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Enfin, Michel Djotodia parle de la Centrafrique : « J’ai la capacité de réconcilier chrétiens et musulmans »

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L’ex-président centrafricain Michel  Am-Nondokro Djotodia, président du Front populaire pour la renaissance de Centrafrique (l’ex-Coalition Séléka) est enfin sorti de son silence. L’homme d’Etat qui, après sa démission « hautement patriotique » s’est installé  en  terre  libre africaine du Bénin le 10 janvier 2014, s’est ouvert à votre Quotidien « Matin Libre ».
Dimanche 31 août 2014 par un temps ensoleillé de fin de matinée, l’équipe de reportage de  « Matin Libre » conduite  par le patron du Quotidien  entre dans la résidence de l’ex-président centrafricain. Un immeuble modeste de couleur blanche situé dans une banlieue de la ville d’Abomey-Calavi, à 25 km de Cotonou. Les militaires qui assuraient la sécurité des lieux, kalachnikovs au point, le regard scrutateur  nous facilitent le protocole mais avec beaucoup de prudence.  Visiblement, nous étions attendus. Dans la cour, quelques animaux (cabris, oies, tortue…) vivent libres de leurs mouvements comme dans le jardin d’Eden. Quelques minutes dans la salle d’attente située au rez-de-chaussée, le temps de nous annoncer au maître des lieux et nous sommes reçus.
L’ex-homme fort de Centrafrique, tout de blanc vêtu et assis dans un fauteuil, nous accueille dans un appartement qui lui sert de bureau. Seule la photo officielle de prise de pouvoir, accrochée au mur derrière un grand bureau, rappelle au visiteur qu’il est en face d’un homme qui a déjà exercé le pouvoir suprême d’Etat. Simplicité oblige. Il serre la main à tout le monde. Affable, modeste et très humble, il nous invite à nous servir à volonté café et boissons.
Visiblement serein, et très confiant en son avenir politique, le numéro un de l’ex-Coalition Séléka s’ouvre simplement à votre Quotidien.  Le retour de la paix en Centrafrique est le sujet principal qui préoccupe  Michel Djotodia. C’est pourquoi il a sacrifié son  pouvoir en démissionnant.  Et pour parvenir à la paix en République centrafricaine, il propose deux solutions : le retour au pouvoir de l’ex-Séléka à travers sa personne et la partition du pays, par exemple le fédéralisme. Il explique d’ailleurs que la Séléka, mieux organisée aujourd’hui  contrôle plus de 60% du territoire. Sans en vouloir à la présidente de la Transition Mme Catherine Samba Panza, Michel Djotodia s’est démarqué du gouvernement actuel. Il a martelé que sa Coalition n’a mandaté personne pour y entrer. D’ailleurs, par un communiqué de presse (voir page 3), il informe l’opinion nationale et internationale que tous les membres de l’ex-Séléka qui participent au présent gouvernement de Centrafrique sont considérés comme des traitres et par conséquent  exclus définitivement de la Coalition. Mais avant tout propos, il a salué l’hospitalité légendaire du peuple béninois dont il en est l’un des citoyens  (par alliance, Ndlr) et s’est dit très satisfait des mesures prises par le président Yayi Boni pour assurer sa sécurité et le protéger. Lisez plutôt.

Excellence, Monsieur le président, depuis votre démission « hautement  patriotique »  le 10 janvier 2014, vous êtes venu vous installer au Bénin. Dites-nous Excellence quelle est la situation de votre séjour au Bénin?

Le gouvernement du président Yayi Boni  me protège en me mettant dans les conditions qu’il faut, en assurant ma sécurité,  en me donnant les possibilités de circuler librement. D’ailleurs je suis Béninois à part entière. Je suis de nationalité béninoise. Et en cela, l’honneur qu’il  (le président Yayi Boni, Ndlr) m’a fait, m’oblige de lui présenter toute ma gratitude. Je présente mes remerciements non seulement au Chef de l’Etat mais aussi au peuple béninois pour son hospitalité légendaire et cette attention particulière qu’ils ont pour ma personne. Je ne peux que remercier tous mes frères béninois, le Chef de l’Etat et ceux qui m’entourent. Je suis bien au Bénin. Je me porte bien. Je ne suis pas dérangé. Je ne suis pas inquiété.

Nous avons appris qu’une délégation envoyée par la présidente Catherine Samba-Panza est allée vous voir récemment. M. le président que peut-on retenir de cette rencontre?

Mme la présidente m’a envoyé une délégation pour m’adresser sa reconnaissance et ses remerciements pour les liens qu’il y a entre elle et moi parce que je n’ai rien contre Mme Samba-Panza. Elle m’a succédé et nous gardons de très bons rapports. Et à l’occasion, j’ai dit à la délégation que je suis pour la paix. Je milite pour la paix. D’ailleurs l’exemple frappant c’est qu’en échange de la paix,  j’ai donné le pouvoir que j’ai. Et c’est un signal très fort. J’ai démissionné parce qu’il était question de ramener la paix chez moi et c’est ce que j’ai fait. Je leur ai donc dit que je suis toujours pour la paix et j’œuvrerai pour la paix. Mais d’aucuns disent que j’ai été pour quelque chose dans la mise en place du dernier gouvernement. C’est faux. Je n’ai jamais présenté  de liste. D’ailleurs dans les différents communiqués qui ont été publiés par le Bureau politique, il a été dit que la Séléka ne propose pas de premier ministre, même pas de ministre. Donc je n’ai proposé personne. En présence du ministre des Affaires étrangères du Bénin et beaucoup d’autres gens, j’ai été clair : j’ai dit que je suis pour la paix. Je milite pour la paix.

