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Professeur Virgile Ahyi, Administrateur délégué et Directeur de recherches de Irgib-Africa : La science tranquille

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C’est un poncif mais reconnaissons que les sociétés développées sont celles qui font de la science et de la technologie des priorités et qui y investissent les moyens adéquats. Et si comme le disait Léopold Sedar Senghor « L’émotion est nègre, comme la raison est hellène », ils sont tout de même de plus en plus nombreux ces chercheurs africains qui essaient de faire parler d’eux sur le plan international à travers quelques inventions et moult publications. Mais finalement dans la pratique, quelles sont les retombées de cette recherche scientifique dans les domaines de la santé, de la médecine et de l’environnement, par exemple ? Que faire pour qu’elle devienne un instrument efficient au service du bien-être des populations africaines ? Il va s’en dire que la contribution des chercheurs africains dans la résolution des problèmes cruciaux des populations est sollicitée et attendue. Si Bertin Nahum l’inventeur du génial robot Rosa, classé quatrième entrepreneur high-tech le plus révolutionnaire du monde derrière Steve Jobs, Marck Zunckenberg et James Cameron est déjà considéré comme « un génie français », que nous reste-t-il ? En tentant de répondre à ces questions, j’ai voulu pour ce numéro de Manager à l’affiche discuter avec un de nos dynamiques scientifiques béninois. Celui qui s’est imposé à mon esprit est Monsieur Virgile Ahyi.
 « Je vous remercie de me donner l’occasion de m’exprimer, c’est un exercice auquel je ne suis pas habitué parce qu’on est plutôt dans l’ombre », dit Monsieur Virgile Ahyi avant de répondre à la première de nos questions. Oups, voilà encore un autre manager à qui il va falloir arracher les mots, me suis-je dit aussitôt. Mais, que nenni !! Il ne faut pas vous fier aux apparences. Habitude ou pas, Monsieur Virgile Ahyi est tout à coup devenu intarissable. En une question j’ai failli avoir droit à un de ses magistral cours de sécurité chimique, d’ingénierie de procédés agroalimentaires, pharmaceutiques et chimique. Je vous le dis : méfiez-vous des scientifiques qui disent qu’ils sont dans l’ombre et n’ont pas l’habitude de parler à la presse.
Mais j’ai fini par cerner le personnage et compris que j’ai à faire à un passionné. Un passionné oui, il faut bien l’être de quelque chose. Mais, Virgile Ahyi est un passionné averti et engagé. Mon Manager de ce vendredi est un rat de laboratoire. Obligé de renoncer à une carrière de militaire il fera à son corps défendant, des études de pharmacie, après avoir obtenu un Bac D au Ceg de Gbegamey à Cotonou. « Moi depuis tout jeune, je rêvais d’être para-commando comme un de mes oncles parachutiste pour qui j’avais beaucoup d’admiration ».  Pour se préparer à cette fonction, il avait même forcé ses parents à l’inscrire au judo ou il excellait, me confie-t-il. Il faut dire que le jeune adolescent de 18 ans qu’il était, n’a pas pu échapper à la fascination de l’uniforme qu’avait pu communiquer à certains jeunes de l’époque, la période révolutionnaire. Je ne suis donc pas étonnée qu’il me cite le nom du Général Mathieu Kérékou comme personnalité l’ayant véritablement marqué, à côté de ceux du regretté Abbé Gilbert Dagnon et de Ariel Sharon, ou que le karaté et le parachutisme soient quelques-uns de ses sports favoris. Malheureusement pour lui et peut-être heureusement pour la communauté scientifique, il ne réussira pas à convaincre ses parents qui tout naturellement voulaient pour le fils unique de la famille un « job » moins casse-gueule mais plutôt stable et formel. C’est donc décidé, il fera pharmacie. En effet, comment réussir à être l’exception dans une famille où on compte une grand-mère comme Béatrice Aguessy et un oncle comme René Gualbert Ahyi, respectivement première femme gynécologue agrégée d’Afrique au sud du Sahara francophone et premier Psychiatrie au Bénin. Ainsi, coaché par le Pfr Valère Henri Kinifo (un des fondateurs de la faculté de médecine) et sur les conseils avisés du Docteur Abdoul Salam Kaboré, pharmacien militaire burkinabé, il étudiera la biochimie appliquée à la défense nationale. Le parcours universitaire de Virgile Ahyi sera itinérant et s’effectuera dans de prestigieuses universités au Sénégal, en France, En Israël et aux Etats-Unis. L’objectif était d’aller dans une école de défense pour étudier la pharmacie industrielle, de faire la différence et apporter quelque chose à l’humanité. C’est dans cet esprit qu’il prendra la tête du groupe universitaire Irgib-Africa crée en 2006, un label qui a pour ambition de tenir l’affiche dans la sous-région.

