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Défis alimentaires et nutritionnels dans la région Sahel et Afrique de l’ouest : Des résolutions concrètes attendues aux assises de Cotonou

Csao-Ocde

« Les approches innovantes et territoriales de sécurité alimentaire et nutritionnelle ».  C’est autour de ce thème que s’est ouvert l’édition 2017 de la Semaine du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, ce lundi 4 décembre au Golden Tulip hôtel de Cotonou. Plus de 300  participants, représentants de gouvernement, Partenaires techniques et financiers, représentants d’organisations paysannes et de la société civile prennent part à cette rencontre annuelle organisée par le Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (Cilss) et le Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’ouest (Csao/Ocde).

Placée sous le patronage de la Cedeao et de l’Uemoa, la Semaine du Sahel et de l’Afrique de l’ouest, se tient au même moment que la 33ème réunion annuelle du Réseau de prévention et de gestion des crises alimentaires (Rpca). Elle permettra aux participants de faire le point sur la situation alimentaire et nutrionnelle, le bilan des plans nationaux de réponse, formuler des recommandations sur la base desquelles des décisions efficaces seront prises. Pour le représentant des Ptf, Philippe Thomas, à la cérémonie d’ouverture, l’on ne doit perdre de vue que les contextes ont changé, les défis aussi. Mais il va falloir s’adapter.  « S’adapter, c’est avant tout regarder en face les défis et être capables de faire un bilan sans concession de nos insuffisances et nos échecs et d’exploiter les réels succès », a-t-il laissé entendre.  Parlant de contexte et de défis, Philippe Thomasa peint un tableau pas reluisant : « Après plus d'une décennie de déclin constant, la faim augmente pour la première fois affectant, dans le monde, 815 millions de personnes en 2016. Plus que jamais sont observés de grands mouvements de populations mues par le besoin de fuir leur situation précaire et l’espoir de trouver ailleurs un avenir meilleur. L'Afrique est le continent le plus affecté : trois des quatre crises alimentaires majeures de 2017 sont en Afrique. Plus de 62 millions d'Africains ont besoin d'une aide alimentaire pour survivre. Plusieurs centaines de millions de personnes restent chroniquement sous-alimentées ». Et il poursuit : «  En Afrique, en 2016, le retard de croissance, la malnutrition chronique (stunting en anglais) était estimé à 31 % soit environ  59  millions d'enfants de moins de 5 ans (….) L'Afrique est même le seul continent du monde où numériquement le nombre d'enfants ayant un retard de croissance a augmenté. Et l'Afrique de l'Ouest, à elleseule, représente la moitié de cette augmentation.  Toujours selon Philippe Thomas de l’Union européenne, « en 2016, dans la région, il y avait 4 millions d'enfants en retard de croissance de plus qu'en 2000.  4 millions de plus de la jeunesse africaine, dont l’avenir est menacé par cette crise nutritionnelle affectant notamment leurs capacités cognitives (…) dans le Sahel, chaque année, plus de 3 millions d'enfants souffrant de malnutrition aigüe sévère risquent de mourir s’ils ne reçoivent pas d’urgence un traitement approprié ».

La situation vue par le dispositif du Pregec

A la suite du représentant de l’Union européenne, le ministre de l’Agriculture du Mali et ministre Coordonnateur du Cilss, Dr Nango Dembélé a exposé les résultats prévisionnels du dispositif de prévention et de gestion des crises (Pregec) quant aux productions agricoles 2017-18 et la situation alimentaire et nutritionnelle au Sahel ainsi qu’en Afrique de l’Ouest.  Il ressort de ces travaux, que sur le plan agricole, en dépit des excédents de productions qui pourraient se dégager aussi bien pour les cultures vivrières que les cultures de rente et industrielles, il y a le Cap Vert qui traverse une sécheresse ayant affecté les capacités productives des populations les plus démunies. A cela vient s’ajouter l’apparition de la chenille légionnaire dont la présence a été signalée dans la plupart des pays. « La grande capacité d’adaptation de l’espèce et surtout sa nuisibilité pour les cultures constituent une menace sérieuse pour nos productions agricoles futures », alerte Dr Dembélé.   Dans la même veine, il signale que sur le plan pastoral, la région serait en passe de connaître des conditions d’alimentation et d’abreuvement du bétail, très difficiles, en raison de la baisse drastique des productions fourragères enregistrées dans la zone pastorale du Sahel et particulièrement en Mauritanie où des départs massifs des éleveurs transhumants en direction des zones d’accueil du Sénégal et du Mali sont enregistrés. « S’agissant de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle dans la région, les analyses nationales avec le Cadre Harmonisé, notre outil commun, révèlent que plus 5,2 millions de personnes ont besoin d’une assistance alimentaire et humanitaire immédiate. Cette situation est liée en grande partie à l’insécurité civile qui sévit dans la région du Lac au Tchad, le Nord-Est du Nigeria, l’Est du Niger, au Nord et au Centre du Mali et dans la boucle du Liptako-Gourma où on dénombre près de 2,8 millions de personnes déplacées et réfugiées », précise le ministre coordinateur du Cilss.  