Excellence M. le président, quelles sont les propositions de votre groupe pour la sortie de crise en Centrafrique?

Nous avions fait des propositions. Nous avions d’ailleurs demandé à ceux qui doivent prendre part au forum de paix organisé à Brazzaville par mon grand-frère Denis Sassou N’Guesso, président de la République du Congo  que pour que la paix revienne il faut qu’il y ait équité.  Pour que la paix revienne, il serait souhaitable de remettre encore le pouvoir à l’ex-Séléka. Quitte à l’ex-Séléka de diriger. Il faut bien permettre,  une fois en passant, aux musulmans de diriger. Après cinquante (50) ans de gouvernance par les chrétiens, un musulman vient au pouvoir, et on en fait un tapage de telle manière que ça a entrainé le chaos. Pour qu’il y ait équité, il faut qu’on redonne ce pouvoir-là à l’ex-Séléka.  Qu’on donne l’opportunité à l’ex-Séléka de gérer la transition. Et c’est après la transition que nous pouvons organiser une conférence nationale. Les fils et filles  de Centrafrique  pourront s’asseoir, essayer de discuter et signer un accord politique pouvant lancer complètement le pays vers une vie démocratique. Il y avait deux propositions et c’était la première. La seconde proposition,  c’est qu’il y ait partition.  Il y a plusieurs manières de séparer les gens à savoir le fédéralisme et autres. Tout dépendra de la manière dont on va s’entendre.  Mais qu’il y ait partition et qu’on sépare les gens définitivement pour qu’il y ait la paix. Si on ne prend pas en compte l’une des solutions proposées, je crois qu’il n’y aura pas la paix parce que nous, je vais parler de moi, j’ai la capacité de réconcilier chrétiens et musulmans. J’ai la capacité de le faire. Mais pourquoi on ne veut pas me donner l’opportunité de le faire. Il faut qu’on me donne l’occasion de réconcilier musulmans et chrétiens. Et pour que je fasse cela, il faut que j’aie le pouvoir parce que sans le pouvoir je ne peux pas le faire. Pour rassurer par exemple tous les réfugiés musulmans qui sont à l’extérieur, soit au Gabon, au Congo, au Cameroun et ailleurs, il faut qu’ils se rassurent que c’est moi qui suis le président de la République parce qu’ils savent que je suis un rassembleur. Si je suis là, cela va rassurer les gens, et ils vont revenir en masse. Mais lorsque ce ne serait pas moi et que ce seraient les mêmes bêtises qui se feraient, personne ne viendra et ce serait l’éternelle répétition. Il n’y aura pas la paix. Il n’y aura jamais de paix. Ce sera toujours les attaques et la guerre. Et la situation sera difficile à gérer.
 
Tout récemment, votre coalition, la Séléka, a fait un congrès. Alors comment la Séléka est-elle gérée?

Au moment où je vous parle, la Séléka est mieux organisée qu’avant. Il y a la branche politique que je dirige et la branche militaire que dirige le Général Joseph  Zoundeiko. Mais il y a une parfaite coordination entre les deux branches. Et c’est la branche politique qui contrôle la branche militaire. Nous sommes donc bien organisés. Il y a des commandants de zone par préfecture. Nous occupons 60% du territoire centrafricain. Nous contrôlons la situation si bien qu’il ne peut même pas avoir de conflit entre musulmans et chrétiens. Dans la partie occupée par la Séléka, il y a la paix. Et la Séléka est composée de chrétiens et de musulmans. A un moment donné, le nombre des chrétiens dépassait le nombre des musulmans. 60% des ex-Sélékas étaient des chrétiens. Là où il y a d’affrontements, c’est la partie contrôlée par le gouvernement. C’est là où il y a du désordre. Les gens s’entretuent là-bas. Mais nous veillons aussi qu’il n’y ait pas impunité.

Monsieur le président,  vous voudriez bien conclure cet entretien

De toutes les manières, je ne peux que souhaiter la paix pour mon pays et pour toute l’Afrique.

Propos recueillis par : Maximin TCHIBOZO
Photos : Chérif RIWANOU
 

 

 

 

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Le Ghana a réduit son taux de pauvreté de moitié en 20 ans

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Le nombre de Ghanéens vivant dans la pauvreté a été divisé par deux en 20 ans, passant de la moitié au quart de la population, a annoncé vendredi le Service national des Statistiques.


Selon les données publiées par le Service de Statistiques du Ghana, 24,2% des d'habitants vivaient dans la pauvreté en 2013, contre 51,7% en 1992. Le Ghana, deuxième économie d'Afrique de l'Ouest, compte 25 millions d'habitants. En 2013, étaient considérées comme vivant sous le seuil de pauvreté les personnes vivant avec moins de 3,6 cedi (la monnaie nationale) par jour, soit 2,34 dollars ou 3,21 euros (à taux de change moyens sur l'année).

