TPL_GK_LANG_MOBILE_MENU

oukoikan-banniere-matin-libre

A+ A A-

"La Françafrique n'existe plus.... " : Pourquoi mentez-vous Monsieur Macron?

Emmanuel-Macron

Sarkozy, Hollande déjà...

Qui n'aura pas remarqué que, s'agissant de la France, l'Afrique n'est décidément pas un continent simplement considéré "comme un autre". En effet, chaque mandature, et préalablement, chaque campagne électorale, se doivent d'être marquées par le point de vue du candidat, ou de la candidate, sur....l'Afrique. Ainsi, Sarkozy avait annoncé dans sa campagne la fin de la Françafrique. Révolus ces temps où l'Etat français faisait la pluie et le beau temps sur le continent. Ah bon ? Un naïf aurait pu entendre : Désormais, nous n'interviendrons plus dans les affaires intérieures des pays d'Afrique, nous ne favoriserons plus les personnes et individus, les "chefs" les mieux placés pour défendre nos intérêts et pour finir, à dater de ce moment, notre "coopération militaire" se bornera à des relations entre états souverains. Sarkozy à peine élu, le ministre en charge du continent africain, reprenant simplement dans un discours inaugural, les propos du candidat devenu président, déclenche la colère de Bongo, françafricain s'il en est qui, hors de lui, multiplie tous azimuts les déclarations incendiaires et, parlant du ministre français, téléphone en substance au président français : Ce sera lui ou moi ! On connaît la suite : vite pressé de démissionner, le ministre quitte le gouvernement et, dans la foulée, on lance la reprise du "travail" avec Bongo et ses compères. Les caciques sont rassurés. Tout va pouvoir continuer comme avant. Enfin, pour bien enfoncer le clou, Sarkozy se rend peu de temps après à Dakar où, d'un amphi de l'université AntaDiop, il lance sa fameuse sentence : "L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire". Tout était dit. Les travaux pratiques de cette "politique africaine" de la France devaient rapidement prendre corps avec l'intervention de l'armée française en Côte d'Ivoire permettant à Ouattara, candidat préféré du FMI, de la Banque Mondiale et des USA, d'accéder au pouvoir au terme d'élections tout a fait contestables et contestées. François Hollande fut encore plus direct et rapide puisque, après les déclarations habituelles de campagne électorale, concernant la fin de la tutelle française sur l'Afrique, il se dépêchait d'expédier une force armée très conséquente au Mali pour y mener une guerre contre un ennemi aux contours tout à fait flous, tantôt des touaregs séparatistes, tantôt des jihadistes islamistes, tantôt des rebelles séparatistes...Une armée "temporaire" d'occupation toujours en place ! Jeune peut-être...héritier sûrement ! "Je suis d'une génération qui n'a jamais connu l'Afrique comme un continent colonisé". Déclaration, de la part d'un chef d'Etat, pour le moins surprenante, voire démagogique. Comment en effet, un président à peine élu, pourrait-il s'exonérer du passé politique du pays qu'il dirige, au prétexte de son âge ? Non, Monsieur Macron, les étudiants africains, burkinabés en l'occurrence, ne sont pas des enfants, des innocents juste bons à gober des lieux communs "café du commerce" du genre : "Je ne saurais répondre à ça car je n'étais pas né". Ne vous en déplaise, vous êtes, l'héritier et le continuateur d'une "politique africaine" de la France. On peut même aller plus loin encore et dire que, si pour les entreprises françaises vous en êtes même, à leurs yeux, le garant, pour les africains, vous en êtes redevable et devait donc en répondre. La date de naissance n'est que de faible intérêt et ne sera pas retenue. Le président Macron était-il né, au moins en politique, lorsque ministre de l'économie, il participait aux gouvernements successifs qui décidaient de poursuivre et de renforcer les interventions militaires sur le continent. Comment croit-il pouvoir expliquer aujourd'hui à des étudiants médusés qu'il n'est "venu au jour" que lors de son élection à la présidence de la république française ? Certes, si de nouveaux concepts sont apparus récemment dans la novlangue des "politiques" et des politologues, comme le dégagisme, le jeunisme, on sait qu'il ne s'agit que d'exercices de langage qui ne masquent en rien, en général, la volonté de maintenir l'ordre ancien, tant en politique intérieure qu'en politique extérieure et concrètement, la politique africaine de la France, que Monsieur Macron dit ne pas connaître, c'est d'abord et avant tout, une activité militaire. Changement de tête et continuité Lorsque l'on dénonce la Françafrique, on s'en prend en général et en priorité aux activités des entreprises françaises et aux contrats commerciaux déséquilibrés qui appauvrissent les Etats africains, on dénonce la mainmise de Bolloré sur les infrastructures, les transports routiers, les ports...on critique la politique d'endettement forcé des états qui contraint ces derniers à privatiser à tout vent et à détruire tout service public...on dénonce aussi la survivance du Franc CFA, instrument néocolonial mis en place au temps des "indépendances" pour maintenir les 14 pays concernés dans une situation de soumission monétaire à l'égard de la France...etc...

