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Politique

137ème session de l’Union interparlementaire en Russie : Poutine félicite Guy Mitokpè

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La 137ème session de l’Union interparlementaire (Uip) se tient à St Pétersbourg en Russie. Une rencontre qui a connu la participation d’une forte délégation béninoise et au cours de laquelle l’éloquence du jeune député Guy Dossou Mitokpè a séduit le Président russe Vladimir Poutine.

Guy Mitokpè a séduit le Président russe Vladimir Poutine lors de la 137ème session de l’Union interparlementaire, qui se tient àSt Pétersbourg en Russie. A cette occasion, l’élu de la 16eme circonscription s’est prononcé au nom du Bénin. Une intervention qui n’a pas laissé indifférent le président russe, Vladimir Poutine : « Je suis fier de toi », a lancé Vladimir Poutine à l’endroit du jeune député béninois, avec admiration. « Monsieur le Président, vous incarnez pour beaucoup de jeunes, la résistance et je voudrais que mon peuple soit aussi fort que le vôtre… », lui répliquera Guy Mitokpè. La rencontre prévue pour durer 10 jours a également été marquée par le discours très ovationné du Président de l’Assemblée nationale Adrien Houngbédji, chef de la  délégation béninoise. Elle va connaître le renouvellement de la présidence de l’Union dont le poste revient à l’Amérique Latine. Ivonne Passada de l’Uruguay et Gabriella Cuevas Barron du Mexique sont les deux candidats en lice.

Th. A.

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Qui a fait tuer Sankara ? : Sur les traces d’un assassinat

Thomas-Sankara

Thomas Sankara a été tué par des éléments de la sécurité présidentielle, dirigée à l’époque par Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré. L’implication de Blaise Compaoré a été immédiatement posée. Il reste aujourd’hui encore considéré comme le suspect numéro 1. L’ancien président du Burkina et son adjoint affirment qu’ils n’ont donné aucune instruction. 30 ans plus tard, les témoignages se contredisent.

L’amitié fusionnelle

Pourtant, Thomas Sankara et Blaise Compaoré étaient bien plus que de simples camarades. Fidèle Kientega, un compagnon de la première heure de Thomas Sankara, se souvient de leurs liens de fraternité et d’amitié : « Thomas lui faisait confiance de façon absolue. » Les parents de Thomas Sankara avaient même « adopté » Blaise Compaoré comme leur fils. « On disait même que ses parents préféraient Blaise ! C’était dans nos coutumes. Ici quand vous avez un fils qui a un ami et que vous l’adoptez, c’est cet ami que vous considérez d’abord comme votre fils et votre propre fils vient après. C’est dans le sens sacré et noble. »

Fidèle Kientega, qui occupait le poste de conseiller diplomatique à la présidence, les voyait tous les deux au quotidien « bras dessus, bras dessous, emmêlés. » Il précise qu’à la présidence, dans un cadre plus officiel, quand on les croisait, les rapports étaient plus « policés. » Les deux hommes affichaient moins leur complicité, la connivence, la camaraderie. « Mais en privé, en famille, ils pouvaient se disputer comme des petits gamins. . » Et Fidèle Kientega de conclure : « C’était la confiance totale. Ça se sentait. C’étaient des gens qui avaient fait un long chemin ensemble et que rien ne sépare. Et que rien ne sépare », répète-t-il.

« Thomas lui faisait confiance de façon absolue. » Témoignage de Fidèle Kientega, compagnon de la première heure de Sankara

Fidèle Toe, un ami d’enfance de Sankara – les deux hommes se sont rencontrés au Lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo Dioulasso –, se souvient lui aussi de ces moments d’amitié quand il est rentré en 1979, à la fin de ses études en France.

« Thomas louait une maison - qui se trouvait à Samandin -, trois pièces, un salon, une cuisine. Blaise avait sa chambre là-bas. Nous nous retrouvions certains soirs avec Mariam. On buvait un peu de bière. Mais Thomas Sankara était toujours avec son Fanta coupé avec de l’eau car c’était trop sucré. Il ne buvait ni alcool, ni café. Du reste, je sais très bien que, quand on était au lycée, c’est moi qui buvais son café au lait. Thomas ne voulait pas boire de café, parce qu’on disait que ça faisait trembler les mains et lui voulait avoir une main sûre pour être adroit. »

« Quand Blaise Compaoré rentrait de Pô, c’est là [chez Thomas Sankara] qu’il dormait. » Fidèle Toe, ami d’enfance de Sankara

Fidèle Toe rappelle l’atmosphère qui régnait alors au cours de ces soirées. « Nous parlions du monde, de la politique. D’autres amis venaient aussi comme feu le professeur Somé Valère. Blaise était là et personne ne pouvait soupçonner que Blaise un jour pouvait se retourner contre Thomas Sankara. »

« La confiance était absolue », insiste Fidèle Kientega. « Ils se voyaient tous les jours et quand Thomas n’était pas là, c’est Blaise qui venait le remplacer dans son bureau, sur le fauteuil présidentiel. Il présidait les réunions et prenait les décisions ».

La brouille

Que ce soit du côté des proches de Thomas Sankara ou du côté des soutiens de Blaise Compaoré, il est clair que la relation entre les deux hommes s’est distendue au fil des quatre années de pouvoir. Et qu’une crise s’est installée sans que l’on en sache avec certitude ni les raisons ni l’origine.

Basile Guissou, qui fut dans tous les gouvernements du 24 août 1983 au 4 août 1987, d’abord à l’Environnement, ensuite aux Affaires étrangères et enfin à l’Information, l’atteste : « L’attelage portait les germes de la crise. C’était le roi et le faiseur de roi. Tout le monde savait que le coup d’Etat du 4 août 1983 qui porta Thomas Sankara au pouvoir était d’abord l’œuvre de Blaise Compaoré et de ses commandos. Sankara, lui, était le roi. Donc il y avait ce rapport : "qui t’a fait roi". Même en Conseil des ministres, on ne s’adressait pas à Blaise Compaoré comme aux autres ministres ». Selon lui, le conflit était « latent » et, même s’il n’était pas ouvert, il était là. « Au fil de l’exercice du pouvoir, l’un ou l’autre veut s’affirmer. »

« C’était le roi et le faiseur de roi. » Basile Guissou, ancien ministre

Le capitaine Pierre Ouédraogo, patron des Comités de défense de la Révolution (CDR), un des personnages clés de cette époque, a décelé pour sa part des signes de changement chez Blaise Compaoré, surtout après son mariage, le 29 juin 1985, avec la Franco-Ivoirienne Chantal Terrasson de Fougères, dont on disait que la famille était proche de Félix Houphouët-Boigny, président de la Côte d’Ivoire.

« C’est après ce mariage qu’on a commencé à voir quelques "signes d’embourgeoisement" dans le langage de l’époque. Blaise a commencé à avoir un niveau de vie avec le confort autour qui avait changé. Blaise Compaoré, on le connaissait très bien. Quand on allait chez lui à Pô, par exemple, les verres, il n’y en avait pas deux qui se ressemblaient. C’était tellement rustique… que ce changement m’a paru quelque chose de significatif [...] Quelque chose était en train de changer. »

« C’est après ce mariage qu’on a commencé à voir quelques "signes d’embourgeoisement" dans le langage de l’époque. » Pierre Ouédraogo, ancien patron des Comités de défense de la Révolution

A partir de 1985, avec ce mariage, les relations entre Blaise Compaoré et l’entourage du chef de l’Etat se dégradent, mais la révolution se poursuit. Au fil des mois, avec les erreurs et les abus de la révolution, l’enthousiasme populaire commence, lui aussi, à faiblir. Les frustrations s’accumulent. Le mécontentement grandit, comme l’observe Etienne Traoré, secrétaire général du Syndicat national du secondaire et du supérieur (SNES) : « Des gens disaient qu’ils n’étaient pas contents de la révolution. Sankara en était conscient. Les travailleurs devaient subir beaucoup de sacrifices. Les salaires, il fallait les augmenter au lieu de passer le temps à égratigner des parties ». Quant aux chefs traditionnels, le régime s’était attaqué à leurs pouvoirs. « Dès le départ, ils se sont recroquevillés sur eux-mêmes. » Le syndicaliste parle de « rupture totale ».