L'un des rares pays à avoir réussi cette performance

Les programmes de lutte contre la pauvreté, à travers des aides sociales notamment, ont porté leurs fruits, a commenté le chef des études du Service de Statistiques, Anthony Amuzu. Le Ghana est l'un des rares pays africains à avoir réussi cette performance, l'un des huit objectifs de développement définis par l'ONU en 1992, dans le cadre d'un programme appelé Objectifs du Millénaire à l'horizon 2015, note Sarah Hague, une responsable de l'UNICEF au Ghana. L'Afrique du Sud y est parvenue aussi, mais sur l'ensemble du continent africain, la pauvreté a à peine reculé, baissant de 56% de la population en 1990 à 48% en 2010, d'après cette responsable du Fonds des Nations Unies pour l'enfance. La situation économique au Ghana n'est cependant pas bonne, avec un important déficit budgétaire et une dépréciation de 37% du cours de change de sa monnaie depuis le début de l'année. Le gouvernement ghanéen a indiqué en août qu'il pourrait solliciter une aide du Fonds monétaire international pour l'aider à stabiliser sa monnaie et diminuer son déficit budgétaire qui s'élève à plus de 10% du PIB.

Source : Rtbf.be


C'est un aveu d'impuissance cinglant et une nouvelle illustration de la dérive d'un pays livré aux milices armées et incapable de mener à bien le processus de transition politique. Le gouvernement démissionnaire libyen, exilé dans l'Est, a reconnu ne plus contrôler les ministères et services de l'Etat à Tripoli, lundi 1er septembre.
Une annonce qui vient confirmer que la capitale est désormais aux mains des miliciens qui ont chassé le 22 août, au prix de violents combats, leurs rivaux, proches du gouvernement démissionnaire, de l'aéroport situé au sud de la ville.
Depuis la chute du régime de Kadhafi en 2011 après huit mois de révolte armée, les différentes milices qui l'ont combattu font la loi dans ce pays plongé dans le chaos.
Dans un communiqué publié dans la nuit de dimanche à lundi, le gouvernement provisoire dirigé par Abdallah Al-Theni a précisé que les milices armées empêchaient, sous la menace, les services de l'Etat de fonctionner dans la capitale. M. Theni, qui avait annoncé jeudi avoir remis sa démission au Parlement élu le 25 juin, a été chargé lundi par cette même assemblée de former un cabinet restreint, comprenant une cellule de crise.
Ces deux institutions siègent dans l'Est, à Tobrouk, pour échapper à la pression des milices armées. « Les sièges des ministères et des services de l'Etat à Tripoli sont occupés par des miliciens armés qui empêchent les fonctionnaires d'y accéder et menacent leurs responsables », a dit le gouvernement.


lemonde.fr

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Front Populaire pour la Renaissance de Centrafrique (Ex-Coalition Séléka) - Communiqué de Presse No 0007/ECS/RCA

communique

RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE
UNITÉ-DIGNITÉ-TRAVAIL
Front Populaire pour la Renaissance de Centrafrique              (Ex-Coalition Séléka)

Communiqué de Presse No 0007/ECS/RCA

 

Le Bureau Politique de l’Ex-Coalition Séléka tient une fois de plus à informer l’opinion nationale et internationale, qu’elle ne se reconnait pas dans la composition du nouveau Gouvernement qui vient d’être publiée le vendredi 22 août 2014 en République Centrafricaine.

L’Ex-Coalition Séléka n’a ni soutenu, ni communiqué le nom d’un Premier Ministre ou les noms des Ministres à la Présidence de la République. De ce fait, tous les Membres de l’Ex-Coalition Séléka ayant participé au présent Gouvernement sont exclus définitivement de ladite Entité.

Leur participation au Gouvernement, constitue une haute trahison et un non respect des consignes donnés par la Hiérarchie.
 
Les préalables n’ayant pas été respectés, le Bureau Politique de l’Ex- Coalition Séléka maintient sa position de non participation au Gouvernement.

Le combat que mène l’Ex-Coalition Séléka  ne se résume pas aux portefeuilles ministériels. Elle veut implanter la Paix au pays et le doter d’un Projet de société pour la RCA assorti  d’un idéal de Liberté, de Démocratie, de Prospérité pour le plus grand nombre possible de nos concitoyens, sans aucune espèce de discrimination, qui sera soumis à l’ensemble du peuple Centrafricain au moment opportun.

Toutefois, le Bureau politique de l’Ex-Coalition reste déterminé à trouver une solution politique juste, équitable et durable par la voie du dialogue et de la négociation avec toutes les forces vives de la nation.

Fait à Birao, le 31 Août 2014

Pour Le Président,
Le 1er Vice-président
 
Général NOUREDINE ADAM
Ancien Ministre D’État

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Enfin Michel Djotodia parle de la Centrafrique : « L’ex-Coalition Séléka n’a proposé personne pour la formation du gouvernement »

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L’ex-président centrafricain, Michel Am-Nondokro Djotodia, président du Front populaire pour la Renaissance de Centrafrique (l’ex-Coalition Séleka) est sorti de son silence. En effet, depuis qu’il a pris la décision « hautement patriotique » de démissionner et s’est installé en terre libre africaine du Bénin le 10 janvier 2014,  le président Djotodia s’est enfin ouvert à votre Quotidien, « Matin Libre ». L’homme d’Etat, très préoccupé par le retour de la paix dans sa Centrafrique natale, nous a entretenus sur plusieurs sujets.


