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Enfin Michel Djotodia parle de la Centrafrique : « L’ex-Coalition Séléka n’a proposé personne pour la formation du gouvernement »

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L’ex-président centrafricain, Michel Am-Nondokro Djotodia, président du Front populaire pour la Renaissance de Centrafrique (l’ex-Coalition Séleka) est sorti de son silence. En effet, depuis qu’il a pris la décision « hautement patriotique » de démissionner et s’est installé en terre libre africaine du Bénin le 10 janvier 2014,  le président Djotodia s’est enfin ouvert à votre Quotidien, « Matin Libre ». L’homme d’Etat, très préoccupé par le retour de la paix dans sa Centrafrique natale, nous a entretenus sur plusieurs sujets.


Entre autres, il s’est prononcé sur sa situation au Bénin, la formation de la nouvelle équipe gouvernementale de la présidente de la Transition, Cathérine Samba Panza. Le président Michel Djotodia a aussi démontré qu’il est toujours aux commandes de   sa formation politique, l’ex-Coalition Séléka qui, selon lui est très structurée et contrôle plus de 60% du territoire centrafricain. Essentiellement, il a exprimé sa satisfaction en ce qui concerne la qualité  de l’accueil à lui réservé par son pays d’alliance, le Bénin et son président, Dr Yayi Boni. Ensuite, Michel Djotodia a martelé que l’ex-Sélèka n’a désigné aucun de ses membres pour faire partie de la nouvelle équipe gouvernementale. D’ailleurs, le  Front Populaire pour la Renaissance de Centrafrique (ex-Coalition Sélèka) s’est fendu d’un communiqué  à cet effet pour exprimer à l’opinion nationale et internationale, sa démarcation de  l’actuel gouvernement de transition qui dirige la République centrafricaine et a exclu tous les militants de la formation politique de Michel Djotodia qui y participent. Lire ci-contre ledit communiqué signé du  vice-président de l’ex-Sélèka, le Général Nourédine Adam, ancien ministre d’Etat.

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Ebola : Georges Weah sensibilise les Libériens à travers une chanson

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Le virus à Ebola sévit en Afrique de l’ouest et le Libéria bat le record des pays victimes avec plus de 400 morts. L’ancien international libérien George Weah apporte sa contribution dans la lutte contre la maladie avec la sortie d’un single « We must all arise to fight Ebola » (ndlr,  nous devons tous nous lever pour combattre Ebola) avec le musicien ghanéen Sydney. C’est un message sensibilisateur lancé à l’endroit de ses compatriotes sur les comportements à adopter afin de réduire la propagation de la maladie et l’existence réelle de la maladie car malgré les centaines de décès enregistrés, certains Libériens continuent de porter des doutes sur son existence. Un appel est lancé à toutes les bonnes volontés notamment les footballeurs internationaux pour voir ce qu’ils peuvent faire pour le continent. « Le Liberia, ce n’est pas loin de la Côte d’Ivoire… il n’y a pas de frontières pour Ebola. Si on peut faire un match, si des gens peuvent donner, ça peut aider », a estimé M. Weah selon APA. « (…) c’est une autre guerre, une guerre contre l’épidémie et ça ne touche pas seulement le Libéria, mais aussi la Sierra-Leone, la Guinée, le Nigéria », a insisté l’ex-attaquant de Monaco, PSG et AC Milan, selon toujours APA. George Weah a également annoncé la création d’une association afin de lutter efficacement contre la maladie.

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Lady Diana : «Je n’ai jamais pensé qu’elle allait mourir»

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Ancien agent de la BAC de Paris, Daniel Bourdon se trouvait à la Pitié-Salpêtrière le 31 août 1997, lorsque Lady Diana s’est éteinte. Dans un livre, il raconte comment il a vécu les derniers instants de la princesse, dans une atmosphère remplie de tristesse. C’est « par hasard » que Daniel Bourdon, policier de la Brigade Anti Criminalité de Paris, a été choisi le 31 août 1997 pour une mission qui le marquera à vie. Après son terrible accident de voiture sous le pont de l’Alma, Diana est conduite de toute urgence à la Pitié-Salpêtrière : Daniel Bourdon est l’agent chargé d’assurer sa sécurité à l’hôpital. Seulement mis au courant qu’il s’agissait d’une « haute personnalité », il réalise de qui il s’agit en arrivant sur les lieux. « J’ai compris qui elle était en arrivant à l’hôpital », raconte-t-il dans une interview au Parisien. « Avec mon équipe, nous avions pour mission de sécuriser les sous-sols de l’hôpital de la Salpêtrière. Il fallait notamment éviter qu’un paparazzi vole une photo », explique le policier, qui a assisté à l’arrivée de Lady Di « sur une civière ». Directement transférée au bloc opératoire, la princesse a reçu tous les soins possibles, mais son sort était déjà scellé. « Elle était inconsciente, les yeux fermés, se souvient Daniel Bourdon. Elle avait eu une artère pulmonaire arrachée et je sais aujourd’hui qu’il était quasi impossible de la sauver. Et pourtant, je n’ai jamais pensé qu’elle allait mourir. C’est en voyant la mine défaite des médecins sortant du bloc que j’ai compris qu’elle était perdue. » Une fois le décès prononcé, le policier de la BAC est chargé de garder la chambre mortuaire où le corps de Diana est placé. Pendant un quart d’heure, il se recueille sur le destin tragique de la princesse au grand cœur, pensant notamment à ses enfants, les petits princes William et Harry, soudainement devenus orphelins. « C’était un moment poignant. Son visage était magnifique. Comme si elle dormait. Je lui ai parlé. Je lui ai dit à quel point je trouvais triste son destin. J’avais un tel sentiment de gâchis », reconnaît-il. Si le père de Dodi al-Fayed continue de soutenir la théorie d’un complot fomenté par la famille royale, pour Daniel Bourdon, l’accident ne fait « aucun » doute. « La thèse de l’assassinat relève du fantasme, assure-t-il. Diana est morte dans un accident bête et méchant. »

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Quand Lomé se rêve en Singapour

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Lomé veut être une plateforme financière majeure en Afrique de l'Ouest. Et prend exemple sur Singapour.

En avril, après une visite en Malaisie, Robert Dussey, le ministre togolais des Affaires étrangères, débarquait à Singapour avec une délégation d'hommes d'affaires de la Chambre de commerce et d'industrie du Togo (CCIT) pour clore sa tournée asiatique. Objectif de sa visite ? S'inspirer du modèle singapourien pour transformer le Togo. Cette stratégie, impulsée par le chef de l'État, Faure Gnassingbé, consiste à faire de Lomé une plateforme de services performante.