Il urge d’agir…

Face à ce constat sombre, beaucoup de propositions ont été faites au cours des travaux de cette première journée essentiellement consacrée à la situation agricole, alimentaire et nutritionnelle dans la région. Pour Marcel de Souza, président de la commission de l’Uemoa, il faut aller au pragmatisme. Des solutions durables, à cout, moyen et long termes doivent être trouvées pour prévenir d’éventuelles crises alimentaires et faire face à la résilience. Si certains participants ont insisté sur la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des Plans de nationaux de réponse dans une approche régionale, d’autres ont évoqué la collecte de données fiables et de qualité pour mieux suivre les produits ainsi que leurs coûts sur le marché. Parvenir à une réelle transformation des produits agricole pour une économie alimentaire, c’est l’autre piste importante préconisée surtout pour employer plus de jeunes et de femmes. « Je le dis parce qu’une étude du Secrétariat du Club qui sera présentée ici nous rappelle que les femmes représentent plus de 70 % des emplois dans le commerce alimentaire, plus de 80 % dans la transformation pour la consommation humaine, près de 90 % dans la restauration. Autrement dit, si nous voulons dynamiser les filières agroalimentaires pour créer plus d’emplois et de croissance, il faut mettre les femmes au cœur des politiques », a martelé François-Xavier  de Donnea,président du Club du Sahel et de l‘Afrique de l’ouest (Csao).

L’on s’est aussi accordé sur le fait que le Réseau de prévention et de gestion des crises alimentaires (Rpca), cet outil commun de prévention, vieux de 33 ans doit être dynamisé. Les Ptf doivent également faire l’effort de s’aligner sur les sur politiques nationales ou les plans de réponses des Etats.  Des mécanismes ou réponses qui marchent dans certains pays comme le Burkina Faso ont été partagés aux cours des discussions. Il faut dire qu’au terme de la cérémonie d’ouverture, les officiels ont procédé à la signature du cadre de dialogue permanent au sein de la plateforme Csao. Le ministre d’Etat en charge du Plan et du développement du Bénin, Abdoulaye Bio Tchané qui a procédé à l’ouverture officielle des travaux, a exhorté les participants à créer l’espoir au sein des populations de la région, au terme des réflexions.  Les travaux se poursuivent jusqu’au 8 décembre prochain.

JB

Le Bénin et la sécurité alimentaire

C’est le ministre de l’agriculture Gaston Dossouhoui qui, dans son discours à l’ouverture, a fait l’état des lieux des mécanismes mis en place par le gouvernement « pour assurer de façon durable la souveraineté alimentaire, la sécurité alimentaire et nutritionnelle, et contribuer au développement économique et social des hommes et des femmes du Bénin pour l’atteinte des Objectifs de développement durable (Odd). Il a énuméré entre autres programmes et plans stratégiques. « Le Bénin a fait des avancées dans la lutte contre l’insécurité alimentaire durant ces dernières années. Selon les résultats de l’évaluation conjointe Fao-Fida-Pam sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde, édition 2014, le Bénin fait des progrès considérables entre 1990 et 2014 avec la part de la sous-alimentation dans la population totale qui est passée de 28% en 1992 à 7,5% entre 2014 et 2015 ». Cependant, dira-t-elle « malgré ces performances, le Bénin reste classé parmi les nations du monde où le niveau de prévalence de la faim est encore préoccupant ». Et d’ajouter : «  L’analyse de l’insécurité alimentaire de toutes les communes du Bénin par l’étude CRAD en 2013, indique que 30 des 77 communes du Bénin sont en phase d’insécurité  alimentaire critique. Aussi, la situation de malnutrition au Bénin reste-elle préoccupante et se pose avec acuité surtout en milieu rural qu’en milieu urbain ». Le ministre béninois de l’agriculture se dit conscient que beaucoup reste à faire car, « Un enfant sur trois au Bénin continue de souffrir d’un retard de croissance dû à la malnutrition ». Pour Gaston Dossouhoui, ce tableau n’est pas très différent dans beaucoup d’autres pays. Mais le Bénin n’est pas resté les bras croisés. L’option du nouveau programme des cantines scolaires faite par le gouvernement depuis la rentrée 2017-2018 va dans le sens d’inverser les donnes, dira le ministre d’Etat Bio Tchané au nom du président de la République, Patrice Talon.

Quant au ministre de l’agriculture, pour finir, les Etats doivent consacrer plus de ressources aux questions de sécurité alimentaire et de malnutrition dans un contexte marqué par la résurgence des crises sécuritaires et migratoires.  

JB

Dernière modification lemercredi, 06 décembre 2017 05:14
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