Par Djamila IDRISSOU SOULER

Nous sommes dans une des unités du laboratoire de Irgib-Africa. Un grand bâtiment à plusieurs étages où à chaque niveau on peut voir de nombreuses machines et ça amène à penser qu’il est l’un des plus équipé du Bénin ?

Disons que nous sommes l’un des laboratoires les plus modernes de la région ouest africaine, je dirais en Afrique au sud du Sahara, de par la nature des équipements, de par la structuration, la multidisciplinarité, et par les dispositions qui sont en train d’être prises pour qu’entièrement tout soit managé par des gens formés sur place. Et à la date d’aujourd’hui, nous sommes heureux que l’ensemble des équipements soit en train d’être apprivoisé par nos apprenants qui pour la plupart sont ingénieurs, doctorants en science de l’ingénierie.

Précisons que IRGIB AFRICA est un groupe universitaire qui forme des étudiants dans plusieurs domaines comme le marketing, la communication, les nouvelles technologies, mais surtout dans le domaine de la recherche scientifique.

Irgib Africa a une spécificité c’est une école d’ingénieurs pour tout le monde, une école du merchandising, dans laquelle on enseigne notamment le marketing et la communication comme vous le dites mais où on met l’accent sur les nouveaux outils de la communication, donc la communication stratégique, le marketing sous toutes ses coutures où la stratégie prend le dessus. Nous avons aussi les Tics et leurs applications ou on dispose de laboratoires dans lesquels nos apprenants encadrés par les ingénieurs formés ici grâce à l’appui de l’Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne en Suisse et à l’Ecole de défense Tel Aviv en Israël, ils arrivent à réaliser du matériel performant. On a des équipements de contre mesure, généralement on parle d’écoutes téléphoniques. Alors, nos étudiants arrivent à faires des brouilleurs, des capteurs numériques. Et certains parmi eux utilisent également des technologies telles que la technique du microcontrôleur et un certain nombre de langages de programmation pour réaliser des systèmes de sécurité, par exemple pour sécuriser une maison à 400 kilomètres d’ici et en permanence visualiser les images et écouter les bruits sur un téléphone portable, une tablette ou un écran d’ordinateur. On peut même déclencher une contre-offensive un dispositif sécuritaire dès lors que vous vous apercevez qu’il y a une tentative d’intrusion, vous pouvez depuis le téléphone portable, déclencher un jet de gaz lacrymogène fixé à l’entrée de votre maison ou de votre salon. Ce sont des applications aujourd’hui que les Tics utilisent. Nous sommes appuyés également  dans les laboratoires pour les mesures biométriques. Nous sommes en train de chercher à nous performer dans la reconnaissance faciale. Nos étudiants ont une compétence multiple en télécommunications, administration de réseaux et dans le génie logiciel. Ils sont également parfaitement initiés à l’électronique qui fait aujourd’hui corps avec l informatique. Et enfin, le plus gros du contingent sont ceux qui font partie de ce qu’on appelle généralement les Ppea, ingénierie des Procédés de Production, d’Expertises et Analyses et qui les trois premières années font un programme condensé : une partie du programme de médecine pour les sciences fondamentales biologiques, une partie du programme de la Faculté des Sciences de l’Université d’Abomey Calavi, pour les matières telles que la biophysique, la physique, la chimie, et un programme qui s’apparente beaucoup à ce qu’on fait en agronomie parce que ce sont des gens qui font de la botanique dans la mesure où après, ils vont s’intéresser aux transformations agro-alimentaires. Ils font également le programme entier de l’Epac, dans sa version modernisée. Rappelons que nous sommes une université délocalisée. Nous avons été délocalisés en 2004 par un protocole de la Royale Institute of Technology qui est une université qui a 300 ans aujourd’hui et qui assure une pérennisation des sciences industrielles de par le monde pour le compte de la Fédération internationales des écoles de défense et de l’industrie militaire. Nous avons le soutien de certaines entités, notamment l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausane et nous avons également la célèbre université de Leipzig, en Allemagne (l’université de Angela Merkel dont le parcours scientifique et technologique est bien impressionnant) et sommes surtout partenaire de la faculté de pharmacie qui nous impose un programme identique à la sienne. Ainsi, nos apprenants peuvent à partir de la troisième année et sous certaines conditions se retrouver dans ces universités en quatrième année et finir leur cycle de pharmaciens sans être déphasés. Les équipements que nous avons, répondent exactement à ce qu’il y a là-bas. Tenez, le laboratoire de toxicologie que je manage est la réplique de celui du célèbre Hôpital militaire du Val de Grâce. En somme, nous avons la technologie de dernière génération : la spectrométrie de masse, l’absorption atomique. Vous savez qu’aujourd’hui les universités publiques en Afrique ne peuvent pas se l’offrir ou ne prennent pas le risque parce que c’est assez onéreux et assez sensible après. Au niveau de IRGIB AFRICA on peut dire que nous sommes très avancés.