Transformation

La métamorphose de la capitale togolaise repose sur deux piliers. D'abord, les infrastructures de transport, portuaires et aériennes. Selon le gouvernement, la modernisation du port de Lomé ainsi que sa situation géographique devraient lui permettre de devenir l'une des principales portes d'entrée en Afrique de l'Ouest. De même, le renforcement de la capacité d'accueil de l'aéroport international de la capitale est en cours de réalisation. Et, en tant que siège de la compagnie aérienne régionale Asky, Lomé a de bons arguments pour devenir un hub aérien dans la sous-région. Ensuite, les services. Dans ce domaine, Lomé entend devenir une place financière de tout premier plan et dispose d'un certain nombre d'atouts. Ainsi, la zone franche de la capitale est parvenue à attirer des sociétés de poids : elle héberge non seulement le siège de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) mais aussi celui d'Ecobank et d'Oragroup, deux importants groupes panafricains. Le capital-investisseur Cauris Management a lui aussi élu domicile à Lomé.
Le retour d'Abidjan

Malgré ces avancées, les défis ne manquent pas. Il faudra d'abord compter avec le retour d'Abidjan sur la scène des affaires ouest-africaines. La capitale économique ivoirienne accueille déjà la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), une situation propice au développement des sociétés de services financiers, traditionnellement associées à une place financière. Ensuite, Abidjan s'apprête à recevoir à nouveau le siège de la Banque africaine de développement (Bad), délocalisé à Tunis depuis le début de la crise politique ivoirienne des années 2000. En termes de transports, le port d'Abidjan - le plus important de la région - reste incontournable, d'autant que son extension est en cours. Enfin, en tant que première puissance économique de l'Afrique francophone, la Côte d'Ivoire dispose de sérieux atouts. "J'ai du mal à croire que Lomé se développera de manière décisive dans les cinq prochaines années", déclare un banquier d'affaires ouest-africain.

Réglementation
Dernier problème, et non des moindres : la réglementation. Si la société Cauris management est installée à Lomé, le fonds Cauris Croissance II Limited, qu'elle a lancé en 2011, est enregistré à Maurice. Les contributeurs du fonds ont fait pression afin qu'il ne soit pas établi au Togo, en particulier pour échapper au flou des règlements. C'est un point que les autorités togolaises doivent étudier avec attention. De même, il va leur falloir prévoir des réorganisations dans le secteur financier, en particulier mettre un terme au feuilleton de la privatisation des deux dernières banques publiques en vente, la Banque togolaise pour le commerce et l'industrie (BTCI) et l'Union togolaise de banque (UTB). Un dossier qui traîne depuis 2008.

Réformes
Cependant, il semble que le gouvernement a entrepris des réformes : l'adoption d'un code des investissements plus attractif et d'un code des marchés publics conforme aux normes internationales ainsi que la simplification des procédures de création d'entreprise par la mise en place d'un guichet unique. Annoncer de grandes stratégies est un premier pas, mais c’est sur la mise en oeuvre que le pays sera jugé par les hommes d’affaires.

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Energies renouvelables : Les Chinois s’emparent du marché naissant des énergies vertes en Afrique

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Salifou Ouedraogo se veut pragmatique. Le ministre de l’environnement et du développement durable du Burkina Faso considère les énergies renouvelables comme sa « bataille ». Dans les travées de la première Assemblée des Nations unies pour l’environnement (UNEA), qui s’est tenue à Nairobi du 23 au 27 juin, il monte au front. « Nous dépendons encore du pétrole, nous l’importons, cela nous coûte cher, alors que, dans les pays sahéliens, nous bénéficions de 350 jours de soleil. Nous devons aller vers le solaire, ce qui évitera aussi la pression sur les forêts. Mais les besoins sont énormes, et cela nous coûtera des milliards : nous avons besoin d’aide », explique-t-il.
Pour répondre à cette demande croissante, les volontés et les propositions ne manquent pas. Chinois, Indiens, Brésiliens rivalisent avec les Occidentaux. Un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), présenté à l’occasion de cette conférence, qui a réuni quelque 1 200 délégués représentant des gouvernements des 193 pays adhérents, résume la situation. Alors qu’en 2004 le commerce mondial sur les énergies renouvelables (incluant le solaire) se caractérisait, à 65 %, par une domination des échanges Nord-Nord ou Nord-Sud, en 2012 la tendance s’est inversée : l’ensemble des échanges du Sud vers le Sud et du  Sud vers le Nord flirtait avec la barre des 80 % des échanges mondiaux.
L’exemple du Burkina Faso est parlant. Sur le toit de son ministère, à Ouagadougou, Salifou Ouedraogo a disposé des panneaux solaires importés il y a sept ans de Taïwan. « Depuis, les Taïwanais sont venus au Burkina  Faso : ils ont créé une usine de plusieurs dizaines de personnes, en 2012, avec un partenaire burkinabé, raconte le ministre. Nous nous tournons vers ceux qui vont nous permettre de rattraper notre retard, qu’ils soient chinois, allemands ou français. Actuellement, les acteurs les plus importants sont chinois, indiens, brésiliens, il y a eu un rééquilibrage vers ces pays. Ils comprennent notre approche pragmatique, ils ne nous traitent pas de haut. La dureté des conditions de vie dans les faubourgs chinois, brésiliens ou africains est la même. »

Arme financière

Or, il est difficile de concurrencer l’offre asiatique, reconnaissent à demi-mot les Occidentaux. Mais ils ne veulent pas dramatiser. « L’économie verte, l’énergie renouvelable, c’est un saut technologique que les pays en développement vont faire, explique ainsi Stéphane Crouzat, représentant du ministère de l’écologie, présent dans la délégation française à Nairobi.
L’exemple, c’est le téléphone cellulaire, omniprésent dans tous les pays, alors que beaucoup n’ont pas eu le temps ou les moyens d’installer le téléphone filaire. Si les relations Sud-Sud se développent, c’est bon, il y a de la place pour tout le monde. »
Il reste que c’est aujourd’hui la Chine qui tient l’arme financière. Lors d’un symposium consacré au financement de l’économie verte, le vice-président de l’Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), Wang Jingdong, a annoncé la couleur. « Notre banque octroie des crédits à des taux très faibles, a-t-il fait valoir. Nous prenons nos responsabilités en tant que banque et nous appuyons les entreprises dans les secteurs technologiques de l’économie verte. »
Cet empressement vers les énergies renouvelables ne relève pas toujours d’une conscience écologique particulière. « En Chine, en 2012, les banques ont fait de cette question un point central, une condition même dans leur politique de prêt, explique ainsi Nick Robins, ancien banquier à HSBC, en charge du financement du changement climatique au PNUE. Elles ne veulent tout simplement plus investir dans des entreprises qui présentent des risques. Et nous pouvons, au PNUE, expliquer aux investisseurs qu’avec l’économie verte ils vont devenir riches. »

