TPL_GK_LANG_MOBILE_MENU

SGB MAF GIF 1000x250px

A+ A A-

FRANC CFA : Le débat doit continuer

FRANCS-CFA

Depuis  2015  les zones monétaires et économiques UEMOA & CEMAC sont régulièrement  secouées par la relance du débat sur le maintien du franc CFA dans sa configuration actuelle,marquée notamment par son arrimage à l’euro et l’obligation faite aux Etats membres de constituer des réserves monétaires auprès de la banque centrale européenne.
Historique

Le franc CFA (Colonies Françaises d’Afrique appellation d’origine devenue Communauté Française d’Afrique en 1958) a été créé par décret du Général De Gaulle pris le 26 décembre 1945 qui en a décidé de l’arrimage au franc français. Cet arrimage a évolué avec la création de la zone euro, l’euro se substituant au franc français.

Quatre principes ont guidé le fonctionnement du FCFA : Parité fixe FF/FCFA puis Euro/FCFA ;.Centralisation des réserves de change des pays zone franc auprès de la banque de France ;libre convertibilité et libre circulation franc CFA/Euro.
De fait le trésor public français « garantit » la convertibilité et la parité fixe du franc CFA  contre l’obligation aux pays de la zone de CFA de déposer depuis 2005 cinquante pour cent (50 %) de leurs recettes d’exportation à la banque de France ;
Il faut rappeler que de 1945 à 1972 cette obligation portait sur la totalité (100%) de ces recettes. Cette proportion a été ramenée à 65 % en 1973 suite aux coups de « gueule »de l’ancien président togolais Gnassingbé Eyadéma puis progressivement à 55% depuis 2005.

Dans la même foulée les banques centrales (BEAC & BCEAO) voyaient leurs sièges rapatriés de Paris à respectivement  Yaoundé au Cameroun  et Dakar au Sénégal.

Il découle de cette garantie que les Etats concernés n’ont pratiquement aucune main mise sur leur politique monétaire (quasi inexistante sinon guidée depuis Paris) et leurs banques centrales se trouvent amputées d’importantes capacités de financement au profit des économies locales.

Par ailleurs il était impossible d’effectuer des échanges monétaires entre les zones BCEAO (Afrique de l’ouest ; 8 pays) et CEMAC (Afrique Centrale ; 6 pays) ce qui ne favorise guère l’intégration régionale ni les échanges économiques. En réalité bien qu’en ayant un même nom pour leur monnaie et une même valeur par rapport à l’euro  les pays avaient deux devises non interchangeables ; concrètement pour envoyer de l’argent de Cotonou à Yaoundé par exemple il fallait passer par l’Europe ou recourir aux sociétés privées de transfert avec les coûts y afférents.

Le débat actuel

La fronde est menée depuis 2015 sur deux plans,  l’un intello-économique et l’autre politique.
Au plan intello-économique l’économiste et ancien ministre togolais de la prospective Kako Nubukpo a été le premier à (re)lancer la remise en cause du système actuel appuyé par le camerounais Martial Ze Belinga et le sénégalais Demba Moussa Dembélé. Ils remettent en cause le système FCFA actuel  et préconisent la création pure et simple d’une monnaie propre à ces zones voire une monnaie africaine à l’échelle continentale.

Au plan politique on se rappelle de la sortie assez remarquée du président Idriss Déby Itno en date du 11 août 2015 où il  a déclaré qu’il fallait que le FCFA devienne réellement une monnaie africaine et qu’elle puisse servir au développement des pays qui l’utilisent. Il réclamait notamment la révision de certaines clauses jugées dépassées de l’accord de coopération monétaire liant les pays de la zone franc à la France.

Dans l’actualité récente sur le sujet, on peut retenir l’intervention  du tout nouvel ex-secrétaire exécutif de la Commission Economique pour l’Afrique de l’ONU, Mr Carlos Lopes qui a affirmé que le FCFA est un mécanisme désuet ainsi que  la sortie d’un ouvrage collectif intitulé « Sortir l’Afrique de la servitude monétaire »co signés par quatre économistes  sous la houlette de …Kako Nubukpo.

Dans cette ambiance les deux derniers sommets annuels des ministres des finances France/zone CFA tenus à Paris (sic) les 02 octobre  2015 et 2016 ont malheureusement accouché de très peu,Paris se contentant toujours d’affirmer qu’il était ouvert à toutes propositions et que l’avenir du FCFA dépendait des pays africains concernés.

Si tant est que cette assertion était vraie pourquoi la situation du FCFA n’évolue donc pas ?

Parce que les pays africains concernés ne saisissent pas cette porte ouverte pour faire évoluer le  débat et certainement parce qu’ils ne sont pas prêts au moins au niveau de la majorité des gouvernances actuelles.

Parce qu’aussi jusqu’ici les intellectuels économistes et monétaristes s’en servent plus pour faire leur buzz que proposer un projet structuré et  soutenu.

Parce qu’enfin le sujet souffre d’un manque de leadership politico-technique avéré.

Notre propos ici n’est pas d’opiner sur les avantages et inconvénients du FCFA tel qu’il existe actuellement ; les deux camps qui s’affrontent disposent chacun d’arguments tout aussi solides les uns que les autres.

Mais l’indépendance monétaire est une normalité  légitime pour toutes nations et nous devons y arriver.

Elle revêt deux formes : l’impression physique de la monnaie librement choisie et sa gestion autonome en tant qu’outil d’expression et d’accompagnement du développement de nos pays.

L’approche de solution

Elle est plus dans la méthode que dans les concepts.

Le débat doit continuer et ceci de façon  constante et non épisodique. Il doit être structuré et stratégique, politique et technique.

Politique avec l’expression claire par nos états d’une volonté de se doter de leur monnaie propre, indépendante et assurément régionale et progressivement africaine.

Politique aussi avec la mise en place d’une commission constituée d’un panel d’experts indépendants avec des termes de référence et un agenda précis pour aboutir à l’autonomie monétaire régionale (horizon 15-25 ans par exemple).
Technique pour  définir les contours des futurs choix monétaristes relatifs au régime de change en adéquation avec les réalités économiques actuelles et projetées de nos économies.

Technique aussi en ce qui concerne la gestion pratique de notre future monnaie :qui va l’imprimer, comment la sécuriser et la rendre le plus fiable possible, comment lutter contre le recours abusif à la planche à billets etc….

On le voit le chantier est sérieux et vaste ; le Bénin qui, heureusement, n’est pas   confronté à la gestion de questions économiques complexes pourrait en assurer la conduite en s’en appropriant.

Il s’agirait de faire créer et conduire une commission régionale en charge de la question ; cette commission devra comprendre des personnes ressources, des experts en la matière ; des représentants de l’UEMOA, de la CEDEAO, de la BCEAO,de la BEAC, etc ….Un (01) an maximum de travaux devrait suffire à cette commission pour nous dire comment et quand sortir du FCFA. Avis à nos dirigeants politiques et à nos économistes/ monétaristes de haut vol.

Le débat doit continuer car il nous faut l’indépendance monétaire.

Alain Noudogbessi

Dernière modification lemardi, 18 octobre 2016 05:33
Connectez-vous pour commenter
Retour en haut

Application Mobile

app-mobile-android

Abonnement Numérique

abonnement-numerique

Abonnement Papier

abonnement-papier

Inscrivez-vous à notre Newsletter et revevez l'information en continu ! Les dernières nouvelles, les dernières déclarations, l'information où que vous soyez !