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Patrice Talon, 2 ans après : Acteurs politiques et société civile se prononcent

Patrice Talon

Le 6 avril 2016 pendant que le compteur de la gouvernance au sommet de l’Etat était remis à zéro, le ton a été donné par le nouvel élu pour présider aux destinées du Bénin. On était à la cérémonie d’investiture, au stade Charles De Gaulle à Porto-Novo. Top, c’est parti : « Cependant, au plan économique et social, ainsi que de la jouissance des libertés individuelles l’état des lieux n’est guère reluisant. L’urgence, est donc aux réformes politiques, à la restructuration de l’économie nationale, à la reconstitution du tissu social en redonnant confiance à nos citoyens et la restauration de la crédibilité de notre pays ». Quelle ferveur et quel espoir suscités par ce discours court mais empreint de solennité !Sept mois plus tard (mi-novembre 2016), alors que le peuple s’impatientait, Patrice Talon, à la faveur de sa toute première tournée dans la partie septentrionale du pays, notamment Parakou, tenta d’apaiser : « J’ai mis 7 mois pour construire en détail le plan d’actions qui va être mis en œuvre (…) Nous allons construire le pays. Vous allez commencer à avoir les effets très bientôt… ». Le document boussole sera donc lancé à grande pompe, dans un décor sublime, à la hauteur de son contenu bardé de 45 projets phares, 92 projets sectoriels et 19 réformes institutionnelles. Ça a fait rêver plus d’un, ce Programme d’action du gouvernement (Pag) vanté aux populations, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest par l’administration Talon à travers meetings de soutien. Devant une délégation de rois du Nord qui est allée le voir au Palais de la Marina, en mars 2017, le chef de l’Etat sera on ne peut plus clair: « D’ici un ou deux ans au maximum, vous verrez concrètement de vos yeux que nous avons commencé à construire, la plupart des routes qui restent à construire. Vous verrez que la plupart des communes seront connectées par des voies carrossables. Vous constaterez que les marchés seront construits dans la plupart de nos villes. Vous constaterez que le système de santé sera amélioré et que presque tous les Béninois auront droit à la santé. Mon gouvernement et moi travaillons beaucoup. Bientôt, vous verrez d’autres usines créatrices d’emplois et de richesse s’implanter dans la partie nord de notre pays. Pour ceux qui attendent qu’il y ait davantage d’usines de coton pour l’égrenage, ils verront de leurs yeux que d’autres usines verront le jour bientôt (…) ». Et d’ajouter : « J’ai besoin que mes compatriotes soient déterminés pour serrer encore la ceinture afin qu’on parvienne rapidement à résoudre les problèmes qui se posent à notre pays (…) Nous allons construire le pays. Vous allez commencer à avoir les effets très bientôt, mais au même moment, il est nécessaire de serrer la ceinture ». Après 24 mois de gestion du pouvoir, quel est l’état des lieux ? Y-a-t-il lieu pour le peuple béninois d’espérer encore quelque chose du gouvernement de la Rupture/Nouveau départ ? Votre Quotidien Matin Libre n’est pas resté en marge de cet exercice bilan. Parole a été donnée à des acteurs aussi bien politiques que de la société civile pour apprécier les deux ans de gouvernance Talon.

Noël Chadaré, Secrétaire général de la Cos-Bénin
« Les passations de marché gré à gré sont une caractéristique de ce pourvoir »