Entre autres, il s’est prononcé sur sa situation au Bénin, la formation de la nouvelle équipe gouvernementale de la présidente de la Transition, Cathérine Samba Panza. Le président Michel Djotodia a aussi démontré qu’il est toujours aux commandes de   sa formation politique, l’ex-Coalition Séléka qui, selon lui est très structurée et contrôle plus de 60% du territoire centrafricain. Essentiellement, il a exprimé sa satisfaction en ce qui concerne la qualité  de l’accueil à lui réservé par son pays d’alliance, le Bénin et son président, Dr Yayi Boni. Ensuite, Michel Djotodia a martelé que l’ex-Sélèka n’a désigné aucun de ses membres pour faire partie de la nouvelle équipe gouvernementale. D’ailleurs, le  Front Populaire pour la Renaissance de Centrafrique (ex-Coalition Sélèka) s’est fendu d’un communiqué  à cet effet pour exprimer à l’opinion nationale et internationale, sa démarcation de  l’actuel gouvernement de transition qui dirige la République centrafricaine et a exclu tous les militants de la formation politique de Michel Djotodia qui y participent. Lire ci-contre ledit communiqué signé du  vice-président de l’ex-Sélèka, le Général Nourédine Adam, ancien ministre d’Etat.

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Ebola : Georges Weah sensibilise les Libériens à travers une chanson

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Le virus à Ebola sévit en Afrique de l’ouest et le Libéria bat le record des pays victimes avec plus de 400 morts. L’ancien international libérien George Weah apporte sa contribution dans la lutte contre la maladie avec la sortie d’un single « We must all arise to fight Ebola » (ndlr,  nous devons tous nous lever pour combattre Ebola) avec le musicien ghanéen Sydney. C’est un message sensibilisateur lancé à l’endroit de ses compatriotes sur les comportements à adopter afin de réduire la propagation de la maladie et l’existence réelle de la maladie car malgré les centaines de décès enregistrés, certains Libériens continuent de porter des doutes sur son existence. Un appel est lancé à toutes les bonnes volontés notamment les footballeurs internationaux pour voir ce qu’ils peuvent faire pour le continent. « Le Liberia, ce n’est pas loin de la Côte d’Ivoire… il n’y a pas de frontières pour Ebola. Si on peut faire un match, si des gens peuvent donner, ça peut aider », a estimé M. Weah selon APA. « (…) c’est une autre guerre, une guerre contre l’épidémie et ça ne touche pas seulement le Libéria, mais aussi la Sierra-Leone, la Guinée, le Nigéria », a insisté l’ex-attaquant de Monaco, PSG et AC Milan, selon toujours APA. George Weah a également annoncé la création d’une association afin de lutter efficacement contre la maladie.

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Lady Diana : «Je n’ai jamais pensé qu’elle allait mourir»

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Ancien agent de la BAC de Paris, Daniel Bourdon se trouvait à la Pitié-Salpêtrière le 31 août 1997, lorsque Lady Diana s’est éteinte. Dans un livre, il raconte comment il a vécu les derniers instants de la princesse, dans une atmosphère remplie de tristesse. C’est « par hasard » que Daniel Bourdon, policier de la Brigade Anti Criminalité de Paris, a été choisi le 31 août 1997 pour une mission qui le marquera à vie. Après son terrible accident de voiture sous le pont de l’Alma, Diana est conduite de toute urgence à la Pitié-Salpêtrière : Daniel Bourdon est l’agent chargé d’assurer sa sécurité à l’hôpital. Seulement mis au courant qu’il s’agissait d’une « haute personnalité », il réalise de qui il s’agit en arrivant sur les lieux. « J’ai compris qui elle était en arrivant à l’hôpital », raconte-t-il dans une interview au Parisien. « Avec mon équipe, nous avions pour mission de sécuriser les sous-sols de l’hôpital de la Salpêtrière. Il fallait notamment éviter qu’un paparazzi vole une photo », explique le policier, qui a assisté à l’arrivée de Lady Di « sur une civière ». Directement transférée au bloc opératoire, la princesse a reçu tous les soins possibles, mais son sort était déjà scellé. « Elle était inconsciente, les yeux fermés, se souvient Daniel Bourdon. Elle avait eu une artère pulmonaire arrachée et je sais aujourd’hui qu’il était quasi impossible de la sauver. Et pourtant, je n’ai jamais pensé qu’elle allait mourir. C’est en voyant la mine défaite des médecins sortant du bloc que j’ai compris qu’elle était perdue. » Une fois le décès prononcé, le policier de la BAC est chargé de garder la chambre mortuaire où le corps de Diana est placé. Pendant un quart d’heure, il se recueille sur le destin tragique de la princesse au grand cœur, pensant notamment à ses enfants, les petits princes William et Harry, soudainement devenus orphelins. « C’était un moment poignant. Son visage était magnifique. Comme si elle dormait. Je lui ai parlé. Je lui ai dit à quel point je trouvais triste son destin. J’avais un tel sentiment de gâchis », reconnaît-il. Si le père de Dodi al-Fayed continue de soutenir la théorie d’un complot fomenté par la famille royale, pour Daniel Bourdon, l’accident ne fait « aucun » doute. « La thèse de l’assassinat relève du fantasme, assure-t-il. Diana est morte dans un accident bête et méchant. »

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Quand Lomé se rêve en Singapour

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Lomé veut être une plateforme financière majeure en Afrique de l'Ouest. Et prend exemple sur Singapour.

