimetière des vaincus de la compétition électorale est rempli de personnes dont les destins présidentiels furent écrits d’avance. Pour faire court, on pourrait dire que d’instinct, le peuple béninois depuis 1991 a privilégié au détriment du profil politique, des hommes à qui il donne le crédit de pouvoir lui apporter prospérité et développement au vu de leur parcours professionnel ou réussite personnelle.

Il en a été ainsi pour Nicéphore Soglo et Yayi Boni. L’élection de Patrice Talon a répondu en partie, comme les autres d’ailleurs, à cette attente. Bien entendu, il y eut l’exception de la grosse parenthèse du Général Mathieu Kérékou à partir de 1996 qui était à l’origine mue par le souci de retrouver une certaine cohésion nationale et d’apaiser le débat démocratique par l’arbitrage du vieux sage. Mais, il y a trois an en arrière, comme vous dites, la plupart des gens devrait être préoccupé de l’issue de la querelle entre l’actuel Chef de l’Etat et son prédécesseur et pour les plus bienveillants du retour sans anicroches de Patrice Talon au bercail. Après, ce fut, sans nul doute, la part du destin et la rencontre des attentes de l’opinion dont je parlais tantôt et celui jugé capable de les porter, qui ont fait le reste.

Tout de même, il est à noter que la victoire du candidat Patrice Talon avait ses fondements spécifiques. Il y a eu un parti pris d’office de l’opinion pour l’homme qui a défié Boni Yayi. Un homme que la grande majorité des Béninois a découvert dans les tumultes de tout ce qui l’a opposé à Yayià partir de 2012 avec, entre autres, ce parcours de réussite personnelle qui a été le sien. Les subtilités et l’efficacité de sa campagne électorale ont capitalisé l’ensemble. Alors, les béninois l’ont élu en sachant qu’il était homme d’affaires et première fortune du pays. Ça n’a pas été un facteur anodin. Je suis persuadé que dans la conscience collective ce ne fut pas fait pour qu’il laisse sommeiller sa fortune pendant cinq ans (Rires). Au contraire il y avait un dessein inavoué qu’il la mettrait au service du pays.

Au total, plusieurs ténors de cette élection pouvaient rentrer dans le profil de « l’homme providentiel ». Mais il y avait des éléments contextuels qui accompagnaient le positionnement de Patrice Talon comme celui qui pouvait marquer le coup gagnant.

Pour en revenir au bilan et au style de ses deux années de présidence, selon-vous est-il vraiment rentré dans la peau d’un Chef d’Etat ? Si oui, depuis quand ? depuis le début, en avril 2016 ?

Si vous en doutez, je dirai plus tôt que son style est d’emblée très présidentiel. On se rend à l’évidence que le Chef de l’Etat se veut en retrait, discret. Et ses sorties sur les dossiers, au risque de manquer au bon timing, apparaissent comme d’ultimes recours. Pour cette dernière constatation, je n’en veux pour preuve que l’effet de ses explications sur les réformes constitutionnelles, mais venues à un moment où le débat avait totalement fini de cliver.

Je trouve que ce style est un pari risqué dans une culture politique et institutionnelle où toute la légitimité de notre système exécutif est concentré dans les mains du Président de la République.

Chez le Président Talon, c’est fait d’abord, on le voit bien, dans l’esprit d’un antagonisme de style par rapport à la décennie passée. Ensuite, le style Talon se base sur l’idée que les résultats plaident mieux que le discours. Enfin, le fait de tenir à cette nouvelle empreinte, en dépit du fourmillement de l’information à l’air des réseaux sociaux, se veut une forme de fermeté et de courage politique ; surtout quand le Président de la République lui-même dit être au courant des mauvaises humeurs de l’opinion. Est-ce que ce style à terme va être payant ? la question mérite d’être posée.

« Dans la gestion politique la forme compte autant que le fond »

Et quel est votre avis ?

