TPL_GK_LANG_MOBILE_MENU

Banniere web 728x90px-01

A+ A A-

Culture

1ère édition de la Coupe d'Afrique de slam poésie(Casp) : Le Tchad accueille la compétition en novembre 2018

competition

(L’appel à participation lancé)
Le Slam (poésie urbaine) est un art qui gagne profondément la couche juvénile aussi bien en Europe que dans les autres coins du monde entier. Et dans la vision de faire sa vulgarisation  en Afrique à travers la participation de chaque vainqueur national dans une compétition continentale, il est organisé à Cotonou, la phase nationale de sélection de l’artiste Poète Slameur devant défendre les couleurs du Bénin à la première édition de la Coupe d'Afrique de slam poésie N’Djamena 2018 (Casp 2018). « Peuvent participer à cette compétition, les artistes slameurs (hommes et femmes) de nationalité Béninoise. Les candidats désireux d’y participer sont instamment priés de contacter le Comité national d’organisation de la Casp 2018, à compter du 5 Mai jusqu’à la date limite du 5 Juin 2018 et doivent : Envoyer nom, prénom, âge, localité, date et lieu de naissance.  Les résultats seront connus au cours d'une scène match devant un jury entre les candidats qui seront sélectionnés, le Samedi 23 Juin 2018 à partir de 16h (lieu à préciser). Au bout de la sélection, le meilleur ou lauréat des slameurs Béninois retenu bénéficiera d’un voyage sur N’Djamena au Tchad, pour prendre part  à la Coupe d’Afrique de slam poésie prévue en Novembre 2018.  Les dossiers doivent nous parvenir par mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou au 67 17 88 67/ 96 750 312 pour le (Centre et Sud Bénin) puis le  96 18 17 78 pour le  (Nord) », souligne le comité d’organisation. Il s’agit d’une compétition panafricaine qui regroupe les meilleurs slameurs du continent.

TG

En savoir plus...

Ouverture du 13ème Daka’Art : Le Bénin sur la plus haute marche

Laeila-Adjovi

(Laeila Adjovi enlève le grand prix du chef de l’Etat)
Le Grand Théâtre National de Dakar a abrité la cérémonie d’ouverture de la 13ème édition de la Biennale de l’art africain contemporain. Plusieurs délégations ont pris part au lancement de l’activité qui a eu lieu en présence du Simon Njami commissaire de Dak’Art et du président sénégalais Macky Sall.

Applaudissements nourris pour la franco-béninoise Laeïla Adjovi. Celle qui avoue avoir appris la photographie sur le tas, est une journaliste qui a fait ses premières armes à Dakar. Sa série photographique, « Malaïka Dotou Sankofa » réalisée en 2016 décroche le Grand Prix Léopold Sédar Senghor. « Chaque fois que vous évoquez l’œuvre, citez le nom de Loïc Hoquet » a fait savoir la gagnante qui tient à rappeler que l’œuvre est issue du travail avec le photographe Loïc Hoquet, par ailleurs père de sa fille. L’Uemoa avec ses 5 millions de francs CFA, récompense le photographe ivoirien Franck Fanny, comme l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif) qui décerne à la marocaine Souad Lahlou, le prix de la diversité culturelle. Le ministère de la Culture du Sénégal quant à lui, a attribué le prix de la Révélation à l’artiste nigérian Olanrewaju Tejuoso, qui a fondu en larmes, en recevant son prix des mains du ministre de la Culture Abdou Latif Coulibaly. Macky Sall visite les pavillons L’heure rouge. Expression tirée de la bibliographie de l’écrivain Aimé Césaire, est le thème de la 13ème édition de la biennale de l’art africain contemporain qui se tient du 03 mai au 02 juin. La biennale de Dakar édition 2018 qui met à l’honneur le Rwanda et la Tunisie, s’ouvre en effet, sous les auspices du renouveau, de l’Afrique nouvelle. Dakar se veut en effet, la capitale de la réflexion stratégique sur l’avenir de l’art africain contemporain. Artistes, galeristes, promoteurs, conservateurs et journalistes entre autres, participent à cette rencontre des arts visuels. L’acte 13 de Dak’art connaît une innovation majeure. C’est l’ouverture du Pavillon du Sénégal qui va offrir une vitrine de choix à la créativité nationale du Pays de Senghor. Dans son discours à la cérémonie d’ouverture de la Biennale, le président Macky a fait une annonce. Il entend plaider auprès de ses pairs de l’union africaine pour le financement de la culture. Des tableaux divers ont agrémenté le lancement, dont la prestation de 350 choristes représentant tous les chœurs du Sénégal et le ballet du Rwanda.