Après deux ans d’exercice de pouvoir, le bilan du président Patrice Talon est mitigé. Pour aborder les aspects positifs, il faut reconnaître des efforts fournis pour l’assainissement au ministère des finances, au ministère de la fonction publique, l’assainissement des finances parce qu’il y a des fonctionnaires fictifs qui percevaient des salaires et d’autres  qui ont fait usage de faux en utilisant des diplômes falsifiés et qui sont tapis dans la fonction publique et ont été débusqués. C’est un travail qu’il faut apprécier à sa juste valeur. Au niveau de l’agriculture, il faut également saluer les efforts du gouvernement. On constate aujourd’hui que le Bénin est un grand producteur de coton, nous sommes déjà à près de 500 000 tonnes de coton, ce n’était pas le cas sous le régime précédent, malgré tous les efforts fournis. C’est un défi relevé par le régime actuel. J’apprécie bien les efforts du gouvernement de diversifier notre agriculture avec des filières comme l’anacarde, le karité, le cajou qui devient une filière importante, c’est à mettre aussi à l’actif du gouvernement. A cela, il faut ajouter la réforme de l’administration territoriale. Dans le domaine des infrastructures, on note une grande ambition dans la mise en place d’infrastructures modernes, notamment les routes, les centres hospitaliers, au niveau de l’aéroport, tout cela est à mettre à l’actif du gouvernement. Sur le plan sécuritaire, nous constatons aussi qu’il y a moins de braquages, des efforts ont été faits dans ce sens-là. Même s’il y a eu résurgence des gays men qui font des sacrifices humains et la réplique du pouvoir est à apprécier. Notre sécurité est relativement bien assurée. Au passif du gouvernement, il faut évoquer la lutte contre la corruption qui a démarré, mais, avec la manière dont elle est conduite, on se rend compte qu’il y a mal donne. C’est vrai que la peur est dans tous les esprits, c’est un aspect positif, on sent qu’il y a des efforts qui sont faits dans ce sens et on sent qu’il y a une peur du bien public, mais cette lutte contre la corruption, elle est sélective. On a l’impression que les gros poissons sont allés armes et bagages dans le camp du Chef de l’Etat et sont épargnés par la lutte. On peut citer par exemple, les affaires Ppea II qu’on a rapidement vidées avec un non-lieu, alors que la réalité est là. L’audit international a révélé que des milliards ont été mal gérés, se sont volatilisés dans des poches d’individus qui aujourd’hui sont protégés. Il y a l’affaire Ofmas où au départ, c’est le BOT qui est prévu, mais finalement, 20 milliards sont sortis des caisses de l’Etat. Les passations de marché gré à gré sont aussi une caractéristique de ce pourvoir, ce qui est regrettable. Même si le gré à gré est accepté, c’est une exception, mais avec ce régime c’est la règle d’or. Ce qui n’est pas normal pour notre pays. Sur le plan social, le pouvoir n’a pas véritablement bougé. Il est vrai, on a noté quelques efforts dans la relance du microcrédit aux plus pauvres, les cantines scolaires, mais au-delà, on se rend compte que la population vit très mal, la misère s’est enracinée dans le pays, on a créé beaucoup plus de chômeurs que d’emplois. Dans l’entendement de ce pouvoir, les réformes riment avec la privatisation, on a le cas de la Sonapra, Ons… qui sont privatisés et dont les travailleurs ont été déversés dans les rues en tant que chômeurs. L’un des actes de l’échec du pouvoir du président Talon sur le plan social est le déguerpissement, alors que nous sommes dans un pays dominé par l’informel. La petite économie a été détruite et la misère s’est accentuée et s’est accrue, parce que ceux qui ont été dégagés n’ont pas été dédommagés. A cela s’ajoutent les réformes non inclusives opérées par le pouvoir, ce qui crée des frustrations et des dommages pour la société. Nous l’observons par exemple actuellement dans le secteur de la santé, avec tous les jargons de la privatisation : affermage, mise en concession, gestionnaire délégué, …sans en discuter avec les travailleurs. Cela entraîne les contestations. Il y a également les relations exécrables avec les partenaires sociaux parce que le pouvoir ne respecte pas ses engagements. Les engagements tripartites contenus dans la charte du dialogue social ont été violés en permanence et impunément par le gouvernement. Le gouvernement suscite des propositions de lois pour contourner les mesures contenues dans cette charte avec sa majorité mécanique à l’Assemblée nationale. C’est l’exemple de la loi sur l’embauche et sur les collaborateurs extérieurs, des lois antisociales. Avec ces lois, c’est la privatisation du public qui est enclenchée avec la précarisation de l’emploi. Nous allons continuer à combattre ces lois contraires au code du travail. Autant de choses qui font que nous sommes méfiants vis-à-vis du gouvernement, qui ne respecte plus ses engagements.  On pose des actes pour étouffer les libertés. C’est un recul de notre démocratie qu’on constate sous la rupture avec les tentatives de retrait de droit de grève, le retrait de droit d’association au niveau des étudiants, la volonté de faire taire ceux qui pensent le contraire, le cas de Mètongnon et de Trèkpo.  C’est une gouvernance où c’est la plus-value qu’on cherche partout. C’est à la limite une gouvernance d’épicier parce qu’on cherche des calculs d’épicier par-ci par-là. Sur le plan éducatif, ce qu’on peut mettre à l’actif du gouvernement, ce sont les subversions qui sont libérées à temps, il faut également apprécier le fait que les résultats scolaires soient proclamés tel quel et ne sont pas badigeonnés. La politique n’a pas teinté les résultats surtout des examens du Bepc et du Cep, mais aussi l’organisation des concours même si, sous ce régime, il a y a eu un concours frauduleux qui a été annulé, celui de la Cnss. Il faut reconnaître que depuis un moment les concours d’entrée dans la fonction publique sont bien organisés. Il y a également le recrutement de quelques enseignants. Mais reconnaissons que beaucoup reste à faire dans ce secteur là parce que si on continue ainsi, avec le cas actuel où les enseignants sont à la maison, c’est évident que quand il y aura la reprise, on sera obligé de tenir dans le programme, mais au prix de apprenants, ce qui aura in impact sur les résultats. C’est pourquoi le gouvernement doit cesser d’humilier les enseignants et de donner l’impression qu’ils sont des parias de la société. Il faut valoriser la fonction enseignante, l’enseignant c’est le cœur du développement et les pays qui l’ont compris, se sont développés. Dans ces pays les enseignants sont les mieux traités. Le gouvernement doit tout faire pour mettre le dialogue sincère au cœur de ses relations avec les partenaires sociaux.

