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Carnet de route : Lomé, la belle, la délurée et la libertine

Lome

Lomé, 27 Août 2017. Une heure de route après avoir subi les formalités douanières, franchi la frontière en provenance du Bénin, contemplé et même saisi d’envie devant les étalages de différentes formes de grillades, la capitale offre son accueil. Pas en tapis rouge mais en un ruban noir de bitume fourché en deux qui borde le littoral sur moins d’une dizaine de kilomètres avant de choir aux portes du Ghana. De l’autre côté, et dans le décor lointain de l’horizon, la mer tient prisonniers des navires en rade. Au compteur du temps de cette journée, 33°C. Le ciel est aux couleurs mauves. Rien de comparable à ces journées qui annoncent l’automne mais dont on ne sait s’il sera humide ou sec. De toute façon, elles contrastent avec la chanson un peu déshydratée des vagues qui plaisantent avec le paysage étalé en natte de sable. Mais aussi les cris innocents de ces jeunes enfants bayant dans la mer ou l’insouciance du regard des adultes désemplissant des bouteilles et emplissant des verres non loin. Un décor qui contraste et qui ne ressemble en rien aux enragées et violentes manifestations qui ont lieu une semaine plutôt dans plusieurs villes de ce petit pays coincé entre le Bénin et le Ghana pour exiger des réformes politiques sinon et surtout, constitutionnelles et institutionnelles. Et pourtant, Lomé dans ses attributs est belle et élégante au point de livrer d’elle une réalité aussi saisissante que mouvante...Surtout dans l’extension vertigineuse qu’elle a connue aux termes du décret n°71/63 du 1er Avril 1971 et désormais délimitée par le siège du Groupement Togolais d’Assurances (GTA) et la Présidence de la République au Nord, l’Océan Atlantique au Sud, la Raffinerie de pétrole Lomé à l’Est et par la Frontière du Togo-Ghana à l’Ouest avec une superficie de 333km² dont 30km² de zone lagunaire.  

Un accueil chaleureux et une atmosphère plaisante

Sorti d’au loin d’un international embargo de quatorze années en novembre 2007, la République Togolaise revit d’abord à travers sa population en apparence calme et normale. 1.754.589 habitants selon les estimations de 2012. Et chacun vaque à ses occupations. Des hommes, tantôt préoccupés à pied ou à moto et même en voiture sous les larges blessures du soleil ; tantôt attablés devant un étalage dans une boutique à côté. Des femmes, joviales et belles dans ses multiples coutures ; tantôt chaleureuses et spontanées à vous tendre la main pour satisfaire l’inquiétude et l’attente de l’étranger qu’elles lisent sur vos visages. Mais la République Togolaise revit aussi et surtout désormais au rythme de ses grandes avenues évasées, bitumées ; de ses artères réaménagées et mieux éclairées ; dans ses nouveaux quartiers implantés, sur ses plages remises en valeur et dans ses nuits rembobinées et en couleurs. C’est le cas du boulevard du 13 Janvier qui alterne ses allures de carte postale à celle d’une route commerciale. Sur le bord de la chaussée des deux côtés, des restaurants s’époumonent, des bars et des buvettes inlassablement se décomptent, des boutiques et des échoppes revendiquent aussi des places tandis que de grandes sociétés imposent aussi leurs enseignes. Mais l’atmosphère y est paisible. Un détail cependant : c’est non seulement l’un des grands épicentres de la prostitution à Lomé mais aussi l’un des grands centres commerciaux. "C’est ici qu’on consomme de la bonne bière mais aussi de la bonne chair. La bonne, oui", confie un béninois installé à Lomé depuis deux ans. Mais pas seulement ici. Vers le nord, c’est le large boulevard Faure Gnassingbé, qui s’offre à l’admiration du regard surtout la nuit avec un éclairage dimensionné avant bifurquer pour joindre celui du 30 Août situé à l’Ouest de la ville. A l’Est, le boulevard Gnassingbé-Eyadéma entièrement asphalté et affecté aussi d’un éclairage urbain. Lomé livre ainsi sa nudité et se laisse offrir à l’esthétique des touristes, la nuit. Mais comme pour alterner et contrebalancer ce décor nocturne, le grand rond-point de la Colombe-de-la-Paix se livre en pleine journée avec ses fresques signé du plasticien et musicien Jimmy Hope.