Prix concurrentiels

Infrastructures à prix concurrentiels et, surtout, financement parfois gratuit fourni aux clients. Dans de telles conditions, il est difficile pour les  Européens de s’aligner. Soucieuse de placer le nucléaire, considéré par ses promoteurs comme une énergie renouvelable, à émission zéro CO2, la France reconnaît le handicap. « Le problème du nucléaire reste son coût élevé, avance M. Crouzat. Il faudrait pouvoir fournir simultanément le financement, comme les Japonais le font ou comme les Russes l’ont fait en Hongrie. » La concurrence est donc rude, avec la Chine, quand elle arrive avec la technologie et les financements pour l’acheter. « Mais on peut réaliser encore de très bons projets, avec les aides internationales au développement (Banque mondiale, Banque africaine de développement, etc.), plaide Giles Dickson, vice-président d’Alstom. Nous essayons d’établir une offre commerciale qui corresponde aux attentes, notamment avec des concepts comme celui de la ville durable. » Pour lui, les marchés africains restent prometteurs. Un argument repris à Nairobi par le commissaire européen à l’environnement, Janez Potocnik. « La concurrence avec l’Asie n’est pas insurmontable : le coût de la maind’oeuvre n’est plus vraiment le problème principal si l’on prend en compte la raréfaction des matières premières et leur prix, explique-t-il. Et l’Europe est bien placée, avec son haut niveau technologique. » Face à ces offensives tous azimuts, les pays en développement ne sont pas dupes. « Nous restons méfiants vis-à-vis de toute tentation que pourraient


avoir les pays du Nord de dresser des barrières protectionnistes contre le Sud », confie Ajay Tyagi, du ministère indien de l’environnement et des forêts. Salifou Ouedraogo, lui, va droit au but. « Aujourd’hui, la Vieille Europe essaye de nous faire peur avec les Chinois, mais nous ne sommes pas des mules, nous savons qu’ils sont très intéressés par l’Afrique. Nous voulons donner à manger à nos populations et nous avons besoin de leurs capacités, souvent inexistantes chez nous. »

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La démocratie de l’angoisse : L’Afrique de l’Ouest et ses six élections présidentielles de 2014-2015 (2eme partie)