Témoignage du syndicaliste Etienne Traoré

Certains affirment que Blaise Compaoré a alimenté ces frustrations pour rendre le président impopulaire. Sans aller jusque-là, la plupart des collaborateurs de Thomas Sankara estiment que Blaise Compaoré a au moins surfé sur le mécontentement. Ils pensent notamment à ceux qui, nombreux, espéraient jouir des avantages du pouvoir pour améliorer leur quotidien et pour qui la rigueur du chef devenait insupportable. « Quand vous voulez l’intégrité jusqu’au bout, à un moment donné, vous êtes embêté », affirme Fidèle Toe et, pour l’illustrer, l’ami d’enfance relate une anecdote au moment où le bouillant capitaine a dû se résoudre à changer sa vieille R5. Il se souvient de ses propos de l’époque : « C’est un problème parce que cette voiture, je ne peux pas la vendre. Un président qui met sa voiture en vente, ça paraît ridicule. Mais si je me mets à acheter un véhicule, on va penser que j’ai volé, que j’ai puisé de l’argent dans les fonds de l’Etat. » Il est arrivé que des chefs d’Etat, comme Mouammar Kadhafi, lui donnent des véhicules, mais Thomas Sankara les affectait immédiatement au parc de l’Etat. « Est-ce qu’il faut que j’achète un véhicule d’occasion depuis un pays européen ? », s’est alors interrogé Thomas Sankara. « Il m’a dit : "Sincèrement, Fidèle, je ne trouve pas de solution". »

« Cette voiture, je ne peux pas la vendre. » Fidèle Toe, ami d’enfance de Sankara

Si au début de 1987, la crise n’est pas véritablement ouverte entre les deux hommes, elle n’est plus un secret pour personne. Le pouvoir se divise entre pro-Sankara et pro-Compaoré. « On était entrés dans une logique d’affrontement, explique le ministre Basile Guissou. C’est difficile à expliciter. C’était par les non-dits plutôt que par les dits. Mais tout le monde sentait qu’il y avait un malaise. Ce n’était pas comme au départ où il y avait l’enthousiasme. L’atmosphère était vraiment malsaine. »

En ville, des tracts circulent, plus violents les uns que les autres. On y discrédite l’orientation de la révolution. On vilipende les dérives. On dénonce de soi-disant comportements antirévolutionnaires. On en appelle au réveil du peuple.

Des rumeurs se répandent à telle enseigne qu’interpellé par les journalistes lors d’une conférence de presse, Thomas Sankara déclare :

« Le jour où vous apprendrez que Blaise prépare un coup d’Etat contre moi… Ce ne sera pas la peine de chercher à vous y opposer ou même de me prévenir. Ça voudra dire que c’est trop tard et que ce sera imparable. »

« À partir du mois d’août surtout, on sentait que ça n’allait pas », se souvient Nongma Ernest Ouédraogo, ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité, un fidèle de Thomas Sankara. « Il y avait les fiches de renseignement. On devait organiser l’anniversaire de la révolution à Bobo Dioulasso. Il y avait beaucoup de tension. »

Début octobre 1987, les deux hommes ne se parlent quasiment plus. Blaise Compaoré se dit malade. Il n’assiste d’ailleurs presque plus aux activités officielles. Pierre Ouédraogo, qui était très lié aux deux hommes, prend alors l’initiative de tenter de les réconcilier. « J’ai toujours cru au dialogue, explique le secrétaire général des Comités de défense de la Révolution (CDR). Il fallait quand même que les deux puissent s’entendre puisque, derrière, les camps s’étaient déjà divisés. On entendait beaucoup d’informations. Il fallait que tout ça s’arrête. ». Le patron des CDR se rend notamment chez Blaise Compaoré pour lui proposer d’assister à un meeting commun. Compaoré refuse. « Je lui ai dit que Thomas me demandait de ses nouvelles. Mais Blaise, ce n’est pas quelqu’un qui parle beaucoup. Il dit : "Oui, oui, d’accord" mais, regrette-t-il, on n’est pas arrivé à bouger. »

Les points de désaccords ? Certains évoquent des questions d’argent : la rigueur de Sankara dans la lutte contre la corruption, ou le problème des petites rémunérations des responsables du Conseil national de la Révolution. « Là où Thomas Sankara voulait aller, il sentait qu’il y avait de moins en moins d’enthousiasme pour aller », se souvient Basile Guissou. « En Conseil des ministres, à maintes reprises, ça, il le disait : "J’empêche les gens de manger [au sens de s’enrichir, NDLR], ils veulent manger… Mais il faudra me tuer avant de manger". » L’ancien ministre fait ensuite référence aux propos de Thomas Sankara, lors d’une interview télévisée : « Je me retrouve un peu comme un cycliste qui grimpe une pente raide et qui a, à gauche et à droite, deux précipices. Pour rester moi-même, pour me sentir moi-même, je suis obligé de continuer dans cette lancée. » Pour Basile Guissou, cette déclaration est révélatrice : « C’est exactement la situation dans laquelle il se trouvait. Il se sentait pris dans un piège. »

« Il se sentait pris dans un piège. » Basile Guissou, ancien ministre

C’est dans ce contexte qu’est mise en place la FIMATS, la Force d’intervention du ministère de l’Administration territoriale et de la Sécurité. Pour Pierre Ouédraogo, cette création a peut-être été un élément déclencheur.

Le 14 octobre, la veille de la mort de Sankara, le Conseil des ministres adopte un projet de création d’une force de police d’intervention, rattachée au ministère de l’Intérieur, la FIMATS, sorte de brigade anti-putsch. Son commandement est confié à Vincent Sigué, considéré comme le véritable « chien de garde » de Thomas Sankara. Blaise Compaoré s'oppose à la création de cette force. Les paras commandos de Pô, qui sont sous le commandement du capitaine Compaoré, sont alors la principale force d’intervention. La FIMATS représente à ses yeux une force concurrente qui peut faire contrepoids. Le projet de loi entérinant la création de la FIMATS est d’ailleurs adopté en l’absence de Blaise Compaoré.

Selon Nongma Ernest Ouédraogo, le puissant ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité, il s’agissait juste de reconstituer une Compagnie républicaine de sécurité pour veiller à la sécurité. La CRS avait été dissoute. Le ministre reconnaît toutefois que la création de cette force était très mal perçue dans le camp de Blaise Compaoré. « Ils disaient qu’on créait une nouvelle force, à un moment où la tension montait, pour attaquer l’autre clan. Alors que ce n’était pas vrai », insiste Nongma Ernest Ouédraogo, qui dit avoir appris par la suite que Blaise Compaoré était « furax » quand on lui a dit que le projet avait été adopté.

Nongma Ernest Ouédraogo, ancien ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité.

Lors du Conseil des ministres du 14 octobre 1987, Nongma Ernest Ouédraogo a ces mots : « Pendant longtemps, nous nous sommes occupés de nos ennemis, maintenant nous allons nous occuper de nos amis ». Aujourd’hui, l’ex-ministre, un peu gêné, précise dans un sourire : « C’était juste pour plaisanter. Ils me connaissaient mais ils ont pris ça à la lettre ».

« Maintenant nous allons nous occuper de nos amis. » Nongma Ernest Ouédraogo, ancien ministre de la Sécurité

Blaise Compaoré n’avait peut-être pas tout à fait tort de s’inquiéter. « Il est probable qu’il ait interprété ça comme un acte hostile », analyse le capitaine Pierre Ouédraogo, patron des Comité de défense de la Révolution : « On allait avoir l’escadron de transport et d’intervention rapide avec le lieutenant Michel Kouama, qui était fidèle à Thomas Sankara. On allait avoir la FIMATS, sans compter le BIA, le Bataillon d’intervention aéroportée, à Koudougou, qui était en appui, même si c’est à une centaine de kilomètres de Ouagadougou. Ça faisait que la position prédominante du CNEC [le Centre national d'entraînement commando que commandait Blaise Compaoré, NDLR] allait être remise en cause tôt ou tard ».

« La réforme de la FIMATS : « Un acte hostile » Capitaine Pierre Ouédraogo, patron des Comités de défense de la Révolution

Le projet de loi sur la FIMATS est donc formellement adopté ce 14 octobre. Lors de ce même Conseil des ministres, Fidèle Toe, l’ami d’enfance de Thomas Sankara, qui était alors ministre du Travail, se souvient également de la sortie de Thomas Sankara. Ce jour-là, alors que la capitale bruisse de rumeurs, que les tracts les plus violents circulent en ville, Thomas Sankara critique ses ministres qui ne posent aucune question sur le sujet. Il déclare : « On dit que j’ai tiré sur le commandant Lingani, on dit que j’ai tiré sur le capitaine Henri Zongo [ministre de Promotion économique, un des quatre principaux responsables de la révolution, qui était dans la salle, NDLR] et que je l’ai raté. » Et avec un certain humour, Thomas Sankara ajoute : « Si j’attrape ces gens, je porte plainte contre eux. Penser que je puisse tirer sur un ami et le rater en plus, c’est-à-dire que je suis maladroit. C’est une insulte à mon adresse !. » Fidèle Toe raconte : « Cela a détendu l’atmosphère ». Puis Thomas Sankara rassure les ministres : « Les choses sont en train de se calmer. Tout est entré dans l’ordre. Nous nous sommes vus et nous allons repartir de plus belle ensemble ». Commentaire de Fidèle Toe : « Moi en tout cas, je me suis senti soulagé et j’ai raconté l’anecdote autour de moi. Vous imaginez ma surprise le lendemain. »

« Il y a eu un 15 octobre et il y a eu un 14 octobre au Conseil des ministres. » Fidèle Toe, ministre et ami d’enfance de Sankara

Ce 14 octobre, ni Fidèle Toe, ni Nongma Ernest Ouédraogo, ni Pierre Ouédraogo n’ont imaginé ce qui allait se passer. Un sentiment que le patron des CDR exprime ainsi : « Je ne pensais pas que cela puisse arriver, jusqu’à ce que cela arrive. »

Le camp Compaoré accuse

Officiellement, au moment de l’attaque, Blaise Compaoré se trouve chez lui. Il est souffrant. Il a une crise de paludisme, selon plusieurs sources. Dans les semaines qui suivent le coup d’État, il accorde quelques rares interviews, affirme qu’il n’a jamais donné l’ordre d’assassiner son ami, qu’il n’était pas informé d’un quelconque projet et qu’il a dû assumer le pouvoir.

