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Lionel Kpènou Chobli au sujet de l’an deux de la Rupture : « En politique, on évite souvent un débat de fond»

Lionel-Chobli

Le  Chef d’arrondissement d’Attogon (Commune d’Allada) a analysé  certains faits ayant marqué les deux premières années de la gestion du président Talon.  Lionel Kpènou Chobli a souligné les implications  de l’échec du projet de révision de la Constitution dans un contexte d’inexistence de débats politiques de fond. Il a également apprécié la dématérialisation de l’Administration amorcée ainsi que la création de la Police républicaine. Lire l’entretien.

Le projet de révision de la Constitution initié par le gouvernement n’a pas prospéré, il y a un an. A quoi cela est dû selon vous?

L’échec du processus de révision de la Constitution a été un l’un des faits marquants sinon le fait politique marquant de ces deux ans du régime de la Rupture dans la mesure où c’était un engagement fort du candidat Patrice Talon. C’était dans le programme d’action du gouvernement, un engagement fort et bien documenté  puisque les axes de la réforme avaient été bien détaillés. On notait la suppression de certaines institutions et le mode de gouvernance auquel ce régime voulait tendre à travers la révision de la Constitution. Ensuite, ça a été un marqueur politique dans la mesure où il a été un moment de cristallisation des forces politiques après l’élection présidentielle. En effet, il y avait un état de grâce  avec la logique du grand regroupement. Il y avait le bloc de la majorité présidentielle qui existait déjà de fait avec l’alliance de tous les députés qui avaient soutenu le candidat  Sébastien Ajavon, Patrice Talon, Abdoulaye Bio Tchané, Pascal Irénée Koupaki et Robert Gbian. Et de l’autre côté, les députés du bloc Alliance républicaine faite des Fcbe, la Renaissance du Bénin en partie, et le parti du Renouveau démocratique qui a très tôt annoncé son soutien au président de la République. On s’attendait à une majorité forte. Mais on a vu un premier point de rupture. La rupture consommée avec les amis de Sébastien Ajavon, la rupture consommée et plus grave au point de vue symbolique avec Guy DossouMitokpè, le suppléant de Candide Azannaï  et certains autres  à l’instar de Mohamed AtaoHinnouho qui n’avait pas marchandé son soutien à Patrice Talon. Et c’était inattendu parce que le président de la République très organisé, très calculateur a reçu un retour de bâton. De point de vue politique, technique, médiatique et symbolique, c’était un coup d’arrêt pour l’assistant politique intellectuel numéro 1 du Chef de l’Etat depuis qu’il était candidat à la présidentielle, je veux nommer Me Joseph Djogbénou qui connaît bien les institutions, le pouvoir, les acteurs politiques et qui n’a pas su conduire cette réforme là avec succès. Ensuite, on a échappé totalement au débat de fond. Et c’est l’un des drames du Renouveau démocratique. C’est que depuis les première, deuxième et troisième législatures, on échappe relativement au débat de fond. Il y avait des questions intéressantes, pertinentes, il y avait également des interrogations lourdes  et c’aurait été bien qu’on trouve la formule pour un débat de fond. C’est ce qu’avait souhaité Eric Houndété  en disant qu’il votait pour, mais pour qu’on puisse ouvrir le débat. Je pense que la minorité de blocage  qui se dit aujourd’hui majorité populaire parce qu’on a constaté une certaine satisfaction du peuple béninois à voir ce projet échouer, a préféré trancher dans le vif en empêchant le débat parce qu’il a peut être constaté qu’il y avait une dangerosité avérée de ce projet sur certains aspects. Je pense que les aspects qui ont le plus choqué  ont eu trait à un certain nombre de choses qui pouvaient aller dans le sens du copinage, de la concussion, du favoritisme, de l’immunité pour certains, des régimes spéciaux. Une chose qui a choqué  même les acteurs politiques à la base, c’est cette question de la possibilité pour le titulaire d’un mandat de député de faire des allés et venus entre d’autres fonctions politiques, des activités privées et mandat de député. Beaucoup y ont vu une désacralisation de la fonction politique, une désacralisation de la fonction législative et un manque de respect et de considération pour les autres acteurs politiques.

Comment analysez-vous les relations entre la Cour constitutionnelle et le pouvoir ?

