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Chirurgie de soins intensifs à la Cedeao : La Guinée-Bissau peut-elle sortir du coma ?

Jose-Mario-Vaz

Une dizaine de chefs d’Etat de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont entériné une solution à la crise politique institutionnelle de la Guinée Bissau. Le communiqué final rendu public a annoncé une batterie de mesures dont la plus importante est l’annonce faite par le Président de la Guinée Bissau de la nomination d’un Premier Ministre de consensus en la personne de Aristide Gommes dont le décret de nomination prendra effet à partir du 17 avril 2018. Mieux, la feuille de sortie de crise prévoie l’organisation des élections législatives pour le 18 novembre 2018. Cette chirurgie  de soins intensifs pourrait-elle tué le virus qui démange le système politique Bissau-guinéen (I) depuis 2015 et ouvrir la voie pour une stabilité durable (II).

I. Le virus qui démange le système politique Bissau-guinéen (I)

Au commencement était  la destitution du gouvernement par le Président   bissau-guinéen, José Mario Vaz. En Guinée-Bissau le régime est semi-présidentiel. Le président de la République est le chef de l’État, le Premier ministre est le chef du gouvernement. Le pouvoir exécutif est exercé par le gouvernement tandis que le pouvoir législatif est partagé entre le gouvernement et l’Assemblée nationale populaire. Le pouvoir judiciaire est indépendant de l’exécutif et du législatif. Le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée du Cap-Vert (PAIGC) et le Parti du Renouveau Social (PRN) sont au pouvoir depuis 1994. Le 12 mai 2016 le président Vaz a congédié le gouvernement en exercice depuis septembre 2015 et ayant à sa tête M. Carlos Correia. Motif évoqué, le gouvernement Correia serait sans boussole. A la télévision, le Président s’en justifie de façon péremptoire en expliquant qu’il voudrait responsabiliser lespartis politiques pour qu’ils se concentrent sur l’intérêtsupérieur de la Guinée Bissau.  Mais qu’on ne se leurre point. C’est un subterfuge qui ne saurait cacher la mésentente  réelle entre le Président et sa majorité. En effet, en août 2015  le Président Vaz a limogé le Premier Ministre Domingos Simones Pereira après un an d’exercice. La crise, elle plus institutionnelle  que politique en ce que son essence est logée dans la nature du régime.  En Guinée Bissau, du fait du régime semi-présidentiel c’est  le  Premier ministre qui est  le véritable homme fort du pays. Une guerre de leadership larvée au sein du parti au pouvoir avait vite fait de voir le jour. Le Président refuse de subir la popularité grandissante de son Premier Ministre. C’est bien un jeu de go à la chinoise avec comme champ d’illustration  Mitterrand et Michel Rocard.  C’est d’ailleurs au cœur de cette incompréhension  qu’une voie est apparue , celle de  AgneloRegala, président de l’Union pour le changement (UM) et ancien ministre de la Communication qui trouve la genèse de la crise dans le limogeage  de DomingosSimões Pereira et de Carlos Correa.
A l’Assemblée Nationale de la Guinée, quinze députés fragilisent la majorité en s’écartant de la ligne directrice du  PAIGC. Réaction automatique du Président : l’exclusion et la destitution. La Cour Suprême du pays a décidé de réintégrer au parlement les députés frondeurs. La minorité parlementaire au sein de la majorité , une fois de retour rend la monnaie au Président de la République Vaz en réduisant la majorité écrasante du PAIGC . Ainsi le parti majoritaire  qui disposait  théoriquement de 57 sièges sur 102 est réduit à 42 alors que la principale force d’opposition, le Parti de la rénovation sociale (PRS) détient 41. La minorité au sein de la majorité devient maîtresse du jeu politique ; lequel s’appuie sur la  Constitution bissau-guinéenne, selon laquelle c’est au parti vainqueur des élections législatives – soit le PAIGC – de proposer le nom du Premier ministre, que le président doit ensuite accepter et désigner. Le PAIGC, le parti au pouvoir en vertu de ses dispositions statutaires et règlementaires a fait du Chef du Parti, la clé de voûte de la primature. DomingosSimões Pereira est encore juridiquement débout pour contrer le Président Vaz. Les responsables des cultes catholiques et musulmans ont tenté en vain de réconcilier la majorité présidentielle avec elle.  En somme le pays a été pris en otage par la crise au sein de la majorité présidentielle.

II. Ouvrir la voie de la stabilité durable

Le sommet de la Cedeao pourrait être le point de départ de  la sortie de crise dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest marqué  par des coups d’Etat et des violences politiques de toutes sortes. Le communiqué final des « Médecins » de la Guinée Bissau  donne une lueur d’espoir. Si le Président OlusegunObasanjo avait commencé à désespérer, il convient d’oser croire que le bout du tunnel est trouvé.

Les accords de Conakry de 2016 avaient prévu la nomination d’un  Premier ministre de consensus. La chirurgie des soins intensifs a consisté  à imposer des sanctions  à plusieurs hommes politiques  bissau-guinéens. L’offensive diplomatique oust-africaine a donné des fruits. On peut créditer le compte de la Cedeaod’une si belle performance. En effet, le  11 avril 2018, une délégation ministérielle sous-régionale a été composée pour le suivi de  l’accord de Conakry. La délégation est constituée de  Robert Dussey ,  Jean-Claude Brou qui est le Président de la Commission de la CEDEAO, de deNaby Youssouf Kiridi Bangoura , le ministre d’Etat, Secrétaire général de la présidence guinéenne, et représentant de médiateur de la CEDEAO pour la Guinée-Bissau, le Prof .Alpha Condé.

Il reste à savoir si la maturité de la classe politique de la Guinée-Bissau est à la hauteur de l’estime que lui portent les éditorialistes africains.  Car la crise politique actuelle en Guinée-Bissau fait douter   les investisseurs  internationaux du pays, qui avaient promis en mars 2015 plus d’un milliard d’euros pour la relance économique du pays.

HERBERT  DE SAINT TAUYE HOUNGNIBO
EDITORIALISTE
 DROIT INTERNATIONAL ET INSTITUTIONS DIPLOMATIQUES
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Dernière modification lemardi, 17 avril 2018 06:13
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