En avril, après une visite en Malaisie, Robert Dussey, le ministre togolais des Affaires étrangères, débarquait à Singapour avec une délégation d'hommes d'affaires de la Chambre de commerce et d'industrie du Togo (CCIT) pour clore sa tournée asiatique. Objectif de sa visite ? S'inspirer du modèle singapourien pour transformer le Togo. Cette stratégie, impulsée par le chef de l'État, Faure Gnassingbé, consiste à faire de Lomé une plateforme de services performante.

Transformation

La métamorphose de la capitale togolaise repose sur deux piliers. D'abord, les infrastructures de transport, portuaires et aériennes. Selon le gouvernement, la modernisation du port de Lomé ainsi que sa situation géographique devraient lui permettre de devenir l'une des principales portes d'entrée en Afrique de l'Ouest. De même, le renforcement de la capacité d'accueil de l'aéroport international de la capitale est en cours de réalisation. Et, en tant que siège de la compagnie aérienne régionale Asky, Lomé a de bons arguments pour devenir un hub aérien dans la sous-région. Ensuite, les services. Dans ce domaine, Lomé entend devenir une place financière de tout premier plan et dispose d'un certain nombre d'atouts. Ainsi, la zone franche de la capitale est parvenue à attirer des sociétés de poids : elle héberge non seulement le siège de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) mais aussi celui d'Ecobank et d'Oragroup, deux importants groupes panafricains. Le capital-investisseur Cauris Management a lui aussi élu domicile à Lomé.
Le retour d'Abidjan

Malgré ces avancées, les défis ne manquent pas. Il faudra d'abord compter avec le retour d'Abidjan sur la scène des affaires ouest-africaines. La capitale économique ivoirienne accueille déjà la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), une situation propice au développement des sociétés de services financiers, traditionnellement associées à une place financière. Ensuite, Abidjan s'apprête à recevoir à nouveau le siège de la Banque africaine de développement (Bad), délocalisé à Tunis depuis le début de la crise politique ivoirienne des années 2000. En termes de transports, le port d'Abidjan - le plus important de la région - reste incontournable, d'autant que son extension est en cours. Enfin, en tant que première puissance économique de l'Afrique francophone, la Côte d'Ivoire dispose de sérieux atouts. "J'ai du mal à croire que Lomé se développera de manière décisive dans les cinq prochaines années", déclare un banquier d'affaires ouest-africain.

Réglementation
Dernier problème, et non des moindres : la réglementation. Si la société Cauris management est installée à Lomé, le fonds Cauris Croissance II Limited, qu'elle a lancé en 2011, est enregistré à Maurice. Les contributeurs du fonds ont fait pression afin qu'il ne soit pas établi au Togo, en particulier pour échapper au flou des règlements. C'est un point que les autorités togolaises doivent étudier avec attention. De même, il va leur falloir prévoir des réorganisations dans le secteur financier, en particulier mettre un terme au feuilleton de la privatisation des deux dernières banques publiques en vente, la Banque togolaise pour le commerce et l'industrie (BTCI) et l'Union togolaise de banque (UTB). Un dossier qui traîne depuis 2008.

Réformes
Cependant, il semble que le gouvernement a entrepris des réformes : l'adoption d'un code des investissements plus attractif et d'un code des marchés publics conforme aux normes internationales ainsi que la simplification des procédures de création d'entreprise par la mise en place d'un guichet unique. Annoncer de grandes stratégies est un premier pas, mais c’est sur la mise en oeuvre que le pays sera jugé par les hommes d’affaires.

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Energies renouvelables : Les Chinois s’emparent du marché naissant des énergies vertes en Afrique

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Salifou Ouedraogo se veut pragmatique. Le ministre de l’environnement et du développement durable du Burkina Faso considère les énergies renouvelables comme sa « bataille ». Dans les travées de la première Assemblée des Nations unies pour l’environnement (UNEA), qui s’est tenue à Nairobi du 23 au 27 juin, il monte au front. « Nous dépendons encore du pétrole, nous l’importons, cela nous coûte cher, alors que, dans les pays sahéliens, nous bénéficions de 350 jours de soleil. Nous devons aller vers le solaire, ce qui évitera aussi la pression sur les forêts. Mais les besoins sont énormes, et cela nous coûtera des milliards : nous avons besoin d’aide », explique-t-il.
Pour répondre à cette demande croissante, les volontés et les propositions ne manquent pas. Chinois, Indiens, Brésiliens rivalisent avec les Occidentaux. Un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), présenté à l’occasion de cette conférence, qui a réuni quelque 1 200 délégués représentant des gouvernements des 193 pays adhérents, résume la situation. Alors qu’en 2004 le commerce mondial sur les énergies renouvelables (incluant le solaire) se caractérisait, à 65 %, par une domination des échanges Nord-Nord ou Nord-Sud, en 2012 la tendance s’est inversée : l’ensemble des échanges du Sud vers le Sud et du  Sud vers le Nord flirtait avec la barre des 80 % des échanges mondiaux.
L’exemple du Burkina Faso est parlant. Sur le toit de son ministère, à Ouagadougou, Salifou Ouedraogo a disposé des panneaux solaires importés il y a sept ans de Taïwan. « Depuis, les Taïwanais sont venus au Burkina  Faso : ils ont créé une usine de plusieurs dizaines de personnes, en 2012, avec un partenaire burkinabé, raconte le ministre. Nous nous tournons vers ceux qui vont nous permettre de rattraper notre retard, qu’ils soient chinois, allemands ou français. Actuellement, les acteurs les plus importants sont chinois, indiens, brésiliens, il y a eu un rééquilibrage vers ces pays. Ils comprennent notre approche pragmatique, ils ne nous traitent pas de haut. La dureté des conditions de vie dans les faubourgs chinois, brésiliens ou africains est la même. »