L’inconscient collectif de la femme togolaise

Des signes extérieurs qui traduisent et révèlent un pays en mouvement mais dont la compréhension et l’appréciation sont sollicitées que chez la femme. Et non les hommes. Elles ; selon l’enquête QUIBB de 2006 reprise dans le cadre de l’élaboration du Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP), travaillent plus que les hommes dans la mesure où le taux d’activité chez les femmes est de 79,1 contre 78,5% chez les hommes. Son regard sur son environnement en mouvement semble plus pertinent et ceci encore parce que leur poids démographique (51%) est aussi élevé. "La société togolaise est une société traditionnelle dont le système matrimonial est profondément ancré sur le patriarcat. Les schèmes de cette culture persiste et continue de façonner les relations humaines. Etant donné que le système patriarcat accule les femmes dans la sphère privée ou domestique et délègue aux hommes le monopole du rôle politique du commandement, alors Alilou TCHAFARAM, maître assistant au département de sociologie à l’Université de Lomé pense que la femme est importante dans la citoyenneté. Elle est présente partout et nulle part. C’est celle qui chaque matin dans un élan de devoir citoyen et communautaire fait parfois et plus souvent plus de dix kilomètres de trajet pour se rendre au grand marché de la ville. Sa survie sociale et celle de sa famille y plaident. "Depuis le père, les affaires politiques m’importent peu. Mais avec de grands enfants tous désormais à l’Université, je comprends l’intérêt qu’il me revient de porter aux questions de ce pays. Je me sens concernée. Certes, le Togo est en mouvement. Mais est ce le cas du togolais. C’est là la question. Et toute la question.", lâche Madeleine Tchao. C’est celle qui encore sous les fantasmes de l’adolescence et avec un regain encore frais d’insouciance quitte la zone portuaire et brave chaque matin les innombrables feux tricolores pour finalement franchir le grand portail de l’Université de Lomé. "Je suis fière d’être togolaise. Fière de tout ce qu’on voit. Oui. Mais inquiète du lendemain. Jeunes, nous sommes encore dans un contexte politique de crise permanente", se désole Happy Gnani, étudiante en Faculté de droit. C’est celle qui pour légitimer sa quête de l’emploi et donner de l’assurance à des parents inquiets sort par intermittence de la maison pour des stages académiques ou professionnels dans telle ou telle entreprise. "Au delà des indicateurs et des exagérations macro économiques et des questions de démocratie, nous vivons une réelle résignation, un vrai renoncement dont l’explosion même si elle n’est pas souhaitée finira par être bénéfique", dénonce Ahouéfa Assin en stage professionnel dans un hôtel de Lomé. C’est celle qui pour échapper à l’extravagance des frais de loyer réside dans le Ghana voisin mais doit chaque matin enjamber la frontière d’Aflao pour rejoindre son lieu de travail. "L’évolution sociale de notre pays et les différentes fractures politiques ont imposé une certaine suspicion dans nos relations citoyennes. On se soupçonne désormais", explique Akouvi Mensah. C’est celle qui pour diverses raisons se retrouve désormais femme et citoyenne d’un pays qui n’est pas le sien. "C’est mon mari qui est togolais. Je l’ai suivi ici depuis 07 ans. Les togolais sont mous. Ils ne sont pas assez forts et moins rebelles pour leur propre épanouissement", constate Alice Nounagnon. C’est celle qui dans le confort de sa voiture roulant à pleins gaz et à l’abri de la pollution des gaz se rend à son bureau situé dans le quartier administratif, mais dont l’humeur influe et oriente les décisions politiques dans ce petit pays coincé entre le Bénin et le Ghana : "C’est celle qui pour survivre à la grisaille sociale et tromper un lendemain qu’elle-même redoute incertain est obligée d’affronter les nuits sur le Boulevard du 13 janvier et les libidineux d’un soir dans les hôtels ou dans sa chambre de tolérance pour arrondir les fins de mois : "Lomé est devenu un centre d’intérêts. Et moi, j’y suis pour ses nuits agitées, joyeuses et propices à mon job. Et en ce domaine, Cotonou n’a pas le prestige de Lomé", se réjouit Tiara, jeune ghanéenne.