Yves-Patrick LOKO (Collaboration depuis Dakar, Sénégal)

Qui est Laeila Adjovi ?

Franco-béninoise, Laeïla Adjovi a grandi dans plusieurs pays africains. A 20 ans, lors d’un stage à New-Delhi dans une ONG indienne, elle fait ses premiers pas en photographie. Elle s’initie ensuite aux techniques de la photographie argentique et du laboratoire. En 2006, diplômes de sciences politiques et de journalisme en poche, elle travaille dans la presse à Paris, puis dans le Pacifique, en Nouvelle-Calédonie. Là-bas, elle exerce pour la presse puis en télévision, et se lance dans un projet photographique sur les zones d’habitat précaire, aussi appelées “squats”. Adepte d’une photographie documentaire ou de reportage qui créerait du lien entre les couches sociales, entre les cultures et entre les mondes, elle développe aussi une approche artistique qui mêle peinture, dessin et manipulations en chambre noire. Toujours entre deux supports, c’est pour aller faire de la radio au Sénégal qu’elle revient s’installer sur le continent. Reporter, photojournaliste, plasticienne, elle vit et travaille à Dakar depuis 2010.

En savoir plus...

Biennale de Dakar : L’Uemoa outille des journalistes culturels

journalistes

Des journalistes des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa ) sont réunis à Dakar, la capitale sénégalaise depuis le dimanche 22 avril dernier. Ils sont au pays de Léopold Sédar Senghor pour acquérir des notions en critique d’art, en prélude à la grand’messe de l’art, Dak’Arts qui va se tenir du 03 mai au 02 juin 2018. Le lien entre l’Uemoa et quelques journalistes passionnés par les questions culturelles et la circulation des œuvres de l’esprit dans l’espace a été scellé en Novembre 2016. L’Union les a conviés à Ouagadougou, après des rencontres avec des spécialistes de plusieurs autres domaines de l’art et de la culture. Comme ces professionnels, les journalistes ont été impliqués dans une initiative révolutionnaire : le programme régional de développement culturel (Prdc-Uemoa) devenu entretemps Pdc-Uemoa. A cette réunion de l’hôtel Splendid, les enjeux du plan ont été exposés aux journalistes représentants les huit pays de l’Union. Convaincus de la place importante qu’occupent l’art et la culture dans les priorités de l’Uemoa et surtout de la nécessité pour les créateurs d’œuvres de l’esprit de vivre de leur métier, les spécialistes de la culture dans les médias ont épousé l’idée. Il a été mis sur pied à Ouagadougou en novembre 2016, le Réseau des journalistes culturels pour le Pdc-uemoa. La rencontre de Dakar s’inscrit dans la logique de l’accompagnement par ces journalistes de tous les événements soutenus par l’Uemoa.

La Biennale de Dakar pour commencer…

A quelques jours de l’ouverture de Dak’Arts, la Biennale qui fait du Sénégal un grand marché de l’art, tous les deux ans, les journalistes culturels participent à un atelier où seront mis à leur disposition, des outils afin de mieux apprécier les œuvres d’art. L’atelier de critique d’art démarré le lundi 23 avril va prendre fin, vendredi prochain. A travers ce séminaire de formation, la Commission de l’Uemoa entend renforcer les capacités des membres du Réseau en analyse des arts visuels et reportage d’exposition. Cette formation va mettre les participants à niveau, sur l’actualité artistique internationale et africaine. Différentes disciplines dont la peinture, la sculpture, la gravure et la photographie entre autres, sont revisitées. Et, le profil des formateurs désignés est un atout important pour la réussite de l’apprentissage. Cours théoriques, visites de galeries, de maisons de l’art et d’expositions sont mis à contribution pour faciliter l’acquisition du savoir. L’atelier sur la critique d’art de Dakar, ne sera pas le dernier. Avant le Fitheb au Bénin, la Masa en Côte d’ivoire ou encore le carnaval de Bissau, d’autres techniques seront enseignées aux journalistes culturels de l’Uemoa.

Yves-Patrick LOKO (Collaboration depuis Dakar)

En savoir plus...