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Dr. Gilles Olakounlé Yabi est consultant indépendant sur les questions de conflits, de sécurité et de gouvernance en Afrique de l’Ouest. Il était auparavant directeur du projet Afrique de l’Ouest du think-tank International Crisis Group. Cet article a initialement été publié sur le site d’African Futures et sur son blog (http://gillesyabi.blogspot.com). Nous le republions ici avec son accord.
Dans la première partie de cet article, l’auteur a décrit le contexte politique dans lequel se dérouleront les élections présidentielles dans les six pays d’Afrique de l’Ouest concernés par ces scrutins souvent à haut risque cette année et en 2015. Il a examiné en particulier l’intensité anticipée de la compétition électorale dans chacun des pays, un des trois éléments d’appréciation des risques de violence. Dans cette deuxième partie, il s’interroge sur le contexte sécuritaire actuel des différents pays et sur l’environnement institutionnel qui devra encadrer les processus électoraux.
Lorsqu’on s’intéresse au contexte sécuritaire général, un deuxième élément d’appréciation capital pour une analyse approximative des risques liés aux élections présidentielles à venir, il n’y a pas de quoi être rassuré. Parmi les déterminants principaux du contexte sécuritaire, on peut s’appesantir sur l’existence ou non dans le pays de groupes armés rebelles ou ex-rebelles, le degré de contrôle politique et d’intégrité professionnelle des forces de sécurité et des forces armées, le niveau d’alignement des affinités politiques avec l’appartenance ethnique et régionale, les conditions pacifiques ou non des élections présidentielles les plus récentes ainsi que l’ampleur et la forme de l’implication politique et/ou sécuritaire d’acteurs extérieurs importants.
Le Nigeria apparaît sans conteste comme l’environnement sécuritaire le plus fragile. L’élection de 2015 va se dérouler dans un pays déjà aux prises avec le groupe terroriste Boko Haram au Nord-Est, un pays qui abrite également des groupes armés organisés dans le Delta du Niger aussi prompts à soutenir politiquement qu’à exercer des pressions sur le président Jonathan lui-même issu de cette région du South-South, et un pays qui connaît des niveaux élevés de violence combinant des dimensions politiques, économiques, ethniques et religieuses dans le Middle Belt (centre du pays) et ailleurs sur le territoire. La fédération nigériane est aussi habituée à des lendemains d’élection meurtriers, comme ce fut le cas en 2011, alors même que le scrutin avait été jugé mieux organisé et plus crédible que tous les précédents.
Plus de 800 personnes avaient été tuées en trois jours d’émeutes et de furie dans douze Etats du nord de la fédération, l’élément déclencheur ayant été la défaite du candidat nordiste Muhammadu Buhari face à Jonathan. Le Nigeria n’avait pas besoin du terrorisme de Boko Haram pour atteindre de tels niveaux de violences mettant aux prises des concitoyens entre eux, avec certes une dose de spontanéité mais aussi un degré certain de préparation des esprits à la violence par des entrepreneurs politico-ethniques et des extrémistes religieux. Dans la perspective de 2015, le chantage à la violence a déjà commencé dans le pays, animé aussi bien par des groupes de militants du « si Jonathan n’est pas réélu, ce sera le chaos » que par ceux du « si Jonathan est réélu, ce sera le chaos ». Quand on ajoute à cette préparation mentale le très faible degré de confiance des populations nigérianes dans l’intégrité et le professionnalisme des forces de sécurité, la crainte d’un sombre début d’année 2015 dans la grande puissance de l’Afrique de l’Ouest paraît fort légitime.
La Guinée, du fait du prolongement ethno-régional de la polarisation politique et du passif de violences, est également très fragile du point de vue sécuritaire. Il convient de reconnaître les progrès indéniables qui ont été faits sous la présidence Condé dans la réforme du secteur de la sécurité qui se traduit par une amélioration de la capacité des forces de l’ordre à contenir des manifestations de rue sans tuer en une seule journée plusieurs dizaines de personnes. Ce n’est plus l’époque de Lansana Conté ou celle de Dadis Camara mais on n’est encore très loin d’un comportement exemplaire des forces de sécurité et d’une neutralité politique des responsables du maintien de l’ordre et de la haute administration territoriale. Les différentes manifestations qui avaient rythmé la longue et difficile marche vers les élections législatives de septembre dernier s’étaient tout de même traduites par des violences parfois meurtrières. On peut déjà anticiper un face-à-face explosif entre manifestants de l’opposition et forces de sécurité lorsque sera engagé le processus menant à l’élection présidentielle.
Le contexte sécuritaire n’est pas particulièrement rassurant non plus en Guinée Bissau et en Côte d’Ivoire. Dans le premier pays, les chefs de l’armée se sont toujours considérés autonomes par rapport au pouvoir politique civil et on parle de réforme du secteur de la sécurité depuis une dizaine d’années sans avoir jamais réussi à l’enclencher. En Côte d’Ivoire, des efforts significatifs ont été faits pour gérer les conséquences catastrophiques du conflit armé postélectoral de 2011, mais il faudra encore quelques années pour doter le pays de forces de défense et de sécurité cohérentes, efficaces et politiquement neutres. L’héritage difficile des années de rébellion et de conflit risque de peser lourdement dans l’environnement sécuritaire et les développements politiques… après l’élection de 2015. Aussi bien en Guinée Bissau qu’en Côte d’Ivoire, la présence d’acteurs extérieurs mandatés pour le maintien de la paix, la mission militaire de la CEDEAO (ECOMIB) et l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) respectivement, est un facteur d’apaisement relatif.
Le positionnement politique des forces de défense et de sécurité et le maintien de leur unité sont des éléments d’incertitude qui pèsent sur le contexte sécuritaire au Burkina Faso qui a connu de violentes mutineries en 2011. Impossible de savoir comment l’armée burkinabè et les différentes générations qui la composent vivent actuellement la situation inédite d’incertitude politique sur l’après 2015. Les hauts responsables militaires dont beaucoup ont été nommés au lendemain des mutineries de 2011 pour reprendre en main ce pilier essentiel du pouvoir de Compaoré considèrent-ils leur sort lié au maintien de ce dernier au palais présidentiel après 2015 ? Comment les officiers les plus proches du président qui l’ont accompagné depuis les premières années d’un régime alors très brutal appréhendent-ils l’avenir ? Beaucoup de questions et peu de réponses, ce qui ne devrait pas atténuer l’angoisse des Burkinabè et de nombre de leurs voisins ouest-africains. Au Togo, la question du positionnement politique des forces de sécurité et de l’armée se pose beaucoup moins : le verrouillage sécuritaire par le pouvoir de Lomé semble résister à l’usure du temps.
Il convient enfin de s’interroger sur le cadre institutionnel dans lequel se dérouleront les scrutins présidentiels dans les différents pays. Ce cadre désigne ici l’ensemble des règles, procédures, institutions qui sont mobilisées du début à la fin du processus électoral et qui jouent un rôle déterminant dans la crédibilité des scrutins, en particulier celle des résultats définitifs qui désignent le vainqueur. Si la crédibilité du processus électoral n’est pas une garantie d’absence de crise et de violences, la perception d’un déficit important de crédibilité est quasiment toujours un déclencheur de troubles. De plus, lorsque l’élection présidentielle se passe dans un pays dont l’environnement sécuritaire est déjà fragile et dans le contexte d’une intense compétition pour le pouvoir, la crédibilité du cadre institutionnel régentant l’élection peut être décisive pour sauver le pays d’un basculement quasiment certain dans une crise postélectorale.
Il ne faudra pas trop compter sur cela. Partout, les dispositions des lois électorales, les conditions d’établissement des fichiers d’électeurs, la neutralité politique et la compétence technique des institutions chargées d’organiser les élections et d’examiner les éventuels recours font l’objet de controverses. Aucun des pays concerné par une élection présidentielle en 2014 ou 2015 n’est un modèle dans la région en matière d’organisation de scrutins libres, transparents et crédibles. Certains ont accompli, à l’instar du Nigeria, des progrès notables en la matière au cours des dernières années, mais ils sont tous encore loin, bien loin, des modèles en Afrique de l’Ouest que sont le Ghana, le Cap-Vert et le Sénégal où des commissions électorales et/ou d’autres dispositifs et institutions ont su gérer et crédibiliser des élections parfois très compétitives.
Au Nigeria, nombre de réformes qui avaient été recommandées par les experts au lendemain des élections générales de 2011, certes mieux organisées que les précédentes, pour corriger les plus graves failles du système n’ont pas été mises en oeuvre. En Guinée, il a fallu des médiations, une forte implication technique internationale et un accord politique âprement négocié pour arriver à organiser des élections législatives en septembre 2013. La liste des tâches à accomplir pour rendre le dispositif électoral plus crédible pour la présidentielle de 2015 est très longue. Elle comprend l’établissement d’un nouveau fichier électoral et la mise en place d’une institution cruciale comme la Cour constitutionnelle qui doit remplacer la Cour suprême dans le rôle de juge ultime du contentieux électoral. Même en Côte d’Ivoire, où l’actuel président avait promis une révision de la Constitution, rien n’a été fait pour fermer la page des dispositions spéciales issues des accords de paix et doter le pays d’un nouveau cadre électoral et d’un mode de composition de la commission électorale indépendante susceptible de créer davantage de confiance de la part de tous les acteurs politiques.
On ne peut, en guise de conclusion, que donner raison aux citoyens d’Afrique de l’Ouest déjà angoissés à l’approche des échéances électorales à venir. Lorsqu’on prend en compte simultanément les trois éléments d’appréciation, aucun des pays ne sera à l’abri de tensions fortes susceptibles de dégénérer en violences plus ou moins graves. En prenant le risque de se tromper, Soumettre – qui peut vraiment prévoir tous les scénarios possibles dans chacun de ces pays plusieurs mois avant les différents scrutins ? -, il est raisonnable de classer le Nigeria et la Guinée dans une catégorie de pays à très haut risque, le Burkina Faso dans une catégorie de pays à haut risque et la Guinée Bissau, la Côte d’Ivoire et le Togo dans une catégorie de pays à risque modéré, ce qualificatif ne voulant surtout pas dire « faible » ou « inexistant ».
Les élections calamiteuses ne sont pas cependant des catastrophes naturelles imprévisibles et inévitables. Les citoyens de chacun des pays concernés, la CEDEAO et les acteurs internationaux importants ont les moyens de dompter l’angoisse par une forte mobilisation pour prévenir des crises violentes. Mais il y a aussi un risque à appréhender les élections uniquement ou principalement comme des moments de danger d’implosion des Etats, et à ne rechercher que des élections sans violence. Cela revient souvent, pour les organisations régionales et internationales, à préférer la manipulation des processus électoraux au profit du camp le plus puissant, et donc le plus à même de provoquer le chaos en cas de défaite, à des scrutins réellement ouverts à l’issue incertaine. Le risque est celui d’oublier et de faire oublier à quoi devraient servir les rituels électoraux dans des démocraties jeunes et fragiles : à ancrer petit à petit une culture démocratique dans la société. Si les populations doivent continuer à aller voter tous les quatre ou cinq ans, la peur au ventre, c’est l’adhésion populaire à l’idéal démocratique en Afrique de l’Ouest qui finira par être menacée.
Dr. Gilles Yabi

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Groupes armés : Qui se cache derrière Boko Haram ?