Arme financière

Or, il est difficile de concurrencer l’offre asiatique, reconnaissent à demi-mot les Occidentaux. Mais ils ne veulent pas dramatiser. « L’économie verte, l’énergie renouvelable, c’est un saut technologique que les pays en développement vont faire, explique ainsi Stéphane Crouzat, représentant du ministère de l’écologie, présent dans la délégation française à Nairobi.
L’exemple, c’est le téléphone cellulaire, omniprésent dans tous les pays, alors que beaucoup n’ont pas eu le temps ou les moyens d’installer le téléphone filaire. Si les relations Sud-Sud se développent, c’est bon, il y a de la place pour tout le monde. »
Il reste que c’est aujourd’hui la Chine qui tient l’arme financière. Lors d’un symposium consacré au financement de l’économie verte, le vice-président de l’Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), Wang Jingdong, a annoncé la couleur. « Notre banque octroie des crédits à des taux très faibles, a-t-il fait valoir. Nous prenons nos responsabilités en tant que banque et nous appuyons les entreprises dans les secteurs technologiques de l’économie verte. »
Cet empressement vers les énergies renouvelables ne relève pas toujours d’une conscience écologique particulière. « En Chine, en 2012, les banques ont fait de cette question un point central, une condition même dans leur politique de prêt, explique ainsi Nick Robins, ancien banquier à HSBC, en charge du financement du changement climatique au PNUE. Elles ne veulent tout simplement plus investir dans des entreprises qui présentent des risques. Et nous pouvons, au PNUE, expliquer aux investisseurs qu’avec l’économie verte ils vont devenir riches. »

Prix concurrentiels

Infrastructures à prix concurrentiels et, surtout, financement parfois gratuit fourni aux clients. Dans de telles conditions, il est difficile pour les  Européens de s’aligner. Soucieuse de placer le nucléaire, considéré par ses promoteurs comme une énergie renouvelable, à émission zéro CO2, la France reconnaît le handicap. « Le problème du nucléaire reste son coût élevé, avance M. Crouzat. Il faudrait pouvoir fournir simultanément le financement, comme les Japonais le font ou comme les Russes l’ont fait en Hongrie. » La concurrence est donc rude, avec la Chine, quand elle arrive avec la technologie et les financements pour l’acheter. « Mais on peut réaliser encore de très bons projets, avec les aides internationales au développement (Banque mondiale, Banque africaine de développement, etc.), plaide Giles Dickson, vice-président d’Alstom. Nous essayons d’établir une offre commerciale qui corresponde aux attentes, notamment avec des concepts comme celui de la ville durable. » Pour lui, les marchés africains restent prometteurs. Un argument repris à Nairobi par le commissaire européen à l’environnement, Janez Potocnik. « La concurrence avec l’Asie n’est pas insurmontable : le coût de la maind’oeuvre n’est plus vraiment le problème principal si l’on prend en compte la raréfaction des matières premières et leur prix, explique-t-il. Et l’Europe est bien placée, avec son haut niveau technologique. » Face à ces offensives tous azimuts, les pays en développement ne sont pas dupes. « Nous restons méfiants vis-à-vis de toute tentation que pourraient


avoir les pays du Nord de dresser des barrières protectionnistes contre le Sud », confie Ajay Tyagi, du ministère indien de l’environnement et des forêts. Salifou Ouedraogo, lui, va droit au but. « Aujourd’hui, la Vieille Europe essaye de nous faire peur avec les Chinois, mais nous ne sommes pas des mules, nous savons qu’ils sont très intéressés par l’Afrique. Nous voulons donner à manger à nos populations et nous avons besoin de leurs capacités, souvent inexistantes chez nous. »

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La démocratie de l’angoisse : L’Afrique de l’Ouest et ses six élections présidentielles de 2014-2015 (2eme partie)