La question des relations entre la Cour constitutionnelle et les autres institutions sous le régime actuel pose problème parce qu’effectivement, on a la Cour qui est censée réguler le fonctionnement de la vie institutionnelle et politique et qui apparaît comme une institution d’opposition, en tout cas qui est dépeinte comme telle par le pouvoir en place et ses thuriféraires. De l’autre côté, on voit la Cour qui est dans une posture assez rigide quoique souvent justifiée en droit, mais assez rigide quand même qui est à la limite de l’injonction. C’est vrai qu’on n’avait pas l’habitude de cette Cour constitutionnelle qui était capable d’aller à la limite de l’injonction,capable d’amener le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif à devoir respecter ses décisions, à revenir constater que ses décisions n’ont pas été respectées. C’est assez inédit. Je pense que ça tient certainement à la personnalité du président de la Cour constitutionnelle, le Professeur Holo qui est parfaitement au faite des questions constitutionnelles dans notre pays, en Afrique et dans le monde. Pour une fois, nous avons cette cour où aussi bien le président que plusieurs membres qui sont totalement libérés de leur servitude professionnelle, contractuelle et même des alliances et considérations politiques en raison de leurs âges, de leurs parcours, de leurs expériences, de leur liberté de ton et d’engagement qu’ils peuvent se permettre de pratiquer leurs fonctions de juge constitutionnel avec une liberté nouvelle face à un pouvoir qui, lui, aime aller au pas de charges et qui se trouve en confrontation directe avec cette cour-là avec des ministres, des députés proches du pouvoir qui commentent les décisions de la Cour. De l’autre côté, on a des implications, des incidents. Des fois, vous discutez avec des investisseurs étrangers qui nous demandent comment nous voulons qu’ils viennent avec l’esprit dégagé au Bénin pour investir dans le cadre du partenariat public-privé si la Cour casse la loi sur le partenariat public privé alors que le gouvernement a un Programme d’action basé jusqu’à 71%  sur les engagements du secteur privé. Mais en même temps, d’ici juin, nous aurons une nouvelle Cour constitutionnelle et on sent que la position de la Cour a amené le gouvernement comme le Parlement à différer un certain nombre de réformes ou à ralentir le calendrier d’un certain nombre de procédures législatives dans le but de voir quelle va être la nouvelle formation de la Cour constitutionnelle sachant que le bloc de la majorité présidentielle a un avantage certain avec sa soixantaine de députés et qu’il y a trois membres qui sont de facto désignés par le président de la République.  

La création de la Police républicaine est- elle une chance pour le Bénin?

La création de la Police républicaine est pour moi l’une des grandes réalisations de ces deux ans … C’est une réforme qui a été faite de façon méthodique… On avait cette diarchie police- gendarmerie que personnellement je trouvais trop coûteuse et trop peu efficace pour un pays comme le nôtre. Nous avons également  le maillage territorial qui n’était pas optimal.  Vous avez la police qui était en ville, la gendarmerie dans les campagnes. Mais en réalité avec l’organisation politique et administrative de notre pays, il y avait de chevauchements et de manquements. Il y avait aussi la question des moyens matériels, humains et techniques et financiers. Je pense que la matérialisation de la police républicaine est une très bonne chose pour notre population dans un contexte d’insécurité grandissante… Je trouve Cotonou beaucoup plus sécurisée qu’il y a quelques mois en arrière. Je trouve les axes routiers plus sécurisés qu’il y a quelques années en arrière. Il faut que cette action continue dans les villes comme Allada, Bohicon, Lokossa. Il faut qu’on puisse apporter la sécurité aux populations, aux acteurs économiques. Aujourd’hui, nous avons des défis de l’heure qui vont être des tests pour la Police républicaine. Il y a le maintien de l’ordre, la question de la cybercriminalité grandissante qui nuit à l’image de notre pays et qui nuit à notre économie. La Police républicaine doit rentrer dans la modernité afin de trouver les solutions face à cette menace… Cette Police républicaine doit pouvoir travailler avec les Mairies des villes dans lesquelles elle est installée et travailler avec les brigades locales, les chefs traditionnels, les responsables religieux pour avoir un réseau naturel de renseignements.

Comment appréciez-vous la dématérialisation de l’administration publique annoncée?

La dématérialisation de l’administration publique est une condition sine qua non pour la modernisation, l’efficacité, la performance de cette administration. On ne peut que l’encourager. C’est vrai qu’elle se fait déjà au  niveau  des télécommunications, des télétransmissions au niveau de la possibilité de régler en ligne que ce soit par mobile ou par internet  un certain nombre de démarches administratives.  A travers la numérisation des archives du cadastre qui permet de faire des recherches avancées et de sécuriser un certain nombre de documents. Et je pense que le processus  le plus important de dématérialisation de cette administration publique mais aussi de création d’une identité administrative  dématérialisée pour les Béninois, c’est le processus du Ravip (Recensement administrative à vocation d’identification de la population)  qui est en train de tirer à sa fin. Je pense qu’avec cette dématérialisation, on va pouvoir lutter contre la fraude, apporter de la sécurité et de la célérité dans les opérations, de la performance et lutter contre la corruption afin de rentrer dans une certaine modernité utile. C’est aussi une réforme qui va servir les entreprises dans leur création, formalité et paiement des impôts. J’aimerais attirer l’attention du gouvernement sur une autre dématérialisation. C’est celle des relations entre les Communes et l’Etat central. Il doit pouvoir y avoir une plateforme entre l’Etat et les Communes pour faciliter un certain nombre de procédures.

Propos recueillis par M.M

Dernière modification lelundi, 09 avril 2018 05:07
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