La cérémonie officielle d’ouverture du Fémua : 7 jours pour célébrer la musique africaine et du monde

femua

La 11ème édition du festival de la musique urbaine d’Anoumambo ‘’Femua’’ a ouvert ses rideaux avant-hier mardi 17 avril 2018 dans la capitale ivoirienne en présence du Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly et de plusieurs membres du gouvernement. Cette édition qui accueille une quinzaine d’artistes venus du Bénin, du Nigéria, de la France, du Mali de la Côte d’Ivoire, du Congo, etc. favorisera un brassage culturel de haut niveau. Dans un même plateau, Zeynab, Yêmi Aladé, Sprano, Sidiki Diabaté, Lokua Kanza  et bien d’autres artistes musiciens feront la parade artistique  et culturelle pour proposer aux spectateurs le métissage culturel qu’il faut pour instaurer la paix dans le monde. Jusqu’au 22 avril 2018, la Côte d’Ivoire sera sous le feu de la rampe de la musique africaine et du monde.

TG

En savoir plus...

Prix Nobel de la littérature 2018 : L’écrivaine haïtienne Edwidge Danticat s’adjuge le sésame

Edwidge-Danticat

L'écrivaine américano-haïtienne Edwidge Danticat a été nommée lauréate du Prix international de littérature de Neustadt 2018, considéré comme le Nobel de la littérature aux Usa. L’annonce a été faite dans la soirée du jeudi 09 novembre dernier lors d'une réception à l'Université de l'Oklahoma, relayée par News Ok. Le prix comprend la bagatelle somme de $ 50 000, une reproduction d’une plume d’aigle en argent et un certificat.Robert Con Davis-Undiano, Directeur exécutif de ‘’World Literature Today’’, qui a créé le prix, n’a pas tari d’éloges sur le travail de celle qu’il qualifie d’écrivain maître. «Danticat expérimente la forme et la structure et fait fréquemment référence à l'histoire littéraire d'Haïti et des Caraïbes», note un communiqué. «Elle peint des scènes de la vie des immigrés à New York et Miami avec des détails frais et une familiarité palpable».Née à Port-au-Prince en 1969, Edwige Danticat a immigré aux Etats-Unis à l’âge de 12 ans pour rejoindre ses parents installés à Brooklyn. Elle est auteure d'histoires, d'essais, de commentaires de voyages, de scénarios de films, de romans. Parmi ses publications, on peut citer : Le cri de l’oiseau rouge, Krik ! Krak !, Adieu mon frère.Son œuvre a été récompensée plusieurs fois par de prestigieux prix dont le prix Pushcart, prix du Cercle national des critiques de livres, prix Bocas, et de la Médaille d'excellence en fiction Andrew Carnegie. Edwige Danticat a remporté une bourse Mac-Arthur et détient deux diplômes honorifiques.Le prix Neustadt qui lui est décerné cette année est le premier prix littéraire international de son envergure à provenir des États-Unis et l’un des seuls prix internationaux disponibles pour les poètes, les romanciers, et dramaturges. Tout auteur vivant écrivant n'importe où dans le monde est éligible pour le prix prestigieux. Le jury est composé d'auteurs internationaux très acclamés.

Teddy GANDIGBE

En savoir plus...

Littérature : Il y a 10 ans disparaissait Aimé Césaire, le chantre de la négritude

Aime-Cesaire

Disparu il y a dix ans, le poète martiniquais Aimé Césaire était, avec ses compères Senghor et Damas, le principal chantre de la négritude. Important mouvement littéraire, ce courant fut à l'origine d'une véritable épiphanie poétique. La négritude  participa aussi à la réhabilitation de l'homme noir, en lui insufflant la fierté retrouvée d'être « noir » et partant, la force de prendre son destin en main. Cette célébration de l'expérience noire n'a pas été totalement exempte d'ambiguïtés que les contemporains de Césaire comme ses héritiers n'ont pas manqué de souligner.

Aimé Césaire s’est éteint il y a dix ans, le 17 avril 2008, à l’âge de 95 ans. En lui accordant des funérailles nationales qui se sont déroulées au cimetière La Joyau à Fort-de-France, trois jours après le décès, la France a rendu hommage à ce grand Français, qui fut maire, député de sa Martinique natale et surtout l’immense poète célébré aujourd’hui dans le monde entier. Dans l’imaginaire populaire, avec ceux du poète président sénégalais Léopold Sédar Senghor et du Guyanais Léon-Gontran Damas, le nom de Césaire reste associé à tout jamais au mouvement de la négritude de langue française. Ce courant a marqué la prise de conscience de l’homme noir de son identité historique et a créé les conditions intellectuelles pour la libération du monde noir francophone dominé et colonisé.