Votre idée de créer ce groupe est partie de quel constat ?

C’est d’abord parti de ma formation, de mon parcours où je me suis rendu que tous mes amis, tous mes maitres avaient forcément reçu comme consigne en sortant de l’école, qu’il fallait faire la différence, apporter quelque choses à l’humanité. C’était une sorte de défi. La plupart des ingénieurs civils ou militaires qui étaient dans les boites où il travaillait se sont tous reconvertis à l’entrepreneuriat. Donc, aujourd’hui les grandes boites de sécurité, les grandes boites de stratégie, de management et des ressources humaines que nous avons en occident et même les unités qu’on dit être de marketing, sont des unités de combats stratégiques pilotés par ces ingénieurs qui ont jeté les tenues. En 1993 lors de l’ouverture des chantiers de l’Intercontinental University en Arabie Saoudite, ils ont évoqué la question en disant que cela devait arriver en Afrique, au Sud du Sahara. Ils ont pensé tout de suite à l’Afrique du Sud mais à ce moment-là, c’était la période de l’Apartheid. Et ils ont plutôt lancé au Kenya en 1984. Et vous savez aujourd’hui le Kenya est une super puissance industrielle à l’échelle de l’Afrique noire. Et dès qu’il y a eu la levée de l’apartheid en Afrique du Sud, ils ont monté au Cap une université de ce type. Ils ont fait pareil au Nigeria. Mais au Nigeria, les gens l’ont transformé en école militaire pour ne pas laisser toute cette technicité aller dans la nature. Et pour l’Afrique francophone, ils avaient choisi la Côte d’Ivoire mais la Côte d’Ivoire était en guerre, il fallait donc choisir un autre pays, après ils ont pensé au Burkina qui était prêt à donner un domaine et un capital initial de un milliard en plus de ce que les partenaires allaient apporter. Ma hiérarchie et le groupe d’amis qui voulaient se lancer dans ce projet m’ont demandé mon avis, puisque je devais être le chef du projet. Je suis Béninois d’origine, donc vous imaginez j’ai demandé que l’on choisisse mon pays plutôt qu’un autre. Mais malheureusement, au Bénin personne n’y croyait. Tout le monde était au BTS, peu de gens parlaient de Bachelor, quand vous dites génie industriel, ils vous répondent que c’est la mécanique ou l’électricité Bac E ou F du Lycée Technique. C’était vraiment toute une confusion et finalement les autres se sont découragés. Il était alors question de se lancer avec la poignée de parents ou d’amis qui y croyaient. Par contre, l’assistance technique était garantie. Les premiers enseignants venaient des universités partenaires et ils avaient promis au bout de cinq, si ça marchait, qu’on installe un campus et la plus grosse infrastructure de Laboratoire d’analyses et de production. On nous a donc envoyé du matériel et on a nous a mis à l’épreuve. Avec les audits de l’Union Européenne, de l’Otan, et des ministères du gouvernement béninois ils ont eu la preuve de notre sérieux et de notre implication et ils nous ont fait confiance.

J’ai l’impression que vous nous mystifiez suffisamment. Vous avez donc des étudiants qui sont dans la recherche scientifique font des découvertes, des inventions. Concrètement, tout cela reste à l’étape des recherches ou est-ce que cela trouve déjà des applications dans la vie courante ?