Patrice Sagbo, activiste de la nature
« on n’a pas encore vu le vrai visage de ce qui va arriver»

La première mesure que le président Talon a prise dès son arrivée au pouvoir, c'est d'arrêter totalement la coupe des bois et  l'exportation anarchique des bois du pays vers l'extérieur. C'est une décision courageuse et historique à encourager. En son temps nous avons écrit pour soutenir le gouvernement à travers le ministère du cadre de vie. Mais par la suite il n'y a pas eu de suivi parce que la journée de l'arbre qui a suivi, on aurait bien voulu qu'ils aillent plus loin, mais on a mis en terre des plants à des endroits non indiqués. C'est le même système qui a continué. Il y a eu des journées internationales de la forêt qui n'ont pas été célébrées, on voudrait qu'il y ait un suivi des mesures prises. Dans le Programme d’actions du gouvernement par exemple, nulle part il n'est prévu des arbres à Cotonou. Comment peut-on dévaster des forêts et mettre en lieu et place des bétons ? Soyons responsables, rien ne peut remplacer l'air que Dieu nous a donné, et ce qui procure cet air, se sont les arbres. Il faut repenser autrement cette politique qui consiste à déboiser toute la ville et mettre en lieux et places du béton. Ils n'ont pas intégré cela dans leur plan de développement et c’est à regretter. Par rapport à l’agriculture, on a fait revenir presque les anciennes structures comme le Carder et autres, des choses sont en train d’être mises en place, mais on n’a pas encore vu le vrai visage de ce qui va arriver. Ce qui inquiète, lorsqu’on parle d’agriculture, cela sous-entend sécurité alimentaire, on entend souveraineté alimentaire, nous devons produire, en consommer et envoyer le reste à l’extérieur. Nous avons déjà vu des filières agricoles : anacarde, riz, ananas…, quelle est la valeur ajoutée que le gouvernement apporte depuis deux ans. Rien ne se dessine encore. Et ce qui est à dénoncer, c’est l’usage abusif des engrais de pesticides et des insecticides pesticides dans l’agriculture. On peut accepter pour le coton, encore que là, on procède à la déforestation pour cultiver le coton qui est une monoculture. Nous participons ainsi nous-mêmes à la désertification. Pour la culture des produits alimentaires, nous continuons à utiliser les engrais de pesticides et les insecticides qui ne garantissent aucune sécurité sanitaire des aliments. Il faut investir sur l’homme qui est le capital principal pour le développement. Et ainsi, le producteur n’est pas toujours payé à sa juste valeur. Il faut œuvrer à l’amélioration du des revenus du producteur qui est le moteur de la production, il faut augmenter le prix de vente des produits. Comme vous le savez, pour pratiquer l’agriculture, il faut avoir recours au foncier. Mais est-ce que le foncier est accessible à tous aujourd’hui ? Nous n’avons pas sécurisé les terres pour les paysans. Le paysan est confronté à d’énormes difficultés et à moindre problème, il procède à la vente de sa parcelle. Il y a donc des préalables pour le maintenir sur son sol.D’un autre côté, nous crions changements climatiques, mais nous ne faisons rien par nous-mêmes pour arrêter les changements climatiques. Nous déboisons tous les jours, et la culture du coton n’a jamais cessé. On est heureux de déboiser pour cultiver du coton. Dans nos villes, nous dévastons la forêt pour installer le béton. Tout cela participe à créer des gaz à effets de serre. Il y a de l’incohérence dans nos discours, notre comportement de tous les jours envers la nature et cela ne marchera pas. On crie changements climatiques pour consommer les fonds qui viennent de l’extérieur, mais nous ne faisons rien pour protéger la nature, nous sommes des destructeurs de la nature.