« J’habite une blessure sacrée/ j’habite des ancêtres imaginaires/j’habite un vouloir obscur/j’habite un long silence /j’habite une soif irrémédiable… ». Rien ne témoigne mieux l’importance et la centralité de la prise de conscience incarnée par la négritude dans la vie même de Césaire, que ces vers extraits d’un de ses derniers recueils, inscrits sur la pierre tombale du poète défunt. Ce poème dit mieux que toutes les nécrologies le sens du combat que l’homme a mené avec ses deux compères pour conduire le peuple noir vers son affranchissement qui n’a pas été que politique.

Retrouver l’Afrique

C’est en 1939, alors qu’il est encore étudiant à Paris, que Césaire publia la première version de son opus magnumCahier d’un retour au pays natal, considéré avec Pigments (1937) de Damas comme les premiers grands ouvrages littéraires inspirés par la thématique de la négritude. La légende veut que c’est en découvrant pendant un voyage en Yougoslavie de l’île de Martiniska, située au large de la côte dalmate et dont le nom et le paysage lui rappelaient sa Martinique natale, que le jeune poète, âgé alors seulement de vingt-deux ans, se lança dans la rédaction de son poème au long cours.

Nourri de la poésie africaine-américaine de la Negro-Renaissance qui battait son plein à Harlem au début du siècle denier, Césaire revient poétiquement dans son opus sur le parcours de la population antillaise esclavagisée, colonisée et dominée, mais appelé à se libérer en prenant en main sa propre histoire. Pour le poète, cette renaissance passe par le rejet de ses habits d’emprunt pour entrer en communion avec son moi profond. « Mais attention, pour moi, martiniquais, Césaire n’eut cesse de l’affirmer, retrouver le moi profond, c’était me dépouiller de toutes les défroques occidentales et françaises, et retrouver l’Afrique. »

Aimé Césaire est l'auteur de huit recueils de poèmes, de deux essais et de quatre pièces de théâtre

Or, quand il vivait à la Martinique, Césaire ne connaissait pas l’Afrique. Profondément aliénés par leur éducation française qui reléguait le continent noir du côté de la barbarie, les Martiniquais issus de l’esclavage avaient soigneusement refoulé la part africaine d’eux-mêmes, préférant s’identifier à la France et aux valeurs occidentales en général. La littérature martiniquaise de l’époque, qu’on appelait doudouiste, se signalait à l’attention par son imitation quasi parfaite des avant-gardes métropolitaines. C’est à Paris que le futur poète découvrit l’Afrique, grâce à sa rencontre avec Senghor, à Louis-le-Grand, le jour de son inscription en hypokhâgne. Une rencontre qui est entrée depuis dans la mythologie fondatrice de la francophonie littéraire africaine.

Aimé Césaire a souvent raconté comment en sortant du secrétariat du lycée, il a été abordé dans le couloir par un jeune homme en blouse grise, étudiant en khâgne et originaire du Sénégal. Il voulait que le Martiniquais, de sept ans son cadet, devienne son « bizut ». L’interlocuteur s'appelait Léopold Sédar Senghor. Les deux hommes ne se sont depuis plus jamais quittés, du moins intellectuellement, comme Césaire l’a expliqué au journaliste français Patrice Louis venu l’interroger en 2003, pour les 90 ans du barde. «  En parlant, avec Senghor, de l’histoire de la Martinique, je me suis aperçu que beaucoup de choses qui me surprenaient à la Martinique s’éclairaient à la lumière de ce qu’il me disait, a raconté Césaire à longueur d’interviews. Mon africanité inconsciente se révélait quand Senghor m’expliquait les choses. Alors nous avons beaucoup bavardé. Nous étions très amis, et beaucoup des livres que j’ai lus, c’est grâce à Senghor. » (1)

Ensemble, sur le banc de l’université parisienne qu’ils fréquentaient alors, ils ont bricolé le concept de la négritude, cette « simple reconnaissance du fait d’être noir ». La démarche n’allait pourtant pas de soi car elle relevait aussi bien de la défiance que de l’invention, comme l’a souvent rappelé Césaire dans ses interviews avec la presse : « ce mot nègre qu’on nous jetait, nous l’avions ramassé (…) mot-défi transformé en mot fondateur ». Ils ont inversé le stigmate attaché à la couleur de leur peau pour en faire l’emblème d’une singularité culturelle et existentielle (« être-dans-le-monde-noir »).

Pour le Martiniquais, la démarche valait aussi l’acceptation de son destin de noir, de son histoire et de sa culture. Il en fera d’ailleurs le thème central de son œuvre à venir, de sa poésie, mais aussi de ses nombreux essais et ses pièces de théâtre qui se lisent comme autant d’explorations de l’histoire de la négritude et de son affirmation en Caraïbe comme en Afrique. C’est particulièrement vrai dans les livres que Césaire a consacrés à Haïti qu’il considérait à cause l’antériorité de sa révolution (1804) comme le lieu emblématique de l’avènement de l’homme noir dans l’histoire. « Haïti où la Négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité », écrira le poète dans le Cahier d’un retour au pays natal.