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Dans une nouvelle vidéo, le chef de Boko Haram, Aboubakar Shekau, a affirmé, lundi 12 mai, avoir converti à l’islam les 223 lycéennes nigérianes enlevées à la mi-avril dans le nord-est du pays. Il exige, en échange de leur libération, celle de prisonniers du groupe islamiste aux mains du gouvernement. Ces derniers mois, les militants de Boko Haram ont multiplié les actions de tout genres.

Que signifie « Boko Haram » ?
Le nom officiel du groupe est Jama’atu Ahlul Sunna Lidda’awati Wal Djihad, qui signifie en arabe « la communauté des disciples de la tradition de l’islam pour la prédication et la guerre sainte ». Des populations locales du nord-est du pays l’ont pourtant surnommé Boko Haram, qui en langue haoussa signifie « l’éducation occidentale est un péché » — « boko », de « book », «livre » en anglais, et « haram » , « interdit » en arabe —, soit le rejet d’un enseignement perverti par l’occidentalisation.

Quelles sont les revendications de Boko Haram ?
Fondé en 2002 par Mohamed Youssouf, le groupe est considéré comme une secte de mouvance salafiste qui revendique la création d’un Etat islamique dans le nord du Nigeria. Il prône le retour à la pureté de l’islam par l’application stricte de la charia, la loi islamique.
Boko Haram défend une version radicale de l’islam, qui interdit aux musulmans de prendre part à toute activité politique ou sociale associée aux sociétés occidentales, comme voter lors des élections, porter des chemises et des pantalons ou recevoir une éducation séculière. Il s’oppose à l’instruction des femmes.
Le groupe considère le Nigeria comme un Etat gouverné par des autorités impies et corrompues. Ce pays de 160 millions d’habitants, divisé entre le Nord à majorité musulmane et le Sud principalement chrétien, a pour président Goodluck Jonathan, un chrétien.

Qui sont-ils ?
Le groupe est formé de plusieurs entités distinctes et autonomes : « Il y a le noyau dur radical qui gravite autour d’Aboubakar Shekau [le nouveau chef de la secte depuis 2009] et des éléments agissants pour des raisons purement économiques et opportunistes, sans forcément adhérer pleinement à l’idéologie de Boko Haram », explique Priscilla Sadatchy, analyste sur les questions sécuritaires en Afrique.
Boko Haram ne semble pas avoir de liens directs avec Al-Qaida, même si des liens pourraient exister avec des groupes liés à la nébuleuse islamiste, comme Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Il existe une continuité idéologique avec Al-Qaida mais leurs priorités ne sont pas les mêmes. « Boko Haram ne s’inscrit pas encore dans le djihad international car son agenda reste nigérian, explique Priscilla Sadatchy. Le groupe est lui-même partagé en interne sur la question, ce qui renforce l’ambiguïté. »
Le groupe adopte néanmoins le mode opératoire des groupes terroristes. La multiplication des attentats-suicides et la stratégie de communication (déclarations par des vidéos) sont calquées sur celle des filiales d’Al-Qaida.
Boko Haram a été placé sur la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis en 2013.
Lire notre entretien avec le chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos : Au Nigeria, « Boko Haram élimine des villages entiers suspectés d’avoir collaboré avec le pouvoir »  

Combien sont-ils ?
Il est impossible de comptabiliser le nombre de personnes appartenant à Boko Haram, le recrutement de ses membres évoluant constamment. « Il y a des centaines de combattants qui ont été tués ces dernières années lors des nombreuses opérations menées par l’armée et la police », explique Gilles Yabi, chercheur indépendant et ancien directeur du projet Afrique de l’Ouest de l’organisation International Crisis Group. « Mais le groupe parvient toujours à se renouveler, et donc à recruter, ce qui rend le nombre d’adeptes imprécis », ajoute le chercheur.
Le mode de recrutement est assez flou car le groupe est entré dans la clandestinité en 2009. « Les leaders semblent recruter dans les classes les plus pauvres du pays, notamment dans la jeunesse déscolarisée, passée par une école coranique ou dans les régions où il n’y a pas de politiques publiques », analyse Gilles Yabi.