Propos recueillis par Th. A

Gustave Dépo Sonon, ancien ministre
« …qu’on mette le compteur à zéro et qu’on crée une Commission vérité-réconciliation »

Ancien ministre en charge des Relations avec les institutions et ancien ministre d’Etat en charge des Travaux publics et des transports, Gustave Dépo Sonon a accepté opiner sur les deux ans de gestion du pouvoir d’Etat par le gouvernement de la Rupture. De son regard d’observateur indépendant, ce cadre de l’Inspection générale du ministère de la Santé a relevé des actions positives posées par le président Patrice Talon et son équipe, mais aussi quelques talon d’Achille du Pouvoir en place depuis le 6 avril 2016. Pour l’ancien ministre du régime Yayi, « sur le plan des infrastructures, d’ici deux ou trois ans, on sera agréablement surpris et ce serait une grande fierté pour le peuple béninois ». Par ailleurs, tout en saluant les réformes du gouvernement pour limiter les fraudes dans l’administration et combattre la corruption, Gustave Sonon propose « qu’on s’occupe beaucoup plus de la prévention que de la correction ». Pour l’ancien ministre d’Etat, «… il faut qu’on mette le compteur à zéro et qu’on crée peut-être une Commission vérité-réconciliation pour que les cas connus, cette Commission indépendante, juge.  Comme cela, on n’aura plus à reprocher à un gouvernement donné une lutte partiale, sélective, chasse aux sorcières… »

Deux ans après, les Béninois continuent de se plaindre qu’ils ont toujours leurs ceintures serrées alors que le chef de l’Etat leur avait dit que deux ans après, le repas serait cuit. Qu’est-ce qui pourrait justifier ces plaintes ?

C’est vrai qu’après deux ans les Béninois continuent d’espérer et on a été entre temps rattrapé par la crise sociale. Il y a deux raisons fondamentales qui justifient ces cris des compatriotes. Et je l’ai souligné quand il s’est agi d’apprécier les 100 premiers jours du gouvernement.

La première, c’est l’absence de la notion de continuité du service public dans beaucoup de domaines, et c’est dû aux réformes. Pour le citoyen, lorsque quelqu’un prend le pouvoir à un temps t, il faudrait qu’à un temps t+1 sa situation s’améliore. S’il devrait avoir réforme, il faut faire en sorte que les acquis soient préservés d’abord. Et si les acquis ne peuvent pas être préservés, il faut voir comment orienter ses réformes. Malheureusement le régime est parti sur la base d’un slogan : la Rupture pensant que si on dit Rupture, il faut rompre totalement avec le passé.

La deuxième raison, c’est le mode de redistribution de la richesse qui a changé. Le peuple qui est souverain donne pouvoir à l’Exécutif de collecter les recettes qui sont des recettes communes et de les redistribuer sous l’autorisation du Parlement, représentant. Il y a mille manières de redistribuer. C’est vrai que sous l’ancien régime on a reproché beaucoup de choses. Au niveau du mode de redistribution on a pensé que c’était du populisme, et on note aujourd’hui une certaine rupture à ce niveau. Quand je parle de mode de redistribution, c’est qu’aujourd’hui au niveau des petites entreprises, des petits établissements, les marchés ne circulent plus comme avant même s’il fallait y mettre de l’ordre. Ce qui déteint sur le quotidien des Béninois. Je pourrais ajouter un troisième élément qui me paraît aussi fondamental. C’est qu’il y a eu beaucoup de réformes qui ont impacté négativement le grand nombre à l’instar de l’opération de libération des espaces publics. Je n’étais pas contre, mais j’étais contre la méthodologie. L’expérience devrait être faite dans huit villes, selon le premier conseil des ministres à ce sujet. Et cela devrait s’étendre progressivement. Mais ça s’est étendu sur les 77 communes. Il y a eu d’autres mesures comme les pertes d’emplois. Beaucoup de sociétés ont été fermées. Les réformes au niveau de l’administration également avec les avantages connexes aux fonctionnaires qui ont été supprimés. Il faut reconnaître qu’en tant que Planificateur j’avais reproché que lorsqu’un fonctionnaire vous dit je suis à 300000FCfa, avec les divers avantages connexes, qu’il se retrouve autour d’un million. Ce qui est gênant à ce niveau est qu’il y a une injustice. Et d’un ministère à un autre, vous n’avez pas les mêmes avantages et à l’intérieur du même ministère aussi. Les réformes à ce niveau vont vers l’équité mais il faut reconnaitre que cela a impacté négativement presque tous les fonctionnaires de l’administration. C’est l’explication que je peux donner à nos ceintures toujours serrées. D’autres ont même dit qu’ils ont fini les trous. Mais tant qu’on vit il y a toujours espoir.