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Dr. Gilles Olakounlé Yabi est consultant indépendant sur les questions de conflits, de sécurité et de gouvernance en Afrique de l’Ouest. Il était auparavant directeur du projet Afrique de l’Ouest du think-tank International Crisis Group. Cet article a initialement été publié sur le site d’African Futures et sur son blog (http://gillesyabi.blogspot.com). Nous le republions ici avec son accord.
Dans la première partie de cet article, l’auteur a décrit le contexte politique dans lequel se dérouleront les élections présidentielles dans les six pays d’Afrique de l’Ouest concernés par ces scrutins souvent à haut risque cette année et en 2015. Il a examiné en particulier l’intensité anticipée de la compétition électorale dans chacun des pays, un des trois éléments d’appréciation des risques de violence. Dans cette deuxième partie, il s’interroge sur le contexte sécuritaire actuel des différents pays et sur l’environnement institutionnel qui devra encadrer les processus électoraux.
Lorsqu’on s’intéresse au contexte sécuritaire général, un deuxième élément d’appréciation capital pour une analyse approximative des risques liés aux élections présidentielles à venir, il n’y a pas de quoi être rassuré. Parmi les déterminants principaux du contexte sécuritaire, on peut s’appesantir sur l’existence ou non dans le pays de groupes armés rebelles ou ex-rebelles, le degré de contrôle politique et d’intégrité professionnelle des forces de sécurité et des forces armées, le niveau d’alignement des affinités politiques avec l’appartenance ethnique et régionale, les conditions pacifiques ou non des élections présidentielles les plus récentes ainsi que l’ampleur et la forme de l’implication politique et/ou sécuritaire d’acteurs extérieurs importants.
Le Nigeria apparaît sans conteste comme l’environnement sécuritaire le plus fragile. L’élection de 2015 va se dérouler dans un pays déjà aux prises avec le groupe terroriste Boko Haram au Nord-Est, un pays qui abrite également des groupes armés organisés dans le Delta du Niger aussi prompts à soutenir politiquement qu’à exercer des pressions sur le président Jonathan lui-même issu de cette région du South-South, et un pays qui connaît des niveaux élevés de violence combinant des dimensions politiques, économiques, ethniques et religieuses dans le Middle Belt (centre du pays) et ailleurs sur le territoire. La fédération nigériane est aussi habituée à des lendemains d’élection meurtriers, comme ce fut le cas en 2011, alors même que le scrutin avait été jugé mieux organisé et plus crédible que tous les précédents.
Plus de 800 personnes avaient été tuées en trois jours d’émeutes et de furie dans douze Etats du nord de la fédération, l’élément déclencheur ayant été la défaite du candidat nordiste Muhammadu Buhari face à Jonathan. Le Nigeria n’avait pas besoin du terrorisme de Boko Haram pour atteindre de tels niveaux de violences mettant aux prises des concitoyens entre eux, avec certes une dose de spontanéité mais aussi un degré certain de préparation des esprits à la violence par des entrepreneurs politico-ethniques et des extrémistes religieux. Dans la perspective de 2015, le chantage à la violence a déjà commencé dans le pays, animé aussi bien par des groupes de militants du « si Jonathan n’est pas réélu, ce sera le chaos » que par ceux du « si Jonathan est réélu, ce sera le chaos ». Quand on ajoute à cette préparation mentale le très faible degré de confiance des populations nigérianes dans l’intégrité et le professionnalisme des forces de sécurité, la crainte d’un sombre début d’année 2015 dans la grande puissance de l’Afrique de l’Ouest paraît fort légitime.
La Guinée, du fait du prolongement ethno-régional de la polarisation politique et du passif de violences, est également très fragile du point de vue sécuritaire. Il convient de reconnaître les progrès indéniables qui ont été faits sous la présidence Condé dans la réforme du secteur de la sécurité qui se traduit par une amélioration de la capacité des forces de l’ordre à contenir des manifestations de rue sans tuer en une seule journée plusieurs dizaines de personnes. Ce n’est plus l’époque de Lansana Conté ou celle de Dadis Camara mais on n’est encore très loin d’un comportement exemplaire des forces de sécurité et d’une neutralité politique des responsables du maintien de l’ordre et de la haute administration territoriale. Les différentes manifestations qui avaient rythmé la longue et difficile marche vers les élections législatives de septembre dernier s’étaient tout de même traduites par des violences parfois meurtrières. On peut déjà anticiper un face-à-face explosif entre manifestants de l’opposition et forces de sécurité lorsque sera engagé le processus menant à l’élection présidentielle.
Le contexte sécuritaire n’est pas particulièrement rassurant non plus en Guinée Bissau et en Côte d’Ivoire. Dans le premier pays, les chefs de l’armée se sont toujours considérés autonomes par rapport au pouvoir politique civil et on parle de réforme du secteur de la sécurité depuis une dizaine d’années sans avoir jamais réussi à l’enclencher. En Côte d’Ivoire, des efforts significatifs ont été faits pour gérer les conséquences catastrophiques du conflit armé postélectoral de 2011, mais il faudra encore quelques années pour doter le pays de forces de défense et de sécurité cohérentes, efficaces et politiquement neutres. L’héritage difficile des années de rébellion et de conflit risque de peser lourdement dans l’environnement sécuritaire et les développements politiques… après l’élection de 2015. Aussi bien en Guinée Bissau qu’en Côte d’Ivoire, la présence d’acteurs extérieurs mandatés pour le maintien de la paix, la mission militaire de la CEDEAO (ECOMIB) et l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) respectivement, est un facteur d’apaisement relatif.