Le laboratoire d’analyses a un peu masqué l’élan qu’on avait pris au début dans les procédés de production. Et puis, nous nous sommes donné comme obligation de rester dans le schéma et au standard des universités auxquelles nous appartenons et dont nous sommes l’émanation. Nous avons décidé de faire un certain nombre de choses. Et c’est un peu précoce, qu’au bout de huit ans, de dire que nous faisons des recherches qui marchent. Cependant, nous pouvons parler de quelques projets. Nos juniors ont fait trois publications dans des ouvrages assez qualifiés avec des comités de lecture réputés dans lesquels on retrouve deux, trois prix Nobel. Nous avons d’autres travaux qui ont porté par exemple, sur le diagnostic prédictif des risques de survenue des pathologies  cardiovasculaires et des risques de survenues d’affections vasculaires cérébrales. Par ailleurs, vous savez qu’aujourd’hui le cancer de l’utérus fait partie des cancers les plus dévastateurs. Ainsi, nous avons souhaité apporter à la communauté un appui qui consisterait à démocratiser la pratique d’un diagnostic prédictif des risques, notamment la chasse au papillomavirus qui est responsable pour une espèce donnée, de la survenue de ce cancer, donc faire des tests d’ADN démocratisés. Dans le domaine de la cosmétologie, nous avons développé par exemple à partir du manioc local, ce qu’on appelle des carbomères qui permettent de faire des crèmes corporelles. Donc au-delà de faire de la fermentation pour avoir de l’alcool et faire des eaux de toilette, on a pu faire des crèmes et des laits pour le corps. Et on est allé plus loin en faisant une extraction de gel de couplage pour les ultrasons utilisé lors des échographies cardiaques et pour les échographies en gynécologie et en imagerie médicale.  On a créé des sociétés off-shore virtuelles et on a implémenté depuis les Etats-Unis, les marques avec des labels déposés et on a envahi le marché depuis le Nigeria. Les gens sont venus. On a fonctionné comme ça parce que pendant les premiers essais, on a constaté que les Béninois avaient des préjugés. Simplement parce que c’était fait ici, ils n’ont pas eu confiance. Mais il y a des médecins que nous avons approchés et qui ont accepté d’utiliser ce gel et qui en ont été convaincus. Je veux citer l’équipe du Professeur Perrin, les Docteurs Chakirou Latoundji et Stephane Sanvi de Tove. On a distribué des fiches de résultats et après 2357 applications et en comparant au même nombre au niveau des gels importés, on s’est rendu compte que la meilleure marque de gel importé ne permettait pas d’avoir une définition meilleure à la nôtre et ne protégeait pas mieux les sondes. A partir de ce moment-là, on a laissé passer sur le marché. Après, on a fait des dentifrices aussi. Et, aujourd’hui nous avons un jeune ingénieur formé chez nous à Irgib, qui est en train de commercialiser son gel dentifrice à Djibouti. Mais vous savez, quand vous faites de la recherche et de l’application vous n’êtes pas sensé tout commercialiser. Sinon, on a fait du pain, des pâtes alimentaires avec du maïs et du manioc. On a développé des formules de lait concentré sucré. Et je vous dis ceci, le jour où nous déciderons de faire du chocolat ou du yaourt par exemple, beaucoup vont fermer parce qu’on a de la technologie. On a du matériel dans certains cas, on en a moins dans d’autres et on a l’appui extérieur. Mais quand on développe c’est pour que les gens acquièrent une technicité sans être obligés d’aller faire des stages par-ci par-là, surtout qu’on n’a pas beaucoup d’industries. Mais au-delà de ça, c’est pour leur donner l’opportunité de développer, de manager un laboratoire à eux. Mais les parents disent à leur enfant : non quand tu sors, il faut que tu passes le concours pour aller travailler dans tel ministère, dans telle société. A telle enseigne que quand vous discutez avec les ressources humaines des rares entreprises locales ou même  une bonne maman qui fait son yaourt, elles se retrouvent avec des piles de curricula. Mais pourquoi vont-ils à l’école pour apprendre et ne veulent pas faire ?

En résumé, vous formez des ingénieurs qui ensuite deviennent tout simplement des fonctionnaires de bureau ?