Pour vous qui avez été « ministre des routes », comment comprendre qu’après deux ans que le gouvernement Talon n’ait aucune infrastructure routière déjà réceptionnée ou inaugurée à son compteur alors que ce sont de vieux projets routiers laissés par le régime défunt qui ont été relancés ?

Il faut avouer qu’il y a eu la politisation… On a tôt fait de chercher à faire des comparaisons. C’est pour cela que je disais que l’administration est une continuité en termes de services. Et, en matière d’infrastructures, on n’a pas besoin d’attribuer la paternité de telle ou telle chose… Cela a fait que le gouvernement a cherché à suspendre presque tous les projets d’abord, reprendre un certain nombre de dossiers compte tenu de la vision. Il y a tout ça qui a fait que les choses ont trainé.

Quand vous parlez de politisation, c’est dans quel camp ?

Non, c’est dans les deux camps. Malheureusement dans cette guéguerre c’est le peuple qui perd.

Mais si on tient compte de ce qui est en train d’être fait aujourd’hui. Est-ce que vous sentez que tel que ça se passe les choses bougent et qu’il y a espoir ?

En matière d’infrastructures, ça bouge et on sera agréablement surpris. C’est l’un des secteurs où en mon temps, ça n’a pas été politisé. La plupart des cadres sont restés sur place et je crois que cela a facilité les choses. Sur le plan des infrastructures, d’ici deux ou trois ans, on sera agréablement surpris et ce serait une grande fierté pour le peuple béninois.

Et de votre position d’observateur indépendant, comment appréciez-vous globalement la gouvernance sur le plan des réformes ?

On va prendre cas par cas et apprécier. Il faut avouer que seuls ceux qui ne font rien ne se trompent. En matière de gouvernance, mon appréciation est qu’on a élu un président en 2016 qui est discret, ponctuel, rigoureux. Cela permet de restaurer l’autorité de l’Etat. Si vraiment j’ai un point à lui donner, je lui tire chapeau. Il est aussi un peu véridique. Il dit tout cru ce qu’il pense. Et ça le dessert. Il n’a pas hésité à nous dire la situation réelle de son état de santé. Iln n’a pas hésité à nous dire que par rapport au retrait du droit de grève, qu’il a partagé cette idée avec le Parlement… Restaurer l’autorité de l’Etat, cela veut qu’il faille que les citoyens craignent l’Etat. Aujourd’hui on se dit « Ah ! Avec ce gouvernement-là, il faut faire attention ». C’est important parce que nous ne pouvons réussir que dans la discipline. S’agissant des réformes, il est obligatoire que les acteurs concernés soient associés. J’ai l’impression que le gouvernement se dit si j’associe les concernés, voilà qu’il y a des actions qui vont à l’encontre de leurs intérêts, est-ce qu’ils vont accepter ? Mais ce n’est pas bien, parce que vous ne pouvez pas faire le bonheur de quelqu’un contre sa volonté. Sur l’aspect Etat de droit, qui sous-entend le respect des textes ; à ce niveau, on a des problèmes. Et mon appréciation à ce niveau est qu’on doit restaurer tous les attributs de la Cour constitutionnelle. On devrait même être amené à instituer que les décisions de la Cour, non seulement sont sans recours, exécutoires, mais sans commentaires publics… Il y a eu des tentatives de restriction des libertés, pareil pour le retrait du droit de grève. A ce niveau si on devrait faire quelque chose, c’est d’agir sur la loi portant exercice du droit de grève. Sur le plan de la réforme institutionnelle, le président a engagé une réforme qui n’a pas abouti. Cela a péché par la méthodologie. En politique, ce que les gens recherchent, c’est la petite considération, que les gens se sentent associés. Si je fais une petite comparaison par rapport à la réforme du système partisan, il y a eu tout un atelier pour en parler, les sachants étaient là pour en parler, ce ne sont pas des décisions qu’ils sont prises mais tout le monde s’est senti dégagé. Maintenant la balle est dans le camp du Parlement. Et les parlementaires pour avoir écouté tout cela, ont des arguments pour nous pondre un document de qualité. Si la même méthodologie avait été adoptée pour la révision de la Constitution, je crois qu’il n’y aurait pas de problème.