« Je reproche à Thomas Sankara d’avoir par moment méprisé son peuple. » Interview de Blaise Compaoré, RFI, 20 octobre 1987

Achille Tapsoba est actuellement président par intérim du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de Blaise Compaoré. Sous la révolution, il était directeur des « CDR (Comités de défense de la Révolution) géographiques » – 7 000 comités de base sur l’ensemble du territoire -, avant de devenir commissaire politique chargé de l’organisation et de la planification du secrétariat général des CDR. Il défend la version soutenue par Compaoré : « Moi, j’ai confiance en sa déclaration, et je suis convaincu que, s’il a dit qu’il n’avait pas donné d’instructions, il ne l’a pas fait. Parce que, connaissant l’homme, si c’était lui qui avait donné les instructions pour éliminer Thomas Sankara, après la mort de Thomas Sankara, il aurait eu le courage de le dire. Des témoins ou du moins des acteurs de l’époque nous confirment qu’ils ont dû écarter Blaise Compaoré pour pouvoir agir sinon, s’il avait été tenu au courant de ce qui allait se passer, certainement qu’il aurait dissuadé ceux qui voulaient le faire ».

Pour Achille Tapsoba, c’est pour cette raison que Compaoré n’a pas été informé, ni associé. « Le 15 octobre 1987, poursuit-il, ses hommes ont posé un acte dans une contradiction où c’était l’un ou l’autre… et c’est son camp qui a gagné. Ceux qui sont tombés sont tombés en pensant qu’ils avaient la vérité avec eux et que c’était pour l’amour de leur pays. Et ceux qui les ont fait tomber, eux aussi ils étaient convaincus qu’ils le faisaient pour l’amour du pays et parce qu’ils avaient la vérité avec eux ». Le président par intérim du CDP justifie également le fait que Blaise Compaoré ait accepté d’« endosser » : « Il y a eu un petit silence entre les premiers coups de feu et la situation qui s’est imposée… et après, la proclamation a été signée par Blaise Compaoré parce qu’il n’y avait plus rien à faire. Objectivement, il a dû endosser, prendre la responsabilité. Même s’il n’en est pas l’auteur, il en est le responsable. » Et Achille Tapsoba d’ajouter : « Il a pris l’État dans des circonstances assez douloureuses, il y a toujours eu l’adversité, cette question s’est toujours invitée au niveau de l’opposition pour contrecarrer le travail de son régime. »

« Si c’était lui, il aurait eu le courage de le dire. » Achille Tapsoba, président par intérim du CDP

Dans le camp des partisans de Blaise Compaoré, on évoque ce que l’on a appelé le « complot du 20 heures ». Ce 15 octobre 1987, Thomas Sankara aurait décidé de passer à l’action. Des tracts et des rumeurs d’attaque circulent alors en ville. Le bruit court que la garde de Thomas Sankara, épaulée par des forces de police de la FIMATS et les militaires du camp Kamboinsin, à une quinzaine de kilomètres du centre de la capitale, s’apprête à agir afin de neutraliser Blaise Compaoré et ses partisans. Face à cette menace, il faut agir vite. Convaincus de l’imminence de l’opération, des militaires de la garde rapprochée de Blaise Compaoré auraient décidé d’« anticiper » sans en avoir reçu l’ordre de Compaoré lui-même.

Pour les fidèles de Thomas Sankara, Blaise Compaoré a tout fait pour étouffer l’affaire. Pas de sépulture décente, pas d’hommage. Aucune sanction, encore moins de procès. Achille Tapsoba, le président par intérim du CDP, explique que c’est notamment parce que les hommes qui avaient pu agir l’avaient fait en situation de légitime défense, dans un contexte particulier : « C’est une crise politique qui a été réglée par les armes. C’était soit tirer sur l’autre, soit être tiré par l’autre. Je crois que c’est cet esprit qui est resté ». D’où l’absence de sanctions contre les militaires qui ont tiré sur le président Sankara, selon Achille Tapsoba.

« C’était soit tirer sur l’autre, soit se faire tirer dessus. » Achille Tapsoba, président par intérim du CDP

Jean Marc Palm était membre du CNR pendant la révolution. Après l’assassinat de Thomas Sankara, il est devenu ministre des Affaires étrangères. A ce titre, il a effectué de nombreuses missions à l’étranger pour expliquer ce qui s’était passé, pour rassurer aussi les différentes capitales. « Il fallait rassurer les pays voisins sur le bon voisinage, les pays disons progressistes et les pays comme la France, c’est ce qui a été fait. »

« Il fallait rassurer les pays comme la France. » Jean-Marc Palm, ministre des Affaires étrangères sous Blaise Compaor

Et Blaise Compaoré n’a pas eu de mal à convaincre les chancelleries. Il peut s’installer au palais au présidentiel, pour 27 ans mais il restera considéré comme le suspect numéro un.

Le camp Sankara se défend

Pour les proches de Thomas Sankara, cette thèse n’est pas crédible. Secrétaire général national des CDR, les Comités de défense de la Révolution, le capitaine Pierre Ouédraogo était en contact permanent avec Thomas Sankara. Il énumère les failles de cette version des faits : pour lui l’implication de Blaise Compaoré ne fait guère de doute. D’abord, fait remarquer Pierre Ouédraogo, Blaise Compaoré n’a jamais dénoncé l’acte en tant que tel. Il a plutôt tenté de le justifier. Autre élément tangible, selon lui : « Les hommes qui l’ont fait [tuer Sankara, NDLR], ce sont ses hommes à lui, pas à quelqu’un d’autre, des gens de son unité qui ont agi contre le président du Faso et ces gens étaient en liberté. Par contre, nous, on a été mis en prison pour moins que ça, juste pour avoir dit que nous ne le suivions pas. »

Pour le patron des CDR, Blaise Compaoré a bel et bien organisé un coup d’Etat : « Dans la normale, à supposer qu’il ait été totalement surpris par cet événement, le minimum, c’est que ce même Conseil national de la Révolution se réunisse pour voir quelles sont les mesures à prendre. Il n’y pas eu cette réunion. Au Burkina, on sait quand même ce qui se passe après un coup d’Etat, on démet le gouvernement, on suspend la Constitution, les points névralgiques sont occupés. C’est exactement ce qui s’est passé. Le fait qu’il y ait eu des actions simultanées comme la mort du capitaine Kouama Michel, commandant de l’escadron de transport et d’intervention rapide, qui aurait été tué presqu’en même temps que le président. C’est une coïncidence qui peut laisser penser qu’il y avait une organisation assez avancée pour permettre que cela se passe. D’autant plus qu’on sait que cette unité était prévue pour intervenir la première en cas de difficultés, en cas d’attaque du Conseil de l’Entente, en cas de mise en cause des institutions. C’est cette unité qui disposait des moyens pour venir rétablir l’ordre. Au lieu de cela, le commandant de cette unité a été tué presqu’en même temps. » Et Pierre Ouédraogo de conclure sur ces doutes plus que sérieux : « Ça pourrait avoir été coordonné ».

« Les hommes qui l’ont fait, ce sont ses hommes à lui [Blaise Compaoré]. » Capitaine Pierre Ouédraogo, ex-secrétaire général national des CDR

Le Conseil de l’entente est aujourd’hui une zone militaire à l’abandon, le long du boulevard Charles-de-Gaulle. Les bâtiments sont vides, délabrés. Sous le régime de Blaise Compaoré, c’était une caserne affectée au RSP, le Régiment de la sécurité présidentielle, qui a remplacé le CNEC et qui, depuis, a été dissout. La zone a été rétrocédée au Comité international pour le mémorial Thomas Sankara, qui n’a pas encore pris possession des lieux. Président de cette association qui se bat pour la mémoire de Thomas Sankara, le colonel major Bernard Sanou est toujours ému quand il arrive au pied du bâtiment du Burkina, là où Thomas Sankara a été abattu. Quant à la salle où se tenait la réunion, la justice militaire en interdit l’accès.

Le 15 octobre 1987, le colonel-major Bernard Sanou était le chef de corps du génie militaire. « Moi, j’avais reçu effectivement l’information de notre secrétariat comme quoi nous étions convoqués à une réunion militaire à 20 heures. Mais quand on me dit que Sankara avait prévu à cette réunion d’éliminer les Blaise Compaoré, moi je n’y crois pas ». Le colonel-major Bernard Sanou ne croit pas non plus que des hommes aient pu agir par eux-mêmes.