La négritude, «un racisme anti-raciste»

Jusqu’à la fin, Aimé Césaire est resté fidèle à la doctrine de la négritude qui a irrigué et articulé toutes les facettes de son activité, son œuvre littéraire comme son action politique en tant que maire et député de Fort-de-France pendant près d’un demi-siècle. « Nègre je suis, nègre je resterai  » (2), dira-t-il à la chercheuse Françoise Vergès qui l’a interviewé en juillet 2004, une poignée d'années avant sa disparition. Cette affirmation prend tout son sens dans le contexte des contestations que la théorie de la négritude a soulevées quasiment dès sa conception.

Qualifiée de « racisme anti-raciste », la négritude ne devait être pour Sartre qu’une étape vers une société planétaire : « La négritude apparaît comme le temps faible d’une progression dialectique : l’affirmation théorique et pratique de la suprématie du Blanc est la thèse ; la position de la négritude comme valeur antithétique est le moment de la négativité. Mais ce moment négatif n’a pas de suffisance par lui-même et les Noirs qui en usent (…) savent qu’il vise à préparer la synthèse ou réalisation de l’humain dans une société sans races. Ainsi la négritude est pour se détruire, elle est passage et non aboutissement, moyen et non fin dernière », écrivait l’auteur de Qu’est-ce que la littérature ? dans sa préface à l’Anthologie de la poésie nègre et malgache éditée par Senghor en 1948.

L’essentiel des critiques de la négritude césairienne est toutefois venu de la Caraïbe. Alors que Frantz Fanon, faisant sienne la qualification sartrienne de « racisme anti-raciste », reprochait aux inventeurs de la négritude de réagir contre les colonialistes avec les moyens du colonialisme, le poète haïtien René Depestre pointait du doigt le danger de voir la négritude, de mouvement de contestation littéraire et artistique qu’elle a été à ses débuts, se transformer en une «  idéologie d’Etat  », comme cela s'est passé en Haïti sous Les Duvalier.

Ces critiques ont conduit Césaire à rappeler que sa conception de la négritude n’était pas biologique, mais avant tout culturelle et historique. «  Je crois qu’il y a toujours un certain danger à fonder quelque chose sur le sang que l’on porte (…), a-t-il déclaré à l'africaniste LilyanKesteloot. Je crois que c’est mauvais de considérer le sang noir comme un absolu et de considérer le sang noir comme un absolu et de considérer toute l’histoire comme le développement à travers le temps d’une substance qui existerait préalablement à l’histoire »(3). Contrairement à Senghor qui avait tendance à racialiser la Négritude (« l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir ») en l’opposant à l’Europe (« l’émotion est nègre, comme la raison hellène »), Césaire n’a jamais quitté le terrain politique. Pour lui, la négritude était avant tout un instrument de prise de conscience et de lutte contre la colonisation. Loin de toute tentation essentialiste, la négritude césairienne n’a jamais été ce « racisme anti-racisme  » auquel les critiques occidentaux  ont voulu la réduire. « Les gens qui me connaissent savent, a-t-il expliqué, qu’il n’y a aucun racisme là, je ne suis pas raciste du tout. (…) La Négritude, c’était pour moi une grille de lecture de la Martinique ! »

Une grille de lecture qui sera dans les années 1980 violemment prise à partie par les écrivains martiniquais partisans de la créolité. Tout en reconnaissant leur dette envers Césaire, les « jeunes loups » des lettres antillaises (notamment le trio Chamoiseau, Confiant et Barnabé) ont reproché au poète du Cahier d'un retour au pays natal d’avoir, avec la négritude, réduit la complexité plurielle de l’âme antillaise à son versant africain. Cette critique a eu un grand retentissement aux Antilles comme en Afrique où la négritude est désormais passée de mode. Le premier souci des écrivains noirs est d'être des écrivains tout court, plutôt que d'être des écrivains « nègres ».

(1) Conversation avec Aimé Césaire, par Patrice Louis. Paris, éditions Arléa, octobre 2004.
(2) Nègre je suis, nègre je resterai. Entretiens avec Françoise Vergès. Paris, éditions Albin Michel, 2005
(3) Aimé Césaire, par

rfi.fr

En savoir plus...