Par rapport à la presse, c’est une déception. Il y a eu le brouillage de fréquences et l’institution constitutionnelle en chargede la régulationn’a rien fait… Ce n’est pas bon, la roue tourne. Maintenant pour ce qui est du traitement de l’information par la presse, les professionnels, c’est aussi une déception. Il y a une confusion totale entre l’information et la communication… Aujourd’hui pour lire un journal ou écouter une radio, il faut d’abord vous référez à la ligne éditoriale de cet organe. C’est à croire que les deux camps utilisent la presse pour agir sur l’opinion…

L’un des chantiers du gouvernement c’est également la lutte contre la corruption. Votre appréciation.

Ça été une préoccupation pour tous les gouvernants depuis 1960… Je préfère qu’on s’occupe beaucoup plus de la prévention que de la correction. Le président a déjà donné l’alerte et aujourd’hui, ça craint partout. Mon souhait à ce niveau est que les choses se fassent dans les règles de l’art…

Concrètement, êtes-vous en train d’inviter le gouvernement à abandonner tous ces dossiers et s’occupe de l’essentiel?

Mon appréciation personnelle sur la question est que nous devons décréter un niveau zéro parce que depuis 1990, vous voyez que ce sont les mêmes hommes qui se repositionnent par rapport à l’appareil de l’Etat. De cette position donnée, je me suis dit à un moment donné qu’il faut qu’on mette le compteur à zéro et qu’on crée peut-être une Commission vérité-réconciliation pour que les cas connus, cette Commission indépendante, juge. Comme cela, on n’aura plus à reprocher à un gouvernement donné une lutte partiale, sélective, chasse aux sorcières, et que de façon progressive on mette en place les mécanismes de prévention. Je veux parler de la dématérialisation. Les différentes réformes de l’administration concourent à ça et j’encourage le gouvernement pour cela. La bancarisation par exemple. Et pour finir, l’une des choses pour lesquelles je souhaite qu’on ramène le compteur à zéro, vous savez à une fonction politique, on vous fait prendre des décisions qui n’ont forcément pas une rentabilité économique. Mais plutôt une rentabilité sociale. Et si c’est votre opposant qui viendra apprécier, lui prendra le côté rentabilité économique pour dire que vous avez mal agi… J’aurais aimé que le président ramène la barre à terre à ce niveau.

Propos recueillis par JB

Patrice Sagbo, activiste de la nature
« on n’a pas encore vu le vrai visage de ce qui va arriver»