« Hyacinthe Kafando était un sergent à l’époque. Un simple sergent peut mobiliser des gens et décider d’aller arrêter un capitaine, de surcroît chef de l’Etat ? Soyons sérieux ! » Et d’expliquer : « Hyacinthe Kafando appartenait à une unité et tous ces éléments-là étaient issus d’un même corps, le CNEC de Pô. Et ils avaient un chef, Gilbert Diendéré. Ou bien ils auraient désobéi ! Je ne sais pas mais s’ils ont désobéi aux ordres de Gilbert Diendéré, cela veut dire que par la suite ils devaient être sanctionnés. Nous sommes une armée ! On n’a jamais pris de sanctions contre ces éléments-là. » Le président du Comité international pour le mémorial Thomas Sankara se souvient également n’avoir jamais cru aux explications avancées à l’époque sur une tentative d’arrestation qui aurait mal tourné : « C’était clair que l’élimination physique de Thomas Sankara avait été planifiée, ordonnée […] et exécutée par des éléments de Blaise Compaoré. Autre chose, ce n’est que du dilatoire et ce n’est pas la vérité. »

« C’était clair que l’élimination physique de Thomas Sankara avait été planifiée, ordonnée. » Colonel Bernard Sanou, président du Comité international pour le mémorial Thomas

« Cette théorie du complot, c’est du bidon. »
Jean-Hubert Bazié, journaliste-écrivain

Pour le journaliste écrivain Jean-Hubert Bazié, directeur de publication de l’hebdomadaire L’intrus, qui jouait le rôle de conseiller en communication de Thomas Sankara - « un conseiller et un ami », précise-t-il -, cette théorie du complot, « c’est du bidon. S’il y a un complot, il faut quand même se protéger ! Il faut un dispositif spécial. On ne va pas à l’attaque sans un minimum de protection ou de dispositif de repli. De toute évidence, il [Thomas Sankara] n’avait pas ce dispositif-là ».

Témoignage de Jean-Hubert Bazié, journaliste écrivain

Le pharmacien-colonel Abdou Salam Kaboré, ministre de la Santé puis des Sports de Thomas Sankara, était un ami du chef de l’Etat. Les deux hommes se connaissaient depuis leur passage au PMK, le Prytanée militaire de Kadiogo. Au début des années 1970, Abdou Salam Kaboré a créé avec Thomas Sankara, dans la clandestinité, le groupe des jeunes officiers que Blaise Compaoré rejoindra par la suite. Abdou Salam Kaboré avait également des rapports amicaux avec Compaoré : « On jouait à la pétanque ensemble à Zianaré – le village natal de Blaise Compaoré. On avait peut-être 17-18 ans. » Abdou Salam Kaboré ne croit pas non plus qu’un complot anti-Compaoré puisse avoir été programmé. D’ailleurs, il se souvient avoir assisté à une scène où « deux militaires étaient prêts à se rendre à Pô, avec leur détachement, pour en découdre avec Blaise, pour empêcher Blaise de nuire à Thomas. Ils ont dit : "Nous, on va monter à Pô et on va régler ce qu’il faut régler." Thomas les a empêchés de le faire. Il leur a dit : "Vous ne ferez pas ça, je ne veux pas qu’il y ait du sang versé." Comme les deux gradés insistaient, il a dit : "Vous n’irez pas au péril de ma vie", en sortant son pistolet ! » Selon le pharmacien-colonel Abdou Salam Kaboré, cela signifiait : « Si vous quittez chez moi pour aller descendre Blaise, moi je vous descends avant. »

« Deux militaires étaient prêts à se rendre à Pô pour empêcher Blaise de nuire. » Abdou Salam Kaboré, pharmacien-colonel et ami de Sankara

Même démenti du côté de l’ancien aide de camp de Thomas Sankara, le lieutenant Moussa Diallo, qui était en octobre 1987 l’adjoint du commandant de la gendarmerie. Moussa Diallo reconnaît qu’au sein des partisans de Thomas Sankara, il est possible que certains aient pu penser à passer à l’action, « ne serait-ce que du point de vue de leur propre sécurité, que deviendraient-ils après ? ». Mais il assure qu’il n’y a jamais eu de « complot du 20 heures ». « Ça n’a pas été planifié, affirme-t-il. Si une personne avait voulu franchir l’étape de la conception d’un projet pour passer à l’exécution, elle nous aurait associés, nous la gendarmerie. Parce que nous étions fiables et parce que nous avions, à la gendarmerie, des services de renseignements et des unités de combat. Donc il n’y avait pas d’intérêt à agir sans nous. Nous étions vraiment proches de tous les partisans de Thomas Sankara qui nous faisaient confiance. »

Le camp Sankara contre-attaque

En revanche, dans son témoignage, le numéro 2 de la gendarmerie affirme que le camp de Blaise Compaoré préparait bel et bien une opération. « En tant que gendarmerie, nous avions l’information que quelque chose se tramait. Nous avions des preuves certaines, qu’il y avait un complot contre Sankara et personnellement j’ai eu à le lui dire. Mieux, j’avais des enregistrements de conversations qui faisaient état de ce complot-là. J’ai pris un magnétophone, j’ai mis la cassette. J’ai demandé un rendez-vous. Il n’a pas voulu me recevoir pendant des jours, puisqu’il savait bien de quoi je voulais lui parler. J’ai monté un coup avec son aide de camp, celui qui m’a remplacé, Etienne Zongo. Je suis allé dans le bureau d’Etienne. Quand il n’y avait personne dans son bureau [quand nous avons vu que Thomas Sankara était seul dans son bureau, NDLR], Etienne a ouvert la porte, je suis rentré. Je lui ai dit : "Camarade président, je voudrais juste que vous écoutiez cette cassette-là. Ça ne prendra pas cinq minutes." »

« Nous avions des preuves certaines, qu’il y avait un complot contre Sankara »
Moussa Diallo, ex-commandant adjoint de la gendarmerie

« Il m’a dit : "Je ne veux pas écouter". J’ai salué, je suis ressorti. Et c’est le lendemain, le soir qu’il m’a appelé de chez lui. Il m’a dit : "Diallo, je sais bien ce dont tu veux me parler, tout le monde en parle maintenant, mais je crois qu’il ne faut pas s’inquiéter, les choses vont rentrer dans l’ordre." Je lui ai dit : "Non, les choses ne vont pas rentrer dans l’ordre. Ne vous trompez pas, on va vous faire un enterrement de première classe", parce que moi je ne croyais pas qu’ils allaient commettre un coup d’Etat aussi bête. Pour moi, ils allaient l’éliminer en douce, par exemple bombarder son avion et mettre ça sur le dos de l’impérialisme. Et quand j’ai commencé à aborder cette question, il a pris la guitare, il a commencé à jouer. Il ne me répondait plus… "Oui","Non", et puis on est passé à autre chose. J’ai compris qu’il ne voulait pas en discuter. Il avait déjà son opinion arrêtée. J’ai pris mes clefs et je suis parti. »

L’enregistrement ? Une interception téléphonique. Le domicile de Blaise Compaoré a été mis sur écoute, la gendarmerie sentant que quelque chose n’allait pas. Et ce jour-là, raconte Moussa Diallo, la gendarmerie a fait une prise de choix. « C’était la conversation de quelqu’un - dont je tairai le nom pour le moment - qui était chez Blaise, au domicile de Blaise et qui appelait Blaise qui était à Pô ce jour-là, et qui lui faisait état des contacts et de l’évolution de la situation… et de la nécessité d’agir au plus vite ! Ce Monsieur était un civil, en fait. Ce n’était pas un militaire, c’était un civil qui avait ses entrées chez Blaise et qui disait "Voilà, j’ai contacté untel, ils sont favorables, mais tout le monde est inquiet puisque Sankara est au courant. Il faut passer à l’action plus vite. Très tôt." »

« C’était la conversation de quelqu’un - dont je tairai le nom pour le moment - qui était au domicile de Blaise. » Moussa Diallo ex-commandant adjoint de la gendarmerie

Quel rôle pour Gilbert Diendéré ?

A Ouagadougou, aujourd’hui, il est difficile de trouver des acteurs du camp de Blaise Compaoré qui acceptent de livrer leur témoignage. La justice militaire est saisie, le dossier est encore à l’instruction. Certains préfèrent se faire oublier, ne pas « remuer la boue sur la place publique », explique un proche de Blaise Compaoré.

Il faut dire que Blaise Compaoré n’est plus là  et que son fidèle adjoint Gilbert Diendéré est détenu à la MACA, la Maison d’arrêt et de correction des armées, dans l’affaire du putsch manqué de septembre 2015. Le général Diendéré, l’ex-chef d'état-major particulier du président Compaoré, le fidèle d’entre les fidèles, a été inculpé en 2015 dans le dossier Sankara.

Flashback : en août 1983, après la prise du pouvoir par Thomas Sankara, un détachement de la garde présidentielle a été installé au Conseil de l’entente pour assurer la sécurité du chef de l’Etat. Ce corps d’élite était divisé en deux branches, la sécurité « rapprochée » et la sécurité « éloignée », selon les termes militaires utilisés à l’époque. La crise entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré s’est répercutée au niveau des hommes, notamment entre la sécurité « rapprochée » (celle de Thomas Sankara) et une partie de la sécurité « éloignée » (celle de Blaise Compaoré).

Gilbert Diendéré était à l’époque commandant en second du CNEC, le Centre national d’entraînement commando de Pô. Il était en quelque sorte l’adjoint de Blaise Compaoré. C’est lui qui commandait les deux branches de la sécurité présidentielle.

