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2, Rue de l’Elysée-Togo : Muhammadu Buhari s’en balance

Muhamad-Buhari

On n’est pas grand frère pour rien. Jeudi 08 février 2018. L’ambassadeur du Togo au Nigéria, M. Lene Dimban a présenté ses lettres de créances au Président de la République Fédérale du Nigéria, Muhammadu Buhari.Abuja n’est pas allé du dos de la cuillère pour rappeler son droit d’aînesse et sa qualité de gendarme de la sous-région.  « Les transitions politiques pacifiques ne sont plus négociables »,  a martelé Muhammadu Buhari en regardant droit dans les yeux, le nouvel ambassadeur du Togo au Nigéria.  Le Président nigérian se  bat les flancs du 2, Rue de l’Elysée au sujet du Togo (I) et affirme son autorité  de préfet de maintien de l’ordre (II) au sein de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

I.    2, rue de l’Elysée-Togo

2, rue de l’Elysée désigne bien la cellule africaine de la France.  Il s’agit d’une cellule qui a connu de sombres  célébrités diverses suivant le prisme de chaque historien. L’image de Jacques Foccart apparaît généralement quand on évoque cette question. La France observe souvent avec beaucoup d’attention, souvent avec un regard paternaliste, ce qui se passe au sein de la Francophonie première, celle qui regroupe d’abord ses anciennes colonies « émancipées ».  D’hier à aujourd’hui, la cellule africaine de la France que dirige Franck Paris, 40 ans n’a pas modifié sa mission et sa vocation.  Il s’agit d’informer et de conseiller  le Président Emamnuel Macron  en lui soumettant des notes sur les situations qui prévalent en Afrique mais surtout, sur les pays « frères et amis ».  A coup de pinceau médiatique, on tente de lui donner une nouvelle virginité mais elle, la 2, rue de l’Elysée demeure la cellule où on tire les ficelles des choses de la Françafrique.  L’Elysée fait semblant de ne rien savoir de ce qu’il sait. Mais ce n’est pas le cas d’Abuja qui sait où il va et entend rappeler que l’aîné de la famille reste tel et prend ses responsabilités.

II.    Buhari, Préfet du maintien de l’ordre dans la Cedeao

Le géant de l’Est n’arrive plus à supporter les bruits au sein de la cour commune de la Cedeao. C’est ainsi qu’il a saisi l’occasion de la présentation des lettres de créance, pour briser les glaces. Les "transitions politiques pacifiques" n'étaient "plus négociables" en Afrique de l'Ouest, a laissé entendre le Président du Nigéria. L’allusion est nette, ciblée et à point nommé. C’est le Togo de Faure Gnassingbé qui traverse une crise  politique de constitution. Buhari craint ainsi une épidémie de crise politique au sein de la famille de la Cedeao. En fixant sans désemparer  l’ambassadeur Lene Dimban et en prononçant d’un ton ferme, quasi militaire qu’au  sein de la CEDEAO (Communauté Economiques des Etats d'Afrique de l'Ouest),  la "transition pacifique" est une condition sine qua none, Buhari  prend de coup les pronostics et se met dans les oripeaux de Préfet de maintien de l’ordre au sein de la Cedeao. Il en a d’ailleurs le charisme, les moyens et les réseaux diplomatiques y afférents. La preuve en est que l’ambassadeur Lene Dimban, a juste, calmement et respectueusement reconnu que « le grand- frère a parlé ». Poids économique et politique impressionnants, le Nigéria est  le Grand-frère. En effet, toutes les fiches signalétiques sur le Nigéria sont concordantes en ce que le pays s’est engagé  en faveur du maintien de la paix depuis les années 1960. Il est  l’un des plus importants contributeurs de troupes aux opérations de maintien de la paix (OMP) des Nations Unies. Le pays participe actuellement à 11 des 16 opérations en cours. Ses contributions majeures sont déployées au sein de la MINUAD au Darfour (1 030 hommes) et de la MINUL au Libéria (838 hommes). En 2013, le Nigéria a été parmi les premiers Etats africains à déployer des troupes au Mali au profit de la Misma (1 200 hommes), dont il assurait le commandement, puis de la Minusma. Le pays de Buhari  exerce une influence importante sur son environnement régional grâce à son poids démographique et l’importance de sa diaspora, sans oublier la puissance financière de ses banques et le rayonnement de sa production audiovisuelle (troisième producteur de films au monde). On n’est pas Grand-frère pour rien. On l’est aussi dans les faits.

On se souviendra comme si c’était hier que Goodluck Jonathan, le prédécesseur de Buhari avait menacé la classe politique  du petit pays francophone frontalier  au sujet  l’issue de la présidentielle de 2011 au motif  qu’en cas de contestation du résultat du scrutin (KO au premier tour pour le Président sortant  Boni Yayi), «  il ne tolérerait pas du « désordre » à ses portes ».  Faure Gnassingbé  qui fait face depuis cinq mois à une très forte contestation populaire, connaît bien la force de frappe du Grand Frère ; il  n’a d’ailleurs  pas rappelé son ambassadeur pour consultations.  C’est tout de même sage.   Il reste à présent au Grand Frère Muhammadu Buhari   de s’impliquer pour le succès des négociations prévues entre le pouvoir togolais et l'opposition, le 15 février prochain. Rappelons que Faure Gnassingbé a succédé en 2005 à son père, le général Gnassingbé Eyadéma, qui a dirigé sans partage le pays pendant 38 ans.

TAUYE DE SAINT HERBERT
EDITORIALISTE
EXPERT EN DROIT INTERNATIONAL ET INSTITUTIONS DIPLOMATIQUES

Dernière modification lejeudi, 15 février 2018 05:38
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