Oui, c’est cela en effet. Ils veulent être fonctionnaires mais l’Etat ne recrute plus, résultat des courses, ils restent à la maison. Et, les parents ne leur font pas confiance ; ils disent qu’il n’y a pas d’argent. Mais dès qu’il y a par exemple des obsèques dans la famille ces jeunes voient ce qui sort comme moyens pour les cérémonies. Et ce qui est encore plus désolant, pour ceux qui font les sciences médicales, la bio ingénierie comme on l’appelle, c’est qu’il y a des gens qui peuvent aider la médecine aujourd’hui dans le diagnostic et qui peuvent proposer à certains spécialistes volontaires et ouverts d’esprit, de mettre leur unité à côté de leur cabinet pour travailler ensemble par exemple, sur les risques de la stérilité mais les gens ne veulent pas. Ils préfèrent être le cent cinquantième sur une liste d’attente pour faire un stage dans une clinique et on va dire c’est ce qu’on a décidé de faire c’est ce que les parents ont dit, votre vision ne correspond pas à ce qu’on fait ici, on n’est pas en Europe, on n’est pas en Occident.

Parlons de la production pharmaceutique. Votre laboratoire s’implique-t-il dans l’activité de fabrication de médicaments ?

Sur les plans des médicaments, vous savez ce n’est pas une chose aisée, c’est assez sensible. Et vous savez que le réseau de l’industrie pharmaceutique est une jungle.

Même pour ce qui est des génériques que l’on pense plus accessibles ?

Les génériques ne sont pas forcément plus accessibles, c’est l’idée qu’on en a mais c’est tout un problème et si on doit en débattre une semaine ne suffirait pas. En plus les génériques sont des médicaments comme tous les autres. Ce qu’il faut faire aujourd’hui, c’est qu’on a des thérapeutes qui ont de vraies recettes et il faut pouvoir travailler avec eux sur des médicaments traditionnels améliorés, voir et définir les posologies, la toxicité et autres. A Irgib-Africa, nous sommes engagés dans cela avec les universités de Berlin, de Bonn et de Leipzig où en ce moment, on a envoyé certains de nos diplômés, de nos ingénieurs qui sont partis avec certaines de nos plantes. Aujourd’hui, nous travaillons sur un cocktail de plantes extraordinaires à Ouassa-Pehunco. Nous sommes très avancés là-dessus, tous les tests d’innocuité, de toxicité ont été réalisés avec succès dans les laboratoires de la faculté de Berlin et le produit est quasiment prêt. Ce produit sera une crème qui pourra être utilisée dans le cas de traumatismes suite à des accidents. En étudiant l’ethnobotanique, la pharmacologie et les structures des principes actifs de ces végétaux, on s’est rendu compte que chacune des plantes avait un rôle à jouer. Là-dedans vous avez des antibactériens, vous avez des cicatrisants et vous avez des substances qui reconsolident les os pour peu que les atèles soient bien dressés. Et on a constaté entre quinze jours et trois semaines des gens qui cliniquement ici et en Europe avaient été décrétés dans ces situations désastreuses revenir avec des résultats formidables, grâce à cette recette de Ouassa-Péhunco. On a fait des extraits, on a fait de la crème et on fait du gel. Les essais ont été menés pendant trois ans. Les produits seront bientôt disponibles en Europe et en Afrique.

Le groupe universitaire IRGIB existe depuis 8 ans et comprend donc l’Institut et le laboratoire. Le laboratoire est fonctionnel depuis trois ans. On peut dire que vous êtes encore jeune dans cet univers de la recherche.