« Je pense que c’était une équipe conduite par Hyacinthe Kafando et qui n’a pas reçu d’instructions de qui que ce soit. »
Me Mathieu Somé

Que faisait Gilbert Diendéré ce 15 octobre à 16 heures ? « Du sport », répond son avocat Me Mathieu Somé, mais le matin, il avait organisé une réunion entre les deux sécurités. « Le 15 octobre 1987, affirme l’avocat, dans la matinée, Gilbert Diendéré, à la demande de certains militaires, a présidé une réunion des deux gardes rapprochées pour les inviter à rester unies, pour ne pas participer au conflit qui opposait les deux chefs historiques. Dans l’après-midi, il allait au sport, il était vers l’ENAM, en dehors du Conseil de l’entente, lorsque les tirs ont retenti. Il est revenu sur ses pas pour constater ce qui s’est passé. »

« Sur l’attaque, ce qu’il a expliqué au juge, c’est que c’est un mouvement parti de la garde de Blaise Compaoré – je pense que c’était une équipe conduite par Hyacinthe Kafando – et qui n’a pas reçu d’instructions de qui que ce soit. Ce qui s’est passé, c’est que les tracts et les rumeurs que les civils ont laissé courir ont créé une tension telle que ceux qui devaient être attaqués à 20 heures ont préféré anticiper. Mais ils n’ont pas reçu d’instruction de qui que ce soit. Hyacinthe Kafando a refusé de participer à la réunion du matin où il était question d’amener les uns et les autres à mieux se comprendre, à se solidariser. Il était retranché dans l’immeuble du Togo du Conseil de l’entente avec des hommes. Quand il est sorti de là-bas, il était à la tête de plusieurs personnes dans un 4x4 et les autres suivaient à pied. Et c’est ainsi qu’ils sont allés vers la salle où Thomas Sankara était en réunion avec certains de ses collaborateurs. Et quand ils sont arrivés, ils ont ouvert le feu. » Interrogé sur de précédents propos de Gilbert Diendéré ayant décrit une autre version, une tentative d’arrestation de Sankara qui aurait mal tournée ce jour-là, l’avocat botte en touche.

« Ceux qui devaient être attaqués à 20 heures ont préféré anticiper. » Me Mathieu Somé, avocat de Gilbert Diendéré

D’après son avocat, Gilbert Diendéré a donc présidé une réunion entre militaires, le matin du 15 octobre, afin de faire en sorte que la tension s’apaise entre les deux corps de sécurité, la sécurité « rapprochée » et la sécurité « éloignée ».

Cette information est confirmée par un sous-officier de la garde présidentielle qui a assisté à cette réunion. Exceptionnellement, ce militaire a accepté de parler à RFI sous couvert de l’anonymat.

« Il fallait procéder à son arrestation […] C’est Diendéré lui-même qui a parlé de ça  »
Un sous-officier qui souhaite garder l’anonymat

Quels ont été les résultats de cette rencontre ? « Les gens n’ont pas été satisfaits dans la mesure où il y a des idées fortes qui ont été dégagées, des propositions qui ont été faites et lui Diendéré, en tant que chef de corps, en tant que responsable de la sécurité devait au moins prendre cela en compte et le mettre en pratique. »

Le 15, selon ce témoin, après la réunion regroupant les deux sécurités, l’idée de mettre la main sur Sankara pour le placer en résidence surveillée à Pô est formulée pour éviter l’effusion de sang. « C’est Diendéré lui-même qui a parlé de ça. » Ce n’est pas quelqu’un d’autre. Selon lui, il y a eu des informations de sources qu’il a reçues faisant état d’un complot que Thomas Sankara aurait organisé contre Blaise et qui devait se passer au cours de la réunion de 20 heures. Il fallait procéder à son arrestation. »


« Je ne pense pas que les choses puissent se faire comme ça […] sans qu’il y ait une main derrière. » Témoignage d’un militaire qui a requis l’anonymat

« On s’est dit que peut-être ce n’était pas l’arrestation qu’on voulait, peut-être que c’était autre chose. Sinon, si c’était pour arrêter Thomas Sankara, lui il est à l’intérieur en réunion avec son staff, sa sécurité rapprochée, ils n’étaient même pas aussi nombreux que ça. » Le sous-officier ne croit pas non plus que des éléments aient pu agir sans ordre : « Je ne pense pas que les choses puissent se faire comme ça, que des éléments puissent se lever d’eux-mêmes comme ça pour faire ce genre de chose, sans qu’il y ait une main derrière. C’est pas possible. »

Source rfi.fr

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Suite à sa déculottée de Paris : Kaboré et Ouattara consolent Talon

Kabore-et-Talon

Patrice Talon a fait du 09 au 11 octobre dernier, une tournée sous régionale ; tournée non révélée par le communiqué officiel signé du Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères qui annonçait la visite du Chef de l’Etat en France. Il a parcouru quatre pays de l’Afrique de l’Ouest. Ce sont des visites de courtoisie probablement improvisées après la débâcle de Paris.

Quatre pays africains ont dressé cette semaine le tapis rouge au Chef de l’Etat.    Le Burkina- Faso, la Côte d’ivoire, le Ghana et le Togo ont reçu le président du Bénin. Certaines sources soulignent que le président de la République est  allé relancer les relations existant entre le Bénin et ses différents Etats. C’est curieux. Patrice Talon qui n’avait cure jusque-là des rapports de bon voisinage depuis son élection en avril 2016 a brusquement trouvé l’intérêt de célébrer l’amitié. Il ne faut se pas leurrer. Le président Talon est plutôt  allé chercher du réconfort chez ses pairs après la déculottée de Paris (Lire : Après le fiasco de Paris : Talon doit faire le grand ménage dans le quotidien Matin Libre du 10 octobre 2017). Le président français Emmanuel Macron avait laissé poiroter à Paris toute la délégation présidentielle venue de Cotonou durant plusieurs jours. Et Patrice Talon qui déteste les échecs et les humiliations a bien voulu sauver les apparences. Le « compétiteur né » a dû négocier auprès de certains de ses homologues des visites de courtoisie, donc sans grands intérêts pour le Bénin. Certains canards reprenant des informations lâchées par des propagandistes, ont tenté de faire croire que Talon a obtenu des accords de principe à Ouagadougou. Rien n’est clair. Roch Marc Christian Kaboré a certainement pu consoler  Patrice Talon très déçu. Le président Alassane Ouattara a dû jouer le même rôle lors du dîner offert à son jeune frère à Abidjan dans la nuit du mardi au mercredi. Les deux ont peut-être évoqué le dossier épine dorsale qui défraie actuellement la chronique judiciaire. Ils auraient  discuté des implications de la décision prononcée par la justice béninoise contre le groupe Bolloré. Patrice Talon a échangé aussi avec le président Faure Gnassingbé.  Les tensions notées à Lomé et d’autres villes ces derniers jours devraient auraient été au centre des discussions. Au Ghana avec le président Nana Akuffo Addo, le Chef de l’Etat a dû parler de questions bilatérales. Toutes ces rencontres avaient un objectif : feindre de noyer la mésaventure de Paris.  En réalité, le président Talon n’a pu rien faire d’utile à l’extérieur si ce n’est la rencontre organisée avec ses partisans à Paris. S’il n’a pu rien ramener de la 6ème puissance économique mondiale, beaucoup se demandent ce qu’il pourrait bien obtenir de conséquent dans ces quatre Etats. L’économie nationale n’a rien gagné du long et couteux séjour de Patrice Talon à l’extérieur du 02 au 11 octobre dernier. Patrice Talon déçoit. Et vu le bilan piteux de sa gouvernance depuis avril 2016, les Béninois pourraient encore craindre des résultats frustrants.        

Mike MAHOUNA

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Liberia : Un 2nd tour se profile entre Weah et le vice-président Boakai

Weah-Boakai

Un second tour semble se profiler à l'élection présidentielle du Liberia pour départager les deux principaux candidats, que sont le vice-président Joseph Boakai du Parti de l'unité (sortant) et George Weah, candidat de la Coalition pour le changement démocratique.

Selon la télévision nationale « LiberianBroadcasting System » on s’achemine vers un second tour, qui va opposer les deux principaux candidats qui ont tous les deux remporté largement leurs fiefs respectifs.

Toutefois les chiffres avancés par la télévision ne sont pas officiels. Ils sont donnés sur la base des rapports des correspondants déployés dans différentes parties du pays.

D’après la LBS Boakai, âgé de 72 ans, semble être en tête à Lofa, son comté natal dans la partie septentrionale du Libéria.

L'ancienne gloire du football, Weah, 52 ans, serait en tête dans certaines parties de la capitale, Monrovia et dans la ville de Clara où il est né.

L'ancien chef de guerre Prince Johnson, âgé de 65 ans, aurait également un meilleur score que ses rivaux dans son comté natal de Nimba, au nord-est du Liberia.

Selon la loi électorale libérienne, il faut recueillir plus de 50 pour cent des suffrages pour être élu président dès le premier tour. Si aucun des candidats n’arrive à atteindre ce chiffre, un second tour sera organisé deux semaines après la publication des résultats officiels.

20 candidats sont en lice pour présider aux destinées du Liberia, dirigé depuis douze années par Ellen Johnson-Sirleaf, la première femme présidente démocratiquement élue en Afrique.