Comment le groupe a-t-il agi depuis sa création ?
Boko Haram lance ses premières offensives contre les forces de sécurité en décembre 2003. Ses actions étaient essentiellement dirigées contre le gouvernement nigérian et les forces de sécurité. En 2009, des militants de Boko Haram sont blessés lors d’un contrôle de police. La secte lance plusieurs attaques et l’armée répond par une répression massive. Mohammed Youssouf est alors arrêté et tué par des policiers : il devient martyr.
L’arrivée d’Aboubakar Shekau, ancien numéro deux, à la tête de la secte marque un tournant. Le groupe passe à la clandestinité et multiplie les attaques à la bombe et les attentats-suicides, de plus en plus violents et sophistiqués, contre les autorités et les civils, ciblant notamment les chrétiens. « Depuis, le groupe ne cesse de se radicaliser et plus la répression est forte, plus le groupe se radicalise », résume Priscilla Sadatchy.
En mai 2013, Goodluck Jonathan décrète l’état d’urgence dans le nord-est du pays, à la suite des attaques meurtrières. Ces territoires échappaient au contrôle des autorités. L’armée, appuyée par des jeunes locaux, envoie donc des troupes dans la région. Boko Haram multiplie les attaques contre les civils, en représailles mais aussi dans le but de dissuader les populations locales de coopérer avec l’armée.
La revendication par Boko Haram de la prise d’otages de la famille MoulinFournier, le 19 février 2013 – ils ont été libérés en avril 2013, au Cameroun, est une stratégie inédite du groupe islamiste. Une faction dissidente de Boko Haram, Ansaru, avait néanmoins révendiqué plusieurs enlèvements d’étrangers, dont celle de l’ingénieur français Francis Collomp, libéré en novembre 2012.  Boko Haram a revendiqué l’enlèvement, dans la nuit du 13 au 14 novembre 2013, dans le nord du Cameroun, du prêtre catholique français Georges Vandenbeusch, libéré le 31 décembre. L’enlèvement des quelques 200 lycéennes le 14 avril est sans précédent par son ampleur, mais le groupe avait déjà pris pour cible des établissements scolaires dans le nord-est du pays, incendiant des écoles ou massacrant des étudiants dans leur sommeil. « Le mode opératoire de Boko Haram n’est pas figé, le groupe ne cherche pas à se limiter », résume Gilles Yabi. Lire notre entretien avec le chercheur Gilles Yabi : Au Nigeria, « Boko Haram est une menace permanente »   Le groupe, cantonné dans le nord-est du Nigeria, peut-il étendre son champ d’action dans le reste du pays ? Dès 2011, le groupe avait changé sa stratégie, ne se cantonnant plus à des attaques contre les autorités locales du nord-est du pays. Des attentats suicides ont alors visé le siège des Nations unies, le QG de la police et les locaux d’un des grands quotidiens du pays à Abuja, la capitale fédérale située dans le centre du Nigeria.
L’attentat à la bombe qui s’est produit le 14 avril à Abuja laisse présager que le groupe a vocation à s’étendre au Nigeria, d’autant plus que des élections présidentielle et législatives sont prévues en février. « Ce n’est pas surprenant que le groupe se rapproche de la capitale, centre du pouvoir, explique Priscilla Sadatchy. En attaquant la capitale, il s’assure une large couverture médiatique, ridiculise le président Goodluck Jonathan, maintient la pression sur le gouvernement et instille un climat de terreur dans tout le pays. »
La « Middle Belt », zone du milieu du Nigeria où se rencontrent le Nord musulman et le Sud chrétien, est vulnérable. « Le groupe peut chercher à instrumentaliser et à attiser les violences  thnico-foncières prévalant dans cette région », estime Priscilla Sadatchy.
Boko Haram n’a pas vocation à s’implanter dans le delta du Niger, la zone pétrolifère du sud du Nigeria, car la région est majoritairement chrétienne et les groupes ethniques ne sont pas les mêmes que dans le Nord-Est. Les membres de Boko Haram auraient moins de chances de passer inaperçus pour se fondre dans la masse. « Mais on ne peut écarter l’hypothèse d’une attaque one-shot, souligne Priscilla Sadatchy. Sans avoir eu à mener des attaques, le groupe crée déjà une sorte de paranoïa et attise les tensions ethnico-religieuses au Nigeria. »
Boko Haram pourrait donc agir partout à n’importe quel moment, mais la généralisation du mouvement à tout le pays est peu probable. « Le groupe s’infiltre dans des populations locales dont il connaît la langue et les coutumes, autrement il pourrait rapidement se faire repérer », assure Gilles Yabi.

Les pays voisins risquent-ils d’être également visés ?
Les plus de deux cents lycéennes seraient retenues dans les pays voisins du Nigeria comme le Tchad, le Cameroun ou le Niger. L’éventualité d’une extension du mouvement dans la région est à envisager mais les analystes restent prudents. « Boko Haram n’a pas vocation à se répandre, explique Priscilla Sadatchy. Il y a des cellules de Boko Haram dans les pays voisins comme dans l’extrême nord du Cameroun, la région de Diffa au Niger ou au Tchad mais à ce stade les pays voisins servent de zones de repli et d’approvisionnement en armes ou en combattants. » Mais « des attaques ponctuelles peuvent très bien avoir lieu ».

(Souce: Journal le Monde)

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La démocratie de l’angoisse : l’Afrique de l’Ouest et ses six élections présidentielles de 2014-2015