Il fait bon vivre à Lomé

Tout un florilège d’inquiétudes discordantes et de regards épars mais longuement et perpétuellement réinventé, contrasté mais incorporé par les beaux jours et les nuits agitées de la capitale. Des beaux jours accrochés et rythmés d’abord par les infrastructures d’accueil qui répondent pour la plupart aux différents motifs de visite : un week-end de détente ou de repos, un voyage d’affaires ou touristique. Le tourisme d’affaire étant florissant avec l’entrée au Togo de 320 000 touristes, dont près de 80% sont venus pour des motifs professionnels. En façade de mer et donc sur le boulevard du Mono, s’alignent les établissements hôteliers de charme dont les plus prisés sont de 4 étoiles. Et même de 5. Ils sont tous dotés de chambres et des suites, des appartements et des résidences pour des conforts de luxe. Mais aussi des piscines extérieures, des spas, des salles de gymnastique et d’agréables jardins pour des moments de détente. Et plus encore des façades et des extérieurs massifs et offrants des vues imprenables et panoramiques sur la mer, sur le cœur bouillonnant de la ville, du Grand marché, sur la Marina, l’ancien wharf de Lomé. Et tout ça sur des dizaines d’étages dont les plus élevés sont  le Radisson Blu (35 étages), Eda-Oba (17 étages). Des cadres de repos au cadre de la bonne ambiance et des bouffes, un seul pas. Comme ses plages privées de sable blond. D’en face du carrefour Baguida jusqu’à la frontière en passant devant l’ancien siège de l’Assemblée Nationale, les enseignes s’enfilent pour identifier ces plages privées honorées par des transats, des bungalows, des bars, des paillotes et des piscines et même des hôtels. C’est l’exemple de Marcelo Beach Club le 03 septembre 2017 où dans une ambiance festive et décontractée, l’artiste congolais Fally Ipupa tenait un concert en faveur de la paix au Togo à la suite des manifestations publiques de l’opposition ayant fait des morts. A ce rendez-vous, on note  la présence de l’ancienne garde des sceaux et ministre de la justice béninoise, Reckya Madougou. A presque cinq kilomètres, beaucoup d’autres tels que le "Bar Place d’honneur", "Dynastie Beach", "Vis-à-vis Beach", "Bronco City", "Le Gouverneur", "Togo Star Beach"… Elles s’animent presque toujours les jours et plus intensément dans l’après midi. Au menu : du bon temps avec des regards portés sur la mer, des soirées à termes, des barbecues et de la bonne bière. Principalement celle du Togo : Pils ou Awooyo.  

Dans ses travers inquiétants, ses décors fantasques et ses sinuosités excentriques. Très enfiévré à cause de ses multiples échoppes et tables, le boulevard du 13 janvier est singulièrement festif le soir. Tout le long, les tables les plus appréciées surplombent l’éclairage urbain. Pour un choix culinaire de grillades des tapas dans un décor original sur une terrasse plaisante, la "Casa" ouvre ses portes. Tout aussi plaisante et propice pour des débuts de soirée conviviaux, La "Terrasse" avec son espace décontracté propose des buffets dînatoires. A contrario et pour des spécificités culinaires locales, le "Nopégali" s’offre dans un cadre relaxant avec en fond sonore les discussions des tantines derrière les fourneaux. Il est considéré comme la cantine de la ville. Ainsi que "Lomé-la-belle" ou encore du "Papayo". Pour les amateurs de vin, la "Route des vins" n’est pas loin. Sans oublier aussi le "Festival des glaces". Mais bien loin du brouhaha du centre ville et plus proche de la présidence de la République, on retrouve le "Patio". Un cadre calme et dédié à une certaine catégorie sociale. Et cela justifie peut être les exigences qu’il offre le soir surtout dans son restaurant dénommé “Le Jardin" : un décor élégant et pathétique pour un large éventail de menus aux poissons ou viandes pour des sauces variées. Coup de cœur pour le velouté de chou-fleur qui fond dans la bouche ou encore le bouillon togolais maison et sa mousse de citronnelle, le tout enrobé avec des cocktails aux saveurs délicates.  Mais pour une plongée plus lointaine et tardive dans la nuit, plusieurs bars d’ambiance se réclament comme les bonnes adresses. Non Loin du Commissariat central, la "Rumba" condense les émotions distractives de la nuit. En bas le restaurant avec sa clientèle métissée. Au rez-de-chaussée, le bar préféré par les jeunes togolais. Mais pour une discothèque avec des tables hautes et de la danse, rendez-vous au "Mad" situé sur l’avenue Nicolas Grunitsky avec en décor les 35 étages de Radisson Blu. Pareille ambiance mais délirante est retrouvée à Fief Pub Club sur la nouvelle pavée quittant l’ancien immeuble du "Cinéma le Togo" pour le marché de fruits Hanoukopé. Mais plus discrète et coquette, est "The King", la boite de nuit de l’hôtel "Ahouéfa". Ici des personnalités insoupçonnées convergent pour des coupes de champagne et de whisky sur fond de la bonne musique. Et ceci avec des noceurs. De la musique, c’est aussi des orchestres. Et bien de bars l’adoptent. C’est le cas de "Le Refuge" tous les vendredis et samedis soir au carrefour qui conduit vers le stade de Kégué en venant de la "Caisse". Non loin, "Seven Clash" réputé pour n’ouvrir que la nuit est une gîte éthylique très aimée par les béninois.