La première mesure que le président Talon a prise dès son arrivée au pouvoir, c'est d'arrêter totalement la coupe des bois et  l'exportation anarchique des bois du pays vers l'extérieur. C'est une décision courageuse et historique à encourager. En son temps nous avons écrit pour soutenir le gouvernement à travers le ministère du cadre de vie. Mais par la suite il n'y a pas eu de suivi parce que la journée de l'arbre qui a suivi, on aurait bien voulu qu'ils aillent plus loin, mais on a mis en terre des plants à des endroits non indiqués. C'est le même système qui a continué. Il y a eu des journées internationales de la forêt qui n'ont pas été célébrées, on voudrait qu'il y ait un suivi des mesures prises. Dans le Programme d’actions du gouvernement par exemple, nulle part il n'est prévu des arbres à Cotonou. Comment peut-on dévaster des forêts et mettre en lieu et place des bétons ? Soyons responsables, rien ne peut remplacer l'air que Dieu nous a donné, et ce qui procure cet air, se sont les arbres. Il faut repenser autrement cette politique qui consiste à déboiser toute la ville et mettre en lieux et places du béton. Ils n'ont pas intégré cela dans leur plan de développement et c’est à regretter. Par rapport à l’agriculture, on a fait revenir presque les anciennes structures comme le Carder et autres, des choses sont en train d’être mises en place, mais on n’a pas encore vu le vrai visage de ce qui va arriver. Ce qui inquiète, lorsqu’on parle d’agriculture, cela sous-entend sécurité alimentaire, on entend souveraineté alimentaire, nous devons produire, en consommer et envoyer le reste à l’extérieur. Nous avons déjà vu des filières agricoles : anacarde, riz, ananas…, quelle est la valeur ajoutée que le gouvernement apporte depuis deux ans. Rien ne se dessine encore. Et ce qui est à dénoncer, c’est l’usage abusif des engrais de pesticides et des insecticides pesticides dans l’agriculture. On peut accepter pour le coton, encore que là, on procède à la déforestation pour cultiver le coton qui est une monoculture. Nous participons ainsi nous-mêmes à la désertification. Pour la culture des produits alimentaires, nous continuons à utiliser les engrais de pesticides et les insecticides qui ne garantissent aucune sécurité sanitaire des aliments. Il faut investir sur l’homme qui est le capital principal pour le développement. Et ainsi, le producteur n’est pas toujours payé à sa juste valeur. Il faut œuvrer à l’amélioration du des revenus du producteur qui est le moteur de la production, il faut augmenter le prix de vente des produits. Comme vous le savez, pour pratiquer l’agriculture, il faut avoir recours au foncier. Mais est-ce que le foncier est accessible à tous aujourd’hui ? Nous n’avons pas sécurisé les terres pour les paysans. Le paysan est confronté à d’énormes difficultés et à moindre problème, il procède à la vente de sa parcelle. Il y a donc des préalables pour le maintenir sur son sol.D’un autre côté, nous crions changements climatiques, mais nous ne faisons rien par nous-mêmes pour arrêter les changements climatiques. Nous déboisons tous les jours, et la culture du coton n’a jamais cessé. On est heureux de déboiser pour cultiver du coton. Dans nos villes, nous dévastons la forêt pour installer le béton. Tout cela participe à créer des gaz à effets de serre. Il y a de l’incohérence dans nos discours, notre comportement de tous les jours envers la nature et cela ne marchera pas. On crie changements climatiques pour consommer les fonds qui viennent de l’extérieur, mais nous ne faisons rien pour protéger la nature, nous sommes des destructeurs de la nature.

Propos recueillis par Th. A

Dr Habibou Woroucoubou à propos de l’an 2 de la Rupture
« Le développement est une question d’intelligence collective»

« Je vais commencer par féliciter le gouvernement pour ses deux ans à la tête de l’Etat béninois. D’entrée de jeu, je dis que ce n’est pas facile de gouverner pour avoir été assez proche des gouvernants. Cependant, on peut déjà faire ce bilan à mi-parcours pour savoir un peu ce qui a été réalisé au cours de ses ans là et dans quelle mesure on pourrait réaliser ce qui est prévu. Je pense que le gouvernement a fait un certain nombre de pas par rapport à ce qui est prévu. Sur le plan de la protection sociale, vous convenez avec moi que sur ce terrain rien n’est encore visible pour le moment. Les plus démunis ce sont les populations les plus pauvres, ce que le gouvernement peut faire pour eux, c’est peut-être leur faciliter l’accès à la santé, à l’éducation et à l’alimentation dans une certaine mesure. Par rapport à ces différentes questions, je ne vois pas le gouvernement en train de faire quelque chose. Personnellement, je n’ai rien vu peut-être qu’il y en a, mais qu’on nous le fasse savoir. Mon intention n’est pas de dire que le gouvernement n’a rien fait. Je reconnais la reprise des cantines scolaires, mais ce n’est pas véritablement des démunis. Les enfants de moins de 5 ans qui ont du mal à être soigné parce que sans moyen, qu’est-ce qui est fait pour eux, la césarienne gratuite n’existe pratiquement plus. Dans le secteur de l’eau potable, je suis dans la commune de Parakou, précisément au quartier Okédama et je n’ai pas de l’eau à plein temps. Je suis en ville et non en milieu rural, imaginez le sort des zones rurales. C’est vrai qu’il y a des projets qui sont lancés mais le problème de l’accès à l’eau demeure.