5ème édition du prix Théâtre RFI : Appel à écriture pour découvrir de nouveaux auteurs

prix-Theatre-RFI

Les auteurs ont cinq semaines pour envoyer leur texte puis le suspense durera cinq mois avant que le jury présidé cette année par Véronique Tadjo choisisse son lauréat ! Cinq ans ! Si ce n’est pas encore un anniversaire rond, c’est un temps suffisant pour juger de la vitalité du théâtre francophone venu d’Afrique, des Caraïbes, de l’Océan Indien ou du Proche-Orient. En Guinée, au Cameroun, au Mali, une nouvelle génération d’auteurs apparaît … A Kinshasa, à Brazzaville, à Ouagadougou, à Kigali, année après année, des festivals rencontrent un succès grandissant et s’imposent sur la scène internationale. « Participant de cette dynamique, nous organisons pour la cinquième année consécutive le « Prix Théâtre Rfi» pour promouvoir la richesse des écritures dramatiques contemporaines francophones du Sud et favoriser le développement de carrière de jeunes auteurs, écrivant en français. A vos claviers, à vos histoires ! Vous avez jusqu’au 21 avril minuit pour nous envoyer votre texte.

Pour participer à ce Prix,  les auteurs doivent avoir entre 18 et 46 ans, être originaires et installés dans un pays situé en Afrique, Océan indien, Caraïbes (hors Dom-Tom), Proche ou Moyen-Orient. Leurs textes doivent être originaux, inédits en France et rédigés en français. Comédie, tragédie, drame, monologue… Tout est possible, mais les écrits seront choisis en fonction de leur qualité dramaturgique, donc il ne peut s’agir de poème, de conte ou d’une scénette de quelques pages.  Un minimum de 15 pages est exigé » précise le comité d’organisation.

Pour participer…

Les candidats auront à envoyer des textes jusqu’au 21 avril minuit à l’adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. , remplir la fiche d’inscription.  Le « Prix Théâtre RFI » sera remis le 30 septembre à Limoges dans le cadre du Festival Les Francophonies en Limousin. Le lauréat sera choisi par un jury de professionnels présidé cette année par l'auteure franco-ivoirienne Véronique Tadjo. RFI et ses partenaires offriront ainsi au lauréat un soutien professionnel et une exposition médiatique à travers une résidence de création scénique sur le texte lauréat au Centre Dramatique National de Normandie-Rouen, une dotation financière attribuée par la SACD ; l'organisation d'une résidence d’écriture en France, à la Maison des Auteurs de Limoges et/ou au Théâtre de l’Aquarium, financée par l'Institut français; ainsi qu’une promotion du texte et une mise en ondes sur les antennes de RFI. En 2017, le « Prix Théâtre RFI » a récompensé « La poupée barbue » d’Edouard Elvis Bvouma, pièce éditée depuis chez Lansman. Ce jeune auteur camerounais a donc succédé au guinéen Hakim Bah, l’auteur de « Convulsions ». En 2015, c’était la première pièce de théâtre de l’auteure libanaise Hala Moughanie « Tais-toi et creuse ». Et en 2014, le congolais Julien Mabiala Bissila remportait la première édition avec « Chemin de fer ». « La poupée barbue » d’Edouard Elvis Bvouma sera lue sous la direction d’Armel Roussel au Festival d’Avignon le 14 juillet 2017 dans le cadre du cycle de lectures RFI « Ça va, ça va le monde ! » et diffusée sur les antennes de RFI.

Source : Rfi

En savoir plus...

Concert live de l’orchestre 10 Volts du Bénin Au Masa : Le Plein feu musical s’ouvre au palais de la culture d’Abidjan

orchestre-10-volts

Un cocktail de salsa avec en arrière-goût des sonorités béninoises, c’est ce qui a régalé, lundi 12 mars 2018, la grande masse qui a effectué le déplacement de l’esplanade lagunaire du palais de la culture à Abidjan. L’orchestre béninois dénommé ‘’ 10 volts’’ n’est pas allé du dos de la cuillère pour étaler son savoir-faire. Sous leurs doigts agiles et pétris de talent, ils ont chanté dans un accompagnement magique des percussions, de la guitare, du piano, du tumba, de la trompette, de la batterie et d’autres instruments de musique accrochant par leurs sonorités. Cet orchestre a alimenté le public en émotion si bien que le voltage surpasse les attentes. L’entrée sur scène est faite sur une composition exclusive Masaavec en refrain « Allons au Masa » qui revient même après les interférences des cadences talkingdrum et Zinli. De la salsa épicée aux sonorités béninoises. L’orchestre 10 Volts emballe le public dès les premières notes. Quelques mélomanes esquissent des pas de danse aussi bien en couple que de façon  individuelle, et peu importe si tous les pas sont justes. Les salseros béninois font balader le public entre répertoires de propres compositions, chansons béninoises connues en langue fon mais adaptées à leur manière et anciennes gloires de la musique africaine. Effervescence totale. Et les titres de Gnonnas Pedro s’en mêlent! Reprises en chœur dans le public, personne n’est resté indifférent aux rythmes de cette épiphanie musicale. Désormais, c’est tout le palais de la culture qui est en ébullition, tellement l’ambiance est enivrante. Du public ou depuis la scène, difficile d’identifier l’endroit d’où provient le plus de volts mais c’est une évidence qu’il y en a en surplus. 40 minutes de chaleur passées en éclair. Le public en redemande, avec le mythique slogan « Bissez! bissez! ».

