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30e sommet de l’Union africaine : Le Bénin abandonne l’école buissonnière

Patrice Talon

Que faut-il retenir de la participation  du Bénin au 30ième sommet de l’Union Africaine ? Questionnement tout aussi pertinent  que l’initiative du Ministre en charge de la coopération qui a choisi d’entretenir la presse de son pays sur les « retombées » de la participation du Bénin à ce sommet. La moisson obtenue à Addis-Abeba a un son inaudible (I) avec  accord ambigu de coopération militaire avec le Rwanda (II).

I.    UNE MOISSON AU SON INAUDIBLE.

La 30ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'Union Africaine (UA) s’est tenue  du 22 au 29 janvier 2018, sous le thème « vaincre la corruption : une option durable de transformation de l’Afrique ». Le Bénin a été représenté par le chef de l’Etat, le Président Patrice Talon. A en croire le Ministre des Affaires Etrangères et de la coopération, M. Aurelien AGBENONCI, le Bénin s’est affirmé lors de ces assises par le dynamisme et l’implication du Président Patrice Talon lors des grands débats. Ce qui démontre que le Président a assisté de bout en bout au sommet. La preuve en a été sa déclaration sur la pertinence  et l’utilité de l’union. Le Ministre des affaires Etrangères s’est contenté d’un laconique  satisfecit en ces termes : «  J’ai été fier de son intervention et de sa participation ». Ceci ne saurait occulter le commentaire de trop du Président de la République sur la pertinence de l’Union Africaine. Cela dit, la presse internationale a dû remarquer le retour du Chef de l’Etat béninois sur les bancs de l’Union Africaine. Ce qui est un fait diplomatique majeur. Le thème de la conférence est d’actualité.  Le Ministre des Affaires Etrangères nous informe que le Président de la République a parlé des avancées de son pays dans la lutte contre la corruption. Là-dessus, on est curieux de savoir les avancées de lutte contre la corruption au Bénin.   On devrait être plus exigeant à demander à écouter le son de la moisson présentée à AdissAbeba. Ce son, de toute évidence est en désaccord avec la lettre d’accusation de l’ONG internationale GERDESS-AFRIQUE qui s’inquiète sur de fausses luttes contre la corruption qui sont en réalité la déstabilisation des personnalités politiques et économiques supposées  être des challengers pour les consultations électorales immédiates.  C’est dans ce cadre qu’il faudrait comprendre qu’on ne transformera pas l’Afrique en remettant en cause les arrêts de la Cour Suprême, en ne respectant pas les décisions de la Cour Constitutionnelle. La lutte contre la corruption passe par le respect des institutions et la séparation des pouvoirs.

Le point d’honneur est la participation effective du Président, le contact et les accords. On s’en frotte les mains. En effet,  le Chef de l’Etat a était présent au 27ème sommet du forum du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), au 36ème sommet du comité d’orientation des chefs d’Etat et de gouvernement du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), à la session extraordinaire de la conférence des chefs d’Etat et gouvernement de la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Un tel agenda marque la fin de l’école buissonnière mais relance un autre débat, l’obsessionnel accord de coopération militaire avec le Rwanda

II. UN ACCORD AMBIGU DE COOPERATION MILITAIRE AVEC LE RWANDA.

Le Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération du Bénin a informé l’opinion publique nationale que la délégation du Bénin a signé un accord militaire de coopération avec le Rwanda en vue de bénéficier de son expertise en matière de sécurisation des frontières. Que cache-t-on aux Béninois ? Pour sécuriser le Bénin, il faut connaître les frontières du Bénin. Il est limité au Nord par le Niger, au Nord-Ouest par le Burkina-Faso, à l’Ouest par le Togo, à l’Est par le Nigéria.  Il s’agit de sécuriser 2123Km décomposés comme suit : Burkina-Faso, 386 km ; Niger, 277km,  Nigéria, 809 km et Togo, 651 km.

Pour sécuriser les frontières du Bénin, ce qui est à privilégier c’est la coopération de proximité. Pourquoi ne devrait-on pas  proposé l'établissement d'un "mémorandum d'entente" sur le renforcement et le maintien de la paix et de la sécurité sur la frontière benino- nigériane, benino-Burkinabè, bénino-togolaise, bénino-nigérienne, la mise en place d'un cadre d'échanges d'informations entre les autorités administratives de nos pays limitrophes à tous les niveaux, ainsi que l'initiation de rencontres régulières des autorités militaires, policières et administratives des départements  frontaliers du Bénin ? Le choix du Rwanda est une faute diplomatique, une provocation inacceptable à l’égard des diplomaties limitrophes. Le Rwanda est un intrus dans la CEDEAO.

Le renforcement de la sécurité des frontières du Bénin passe par une   étude de la question des "postes frontaliers juxtaposés" par les services des migrations des pays limitrophes, la réactivation des activités de "Commissions Techniques Mixtes" chargées de la démarcation et de la matérialisation de la  frontière limitrophe, ainsi que la mise en place d'une "commission mixte permanente" en charge des questions politiques, de défense et de sécurité.

En dehors ces voies diplomatiques de proximité, tout accord militaire avec le Rwanda est une aventure ambiguë.

TAUYE DE SAINT HERBRT
EDITORIALISTE
EXPERT EN DROIT INTERNATIONAL ET INSTITUTIONS DIPLOMATIQUES

Dernière modification lejeudi, 08 février 2018 05:17
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