La Commission électorale nationale (NEC) a déclaré que les résultats provisoires pourraient être annoncés ce mercredi dans l’après-midi ou au cours de la semaine étant donné les défis liés au dépouillement.

En raison des délestages, l’on a dû recourir à des lampes torches dans plusieurs bureaux de vote pour procéder au dépouillement des bulletins.

S'exprimant lors d'une conférence de presse mardi soir, le président de la NEC, JeromeKorkoya, a déclaré que le taux de participation a été « très fort » sans toutefois  avancer aucun chiffre.

Le scrutin a cependant été entaché par quelques manquements.

Dans plusieurs parties du pays, y compris le comté de Nimba, celui de Sinoe et même une partie de la capitale, le vote a commencé très tard en raison de l'arrivée tardive du matériel électoral.

Plus de 2,1 millions de Libériens étaient appelés aux urnes pour choisir leur prochain président et renouveler les 73 sièges dans la Chambre des représentants. Quelque 984 candidats étaient en lice pour briguer un siège à la Chambre.

Contrairement aux élections précédentes, ce scrutin s’est tenu sans la supervision de la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL).
Le Liberia, qui l’une des premiers républiques créées sous l’impulsion des Etats-Unis pour des esclaves affranchis au 19ème siècle, a connu deux guerres civiles sanglantes qui ont pris fin en 2003.
 
SOURCE: WN/as/pn/of/APA

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Liberia : Participation « très forte », les résultats de la présidentielle attendus

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(Les favoris : George Weah et le vice-président Joseph Boakai)
Les Libériens attendent les premiers résultats de l’élection présidentielle qui s’est tenue dans le calme, mardi 10 octobre, et qui doit désigner le successeur pour six ans d’Ellen Johnson Sirleaf, première femme élue chef d’Etat en Afriqueet Prix Nobel de la paix 2011. La Commission électorale nationale (NEC) doit annoncer mercredi après-midi les premiers résultats du scrutin, qui conclut un processus historique de transfert démocratique des pouvoirs après les deux mandats remportés par Mme Sirleaf depuis 2005.

Parmi les favoris, sur une vingtaine de candidats, figure le sénateur George Weah, légende du football africain, battu par Mme Sirleaf au second tour en 2005, puis comme candidat à la vice-présidence en 2011. En lice également, le vice-président Joseph Boakai, l’avocat et vétéran de la politique Charles Brumskine et les puissants hommes d’affaires Benoni Urey et Alexander Cummings. Dans la plus ancienne république d’Afrique subsaharienne, fondée en 1822 sous l’impulsion des Etats-Unis pour des esclaves noirs affranchis, le nouveau président sera le premier en soixante-dix ans à succéder à un autre dirigeant issu des urnes.

Une campagne animée

Plus de 2 millions d’électeurs de ce petit pays anglophone d’Afrique de l’Ouest étaient appelés aux urnes pour désigner le chef de l’Etat et renouveler les 73 sièges de la Chambre des représentants. Le président de la Commission électorale, JeromeKorkoya, a qualifié mardi la participation de « très forte », sans donner de chiffres. En 2011, au premier tour de la précédente élection présidentielle, le taux de participation avait atteint 71,6 %.

Dès le début de la matinée, de longues files s’étaient formées devant les bureaux de vote de ce pays très pauvre, où la campagne a été animée mais exempte d’incidents graves. L’Union européenne, l’Union africaine, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et les Etats-Unis ont déployé de nombreux observateurs électoraux.

Le scrutin présidentiel se déroule en deux tours, à moins qu’un candidat n’obtienne la majorité absolue dès le premier. Le « plus probable » est qu’un second tour oppose George Weah à Joseph Boakai, estime Ibrahim Al-Bakri Nyei, un politologue libérien de la School of Oriental and AfricanStudies (SOAS) de Londres, soulignant l’importance de la troisième place, celle du « faiseur de roi ». Cette position devrait revenir à Alexander Cummings, ancien dirigeant de Coca-Cola pour l’Afrique, selon l’analyste.

A Monrovia, George Weah, facilement élu en 2014 sénateur de la province où se trouve la capitale face à un fils de Mme Sirleaf, devrait remporter de nombreux suffrages. « Je pense qu’il apportera le développement », affirme Grace Dennis, une étudiante de 24 ans, déplorant que « les gens obtiennent des diplômes mais ne trouvent pas d’emploi ».

Fantômes de la guerre civile

Après plusieurs années de forte croissance, avec un sommet à 15,7 % en 2007, l’économie libérienne a stagné entre 2014 et 2016, affectée par l’épidémie d’Ebola et la chute du prix des matières premières. Pour redresseréconomiquement le pays, ravagé en 2014-2016 par l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, chacun des candidats a insisté sur une recette simple : le développement des routes pour M. Boakai, de l’agriculture pour M. Urey, de l’éducation et de la formation professionnelle pour MM. Weah et Cummings.

Après avoir voté, George Weah a promis en cas de victoire de commencer par « réconcilier les Libériens », avant de « former un gouvernement d’inclusion, auquel tous puissent participer ». « Je suis satisfait qu’autant de Libériens soient venus élire leur dirigeant », a déclaré de son côté M. Boakai, s’engageant à respecter le verdict des urnes.

Mardi, la présidente sortante, 78 ans, qui ne pouvait plus se représenter après deux mandats, a estimé que le Liberia était « prêt pour la transition ». Elle avait déjà appelé lundi les Libériens à mesurer « le chemin parcouru » depuis la guerre civile qui a fait quelque 250 000 morts entre 1989 et 2003. Comme beaucoup d’électeurs de sa génération, Samuel Gbazeki, 64 ans, se dit reconnaissant à l’équipe sortante pour avoir « reconstruit après la guerre », confiant voterpour M. Boakai.

Les fantômes de la guerre civile hantent encore le pays, comme en témoigne la présence parmi les 20 candidats de l’ex-chef de milice Prince Johnson, 65 ans. Aujourd’hui sénateur, il est resté tristement célèbre pour une vidéo le montrant en train de siroter une bière pendant que ses hommes torturaient à mort le président Samuel Doe en 1990.

SOURCE : lemonde.fr

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Tensions politiques au Togo : La Cpfg apporte son soutien au peuple togolais

CPFG

La Convention patriotique des forces de la gauche (Cpfg) a organisé vendredi, 06 octobre 2017 à la Bourse de travail de Cotonou, un géant meeting de soutien au peuple togolais pour demander le départ du président Faure Gnassigbé du pouvoir.

Ils étaient nombreux à se mobiliser à Cotonou pour apporter un soutien digne du nom à la lutte héroïque du peuple togolais. « Le peuple béninois est solidaire avec ses frères togolais, il salue leur bravoure ! », « Faure Gnassigbé, dégage ! Le peuple togolais exige ton départ », « Suffit la dictature ! Cinquantenaire du Clan Gnassigbé ». Ce sont quelques messages qu’on pouvait lire sur les pancartes. En effet, depuis le 19 août 2017, le peuple togolais descend dans les rues pour exiger la fin du régime de Faure Gnassigbé. La répression opposée par le gouvernement a fait des blessés, des morts et des dégâts matériels. Prenant la parole, le porte-parole de la Convention patriotique des forces de la gauche, Glibert Kouessi est revenu sur la gestion du Togo par le clan Gnassigbé depuis 1963, année d’assassinat du père de l’indépendance nationale Sylvanus Olympio. « Ainsi, depuis 1967, le peuple togolais souffre le martyr avec un régime dictatorial et kleptocrate…Le 5 octobre 1990, la jeunesse togolaise, à travers le MO5, mouvement du 5 octobre, s’est soulevé pour demander la fin de la dictature. La répression a été terrible ; mais le mouvement s’est poursuivi, aboutissant à la Conférence Nationale où les rapports de force auraient permis de chasser Eyadema, n’eut été la trahison de certains leaders togolais toujours enclins à la compromission avec la dictature. Au sortir de la Conférence Nationale, une Constitution a été adoptée qui comme la nôtre, limite le nombre de mandats à deux, avec impossibilité d’y déroger en aucun cas. Le 31 décembre 2002, arrivé au terme de ses deux mandats après 27 ans de règne, GNASSINGBE-Père change la Constitution et impose la non limitation des mandats…Le 5 février 2005, le dictateur  meurt brutalement…Dans la même nuit du 5 février 2005, la France envoie un juriste français pour modifier la Constitution le 6 février 2005, pour permettre à l’héritier du dictateur,  de monter sur le trône. C’est ainsi que Faure GNASSINGBE est arrivé au pouvoir. Depuis lors, d’élections truquées en élections préfabriquées, Faure se maintient au pouvoir, aggravant la souffrance du peuple togolais. Mal lui en a pris, puisqu’aujourd’hui, le peuple togolais est dans la rue aux cris de : 50 ans de dictature, on n’en veut plus ! » a-t-il déclaré. Et de poursuivre « Et on voit comment ce peuple qui s’est toujours battu, qui a brillamment conquis son indépendance en 1958 au prix de son sang, se bat avec courage et fait  l’admiration des autres peuples et surtout du nôtre qui doit lui apporter son soutien le plus ferme. Pour notre part, chers amis, nous voulons relayer ici, le soutien de notre peuple au peuple frère du Togo. La lutte du peuple togolais est la nôtre. Voilà pourquoi nous disons avec lui : 50 ans de dictature clanique ça suffit ! Faure Gnassigbé dégage ! ». Pour Paul Essè Iko, lorsqu’un peuple est opprimé, il se révolte et la lutte des togolais mérite d’être soutenue.

