TPL_GK_LANG_MOBILE_MENU

Banner-CASH AND ART- 22

A+ A A-

Jeudi de la colère au Tchad : Ahmat Mahamat Bachir en caporal de l’ordre

Ahmat-Mahamat-Bachir

« Est-ce que la marche résout les problèmes ?On ne permettra pas à qui que ce soit de troubler l’ordre public ni d’être au-dessus de la loi ». Ainsi s’exprimait le Ministre de la Sécurité du Tchad, AhmatMahamat Bachir à l’endroit du collectif tchadien des organisations de la société civile (CTOSC) qui  a appelé à mener des marches pacifiques dans plusieurs villes du pays pour dénoncer la mauvaise gouvernance.AhmatMahamat Bachir n’est pas unique en son genre. Partout en Afrique, les ministres de l’intérieur se ressemblent dans leur compréhension de l’ordre public(I) qui tranche avec l’évolution  des mœurs démocratiques (II)

I.    Une compréhension nécrologique de l’ordre public

Ahmat Mahamat Bachir n’est pas seul à croire que maintenir l’ordre public c’est interdire, réprimer et empêcher les manifestations. C’est la conception la mieux partagée des ministres en charge de la sécurité  et préfets de l’Afrique.  C’est beaucoup plus un état d’âme  transféré des Chefs d’Etat sur leurs ministres del’intérieur.  Cette appréhension a sa cause dans les effets de la manifestation. Cette dernière a pour le but  d’exprimer collectivement une volonté commune. C’est un moyen habituel de revendications sociales et politiques. En toute circonstance sur le continent, l’exercice de la liberté de manifestation rencontre uneadversité majeure. En effet, empruntant la  voie publique, la manifestation  est regardée comme risquée pour l’ordre public. Et pourtant, la conciliation entre la sauvegarde de l’ordre public et l’exercice d’une liberté constitutionnelle est d’ailleurs le fondement du maintien de l’ordre. Cela n’est pas la compréhension du nouveau soldat de l’ordre au Tchad. M. AhmatMahamat Bachir se cache derrière un arbuste : « Nous avons à maintes reprises répété et nous allons continuer à le répéter. Les conditions sécuritaires ne permettent pas la marche. Est-ce que la marche résout les problèmes ? Bien au contraire. ». Faux ! La marche résout les problèmes. La revendication a un objet qui ne souffre d’aucune ambigüité. L’artiste rappeur, Ray's Kim porte-parole de la plateforme « Au nom du respect » (Andur)  s’est exprimé: « Nous ne sommes pas une rébellion (...) C’est un truc pacifique en fait. Dans notre communiqué, on a demandé que les forces de l’ordre se mettent à disposition pour pouvoir encadrer la marche. Encadrer, c’est plus facile que de réprimer ». C’est là l’enjeu du maintien de l’ordre.  En fait c’est une incompétence  que cachent souvent les autorités en charge du maintien de l’ordre.  Dans des conditions bien définies comme en matière d’Etat d’urgence, l’interdiction ne saurait pas être la règle. Une exception.  Dans le cas tchadien, la grève en cours est l’expression d’un malaise profond. Si le gouvernement  du Tchad a horreur des manifestations, il suffit pour lui de donner un sens à la parole donnée, à la bonne gouvernance. La dissolution des partis politiques, l’interdiction des manifestations relèvent de méthodes autocratiques qui actualisent ainsi l’ère  Hissène Habré. Ce qu’on attend du maintien de l’ordre c’est moins la répression systématique ou l’interdiction que l’encadrement avec succès. C’est un corolaire de la démocratie. Les options noires des droits de l’homme de  l’histoire du Tchad sont définitivement nécrologiques. Le procès de Hissène Habré devrait être un ferment pour les mœurs démocratiques.

II.    L’évolution des mœurs démocratiques

Quand on cherche à comprendre le sens de la liberté de se réunir, on ouvre les cahiers du Conseil d’Etat du 19 mai 1933.Comme l'indiquait le commissaire du gouvernement, suivant une formule souvent reprise : « la liberté est la règle, la restriction de police l'exception ».Fort heureusement, il existe des juridictions notamment la juridiction administrative, toutes choses égales par ailleurs, pour connaître des  motifs qui ont justifié la mesure de police – les risques de troubles à l’ordre public – ainsi que la proportionnalité de la mesure retenue au regard de ces risques.

La démocratie se construit autour des principes. Ce dont le Tchad a besoin ce sont des professionnels du maintien de l’ordre. Pas de maintien de l’ordre sans précautions. Ainsi, on pourrait recommander l’analyse conjointe Ministre de la Sécurité et organisateurs  de l’importance du public attendu,  la configuration de la manifestation,  les circonstances propres à la manifestation,  les risques prévisibles de troubles à l’ordre public. Les services spécialisés du Ministère de la Sécurité doivent procéder à l’inspection des lieux, constituer un dispositif propre à séparer le public des acteurs ou les groupes antagonistes. La compétence, c’est être prêt à intervenir pour éviter qu’un différend ne dégénère en rixe. C’est aussi  porter assistance aux personnes en péril.  Ne pas remettre les services de maintien et de rétablissement de l’ordre au service de la paix, c’est être allergique à la démocratie. Et son ordonnance est bien connue : la démission.

TAUYE DE SAINT HERBERT.
EDITORIALISTE
EXPERT EN DROIT INTERNATIONAL ET INSTITUTIONS DIPLOMATIQUES
CONSIGNE : LA PHOTO DU MINISTRE DE LA SECURITE PUBLIQUE DU TCHAD

Dernière modification lelundi, 12 février 2018 04:55
Connectez-vous pour commenter
Retour en haut

Application Mobile

app-mobile-android

Abonnement Numérique

abonnement-numerique

Abonnement Papier

abonnement-papier

Inscrivez-vous à notre Newsletter et revevez l'information en continu ! Les dernières nouvelles, les dernières déclarations, l'information où que vous soyez !