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Présidentielle en Sierra Leone : Battu, le dauphin du pouvoir force le destin

Samura-Kamara

Le second tour de la présidentielle en Sierra Léone a connu son épilogue avec la proclamation par la commission électorale de l’élection de Julius Maada Bio, le leader de l’opposition comme Président de la Sierra Léone avec  51,81 % des voix, contre 48,19 % pour le dauphin du pouvoir en exercice pour le candidat du parti au pouvoir, Samura Kamara. Surpris par le verdict historique,  la mouvance présidentielle crie à la fraude et conteste les résultats. Il s’agit d’un cri de désespoir  (I) qui ne saurait occulter les grands enseignements de ce scrutin (II) pour la Sierra Léone et l’Afrique.

I. Un cri de désespoir.

4 avril 2018.  La commission électorale annonce la victoire de Julius Maada Bio. Le dauphin du pouvoir Samura  Kamara, 48,19 %   conteste sans grande conviction les résultats sous prétexte qu’ils  ne sont l’image de l’expression du peuple réel.  Il a déclaré à ses partisans qu’il entend pourvoir  contester  les résultats devant les juridictions compétentes. Motifs de ces contestations, l’opposition aurait bourré les urnes et procédé  à des votes surnuméraires. Pire, la mouvance accuse l’opposition d’avoir procédé à des irrégularités. Plus rien ne peut  plus étonner dans élections africaines. La mouvance accuse l’opposition d’avoir eu plus de moyens qu’elle pour battre campagne et d’avoir organisé la fraude. Ce n’est pas un film. C’est bien le fondement de la contestation de la mouvance au pouvoir en Sierra Léone. La méthode de contestation n’a pas changé comme partout en Afrique quand le pouvoir en place est en perte de vitesse. Ainsi les  partisans du candidat malheureux Kamara, crient au vol et à des mains invisibles de puissance étrangère. C’est un argument vain car les forces étrangères ne sont pas venues mettre les bulletins dans les urnes. Un tel argument du pouvoir sierra-léonais est une argutie. Le pouvoir qui a tous les moyens d’influence ne saurait se contenter de justifications tout aussi fragiles qu’une coquille d’œuf. Cette défaite  n’est pas  seulement celle de M. Kamara ; elle est aussi celle de du Congrès de tout le peuple (APC).

Mais le premier tour avait déjà annoncé les couleurs de ce que l’enjeu de l’élection était un référendum par rapport à la gestion du pouvoir. Les résultats de l’élection ont été retentissants au premier tour du 7 mars 2018. L’opposant Julius Maada Bio  a devancé de 15 000 voix Kamara,  

le dauphin de  Ernest Bai Koroma, le Chef de l’Etat sortant. Le bilan du régime au pouvoir a été sanctionné par le peuple. C’est si simple que ça. L’APC, le parti au pouvoir  devrait tirer les enseignements qui s’imposent.

II. Les grands enseignements de ce scrutin.

Le grand retour de l’opposition conduite par Julius Maada Bio est le reflet de quatre grandes insatisfactions.

La première est la performance économique du régime. Le  pays possède un réel potentiel miner comme l’or, le fer, la  bauxite, le diamant. La  gestion des minerais est faite au détriment du pays. Le nouveau Président a annoncé lors de la campagne présidentielle qu’il procédera à la relecture de tous les contrats miniers.

La deuxième est la gestion quasi clanique du pouvoir d’Etat qui  a fait preuve de peu d’ouverture vers les zones de résistance  pour allier le plus grand nombre autour des objectifs de redressement du pays.

La troisième est la qualité politique du dauphin. M. Kamara , 66 ans est un illustre inconnu du public. Il est perçu comme quelqu’un aux ordres et sans point de vue. Donc un prolongement continuité d’Ernest BaïKoroma. Ces genres de Dauphin, le peuple s’en méfie. Une distance claire même artificielle aurait donné de l’espoir à ceux qui ne voudraient plus la gouvernance de  Koroma par procuration.

La quatrième est le conflit générationnel. On aperçoit bien que le nouvel élu appartient à une génération autre que celle de Koroma. C’est une autre génération qui a pris le pouvoir par les urnes.

Âgé  de 53 ans, Julius Maada Bio est un ancien putschiste. En 1992,  avec de jeunes brillants officiers  il a joué un rôle clé dans le renversement, sans un coup de feu, de Joseph SaiduMomoh.  En janvier 1996, Julius Maada Bio, alors vice-président, organise ce qu’il appelle d’un coup d’Etat  « démocratique ». Il rendra le pouvoir en mars 1996   à un ex fonctionnaire des Nations unies, Ahmad TejanKabbah.  Ce qui est intéressant dans le parcours du nouvel élu, c’est qu’il connaît ses limites. Ainsi, il est allé  à Washington, aux Etats-Unis, pour  étudier sérieusement  les relations internationales. De retour en Sierra Léone  en 2005, il a été plébiscité au sein du  Parti du peuple de Sierra Leone (SLPP).  

TAUYE DE SAINT HERBERT HOUNGNIBO.
EDITORIALISTE
EXPERT EN DROIT INTERNATIONAL ET INSTITUTIONS DIPLOMATIQUES

Dernière modification lelundi, 09 avril 2018 05:07
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