Aziz BADAROU

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Opinion : Les empreintes sombres des élections allemandes

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Les élections du 24 Septembre, 2017 en Allemagne, en raison du poids politique, économique et historique spécifique de ce pays, ont sans doute été au centre de l'intérêt international et européen. Les résultats ont été marqués par la victoire, même à des taux réduits de 33% de l’Union Chrétienne CDU /CSU sous la direction de la Chancelière Angela Merkel, alors qu’ aux élections fédérales de l’an 2013 ce taux était 41.5%, le retrait à 20.5% par rapport à 25.7% en 2013 du Parti Social – Démocratique SPD de Martin Schulz, mais aussi par l’entrée dans le Parlement Fédéral du Parti AfD, le parti d’extrême droite le plus dangereux en Europe en raison de la taille de l’Allemagne et des événements historiques dramatiques qui ont marqué de manière indélébile le 20ème siècle.

Les Allemands, il est plus qu’évident, ils sont reconnaissants à la Chancelière Merkel pour leur bien-être, pour leur niveau de vie élevé par rapport aux autres peuples européens, pour la lutte efficace contre le chômage, qui est à un niveau historiquement bas, à savoir seulement 3.9% de la population active, et bien sûr pour les excédents dans le budget. Alors, pour toutes ces raisons, ils lui ont donné un quatrième mandat à la Chancellerie, ce qui était seulement réussi par Konrad Adenauer, le réformateur de l’Allemagne de l’après – guerre et Helmut Kohl, le père de l’unification de l’Allemagne.

Néanmoins, de l’autre côté, la victoire de la Chancelière Merkel et la formation du gouvernement avec tous les partenaires potentiels signifie évidemment la poursuite de la politique d’austérité extrême et la mise en œuvre fidèle des règles « sacrés » de la discipline budgétaire, car cela sert ouvertement l’Allemagne. Cependant, la mise en œuvre de cette politique depuis des années a déjà provoqué la fatigue et l’épuisement des pays de l’Europe du Sud, et surtout de la Hellas, et donc avec le temps elle mettra, par déterminisme mathématique, en danger d’effondrement l’ensemble du projet européen.

En même temps, le pourcentage historiquement élevé événement sans précédent, 12.6%, du parti d’extrême droite, xénophobe et d’anti-immigration AfD, qui a réussi pour la premier fois non seulement d’entrer au Parlement Fédéral, mais aussi de devenir le troisième parti dans un niveau pangermanique et le deuxième sur les Etats Fédéraux de l’Est, est un empreinte particulièrement sombre des élections allemandes et renforce considérablement les populistes et les extrémistes de droite à travers le continent Européen. Jamais après la deuxième guerre mondiale et l’effondrement du régime nazi en 1945, il ne s’était passé quelque chose de semblable, ce qui est sans aucun doute une étape négative dans l’histoire allemande.

Il faut noter que lors des élections en Septembre 2013 le partie « Alternatif pour l’Allemagne » (Alternative für Deutschland – Afd), qui a été créé la même année en tant qu’une réaction d’une partie des Allemands contre les pays de l’Europe du Sud, avait recueilli le 4.7% et n’avait pas réussi à entrer au Parlement. Mais par son entrée en cours au Parlement, le Parti AfD dur d’extrême droite et xénophobe, qui pour beaucoup est considéré comme héritier authentique du nazisme, il est tenu d’exercer une forte pression sur la Chancelière Angela Merkel pour changer le caractère libéral et  démocratique qu’elle avait montré en ce qui concerne les sujets d’immigration, du terrorisme et de la sécurité, telle que la politique des frontières ouvertes qui a donné lieu à l’entrée de nombreux réfugiés et migrants en Allemagne en Septembre 2015. Bien sûr, cette politique n’est pas essentiellement guidée par la philanthropie, mais elle est basée dans l’intérêt de l’Allemagne, car le pays a besoin d’un demi - million d’immigrants chaque année afin de continuer à exister en tant que puissance économique et d’être capable de soutenir efficacement son système social.

La comparaison faite par Madame le co-président du Parti AfD, Frauke Petry, au cours d’un de ses discours en Stuttgart, des sociétés qui incorporent les immigrés avec du compost, sa position sur la surveillance des frontières allemands par des gardes qui auront le droit de tirer sur tout réfugié ou immigrant tentant de passer illégalement, mais aussi la déclaration de l’autre co-président de l’AfD, Alexander Gauland, quelques jours avant l’Euro 2016 pour le grand joueur de football Allemand-Ghanéen noir de Bayern et de l’Equipe Nationale  d’Allemagne, Jérôme Boateng, « Le monde le considère comme un bon joueur, mais ne le veulent pas pour voisin » démontrent avec la manière la plus claire que cette parti a en effet hérité les traditions odieux de la race aryenne des bataillons d’assaut du Parti National-Socialiste des Travailleurs Allemands d’Adolf Hitler de la décennie de 1930.

Quelle est la raison, cependant, de cette hausse effrénée de ce parti politique raciste qui veut, entre autres, de changer l’attitude de l’Allemagne afin d’arrêter la manifestation de remords pour les horribles crimes commises par les nazis? Certainement une cause clé est la crise des réfugiés et de la migration qui a aujourd'hui pris des proportions énormes et qui teste les pays européens et bien sûr l’Allemagne. Sur ce territoire de flux continu de réfugiés et des immigrés, plutôt que d’être construit à partir du monde développé une politique démocratique et progressiste à l’égard des immigrés et de réfugiés qui démontre la compassion et la solidarité, des fleurs hérissés du mal poussent  et triomphe la politique et la rhétorique fasciste et inhumaine de la haine contre les personnes persécutées et infortunées qui ont fui leurs maisons dans les circonstances les plus tragiques, en cherchant de la lumière loin de l’obscurité horrible et mortelle de la guerre et l’extrême pauvreté, mais aussi de l’espoir d’un avenir meilleur et plus pacifique.

D’ailleurs, une autre raison importante de la montée rapide du parti d’extrême droite AfD est la forte utilisation par les cadres de ce parti politique des incidents terroristes islamiques et des cas de criminalité qu’ils les attribuent à l’afflux des réfugiés et des immigrants en provenance des pays musulmans. Donc, à la première occasion pendant la campagne électorale, ils ravivent  les souvenirs du massacre du marché de Noël à Berlin et les agressions sexuelles contre les jeunes femmes allemandes des immigrants arabes pendant le premier jour de la nouvelle année 2016 à Cologne.

Enfin, le sperme des vues extrêmes et xénophobes est incubé comme le nouveau « œuf de serpent » beaucoup mieux dans les sociétés prospères du Nord qui se sentent menacées par les « pauvres » du Sud, qui sont chargés aussi avec des divers stéréotypes négatifs, et bien sûr, par les réfugiés et les immigrants.

En conclusion, les empreintes des élections allemandes sont obscures à la fois pour les pays problématiques déficitaires de l’Europe du Sud, puisque la politique allemande d’austérité dur ne va pas changer au moins, et pour les citoyens démocratiques de l’Allemagne et de l’Europe entière qui regardent avec crainte et froideur l’invasion cauchemardesque des partis politiques fascistes, racistes et xénophobes.   
 
Curriculum vitae
 
Isidoros Karderinis, est né à Athènes en 1967. Il est romancier, poète et journaliste. Il a étudié l'économie et a terminé ses études de troisième cycle en Economie du tourisme. Ses articles sont républiés dans des journaux, magazines et sites dans tout le monde. Ses poèmes ont été traduits en anglais, français et espagnol et sont publiés dans des revues littéraires et aux pages littéraires des journaux.  Il a publié sept livres poétiques ainsi que deux romans; cinq parmi eux ont été publiés aux Etats Unis et en Grande Bretagne.
 
 

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Elections législatives en Allemagne : Victoire en demi-teinte pour Angela Merkel

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(La constitution d’une coalition pour le quatrième mandat de la chancelière s’annonce complexe. L’entrée inédite de l’extrême droite au Parlement est, pour elle, un « nouveau défi »)

Angela Merkel espérait un résultat « un peu meilleur » pour son parti lors des législatives allemandes, dimanche 24 septembre. Les bureaux de vote ont fermé à 18 heures, et les estimations donnent 32,5 % des voix pour la CDU/CSU, alors que les sondages lui accordaient 36 % des intentions de vote. Le SPD, de centre-gauche, réalise son pire score depuis la seconde guerre mondiale, à 20 %.
Quant au parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l’Allemagne), il réussit son pari avec 13,5 % des voix. Les libéraux du FDP aussi. Ils reviennent au Bundestag et dépassent la barre des 10 %. Les Verts, avec 9,5 %, s’en tirent moins mal que prévu. La gauche radicale, Die Linke, est, elle, créditée de 9 %. La faiblesse du résultat de la CDU va rendre difficile la formation d’une coalition

« Nous sommes le premier parti, nous avons un mandat pour former le prochain gouvernement et il ne peut y avoir de gouvernement de coalition contre nous », a affirmé Angela Merkel dimanche soir. Reconduite pour un quatrième mandat, la chancelière égale Konrad Adenauer et Helmut Kohl. Mais son parti est en tête avec seulement 32,5 % à 33,5 % des voix, selon les estimations. Ce résultat décevant des conservateurs allemands pourrait être pire que le plus bas historique de Mme Merkel (33,8 % en 2009).