Le groupe IRGIB est né il y a 8 ans. Le Laboratoire régional de sureté sanitaire d’expertises et d’analyses a été monté en 2011 avec l’appui des partenaires : l’union européenne, l’Otan, la coopération industrielle israélienne, puis l’Ecole polytechnique de Lausanne et la coopération allemande. En trois ans, nous avons fait un bond. Mais dans les faits, tout est parti en 2006 à l’ouverture où nous avons lancé l’embryon de ce laboratoire, et ou de 2006 à 2011 on a été suivi, guetté, évalué par des instances locales et internationales. Il y a eu une commission interministérielle par exemple, pour nous désigner comme laboratoire certificateur pour l’entrée au Bénin des hydrocarbures et produits assimilés. On a eu une évaluation de l’office alimentaire et vétérinaire de l’Union européenne pour nous faire laboratoire correspondant, avec plusieurs audits locaux de l’autorité compétente et du Ministère de l’agriculture qui nous a confié le contrôle des pesticides et intrants pour le coton, et le contrôle des produits de pêche et des eaux dans le cadre de la surveillance permanente à laquelle le Bénin s‘est engagée pour pouvoir permettre l’exportation des produits halieutiques. Dans la situation actuelle faite de concurrence, faite de facilités, les habitudes prises par les jeunes, par les parents et par nous tous dans la société, s’ils suivent nos conseils, aujourd’hui avec la mondialisation ils ont tout à gagner. Vous imaginez qu’aujourd’hui l’Union européenne et certains Etats en Amérique du Nord, ne veulent plus s’adonner à ces genres de travaux parce que la main d’œuvre coute trop chère et ils se disent que même en coupant la poire en deux, ils sont largement au-dessus du standard que les nôtres reçoivent, et ils nous proposent de la sous-traitance. Vous imaginez, nos autorités, nos compatriotes, nos amis envoient des échantillons en Europe et on nous les renvoie par Dhl ici. Certains ont compris. Ce n’est pas de la publicité, mais nous sommes aujourd’hui partenaires de SGS qui est le numéro un du contrôle dans l’agroalimentaire et qui nous font confiance et nous renvoient des échantillons aussi bien dans l’agroalimentaire que dans le pétrole. Donc localement, il nous faut des réglages en interne mais il faut aussi que les gens ouvrent les yeux et que les gens aient moins d’arrières pensées.

Quelles relations entretenez-vous avec les autres centres de recherches qui existent au Bénin ?

Par le truchement de l’Université d’Abomey-Calavi, nous avons eu l’occasion de recevoir des doctorants de la Faculté des sciences et techniques, en sciences agro-alimentaires, en sciences de l’environnement, ceux de la Flash, du laboratoire des sciences de l’environnement et de la santé. Nous avons donc eu à accompagner le coaching, l’encadrement et les travaux de certains doctorants et de certains masteurisants. Alors, à la date d’aujourd’hui je peux vous dire que dans ce partenariat, nous avons travaillé sur une cinquantaine de mémoires de licence et de masters avec la mise à leur disposition de résultats qu’ils n’auraient jamais eus s’ils n’avaient pas voyagé. Et, nous appliquons dans le cadre de ce partenariat des réductions parfois jusqu’à 80% sur les taux réels parce que les gens font des projets de budget de sept à dix millions. Et vous savez que c’est difficile et par finir ils se retrouvent avec trois cent mille. Ça c’est le partenariat concret. Mais, n’empêche certains continuent à dénigrer Irgib. Pourtant, ils ont été maîtres de thèse ou maître de mémoire, les travaux ont été faits entièrement chez nous. Mais, vous savez la mauvaise foi est humaine. Néanmoins, j’avoue qu’au niveau des responsables même, des leaders de l’Université, l’idée passe et la réalité est palpable. Nous avons des enseignants de haut niveau, des titulaires de chaire qui viennent nous voir pour nous féliciter et qui sont heureux de voir nos installations. La force de notre laboratoire également, c’est que nous disposons d’une couverture satellitaire. Cela nous a été offert par nos partenaires de l’Otan. Ainsi, en temps réel, vous avez le même échantillon que vous introduisez et les données sont numérisées, envoyées par satellite ou des calculateurs là-bas vous permettent d’affiner les résultats. Donc, nous pouvons mettre ces partenariats à la disposition de notre pays. On travaille aussi avec le Ministère de l’environnement où je peux dire qu’ils ont été vraiment charmants. Au début ils ne savaient mais dès qu’ils ont vu, le Ministre en moins de quarante-huit heures, est venu voir, il a demandé à ce que l’on travaille ensemble et aujourd’hui ils sont en mesure de fournir à la population, aux partenaires internationaux et au système des Nations Unies, le niveau par exemple de pollution en microparticules au-dessus de Cotonou et des grandes villes. Et en temps réel, ils peuvent avoir également un niveau de pollution que ce soit les composés organiques au niveau de l’atmosphère et au niveau des sols.

Dites-nous, Monsieur Ahyi toutes les machines installées ici sont-elles réellement exploitées. La demande n’est-elle pas plus faible que l’offre ?