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Dr. Gilles Olakounlé Yabi est consultant indépendant sur les questions de conflits, de sécurité et de gouvernance en Afrique de l'Ouest. Il était auparavant directeur du projet Afrique de l'Ouest du think-tank International Crisis Group. Cet article a initialement été publié sur le site d'African Futures et sur son blog (http://gillesyabi.blogspot.com). Nous le republions ici avec son accord.
C’est l’estomac noué et la gorge serrée que les citoyens de six pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) s’apprêtent à entrer dans une période électorale devenue synonyme, dans une trop grande partie du continent, de risque maximal de crise violente. Les premiers qui devraient être convoqués aux urnes sont les électeurs de Guinée Bissau où un scrutin présidentiel et des législatives censés tourner la page d’une période de transition sont prévus le 13 avril prochain. Dans ce pays lusophone, le seul de la région avec les îles du Cap-Vert, le calendrier électoral a été systématiquement perturbé depuis la démocratisation formelle au début des années 1990 par des coups de force militaires, des assassinats politiques et dernièrement par la mort naturelle du président. Mais c’est en 2015 que l’actualité électorale sera extraordinairement chargée.[1] Des élections présidentielles sont prévues au premier trimestre au Nigeria et au Togo, puis au dernier trimestre au Burkina Faso, en Guinée et en Côte d’Ivoire.[2] Pour chacun de ces pays et pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, les élections présidentielles à venir représentent un enjeu crucial pour la paix, la stabilité politique mais aussi pour le progrès économique et social. Si la région n’avait pas connu une série de crises violentes au cours des dix dernières années, les échéances de 2014-2015 auraient dû surtout servir de test pour la consolidation de la pratique et de la culture démocratiques dans chacun des pays concernés et, par là même, pour l’ensemble de cette région du continent. Cette question ne sera que secondaire autant pour les citoyens que pour les organisations régionales et internationales à l’approche des différents scrutins présidentiels. La préoccupation première sera celle d’éviter que ces moments censés incarner la vitalité démocratique ne se transforment en périodes d’explosion de violences, ou pire, de basculement dans des conflits armés. Au regard
des évènements politiques et sécuritaires des dernières années, ces craintes sont légitimes. Mais quelle est l’ampleur des risques associés à chacune des élections présidentielles à venir dans la région ? Où sont-ils les plus importants ? Pour tenter de répondre à ces questions, trois éléments d’appréciation méritent d’être mobilisés: ce qu’on pourrait appeler l’intensité anticipée de la compétition présidentielle, le contexte sécuritaire général du pays et le cadre institutionnel appelé à régenter le processus électoral. Anticiper l’intensité de la compétition pour la fonction présidentielle revient à s’interroger, dans chaque pays, sur les chances que le scrutin soit ouvert et qu’il n’y ait pas de candidat quasiment sûr de gagner bien avant l’échéance. Classer les pays en fonction de ce premier critère n’est pas si simple, alors qu’on ne connaît pas encore avec certitude qui seront les candidats en course pour chacune des élections présidentielles.
En Guinée Bissau, le scrutin doit mettre fin à une situation d’exception née d’un coup d’Etat…contre un Premier ministre qui était en passe de devenir président, Carlos Gomes Júnior. Organisée en avril 2012, la dernière élection présidentielle s’était arrêtée entre les deux tours. Gomes Júnior, largement en avance à l’issue du premier tour, avait été brutalement sorti du jeu par les chefs militaires du pays qui lui étaient résolument hostiles. L’ancien Premier ministre reste en 2014 un acteur politique influent mais contraint à l’exil d’abord au Portugal et désormais au Cap-Vert, toujours considéré inacceptable pour la hiérarchie militaire et peut-être pour des acteurs régionaux importants, on ne voit pas comment il pourrait rentrer dans son pays en sécurité et se présenter à nouveau à une élection présidentielle. Il a sollicité l’investiture de son parti, le PAIGC (Partido Africano da Independência da Guiné e Cab o Verde, Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert), mais le choix de ce dernier s’est porté le 2 mars sur l’ancien ministre ndes Finances et ancien maire de la capitale, José Mário Vaz.
Le PAIGC, qui continue à bénéficier de son statut historique de parti ayant conduit la lutte armée pour l’indépendance des deux anciennes colonies portugaises d’Afrique de l’Ouest, reste la force politique dominante dans le pays malgré ses divisions internes. Il partira favori pour les élections législatives, face au PRS (Partido para a Renovação Social, Parti pour la rénovation sociale), également divisé, et aux autres partis plus petits. La compétition pour le fauteuil présidentiel devrait être plus ouverte en raison notamment de quelques candidatures indépendantes susceptibles de séduire un électorat désorienté par les luttes politiques partisanes. Mais le plus dur en Guinée Bissau n’est pas toujours de doter le pays d’un président démocratiquement élu. C’est de lui garantir de bonnes chances de survie politique et physique jusqu’à la fin de son mandat, surtout s’il lui venait à l’esprit de toucher aux intérêts des chefs militaires et/ou des alliés locaux des réseaux internationaux de trafic de drogue actifs dans ce pays et dans toute l’Afrique de l’Ouest.
Au Nigeria non plus, on ne sait pas encore avec certitude qui sera candidat, mais l’attention se concentre sur les intentions du président sortant Goodluck Jonathan. Evoquant un principe non écrit de rotation entre candidats nordistes et sudistes désignés par le PDP (People’s Democratic Party, Parti démocratique du peuple), parti au pouvoir depuis le retour à la démocratie en 1999, nombreux sont ceux qui s’opposent à une nouvelle candidature du président actuel.
Vice-président en 2007, Jonathan avait hérité du poste de président après le décès de Umaru Yar’Adua en 2010 avant de se faire élire en 2011 pour un premier mandat plein de quatre ans. Les défections de personnalités très influentes du PDP se sont multipliées ces derniers mois et elles continuent, affaiblissant le camp du président.
L’opposition au PDP semble par ailleurs n’avoir jamais été aussi forte, en raison de la fusion en février 2013 de quatre partis importants dans une grande formation, l’APC (All Progressives Congress, Congrès de tous les progressistes) qui est aussi bien implanté que le parti au pouvoir dans tous les Etats de la fédération. Les moyens financiers, déterminants dans la bataille électorale colossale qui se profile, ne manqueront pas d’un côté comme de l’autre, même si le camp au pouvoir dans cette puissance pétrolière qu’est le Nigeria disposera inévitablement d’un avantage certain en la matière. La compétition sera selon toute probabilité très intense. Elle le sera dans tous les cas, y compris dans l’hypothèse très improbable d’un retrait du président sortant de la course à l’investiture du PDP, et quel que soit le candidat qui sera choisi par l’APC. Ce choix ne sera pas aisé et pourrait provoquer des failles dans l’unité affichée jusque-là par le nouveau grand parti d’opposition.
Les Togolais devraient, comme les Nigérians, aller aux urnes au premier trimestre 2015. Le président sortant Faure Gnassingbé, élu dans des circonstances controversées et violentes en 2005 après la mort naturelle de son père, Eyadema Gnassingbé, puis réélu en 2010, pourra se porter candidat une troisième fois sans avoir à faire modifier la Constitution en vigueur. Depuis le retour forcé à un système démocratique formel, le pouvoir togolais n’a pas arrêté de jouer avec la disposition de limitation à deux du nombre de mandats présidentiels successifs. En 2002, une révision constitutionnelle avait non seulement supprimé cette disposition mais elle avait également consacré le principe d’une élection présidentielle à un seul tour. Malgré les recommandations d’un accord politique global signé en 2006 et les demandes répétées de l’opposition, les dispositions actuelles de la Constitution et du code électoral restent très favorables à une tranquille pérennité du régime du président Gnassingbé. Le parti présidentiel UNIR (Union pour la République) dispose d’une majorité absolue au Parlement et s’assurera que rien ne soit entrepris pour réduire les chances de victoire de son chef en 2015. Par ailleurs, la machine sécuritaire au service du pouvoir et l’insuffisante coordination des forces politiques de l’opposition ne militent pas pour l’instant en faveur d’une compétition électorale ouverte et intense pouvant déboucher sur une alternance politique réelle dans un pays qui n’en a pas connue depuis le coup d’Etat d’Eyadema Gnassingbé en… 1967.
Au Burkina Faso, il n’y a même pas eu d’alternance générationnelle comme ce fut le cas au Togo en 2005. Au pouvoir depuis octobre 1987, Blaise Compaoré devrait avoir passé 28 ans à la tête de l’Etat au moment de l’élection présidentielle de 2015. La Constitution limitant le nombre de mandats successifs à deux, le président ne pourra être candidat qu’à condition de réussir à faire passer une nouvelle révision de la loi fondamentale dans les mois à venir.
Cette intention ne faisant plus de doute, la mobilisation des adversaires à une énième manoeuvre visant à prolonger le règne du président Compaoré a commencé à Ouagadougou. Elle a même affaibli le pouvoir beaucoup plus rapidement qu’on ne pouvait le prévoir, un large groupe de personnalités de poids du parti présidentiel, le CDP (Congrès pour la Démocratie et le Progrès) qui ont toujours soutenu Compaoré, ayant décidé de quitter le navire pour rejoindre en janvier dernier le camp des adversaires de toute révision constitutionnelle.
Le Burkina Faso est de fait déjà entré dans une période tendue et cela devrait durer jusqu’à ce que le pouvoir décide de renoncer à toute modification constitutionnelle ou choisisse de convoquer un référendum sur cette question. Dans ce dernier cas, de fortes contestations sociopolitiques seront inévitables et leurs conséquences incertaines. La compétition électorale en 2015 sera forcément intense. Dans l’hypothèse où Compaoré renoncerait à prétendre à un nouveau mandat, la compétition devrait être très ouverte. Elle pourrait juste être moins tendue et explosive qu’en cas de candidature du président sortant.
En Guinée, le président Alpha Condé devrait être candidat en 2015 pour un second et dernier mandat. Pas d’obstacle légal à contourner. Il devrait par contre faire face à des rivaux politiques organisés, déterminés et capables de le priver d’un nouveau mandat. Arrivé au pouvoir en décembre 2010, au terme d’un scrutin laborieux et controversé, le président avait été largement distancé au premier tour par l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo avant de l’emporter au second. Les récentes élections législatives, elles-aussi organisées au forceps après une série de reports et grâce à une forte implication internationale, ont encore montré que le camp du président Condé n’était pas capable d’écraser l’opposition. Cette dernière, même éclatée en plusieurs pôles, a quasiment fait jeu égal avec le parti du président, le RPG (Rassemblement du peuple de Guinée) et ses alliés.
L’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo reste une force politique significative qui, si elle s’allie à d’autres partis importants comme l’Union des forces républicaines (UFR) de Sydia Touré ou le PEDN (Parti de l’espoir pour le développement national) de Lansana Kouyaté, pourrait devenir majoritaire à l’occasion du second tour d’un scrutin présidentiel. Dans l’hypothèse, pour le moment improbable, d’une candidature unique de l’opposition, le président Condé serait particulièrement menacé par une défaite électorale, malgré les avantages habituels conséquents d’un président-candidat. Aucun doute n’est permis sur l’intensité de la bataille pour la présidence de la Guinée à la fin de l’année 2015. Elle sera l’une des plus rudes de la région.
Au cours de ce même dernier trimestre 2015, les Ivoiriens seront eux-aussi convoqués aux urnes pour reconduire le président Alassane Ouattara ou choisir un nouveau chef d’Etat. Arrivé au pouvoir au terme d’une élection compétitive qui a dégénéré en conflit armé avec celui qui était le président sortant, Laurent Gbagbo, Ouattara a rapidement indiqué qu’il serait bien candidat à un second et ultime mandat. Si son parti, le Rassemblement des républicains (RDR) sera à coup sûr uni derrière le président pour la future bataille électorale, le soutien franc et massif du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), allié important et potentiellement décisif, n’est pas nécessairement acquis. Le scrutin ne sera pas gagné d’avance mais la faiblesse et le passif du Front populaire ivoirien (FPI) de l’ex-président Gbagbo, détenu à la prison de la Cour pénale internationale aux Pays-Bas, sont tels que le président sortant devrait partir favori. Son bilan en termes de relance de l’économie ivoirienne et des mesures récentes allant enfin dans le sens de l’apaisement et de la réconciliation nationale devraient aussi jouer en sa faveur. On peut anticiper une compétition présidentielle modérément intense dans un pays dont les électeurs ont encore à l’esprit le traumatisme postélectoral de 2010-2011.