Composé de 12 membres jouant chacun au moins un instrument de musique, 10 Volts est un jeune orchestre béninois. Avec déjà plusieurs scènes à son actif, cet orchestre est en studio pour le premier album fin prêt.

Par Eric AZANNEY (depuis Abidjan)

En savoir plus...

Echos du Masa 2018 : Belle entrée du Bénin avec le spectacle ‘’Kondo le requin’’

Nicolas-Houenou-de-Dravo

Depuis quatre jours, la Côte d’Ivoire brille aux éclats du Marché des arts et du spectacle africain (Masa). Et déjà le 10 mars à l’ouverture des rideaux, le décor en couleur ocre de la scène de la salle Kodjo Ebouclé du palais de la culture emmène dans une cour royale, celle du roi Béhanzin. La manifestation accueille le  spectacle Kondo le requin représenté par la compagnie Kaïdara du Bénin, avec la direction du comédien et metteur en scène Tola Koukui. Le public du Marché des arts du spectacle africain (Masa) revisite, enchanté, le chapitre de la résistance dans l’histoire de la colonisation en Afrique francophone.

Nous sommes entre 1889 et 1894. Le roi Glèlè « est allé à Allada » (est passé de vie à trépas) et le prince Kondo devra faire face à son majestueux sort décidé par l’oracle. Le roi Béhanzin accède au trône et, tient en respect tout sujet, de par son autorité et sa témérité. Les oracles avaient déjà révélé que c’est avec lui que prendront fin les heurts et guerres contre le royaume (Danxomè), soit par sa défaite, soit par sa victoire. Aussitôt intronisé, « les blancs » seront l’os dans la gorge de ce souverain envié de bien des membres de sa lignée. Faut-il aller en guerre avec en face un ennemi plus outillé que soi, même si ses guerriers sont armés de bravoure et ses amazones féroces jusqu’aux dents? Après consultation du Fâ, l’interprétation du prêtre et devin Guèdègbé révèle que non. Les ancêtres ne conseillent pas cet affrontement. Mais le roi tient à défendre sa terre et démontrer son courage. Il peut compter sur le franc engagement de ses soldats et la perfidie de certains de ses proches. La guerre a lieu et Béhanzin finit par se rendre pour sauver sa patrie.

43 acteurs évoluant sur scène avec une belle occupation de l’espace. Le corps jouit ici parfaitement de son droit à l’expression, à travers chants et danses répondant à la structure du spectacle et traduisant un état d’âme (colère, joie, détermination). Des mimiques imposant des plages humoristiques. Le lâcher-prise suggéré par le théâtre organique est dans ce spectacle la chose la mieux partagée.  Et le public composé de plusieurs nationalités ne croit pas devoir attendre la fin du spectacle pour applaudir. Chaque tableau finit sur des acclamations avec une attention spontanée juste après. Si ce spectacle, à travers l’exécution de chants et danses royaux accompagnés de percussion, des panégyriques, revendique la valeur d’un patrimoine immatériel à conserver, il faut également remarquer qu’il dénonce des contre valeurs morales.

Kondo le requin offre un rétroviseur mais surtout un miroir pour que l’Africain reconsidère ses rapports à la loyauté envers les siens. L’issue du combat aurait peut-être pu être autre si la sournoiserie n’avait pas corrompu certaines âmes et, le dénie, d’autres. Le prêtre noir acquis à la cause du colon et le représentant; louanger le roi, applaudir ses décisions devant la cour et le calomnier en aparté, par exemple, sont autant de comportements qui ne favorisent aucune victoire. La témérité et l’inflexibilité d’un souverain rendues par le talent d’un comédien (Nicolas Houénou de Dravo) et avec la synergie performante des autres acteurs tous de réputés comédiens, Kondo le requin qui n’a qu’une seule date sur ce Masa est redemandé du public.