Pour ce que je pense, je dirai qu’entre une présidence bavarde et une présidence taiseuse, il y a à trouver le moyen de satisfaire cette soif des citoyens et même la nécessité à leur faire comprendre les rationalités de l’action publique menée pour eux.

Vous savez, parfois dans la gestion politique la forme compte autant que le fond.  Et le style valorise substantiellement les résultats. Chaque Chef d’Etat peut avoir son style, mais au-delà de ses convenances personnelles, il est au service d’un peuple. Du moment où il incarne cette charge, il ne s’appartient plus. Et le style doit incarner l’idéal de ses missions. Vu l’ambiance générale, je dirai, au risque de me tromperque, désormais le triomphe qu’espère le Président de la République à la fin du mandat en cours, se jouera probablement moins sur les bilans matériels que sur sa capacité à se réconcilier politiquement avec l’opinion.

Avez-vous noté des faux pas dans sa gouvernance depuis 2 ans ? Et quels auraient été ces faux pas d’après vous ?

Les faux-pas, il en existera toujours. Ceux qui sont dans l’action prennent le risque d’en faire. Ils peuvent être discutables ; parfois, la vérité, elle-même est une question de perception. C’est pourquoi je ne trouve pas un intérêt particulier à lister les lieux communs des reproches faits au cours des deux dernières années.

De l’absence d’une approche par incrémentation dans les déguerpissements, le malaise créé par les premiers conseils des ministres consacrés au coton, de la tension autour du dialogue social avec les syndicats ou encore sur l’ambiance démocratique vicié par les affaires touchant un certains nombres de politiques ; de tout ça, voudrais-je dire, on pourra épiloguer longtemps.Mais cequi me paraît indéniable, c’est qu’il a manqué de bien faire comprendre et de bien montrer ce qui est en train d’être mené pour le Bénin depuis deux ans.

En élisant le Président Talon, les Béninois ne se sont pas autrement souciés des détails de son projet de société. Quelque part, c’est toujours une forme de chèque en blanc que le peuple signe à un homme sur la base de la confiance placée en ce dernier. Cependant, les électeurs  n’ignoraient pas qu’il régnait déjà sur le coton ou était propriétaire de Bénin Control. Il y a une formed’hypocrisie à penser qu’une fois élu, il devrait faire comme si ces positionnements n’ont jamais existé ; surtout qu’il s’agit de deux principales branches de l’économie nationale. Il appartient alors au Chef de l’Etat, dans la sacralité de ses charges actuelles, de faire en sorte que l’Histoire fasse une différence entre l’homme d’affaires qu’il fut et le Chef de l’Etat qu’il est devenu.

Pensez-vous qu’il y a des faux pas dans la façon dont les réformes sont conduites ? dans la méthode ?

Vous savez, c’est comme dans la vie de tous les jours, vous achetez des appareils électroménagers ou d’autres appareils. Au départ, vous avez une idée globale sur leurs fonctions et capacités. Souvent, vous les choisissez parmi plusieurs offres, juste à cause de la réputation de la marque, etc. vous découvrez ensuite l’ampleur de leurs fonctions à l’usage. Et bien souvent vous avez besoin d’un service après-vente qui aide au cours de l’installation et vous détaille la pertinence et le bénéfice de telle ou telle fonctionnalité. Je crois qu’il en est ainsi pour un projet de société. Vous l’achetez en campagne électorale, bien emballé, mais vous avez besoin d’un bon service après-vente dans l’exercice du pouvoir. C’est cela qui maintient le lien avec vos électeurs et au-delà élargit la base des adhérents à votre programme. Ce n’est pas la fonction d’un Chef de l’Etat qui lui définit la vision. Ce n’est pas non plus l’apanage exclusif des communicants d’un système qui eux trouvent des mécanismes pour que l’écho de la vision porte loin. Mais dans une bonne organisation, c’est plutôt un service beaucoup plus élargi autour de l’appareil dirigeant et de gens qui représentent une bonne caution ; pas seulement qu’avec des bouffons du roi (sourire).