Les tractations vont durer plusieurs semaines, voire des mois. Jamais, dans l’Allemagne contemporaine, le vainqueur d’une élection ne s’est retrouvé sans majorité pour gouverner. Cette quête de majorité a été compliquée dès dimanche soir par le SPD, qui a décidé d’entrer dans l’opposition, après quatre ans de participation au gouvernement d’Angela Merkel.

Les Verts, comme les libéraux, ont quant à eux annoncé qu’ils consulteraient leurs bases respectives sur un éventuel projet d’accord de coalition avant de s’engager formellement. Mais les divergences entre écologistes et libéraux sur l’avenir du diesel ou l’immigration s’annoncent très compliquées à gérer. Les couleurs de la prochaine coalition auront une importance capitale pour une série de sujets brûlants, comme les réformes de la zone euro, l’avenir de la relation transatlantique ou encore la question des sanctions imposées à la Russie.

Les sociaux-démocrates s’effondrent

Le SPD se voit crédité d’environ 20 % des voix. Jamais dans son histoire d’après-guerre, le parti n’était descendu aussi bas. Son plus mauvais score remontait à 2009, avec 23 %, et il avait réussi à atteindre 25,7 % il y a quatre ans. « Ce soir prend fin le travail avec la CDU et la CSU », a déclaré dimanche son président Martin Schulz depuis le siège du parti à Berlin. Tirant les conséquences du scrutin, le SPD, qui gouvernait depuis 2013 avec les deux partis conservateurs, entre donc dans l’opposition.

Il s’agit d’un revers personnel pour l’ex-président du Parlement européen, propulsé en début d’année à la tête du parti pour tenter de sauver une situation déjà compromise à l’époque dans les sondages. C’est aussi l’échec d’une campagne centrée sur la justice sociale, qui n’a pas convaincu dans une Allemagne économiquement forte.

Le SPD va devoir « repenser son approche » et « affronter le fait que beaucoup d’ouvriers ont tourné le dos à l’ancien “parti des ouvriers” », affirme Michael Bröning, analyste à la Fondation Friedrich-Ebert, proche des sociaux-démocrates. Mais la marge de manœuvre du SPD, parti de centre-gauche, est étroite. L’espace est déjà occupé par Die Linke, avec lequel le SPD a jusqu’ici exclu toute alliance au niveau national en raison de l’opposition de la gauche radicale à l’OTAN ou aux missions militaires à l’étranger.

L’extrême droite entre au Parlement

Alternative pour l’Allemagne (AfD) a brisé un tabou dans le pays en récoltant 13,5 % des voix, selon les premières estimations. La formation d’extrême droite, qui ambitionnait de devancer les libéraux et les Verts lors des législatives, a réussi son pari. Elle devrait envoyer 86 à 89 députés siéger au Bundestag. Cette entrée des nationalistes au Parlement constitue un « nouveau défi », selon la chancelière.

« Nous allons changer ce pays », a lancé la cotête de liste du mouvement anti-islam et anti-migrants, Alexander Gauland, promettant de mener « une chasse » contre Angela Merkel. Si le parti, ostracisé par toutes les autres formations, n’a aucune chance de figurer au prochain gouvernement, l’autre tête de liste du parti, Alice Weidel, a déjà fixé ses objectifs à moyen terme : « [Etre] en mesure de gouverner dès 2021 ».

Partisan d’une sortie de l’Allemagne de l’euro, l’AfD prône des positions traditionnelles sur la famille. Climato-sceptique, il réclame également l’annulation de l’accord de Paris sur le climat. Une partie de ses cadres puise volontiers dans le vocabulaire nazi et remet en cause le consensus mémoriel des Allemands fondé sur le repentir. Adepte des tirades polémiques, M. Gauland n’a pas hésité à vanter « les performances des soldats » de l’armée d’Hitler.


Le parti, dont une frange souhaite un rapprochement avec le Front national français ou le FPÖ autrichien, a radicalisé son discours, à l’inverse de Marine Le Pen, qui a cherché à « dédiaboliser » le FN. Celle-ci a salué la percée du parti d’extrême droite, y voyant « un nouveau symbole du réveil des peuples européens ».

lemonde.fr

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Elections législatives de 2017 en Allemagne : L’ambiance vécue en live à l’ambassade à Cotonou

Franziska-Jebens

En République fédérale d’Allemagne hier dimanche 24 septembre 2017, c’était les législatives pour le renouvellement du Parlement (Bundestag). Une demi-douzaine de forces politiques étaient en lice dont la Cdu (Union démocratique chrétienne) de la chancelière Angela Merkel, le Spd (Parti social-démocrate) de Martin Schulz, la Gauche (Die Linke), l’Alliance 90/Les verts, le Parti libéral démocrate (Fdp) et Alternative pour l’Allemagne (Afd). Au Bénin, cette actualité a été vécue en direct grâce à l’ambassade de l’Allemagne qui a initié une soirée électorale au public, à la résidence de l’ambassadeur à Cotonou. Quels sont les enjeux d’une telle élection qui intervient tous les quatre ans ? Les explications avec Franziska Jebens, la Chargée d’affaires à l’ambassade.

D’abord mes impressions ; je suis très contente que les gens soient venus parce que ce n’était pas évident un dimanche. Un public moitié allemand, moitié béninois. On a suivi avec grand intérêt les résultats. Le parti de la Chancelière est en tête avec un peu de recul. La même chose que la deuxième force, le parti social-démocrate. Son leader s’est exprimé et a opté pour l’opposition. Le parti ne fera plus partie du gouvernement. Il y aura de toute façon, de bouleversements politiques. On aura de nouveaux ministres au gouvernement avec d’autres partis politiques mais toujours sous la Chancelière.

Qu’est-ce que ce bouleversement peut induire dans les relations entre l’Allemagne et le Bénin ou dans les relations internationales ?

Là, c’est trop tôt de le dire. Et comme c’est le même parti principal, la Cdu, qui va guider la politique du gouvernement, je ne pense pas qu’il y aura un grand changement dans les relations avec le Bénin. Pour le reste, on va voir, ça dépend du nouveau ministre des Affaires étrangères qui sera issu d’un autre parti ; plus du Parti social-démocrate. Il y aura probablement aussi un nouveau ministre de la coopération.

C’est la quatrième fois quand-même que la Chancelière Angela Merkel veut briguer le poste. D’aucuns disent qu’il y a un problème de démocratie qui se pose comme c’est le cas avec des chefs d’Etat en Afrique mais souvent combattus par l’Occident. Alors, quel est votre avis sur la question ?

On m’a beaucoup posé cette question. Bien sûr c’est un fait à regarder mais chez nous elle n’est pas chef d’Etat, elle est plutôt chef de gouvernement. Et dans son gouvernement, il y a tous les partis qui se mettent ensemble pour diriger le pays. Donc ce n’est pas elle qui a tous les pouvoirs, elle doit beaucoup partager. Par ce fait là, c’est une différence avec un pays où il y a le chef d’Etat qui a tout le pouvoir concentré dans ses mains.

Propos recueillis par Jacques A. BOCO

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Etats-Unis : Restriction de visas pour 3 pays africains

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(Ces Etats refusent de coopérer sur les expulsions)
Une mesure de restriction d’octroi de visa d’entrée sur le territoire américain a été adoptée par l’administration Trump à l’encontre de quatre pays, dont trois pays africains. Il s’agit notamment du Cambodge, de l'Erythrée, de la Guinée et de la Sierra Leone. Cette mesure est applicable depuis mercredi 13 septembre 2017.

Les Etats-Unis reprochent à ces quatre pays de ne pas coopérer au rapatriement de leurs ressortissants en situation irrégulière sur le sol américain. Ces expulsions concernant, selon Washington, 2137 Guinéens, 1900 Cambodgiens, 839 Sierra-léonais et environ 700 Erythréens.

L’absence de fourniture de documents permettant à ces personnes d’être expulsées du territoire américain vers leurs pays d’origine, constitue la raison essentielle de la mise en exécution cette sanction adoptée par l’administration américaine, depuis quelques semaines déjà, à l’encontre de ces pays.

Dans un communiqué rendu public hier, le ministère américain de la sécurité a, par ailleurs, tenu à préciser que cette décision s'appliquait « à certaines catégories de demandeurs ». Tout en faisant remarquer que « sans réponse appropriée des autorités de ces pays, l'étendue de ces sanctions pourra être étendue à une population plus large ».

Ainsi, l'ambassade des Etats-Unis en Erythrée a cessé de délivrer tout visa B (affaires ou vacances). Tandis que celle de Guinée a interrompu la délivrance de visas B, F, J et M « aux officiels guinéens ainsi qu'aux membres de leurs familles proches, avec quelques exceptions limitées » révèle le communiqué.

Source: Agence Ecofin

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