Cette pièce historique, un classique de la littérature négro-africaine est une écriture de l’écrivain béninois Jean Pliya parue en 1966.

Par Eric AZANNEY (dépuis Abidjan)

En savoir plus...

Au sujet de ‘’Tilaï’’, de Idrissa Ouédraogo : Un classique du cinéma africain

Tilai

Le cinéma africain, à travers le chef d’œuvre historique Tilaï du Burkinabè Idrissa Ouédraogo réalisé en 1990, porte les griffes d’une sentence ferme prononcée sur des fondements légalement coutumiers.

Tilaï est une histoire d’amour compliqué, de morale, de loi, de principes, d’honneur et de courage. La femme qui commet l’adultère n’a pas sa place dans la société africaine traditionnelle. Ce principe est encore plus sévèrement puni quand il s’agit de l’inceste. Toute l’histoire de Tilaï se situe là. Une histoire purement africaine et qui dépasse les seules frontières du Burkina Faso où il a été réalisé. Toute l’Afrique est concernée par cette histoire et même le principe serait universel ! Avec ses thématiques variées, l’histoire de Tilaï reste l’une des plus touchantes et mémorables du cinéma africain. Elle est racontée avec une certaine sobriété et simplicité du langage, portée par de belles images, des décors qui rapprochent l’histoire à son espace et à son époque.

Amour, jalousie, honneur, courage et tuerie sont autant de thèmes abordés dans ce long métrage de 81 minutes tourné en 35 mm et qui, depuis 1990, a eu le mérite de ne jamais ennuyer son public qui l’a toujours redemandé. Malgré son ancrage linguistique (réalisé en mooré, une langue nationale au Burkina Faso), l’œuvre, pleine de belles images expressives et de symbolismes métaphoriques, porte en elle le langage universel que peut comprendre tout spectateur. C’est le principe du beau cinéma.

Saga (joué par l’indomptable Rasmané Ouédraogo) qui avait quitté son village, n’y revient que deux ans plus tard. Au cours de son absence, son père a pris pour épouse sa fiancée. À son retour, se manifesta sa jalousie ; son amour pour l’ex-fiancée – la désormais femme de son père – est resté intact et réciproquement. Il commit l’adultère avec la femme de son père et tous deux tombèrent sous le coup de la loi. La sentence tombe : Saga doit être exécuté. D’une façon rhétorique bien choquante et pour la beauté de l’œuvre, Idrissa Ouédraogo fait choisir le frère de Saga pour exécuter la sentence.

Tuera-t-il vraiment son frère pour respecter les principes des coutumes ? Avant de trouver la réponse à cette interrogation, le père de la femme adultère doit sauver son honneur dans le village.

Idrissa raconte de belle manière une histoire africaine avec une thématique bien pointue et artistiquement bien ficelée. Une histoire classique dont la réalisation a tout du beau cinéma pour plaire à des générations et des générations. Les personnages venant de toutes les catégories de la société, le décor original d’un village africain et les plans éloignés montrant d’une vue d’ensemble, le village et son paysage ; ce sont autant d’éléments qui portent bien le langage et le succès de ce film. Le beau paysage sec et l’accoutrement des acteurs sont d’une façon métaphorique en accord avec l’histoire et la dureté ainsi que la tristesse de la sentence prononcée.

Couronné grand prix du jury au festival de Cannes en 1990, la même année de sa réalisation, ce film dramatique d’une durée modeste reste accrocheur et mémorable, partout où il est vu.

Projeté par le Cinéma Numérique Ambulant dans les villages africains, cette fiction a toujours été accueillie par les villages comme un documentaire réalisé sur leur quotidien. Même si les réalités ne sont plus typiquement les mêmes dans certaines contrées africaines, il n’en demeure pas moins évident que ses principes sont restés chers à ces villageois qui y accordent respect et vocation.

Tilaï reste l’un des grands films de l’histoire du cinéma et jusqu’à nos jours continue d’être en phase avec tout un public qui le voit pour la première fois. À chaque édition de Cannes, quand il s’agit de faire le bilan des performances des cinémas africains, Tilaï s’impose comme une loi inévitable.

Matin Libre

En savoir plus...
S'abonner à ce flux RSS

Application Mobile

app-mobile-android

Abonnement Numérique

abonnement-numerique

Abonnement Papier

abonnement-papier

Inscrivez-vous à notre Newsletter et revevez l'information en continu ! Les dernières nouvelles, les dernières déclarations, l'information où que vous soyez !