Comment trouvez-vous vous le regard de l’opinion publique sur le Président Talon ? Vous pensez qu’on le juge sévèrement ? Notamment à cause des réformes et de la méthode ?

Comment se fait-il que ce Président qui a fait une campagne si singulière en enthousiasmant le peuple profond donne l’impression de couper le lien entre l’électeur et lui ? Quand vous parlez avec les gens, ils ont le sentiment qu’à l’appel d’air en direction de « Agbonnnon » on a répondu par la brutalité suffocante de la fermeture de leurs sources de gagne-petit et autres mesures ultra libérales très abruptes.
Vu la structure de notre économie, le pouvoir a une forte fonction sociale chez nous. La plupart des prédécesseurs du Président Talon ont payé la rançon de ce lien dont je parlais tantôt et qui est toujours sublimé dans la recherche de l’homme providentiel par l’électeur béninois. Nicéphore Soglo l’a fait en « remettant le pays au travail » comme il aimait le dire avec les travaux dits à haute intensité de main d’œuvre, les grands événements culturels et diplomatiques comme Ouidah 92 et le sommet de la francophonie. Mathieu Kérékou a lâché le « topo » des véhicules d’occasion aux jeunes.

Boni yayi a fait vivre ce lien avec les micro crédits au plus pauvres (quoiqu’on en dise aujourd’hui de leur gestion), et des événements comme la CEN-SAD, notamment au cours de son premier mandat.

Le Président Talon en personne est d’accord que ce lien s’est distendu avec les Béninois. Cela n’est pas seulement du fait qu’il se donne la peine de faire des réformes impopulaires, mais il y a cette absence de discours emphatique qui appelle à la compréhension et à l’adhésion. Vous savez, il faut réussir à bien expliquer à l’électeur qui a rêvé de Talon détenteur de baguette magique de la prospérité, pourquoi il vit des lendemains de morosité.

Bref, la sévérité du regard de l’opinion se base aussi sur un certain nombre de détails de fonctionnement dont l’empathie, le besoin de se sentir écouté par le chef, etc.

Pensez-vous donc que le Président Talon peut encore séduire l’opinion publique ?

Ecoutez, l’ambition des réformes est une très bonne chose. Le pays a un besoin pressant de se débarrasser de ses tares pour amorcer le développement. Et il y a de très bonnes idées de réformes encours. Je vous ai parlé de la réforme du système partisan, il y a toutes celles qui visent la réduction du train de vie de l’Etat, vous avez l’engagement pour la lutte contre la corruption ; même si certains appellent à lui donner un caractère plus général.

Pensez à toutes ces mesures qui impactent l’amélioration du cadre de vie ; bien qu’on ait pensé que certaines d’entre elles auraient pu faire l’objet d’une mise en œuvre graduelle. L’une des plus significatives a été les résultats dans la sécurité publique et le découpage territorial, etc. j’ai eu l’occasion de le dire lors du débat sur le projet de révision de la Constitution,qu’il ne faut pas douter de la bonne foi du Président Talon sur les intentions de réformes.

« Les réformes ont besoin d’une stratégie pour faire adhérer la grande majorité des gens »

Quand on occupe le fauteuil dans lequel il est assis, on ne peut pas faire les choses par simple malveillance. En cela, je suis rassuré par la vision historique de ses fonctions que le Chef de l’Etat a exprimée il y a peu.

Après, on peut disserter sur la méthode et le style ; ce qui n’enlève rien à la bonne foi.  Le vrai problème des réformes est de savoir celles dont le pays est capable de tenir le choc et celles qu’il faut placer dans une progression irréversible.