Gilles Olakounlé Yabi

[1] L’autre élection présidentielle de l’année 2014, prévue en juin, aura lieu en Mauritanie, pays à cheval sur l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord qui s’est retiré de la Cedeao en 2000.
[2] Dans la foulée, au début de l’année 2016, les électeurs du Niger et du Bénin seront à leur tour appelés aux urnes pour choisir leurs chefs d’Etat. Dans les deux pays, l’atmosphère politique est déjà marquée par de fortes tensions à plus de deux ans des échéances électorales. Le Cap-Vert, la Gambie puis le Ghana seront aussi concernés par les élections au second semestre 2016.

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Tiémoko Koné Gouverneur de la Bceao, Adovèlandé reconduit à la Boad

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Tiémoko Koné Gouverneur de la Bceao, Christian Adovèlandé reconduit à la Boad Conformément aux dispositions du Traité de l’Union monétaire ouest africaine et aux dispositions statutaires de la Banque ouest africaine de développement (Boad), la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement membres de l’Union a procédé aux nominations de Tiémoko Meyliet Koné et de Christian Adovèlandé, respectivement au poste de Gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao) et Président de la Boad. C’est Yayi Boni, président en exercice de l’Union économique monétaire ouest africaine (Uémoa) qui, au nom de ses pairs,  a rendu publique cette décision.

 

Union Economique Monetaire Ouest Africaine (UEMOA)
Confédération des Chefs d’Etats et de Gouvernement
Présidence en Exéercice de la Conférence
Note d’information  

Objet : Nomination du Gouverneur de la BCEAO et du Président de la BOAD

- Chers Citoyens de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA),
- Chers Partenaires Techniques et financiers de l’UEMOA,
- Chers partenaires au développement de l’UEMOA,
- Chers acteurs et animateurs du partenariat stratégique entre l’UEMOA et le reste du monde,
Aux termes des Statuts (article 56) de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le Gouverneur est nommé, pour un mandat de six (06) ans, par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, organe suprême de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA).
En application de cette disposition statutaire, la Conférence des Chefs d’Etat a décidé de nommer Monsieur Tiémoko Meyliet KONE, aux fonctions de Gouverneur de la BCEAO, pour un mandat de six (06) ans, à compter du 17 août 2014.
Cette nomination est intervenue conformément aux dispositions pertinentes du Traité de l’Union Monétaire Ouest Africaine (article 8).
A cet égard, il convient de préciser que dans le cas d’une urgence ne permettant pas la réunion formelle de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, le Traité de l’UMOA permet au Président en exercice de consulter à domicile ses pairs, par une procédure écrite.
Ainsi, à l’issue de la procédure de consultation à domicile organisée et après accord unanime des Chefs d’Etat des pays membres de l’Union, le Président de la République du Bénin, en sa qualité de Président en exercice de la Conférence, a signé le 12 août 2014, au nom de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, la Décision portant nomination du Gouverneur de la Banque Centrale.
C’est l’occasion de vous informer que conformément aux dispositions statutaires de la Banque Ouest Africaine de Développement et sur la base des consultations entre Chefs d’Etat et de Gouvernement des Etats membres de l’UEMOA, la Conférence au sommet a décidé d’accorder à compter du 8 février 2014 à Monsieur Christian ADOVELANDE un nouveau mandat de six ans en qualité de Président de la Banque Ouest Africaine de Développement.
Espace économique, politique et social en voie d’unification, cette communauté repose notamment sur la Commission de l’UEMOA, l’Institut d’émission, la BCEAO et la BOAD.
Ces Organes et institutions, stables, crédibles, sont devenus de véritables pôles d’excellence au service de cet espace en quête de stabilité, de sécurité et de prospérité pour nos peuples.

Vive l’UEMOA, ses organes et Institutions !
Vive l’intégration régionale !
Je vous remercie !
Dr Boni YAYI
Président en exercice de la Conférence

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