Le positionnement politique des forces de défense et de sécurité et le maintien de leur unité sont des éléments d’incertitude qui pèsent sur le contexte sécuritaire au Burkina Faso qui a connu de violentes mutineries en 2011. Impossible de savoir comment l’armée burkinabè et les différentes générations qui la composent vivent actuellement la situation inédite d’incertitude politique sur l’après 2015. Les hauts responsables militaires dont beaucoup ont été nommés au lendemain des mutineries de 2011 pour reprendre en main ce pilier essentiel du pouvoir de Compaoré considèrent-ils leur sort lié au maintien de ce dernier au palais présidentiel après 2015 ? Comment les officiers les plus proches du président qui l’ont accompagné depuis les premières années d’un régime alors très brutal appréhendent-ils l’avenir ? Beaucoup de questions et peu de réponses, ce qui ne devrait pas atténuer l’angoisse des Burkinabè et de nombre de leurs voisins ouest-africains. Au Togo, la question du positionnement politique des forces de sécurité et de l’armée se pose beaucoup moins : le verrouillage sécuritaire par le pouvoir de Lomé semble résister à l’usure du temps.
Il convient enfin de s’interroger sur le cadre institutionnel dans lequel se dérouleront les scrutins présidentiels dans les différents pays. Ce cadre désigne ici l’ensemble des règles, procédures, institutions qui sont mobilisées du début à la fin du processus électoral et qui jouent un rôle déterminant dans la crédibilité des scrutins, en particulier celle des résultats définitifs qui désignent le vainqueur. Si la crédibilité du processus électoral n’est pas une garantie d’absence de crise et de violences, la perception d’un déficit important de crédibilité est quasiment toujours un déclencheur de troubles. De plus, lorsque l’élection présidentielle se passe dans un pays dont l’environnement sécuritaire est déjà fragile et dans le contexte d’une intense compétition pour le pouvoir, la crédibilité du cadre institutionnel régentant l’élection peut être décisive pour sauver le pays d’un basculement quasiment certain dans une crise postélectorale.
Il ne faudra pas trop compter sur cela. Partout, les dispositions des lois électorales, les conditions d’établissement des fichiers d’électeurs, la neutralité politique et la compétence technique des institutions chargées d’organiser les élections et d’examiner les éventuels recours font l’objet de controverses. Aucun des pays concerné par une élection présidentielle en 2014 ou 2015 n’est un modèle dans la région en matière d’organisation de scrutins libres, transparents et crédibles. Certains ont accompli, à l’instar du Nigeria, des progrès notables en la matière au cours des dernières années, mais ils sont tous encore loin, bien loin, des modèles en Afrique de l’Ouest que sont le Ghana, le Cap-Vert et le Sénégal où des commissions électorales et/ou d’autres dispositifs et institutions ont su gérer et crédibiliser des élections parfois très compétitives.
Au Nigeria, nombre de réformes qui avaient été recommandées par les experts au lendemain des élections générales de 2011, certes mieux organisées que les précédentes, pour corriger les plus graves failles du système n’ont pas été mises en oeuvre. En Guinée, il a fallu des médiations, une forte implication technique internationale et un accord politique âprement négocié pour arriver à organiser des élections législatives en septembre 2013. La liste des tâches à accomplir pour rendre le dispositif électoral plus crédible pour la présidentielle de 2015 est très longue. Elle comprend l’établissement d’un nouveau fichier électoral et la mise en place d’une institution cruciale comme la Cour constitutionnelle qui doit remplacer la Cour suprême dans le rôle de juge ultime du contentieux électoral. Même en Côte d’Ivoire, où l’actuel président avait promis une révision de la Constitution, rien n’a été fait pour fermer la page des dispositions spéciales issues des accords de paix et doter le pays d’un nouveau cadre électoral et d’un mode de composition de la commission électorale indépendante susceptible de créer davantage de confiance de la part de tous les acteurs politiques.
On ne peut, en guise de conclusion, que donner raison aux citoyens d’Afrique de l’Ouest déjà angoissés à l’approche des échéances électorales à venir. Lorsqu’on prend en compte simultanément les trois éléments d’appréciation, aucun des pays ne sera à l’abri de tensions fortes susceptibles de dégénérer en violences plus ou moins graves. En prenant le risque de se tromper, Soumettre – qui peut vraiment prévoir tous les scénarios possibles dans chacun de ces pays plusieurs mois avant les différents scrutins ? -, il est raisonnable de classer le Nigeria et la Guinée dans une catégorie de pays à très haut risque, le Burkina Faso dans une catégorie de pays à haut risque et la Guinée Bissau, la Côte d’Ivoire et le Togo dans une catégorie de pays à risque modéré, ce qualificatif ne voulant surtout pas dire « faible » ou « inexistant ».
Les élections calamiteuses ne sont pas cependant des catastrophes naturelles imprévisibles et inévitables. Les citoyens de chacun des pays concernés, la CEDEAO et les acteurs internationaux importants ont les moyens de dompter l’angoisse par une forte mobilisation pour prévenir des crises violentes. Mais il y a aussi un risque à appréhender les élections uniquement ou principalement comme des moments de danger d’implosion des Etats, et à ne rechercher que des élections sans violence. Cela revient souvent, pour les organisations régionales et internationales, à préférer la manipulation des processus électoraux au profit du camp le plus puissant, et donc le plus à même de provoquer le chaos en cas de défaite, à des scrutins réellement ouverts à l’issue incertaine. Le risque est celui d’oublier et de faire oublier à quoi devraient servir les rituels électoraux dans des démocraties jeunes et fragiles : à ancrer petit à petit une culture démocratique dans la société. Si les populations doivent continuer à aller voter tous les quatre ou cinq ans, la peur au ventre, c’est l’adhésion populaire à l’idéal démocratique en Afrique de l’Ouest qui finira par être menacée.
Dr. Gilles Yabi

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