Quelles qu’elles soient, les réformes ont besoin d’une stratégie pour faire adhérer la grande majorité des gens. Le Président peut se prévaloir du mandat de réformer qu’il a reçu de sa victoire électorale, mais le Bénin d’aujourd’hui est héritier de son passé avec des syndicats et des forces vives de la nation qui ont été aux avant-postes de la conquête des libertés démocratiques. Cela fait du dialogue social ici une vertu. Ailleurs la sortie de guerre, d’un génocide ou autre bouleversement sociétal peut conférer un leadership de pionniers sans concession à certains. La démarche de séduction est un savant dosage qui prend en compte tous ces paramètre sans qu’on ne soit l’otage des humeurs de l’opinion.


Comment voyez-vous  la suite de ce quinquennat ? Les perspectives. Le président Talon peut-il selon vous réussir son mandat ? Que doit-il faire au cours des trois prochaines années s’il veut être « porté en triomphe » comme il le souhaite par le peuple béninois

Concrètement, il y a un courage politique à tenir fermement le cap des réformes indispensables et le Président Talon en donne l’air. Mais cette fermeté n’empêche de rechercher l’adhésion populaire. Il est, en effet, préférable que les souffrances liées aux réformes eurent été perçues comme de justes sacrifices plutôt que comme une casse sociale à la limite punitive.

Il y a une évidence, qu’il faut gouverner avec une vision et le Chef de l’Etat a énoncé la sienne, mais il faut des concepts pour réaliser cette vision .C’est le but du PAG, je suppose. Mais il reste à mieux décliner les concepts pour faire comprendre et faire participer tous à la vision. Jusqu’ici les réformes de la Rupture marche sur un pied, l’aspect bulldozer.
A présent, il faut qu’elles se reposent sur le second pied, celui d’ouvrir des perspectives pour tous, de ramener du mieux en pouvoir d’achat et mettre plus généralement l’ascenseur social à la portée de tous sur la base de la compétence et de l’excellence. C’est ça la rançon dont je vous parlais et qu’il faut payer à l’immense majorité des gens qui se débrouillent au quotidien dans le pays. C’est ce genre de paramètres qui comptent pour l’évaluation de la réussite. Il faut souhaiter que le Président Talon réussisse. S’il réussit c’est qu’il aura du bien-être collectif pour le pays. Il est dans l’intérêt de chacun de nous que cela se passe ainsi. Il en a exprimé à maintes reprises la détermination.

Concrètement quels sont selon vous les grands créneaux qui peuvent porter cette réussite ?

Le Programme d’Action du Gouvernement donne la mesure des défis. Les ambitions affichées pour l’agriculture et les résultats immédiats dans le secteur cotonnier ainsi que les progressions attendues seront l’un des baromètres de ces défis. Il en est ainsi de l’intérêt marqué pour le développement du tourisme et de l’économie numérique. Mais je pense que spécialement pour ce dernier secteur, le Bénin peut se positionner comme un pôle de formation et de réflexions stratégiques au plan continental. En attendant que le Projet Sêmè-City ne prenne corps, on peut commencer par tirer la crème continentale sur les métiers du numérique au Bénin par des événements intellectuels. Regardez les formidables initiatives du Gouvernement rwandais pour que leur pays soit à l’avant-garde du développement de la science en Afrique. C’est fait pour que demain, les futuresinventeurs africains trouvent au Rwanda un eldorado. Nous pouvons commencer par développer ce positionnement sur le numérique avec des événementiels avant la mise en place opérationnelle de Sêmè-City.

Il est même indispensable que ce genre de préalable y compris pour les problématiques de formation en la matière soient une exigence du plan d’action de ce secteur. Est-ce que nous  aurions pu développer l’économie numérique et les start-up avec le niveau général actuel de la plupart des intervenants du secteur informatique ? Je pense que non.

A votre avis quels sont alors les grands défis à relever pour les prochaines années ?