Actuellement, nous sommes très sollicités dans la sous-région et ça fait partie de ce qui nous amène à utiliser nos équipements. Nous avons également des entrepreneurs qui nous envoient des échantillons d’Asie parce qu’ils travaillent beaucoup plus sur les plantes. Mais à vrai dire, on utilise nos équipements à moins du dix millième de leurs capacités. Vous imaginez, nous avons un spectromètre de masse couplé à chromatographe qui peut vous faire quasiment en quinze minutes quand il est lancé, 400 échantillons et vous faire sortir au sujet de vingt mille molécules recherchées. C’est énorme. Nous sommes suréquipés et notre message est que nous restons à la disposition du partenariat technologique. On va bénéficier de l’expérience des autres, mais on a inévitablement une suprématie technologique. Nous, on veut se prévaloir d’être au Bénin et dans la sous-région les précurseurs de la biologie médicale moderne prédictive et vraiment large au vrai sens du terme.

Que retenons-nous en définitive ?

Il nous faut être plus pragmatique, il faut qu’on évite de se laisser leurrer par le spectre du développement spectaculaire qu’on nous annonce avec les chiffres macro-économiques, les taux de croissance à deux chiffres ça ne veut rien dire. Les économistes doivent souffrir qu’on le leur dise. Parce que si vous êtes dans un système et on vous dit que vous avez un taux de croissance de deux pour cent, simplement parce que vous avez passé votre temps à acheter des téléphones portables jusque dans les champs d’Asie alors que vous-mêmes, vous n’en faites pas, vous n’avez rien plus tard. Donc, il faut déjà que l’on sache que c’est un piège cette histoire. Ensuite, que l’on mette des clauses, même si on est signataire des accords de l’Omc, qu’on mette des clauses de priorité nationale. Les camerounais le font, le président Houphouët à l’époque l’a fait, le chocolat à partir du cacao local. Qu’on dise : parce que notre Président se comporte bien, nos ministres se comportent bien qu’on dise on ne permet pas à la presse internationale de les lapider, que le Président dise je ne permettrais pas aux capitalistes étrangers d’exploiter mon peuple. Juste un exemple le trésor public sort annuellement quand on fait attention au budget, plus de trois milliards pour les détergents. Ils appellent ça consommables. Vous imaginez qu’on se dise que désormais, c’est uniquement les entreprises locales nouvelles, qui prennent ça. Pas de prête-noms. Donc les uns produisent et les autres vendent. Je ne parle pas des savons liquides que les gens font dans les rues, qui sont en fait des produits préfabriqués où on met de l’eau. Qu’on prenne notre manioc, qu’on prenne nos saponaires et qu’on prépare, qu’on formule et qu’on synthétise. Voilà quelques exemples ! Il faut qu’on se mette au travail nous avons des potentiels, des possibilités et nous avons le grand Nigeria à côté.

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Monsieur Virgile Ahyi est Chercheur en génie industriel, procédés chimiques, chimie analytique et toxicologie. Il est ingénieur de procédés Industriels de la Nothrop Defense School. Il est Professeur associé à l’Ecole polytechnique de Lausanne en Suisse et en tant que lauréat de l’école de stratégie de Tel Aviv, il est chargé de recherche et d’enseignement au Tecnion, une des plus grandes écoles polytechniques,  en Israël. Il est marié et père de trois enfants.


Le saviez-vous (conseils de notre Manager):


 Ne pas consommer les bouteilles d’eau minérale en plastique qui ont été exposées au soleil.

« Les bouteilles en plastique contiennent des assouplissants et un certain nombre de matériaux pour que la bouteille tienne. Mais ce sont des dérivés de produits pétroliers et l’exposition de ces bouteilles à des températures élevées sur une longue période entraîne la migration de certains composés de la bouteille, en fonction  de l’emballage, entraînant la contamination de l’eau. Et cette eau contaminée, on ne le sent pas réellement, puisque ça n’a pas de goût. Vous faites boire cette eau au petit enfant, et dix ans après vous apprenez que cet enfant qui a grandi en buvant régulièrement cette eau, a un cancer ou souffre d’affections rénales. Il en va de même pour la jeune fille ou la future maman, la consommation de cette eau engendre des perturbations endocriniennes ».

Dernière modification lemardi, 06 janvier 2015 09:45
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