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La conservation de la mangrove au Bénin : Un an après, chronique d’un échec?

Mikhail-Padonou

Faisant suite aux différents arrêtés ou lois pris dans différents pays de la zone de répartition des mangroves telles que Madagascar, Haïti, Sénégal, Gabon, Guinée pour ne citer que ceux-là, le gouvernement béninois a décidé de l’interdiction de l’exploitation de cette espèce au sorti du conseil des ministres du mercredi 26 octobre 2016, il y a juste donc un an. Cette action forte constituait une lueur d’espoir pour tous ceux qui luttaient depuis des années pour la conservation de ces écosystèmes. Mais pourquoi cette décision était-elle une lueur d’espoir ?

D’abord, un peu d’histoire et de géographie…

La mangrove peut être définie comme l’ensemble des plantes (arbres tels que les palétuviers et herbes) pouvant se développer dans des habitats inondés et salés. Selon les palynologues (c’est le nom savant qui est attribué à ceux qui étudient les pollens fossilisés), les ancêtres des mangroves sont apparues aux Crétacées (il y a donc 80 ou 100 millions d’années). Mais celles qu’on retrouve en Afrique (dont fait partie le Bénin) existent il y a près de 45 millions d’années, au Tertiaire donc. D’origine d’Asie (c’est encore là qu’on retrouve aujourd’hui une grande diversité d’espèces de mangroves), les mangroves se sont répandues dans toutes les zones tropicales (en Asie, en Afrique, en Océanie et en Océanie). Au Bénin, on les retrouve actuellement surtout à l’Ouest de la zone côtière. Mais cela n’a pas toujours été le cas. À l’origine, les mangroves s’étendaient sur toute la zone côtière du sud Bénin (c’est-à-dire de l’Est à l’Ouest).

Biodiversité riche, mais peu explorée…

Les mangroves sont des prisons d’abondances. En effet, situées entre terre et océan, elles offrent d’innombrables services à la planète. Actuellement, il existe peu de travaux scientifiques pour quantifier avec exactitude la biodiversité des mangroves. Toutefois, au Bénin, des prospections menées par six (6) chercheurs nationaux et internationaux ont permis de faire quelques estimations de la biodiversité des reliques de mangroves (au Sud-Ouest) du pays. Ils sont parvenus à la conclusion qu’il existe 364 espèces de plantes dont 6 palétuviers dans la zone (soit 12 % de la flore du Bénin qui compte 3 000 espèces). De même 4 espèces de tortues marines migrent vers ces aires pour pondre leurs œufs entre septembre et mars. 94 espèces de poissons sont abritées par ces mangroves. Du côté des mammifères, on y retrouve le lamantin d’Afrique de l’Ouest, l’hippopotame, des primates (tels que le mona, le singe à ventre roux). Pour les autres groupes d’espèces comme les reptiles, les amphibiens, les oiseaux, les invertébrés, des efforts restent à faire pour quantifier leur diversité, mais aussi la taille de leurs populations.

Au-delà de la biodiversité, les mangroves purifient l’air…

Les écosystèmes de mangroves sont très importants en ce sens qu’ils sont de géants aspirateurs de carbones. Or, comme vous le savez tous, le carbone est l’une des sources principales des changements climatiques. Selon les estimations des six (6) chercheurs que nous avons mentionnés précédemment. En fonction de l’état de dégradation de la mangrove, on peut noter une séquestration de l'Oxyde de carbone (Co) variant en moyenne entre 180,87 tonnes/hectares et 297,40 tonnes/hectares. Selon la Fao, au Bénin et en 2005, les mangroves s’étendaient sur une superficie de 1150 hectares (contre 2100 hectares en 1980). En supposant alors que toutes les mangroves sont intactes, la quantité de carbone qu’elles stockeraient serait de 342 010 tonnes. Or, en 2005, le Bénin a émis selon les données de la Banque Mondiale, 2 394 551 Kilotonnes de carbones. Les mangroves à elles seules auraient donc permis de réduire cette émission de 14 %.

La mangrove, puits de carbone

Avec tous ces services et ressources, vous comprenez à présent pourquoi, la décision du Conseil des ministres d’interdire la coupe des mangroves au Bénin avait suscité tant d’espoirs dans le monde de la conservation de la nature. Mais, 1 an après la décision, où en sommes-nous ? En vue de mettre en application l’interdiction du sacrifice de la mangrove et de ses services, le Conseil des ministres avait instruit les ministres de la Décentralisation et du Cadre de Vie «aux fins d’accompagner les actions des Préfets et des Maires des zones concernées dans la sensibilisation de leurs populations contre la destruction anarchique des palétuviers». Quels sont les résultats de cette stratégie ? Une Cascade de destruction de la mangrove. À travers des images prises entre décembre 2016 et mars 2017 (quelques mois après la décision), la saignée continue. Mais à quoi pourrions-nous attribuer cet échec ?

Analyse de l’échec…

Selon une étude menée en 2014 par cinq (5) chercheurs de l’Université d’Abomey-Calavi et de l’Université d’Agriculture de Kétou, deux (2) facteurs clés peuvent justifier l’échec de cette décision. Il s’agit par ordre d’importance, de
l'exploitation du bois de palétuvier comme source d’énergie. Dans la grande partie des surfaces qu’occupent les mangroves, le bois de palétuvier constitue pratiquement la seule source d’énergie pour les riverains. Ils l’utilisent pour préparer leurs repas quotidiens mais aussi pour fabriquer le sel qui rapporte des revenus substantiels aux femmes. Ainsi, interdit la coupe de palétuvier reviendrait à les condamner à la faim et à l’extrême pauvreté. Le second facteur reste l'urbanisation anarchique. Avec l’augmentation rapide de la population dans la zone (en 2019 on estime que la densité de la population vivant près des mangroves s’élèverait à 418 habitants par kilomètre carré contre 359 en 2008), les mangroves sont beaucoup dégradées pour faire place aux maisons.

Que faire pour renverser la tendance ?

D’après ce qui précède, vous convenez avec moi qu’une simple sensibilisation ne suffirait pas pour arrêter la dégradation de la mangrove. Il faut bien plus. C’est ce qu’ont compris certaines organisations qui participent activement : au reboisement des zones dégradées (une stratégie a été récemment définie dans ce sens par le Bénin avec l’aide de la Fao) ; l’appui des riverains dans l’adoption des foyers améliorés ; l’utilisation de procédés ne nécessitant pas du bois de feu pour l’obtention du sel.

Soutenir davantage ces initiatives et développer d’autres innovations allant dans le même sens permettra de freiner la course du déclin de ces écosystèmes.

Dernière modification lelundi, 30 octobre 2017 05:35
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