Quand à l’électricité, je sais que cela nécessite des investissements à long terme. Le gouvernement précédent à travers le Millenium Challenge Account a prévu un certain investissement allant dans ce sens et je remercie Dieu qu’on n’ait pas réussi en son temps à mettre à mal ce financement qui va servir aujourd’hui. Les données du terrain ont obligé le gouvernement actuel qui avait remis en cause, l’utilisation des groupes électrogènes pour juguler la crise énergétique à revenir à cela. Malgré cela, les problèmes énergétiques persistent. Je dois être objectif pour reconnaître que c’est un investissement à long terme.  Les réalisations dans ce secteur ne sont pas encore visibles peut-être avec le temps ça pourrait l’être. Le PAG est en lui-même un document de beaucoup de déclarations d’intentions mais encore plus les réalisations prévues au niveau du secteur de cadre de vie, parce que je ne sais pas quelles sont les ressources sur lesquelles, le gouvernement compte pour pouvoir concrétiser toutes ces réalisations.  C’est bien d’avoir des ambitions et des projets mais il faut disposer des sources de financement  desdits projets. Et je pense que c’est à ce niveau que le problème se pose. Il y a beaucoup de choses de ce secteur qui relèvent de la compétence des communes, il faut pouvoir renforcer les communes. Ce n’est pas pour rien que nous avons fait l’option de la décentralisation, l’Etat central n’a pas besoin de prendre en compte certains projets des communes. Les questions de la gestion des ordures et de la voirie par exemple. L’Etat ne saurait tout faire lui seul. Le vouloir c’est tomber dans le piège de l’immobilisme. Sérieusement en cinq ans, le gouvernement ne peut pas faire tout ce qui est prévu dans le Pag.

Les questions d’infrastructures sont des questions d’investissements qui ne peuvent qu’être visibles dans le moyen et long terme. Dans le court terme on ne peut pas espérer grand-chose pour être sincère avec nous même. Le hic est que le gouvernement a adopté une position qui n’est pas assez confortable pour lui-même. L’Etat est une continuité et le service public est universel et donc quelque soit le gouvernement qui s’installe, il faut tisser la nouvelle corde au bout de l’ancienne. Donc, on ne saurait rejeter tout ce qui est fait par le gouvernement précédent. Le faire c’est arrêter le développement. Il n’y a aucun problème à dire qu’on a fini ce que le prédécesseur a commencé. Le gouvernement dans sa posture actuelle, ne peut dire qu’il va réaliser certaines infrastructures prévues dans le Pag, parce que le gouvernement n’a pas les moyens de sa politique. Il gagnerait à capitaliser les acquis, l’existant je donne l’exemple de l’aéroport de Tourou pour illustrer ce que je dis. Le développement est une question d’intelligence collective, pendant vous voulez quelque et que les autres refusent c’est fini. Vous allez faire du surplace.  Dans le secteur de l’agriculture, on a parlé de haute valeur ajoutée ce qui suppose une industrialisation à  travers la transformation. Quelles sont les pistes d’industrialisation qui pointent à l’horizon ? Je ne vois rien. Ça pose un problème. La seule filière qui se porte plus ou moins bien c’est le coton. Je ne suis pas satisfait de ce qui se passe avec les autres filières aussi, je parle de l’ananas et de l’anacarde. Pour l’anacarde, on veut décourager les gens avec des taxes. Ce n’est pas le moment de lever les taxes, on est dans une situation de récession économique. Aucune politique pour amener les gens à transformer.  

Du point de vue économique, les questions de loisirs, tourisme sont des besoins tertiaires qui viennent après les besoins primaires et secondaires. Le Bénin est un contexte où on n’arrive pas à trouver satisfaction aux besoins primaires et secondaires qui sont des besoins vitaux et on s’attaque aux besoins tertiaires. Ça ne trouvera pas de répondant au niveau de la population même si le parc Pendjari est en or, personne n’ira le visiter. La classe moyenne manque du minimum. Nous sommes dans une situation de récession économique. A la limite, dans ses conditions on ne se donne pas du plaisir.
Je suis de ceux qui veulent avoir espoir. Je pense que le gouvernement doit se réconcilier avec son peuple. Le gouvernement doit revenir au pays. Si je le dis c’est parce que j’ai l’impression que le Président de la République et les membres de son gouvernement ne sont pas dans le Bénin, car ils ne vivent pas les mêmes réalités que le peuple. Une assise économique s’impose pour changer de cap à la gouvernance actuelle du pays sinon le bilan risque d’être catastrophique à la fin du mandat, ce que je ne souhaite pas pour mon pays.

Dernière modification lemardi, 10 avril 2018 04:47
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