On omet souvent de mettre l'accent sur la présence de l'armée française sur le sol africain et son stationnement permanent depuis les "indépendances". Il s'agit pourtant de la pierre d'angle du système de la Françafrique. Depuis toujours, il est de notoriété publique, que c'est cette armée française qui fait et défait les "chefs d'Etat amis". Entendez par là, qui met en place et qui soutient tel ou tel dirigeant en fonction des engagements de celui-ci à défendre les intérêts français, à savoir ceux des entreprises françaises. Celui-là sera considéré comme "chef d'Etat ami". Malheur à celui qui ne se rangera pas parmi les "amis". On sait bien par exemple que lorsque Thomas Sankara fit remarquer à Mitterrand, lors d'un vif échange entre les deux chefs d'Etat "qu'il était regrettable que la France accueille les tortionnaires sur son sol", son sort fut scellé et son assassinat programmé. Aujourd'hui, sous le quinquennat de Macron, "l'opération Barkane" ce sont des milliers d'hommes, super armés, super entrainés, capables d'intervenir partout extrêmement rapidement. En plus de la Centrafrique, ces troupes opèrent régulièrement aux confins du Sahel, Niger, Tchad, Mali, région hautement stratégique pour les matières premières minérales et fossiles. Aujourd'hui, la France développe une "coopération" militaire et policière avec le régime dictatorial de Faure Gnassimbé au Togo. Quoiqu'il en soit de la répression policière, et militaire, à l'encontre de la jeunesse togolaise, la France continue de "conseiller" la dictature. C'est aussi ça la Françafrique. Aujourd'hui, alors que la répression s'abat sur une grande partie du peuple du Cameroun, que les forces de répression ont déjà tué de 40 à 100 personnes dans les différentes manifestations, c'est l'ambassadeur de France, lui-même militaire, qui remet solennellement des décorations françaises aux représentants des forces de l'ordre responsables de ces morts. La Françafrique c'est la domination de la France sur une immense partie du continent africain et cette domination est avant tout une intervention armée. Au prétexte du "combat contre le terrorisme", de "maintien de la paix", d'aide à un "pays ami"...l'armée française intervient prioritairement pour préserver, et accroître, les intérêts de la France, autrement dit les intérêts bien compris des Bolloré, Bouyges, Véolia, Orange, Total, Aréva... Déclarer la fin de la Françafrique est un jeu de dupes. Pour  y défendre le "commerce" des entreprises françaises, l'armée française restera en Afrique.

Voilà pourquoi Monsieur Macron, comme tous ses prédécesseurs, a menti à Ouaga !

Par Romuald Boko& François Charles

Dernière modification levendredi, 08 décembre 2017 06:00
Connectez-vous pour commenter
Retour en haut

Application Mobile

app-mobile-android

Abonnement Numérique

abonnement-numerique

Abonnement Papier

abonnement-papier

Inscrivez-vous à notre Newsletter et revevez l'information en continu ! Les dernières nouvelles, les dernières déclarations, l'information où que vous soyez !