De l’alcool et de la prostitution

Des lieux éparpillés à travers la ville mais une identité commune : l’alcool. Mais aussi le sexe. Lomé est célèbre pour ses belles nuits surtout dans ses nouveaux quartiers. A Lomé, on appelle "les agoutos" ou les "gbolos". Et pour les découvrir, il est plus facile de recourir aux services d’un conducteur de taxi-motos. Ils connaissent la ville dans ses travers les plus pathétiques et ses recoins les plus agréables. Telle que constaté ce soir du 16 septembre 2017 d’abord dans le quartier Agoè devenu depuis en peu de temps un grand bazar de "night clubs" qui en réalité sont des niches de ses filles à la disponibilité de la libido de ceux qui en exprime. Une descente, seul dans un bar. Place est prise. Une bière est commandée. En moins de deux minutes, vous êtes servis.  Le temps de savourer la musique servie par les doigts agiles du "DJ" et vous êtes rejoins au bout de cinq minutes par une nymphe. Belle et élégante. Sourire aux lèvres, elle s’attable avec des gestes imprudemment lascifs. Mais entreprenante, elle commande une bière. Prudente, elle négocie et convoque par des mimiques, votre regard pour la compréhension de son geste. Et la suite est une invite à la passe. Des scènes ce genre rythment les soirées dans les bars loméens. Et si ce n’est pas un bar, c’est une ruelle, un coin de rue. Tout comme cette rue qui longe le bar Seven Clash à Dékon. C’est un marché de sexe à ciel ouvert. Ici, les enchères se négocient au gré des bouteilles de bières désemplies et des tiges de cigarettes brûlées. A la différence qu’un peu loin et devant le bar Panini près du night club Byblos, ce sont les filles aux formes sculpturales qui défilent sans cesse. Et il suffit d’héler. Pas besoin de ce geste derrière l’hôtel Palm Beach. Ici, il suffit de ralentir les pas pour que les de jeunes filles aux différentes nationalités surgissent de l’ombre pour te proposer leur service. La suite est sans équivoque. Mais pour des femmes moins belles et plus âgées, rendez-vous peut être pris sur le boulevard Jean-Paul II près du collège Saint Joseph. "Ici, s’animent trois marchés de prostitution au bord de la route. Mais deux ont été transférés dans les rues avoisinantes du stade", nous confie notre guide d’un soir. Et bien loin de ces tapineuses, de ces filles de trottoirs, pullulent une nouvelle race de prostituées. Les prostitués de luxe.
Si seulement Lomé pourrait faire sienne cette invite du Parlement européen aux pays européens en septembre 2014, le pays verrait ses indicateurs économiques bondir : revoir le calcul de leur PIB en intégrant les revenus issus de la prostitution. Simplement parce que comme Abidjan, Lomé est aussi un carrefour de la bonne ambiance. Donc du sexe et de l’alcool. De l’art de vivre et bien loin des faux clichés et des caricatures mensongères que tentent d’imposer au monde entier les manifestations de l’opposition.

Modeste TOFFOHOSSOU

Dernière modification lejeudi, 12 octobre 2017 05:15
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