A mon avis, notre pays doit travailler à créer des perspectives économiques plus large qui permettent aux jeunes et à tous ceux qui en ont la motivation, d’entreprendre et de trouver à faire. In fine, c’est ça qui devrait être l’objectif crucial de l’action de l’Etat. On a beau construire plein de routes dans le pays, faire des buildings, rendre nos grandes villes très jolies, s’il n’y a pas de filières économiques de façon un peu plus abondante, on ne s’en sortirait pas. Tenez : une des perspectives à notre porte, c’est le Nigéria, première économie de l’Afrique ou l’une des trois premières.

On a longtemps devisé sur l’immense opportunité que constitue pour le Bénin ce géant voisin. Mais au-delà de l’informel, que faisons-nous pour établir des relations économiques structurées  et systémiques avec le Nigériaqui permettront à l’Etat d’en tirer le meilleur profit ? nous avons plus intérêt à organiser nos relations économiques avec le Nigéria qu’à courir derrière toute autre nation. Nous avons beau faire toutes sortes de réformes attractives, si nous n’offrons pas une économie d’échelle avec notre marché, les investisseurs ne s’installent pas, quelle que soit l’attractivité de votre code d’investissement. Ce qu’ils veulent, c’est déjà d’avoir un marché et vendre avant de penser aux avantages fiscaux. Alors si nous travaillons à bien structurer nos relations avec le Nigéria et ce, à côté des normes communautaires de la CEDEAO, nous allons bien structurer cette idée de grand marché avec le Nigéria.

Il faut arrêter avec les incantations qui consistent à appeler aussi facilement les gens à installer au Bénin pour vendre sur le Nigéria. Il faut travailler sérieusement sur les mécanismes particuliers d’une telle perspective.

Vous avez plusieurs vies. On connaît le journaliste, promoteur de médias au Bénin et en Afrique,  mais aussi le consultant politique ;en outre, vous dirigez depuis peu un think tank.  Sur quoi porte ce Think tank ?

C’est pas qu’un think tank. C’est unthink-do tank. Il est dénommé « Défis Bénin ». D’une part c’est un groupe de réflexion qui regroupe des Béninois de divers profils : intellectuels, journalistes, politiques, scientifiques, juristes, artistes, écrivains, opérateurs économiques, etc., dans des milieux divers aussi bienau Bénin qu’au sein de la diaspora.

C’est un groupe qui n’a pas d’a priori sur les convictions politiques, la foi religieuse et l’ethnie des uns et des autres. Le seul intérêt c’est de réunir des Béninois des plus qualifiés dans leurs différents secteurs d’activité pour mener des réflexions prospectives pour le pays. Des synthèses vont se mener sur les différentes thématiques pour livrer nos réflexionsau grands publics via des plateformes dédiées. D’autre part, c’est un creuset d’où il va sortir des inspirations d’actions. Chacun est libre de tirer le meilleur de nos réflexions pour lui et pour son engagement dans notre société. Quant à moi je me préoccupe d’agir sur un thème qui m’intéresse particulièrement et que j’essaie de problématiser : « la conscience du développement ». ça me permet de m’investir dans le mentoring des plus jeunes pour la promotion de cette conscience du développement, la promotion de l’éducation et de l’excellence ainsi que l’éveil aux exigences d’une qualité de vie pour tous dans notre société. Quelqu’un a parlé de « nouvelle conscience », là également ça ne se décrète pas, il faut en promouvoir la culture.

Il m’a semblé que nous avons de moins en moins des débats de qualité à l’instar de ceux des lendemains de la conférence nationale. Nos grands agitateurs d’idées comme le Professeur Tévoédjrê, l’ancien diplomate et député Gratien Pognon, ou d’autres Comme Maitre Robert Dossou et le professeur René AHOUANSOU s’essoufflent. C’est vrai nos clavardages actuels sur les réseaux sociaux entretiennent une flamme, mais c’est souvent chahuté, sans un bon fil conducteur. Ce Think-do tank est à la recherche de cette profondeur du débat perdu. C’est surtout à ce titre que j’ai accepté de répondre à vos questions.

Propos recueillis par la Rédaction

Dernière modification lejeudi, 19 avril 2018 05:30
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