TPL_GK_LANG_MOBILE_MENU

oukoikan-banniere-matin-libre

A+ A A-

Thiburce Montcho, Administrateur général de BenAFrique : Le transport sinon rien !

dg-benafrique

Monsieur Thiburce Montcho est à l’honneur dans le cinquième numéro de cette première saison de votre Rubrique Manager à l’affiche. Et à vous, qui avez décidé de nous être fidèles depuis le tout premier entretien, je voudrais rentrer dans le vif de notre sujet avec une anodine confidence : c’est que je réalise que « ce n’est pas parce que les oreilles sont disponibles à écouter que la bouche a forcément envie de parler ». A mon sens pourtant, parlez de soi, savoir bien le faire et en toute franchise est un élément qui en rajoute au charisme du bon manager. Néanmoins, ils ne sont pas nombreux à vouloir se livrer à cet exercice. C’est vrai, la frontière entre vie privée et vie professionnelle est bien mince. Et par ailleurs, comment comprendre et juger les actes, les initiatives, les succès comme les échecs des Hommes, si ce n’est (ne serait-ce qu’un peu) à l’aune de leur personnalité ou de leurs occupations ? Avec l’Administrateur de la société BenAfrique et Consul honoraire de la Mauritanie, Thiburce Montcho, la tâche n’a pas été  aisée. Notre Manager à l’affiche aujourd’hui, est un homme réservé, peu prolixe. « Je préfère que les gens découvrent qui je suis et apprécient à leur manière, plutôt que de me mettre à parler de moi. Mes actes parleront pour moi », argumente-t-il. Et comment lui en vouloir si l’on sait aussi que « pour connaître les hommes il faut les voir agir » (Jean-Jacques Rousseau). Retenez donc simplement que Monsieur Thiburce Montcho est « un enfant de la balle », comme on pourrait le dire de façon prosaïque. Son métier, il le tient non seulement de sa passion pour l’entreprenariat et de son désir d’apporter une plus-value dans le secteur du transport, mais il le doit aussi effectivement, à son père. Feu Christophe Montcho, fut le premier béninois à créer une agence de voyage au Bénin. C’était dans les années 1970. Snci Tours, organisait des vols charters entre Cotonou et Paris et c’est grâce à cette agence de voyage que beaucoup d’Africains à l’époque, ont pu voyager entre le Bénin et la France à des tarifs très bas.

C’est donc  avec son père, que Thiburce Montcho fera son apprentissage. De ce maître naturel et tout désigné, il prendra le gout du travail bien fait. On notera également, que Thiburce Montcho aime beaucoup voyager. Le Brésil est notamment sa destination de prédilection. Et, ce n’est pas seulement pour ses plages, ses carnavals et le Corcovado qu’il aime ce pays, mais surtout pour le modèle de développement qu’il représente à ses yeux, et pour la rigueur et le savoir-faire des Brésiliens. Transition facile, pour dire que c’est aussi dans cette contrée, que BenAfrique trouvera ses partenaires dans le cadre de la mise en place du projet de lignes de bus pour la ville de Cotonou.

C’est un Manager confiant, déterminé et au demeurant impassible, qui nous a accueilli dans un cadre simple et raffiné, un bureau où les tableaux d’art se disputent la place aux photos de certains grands dirigeants et hommes d’affaires africains.

Entretien réalisé par Djamila IDRISSOU SOULER

Pourquoi BenAfrique a-t-elle stoppé l’exploitation des lignes de bus ?

BenAfrique est une société de droit béninois créée il y a trois ans par des partenaires Brésiliens et moi-même pour régler un problème crucial, le problème de transport urbain dans  la ville de Cotonou. La mairie de Cotonou a lancé un appel d’offres pour régler le problème de la mobilité urbaine dans Cotonou. BenAfrique a participé à cet appel et a été déclarée adjudicataire. Il faut avouer que nous avons lancé cette activité la première fois avec beaucoup de contraintes liées à l’exploitation du transport urbain collectif mais l’expérience valait la peine d’être vécue. Il fallait faire l’expérience pour pouvoir rééquilibrer, redimensionner les choses, par rapport à l’environnement dans lequel nous travaillons. Ce moment d’interruption temporaire nous a permis d’apprécier la réalité du transport au Bénin. Face à ça, on a constaté trois aspects. D’abord que le transport urbain collectif est une nécessité pour la ville de Cotonou. Cotonou étant une ville moderne et donc en pleine expansion a besoin d’un type de transport comme celui-ci. Ensuite nous avons constaté que la population est demanderesse et enfin le 3eme volet est le tarif. Et, c’est à ce niveau que tout a été joué. Nous avons constaté que, au même moment que la population voulait de ce type de transport, qu’elles n’étaient pas prêtes à miser de l’argent pour pouvoir se faire transporter. Il fallait donc apprécier la relation entre le client, le trafic et transport et faire le choix. Où on continue avec les 200 FCFA auquel cas, on va définitivement fermer un jour parce que l’opération ne sera pas rentable ou on arrête à mi-chemin pour faire le point de la situation. Et c’est pour ce deuxième cas que nous avons opté. Nous allons reprendre le trafic bientôt, parce que nous avons touché du doigt les difficultés liées à ce type de transport. Aujourd’hui, nous avons à l’actif 52 bus qui sont en train d’être remis à neuf, notre équipe de techniciens est aussi à pied d’œuvre et tout cela nous permettra de reprendre le trafic comme par le passé.

Je tiens à souligner que BenAfrique est une entreprise citoyenne. Le transport urbain collectif est une activité sociale qui a besoin de beaucoup d’argent, de professionnalisme et surtout du soutien ou de la municipalité ou de l’Etat central.  Notre suspension nous a permis de reprendre langue avec ces deux institutions. La mairie a accepté en mettant sur son planning un programme de réouverture et de réglementation des lignes. Il y aura donc la création de nouvelles lignes, de nouveaux parcs. L’Etat également nous accompagne fortement dans un processus parce qu’il sait que ce transport qui en réalité est un devoir de l’Etat est assuré par un privé qui est en train d’investir dans le secteur. Donc l’Etat a décidé de nous soutenir. Tel que les choses se passent aujourd’hui, l’Etat mettra à notre profit les avantages du code des investissements pour permettre à BenAfrique d’exploiter ses bus en toute liberté.

Il y a quelques années, vous aviez innové avec Cotair. Le projet ne fera pas long feu et vous finirez par mettre la clé sous le paillasson. Quels étaient les motifs de cette interruption?

Cotair a été obligé de fermer après un an et ceci à perte pas parce que nous n’avions pas la volonté, pas parce qu’il n’y avait pas de soutien mais nous avons compris que la population n’était pas habituée à ce type de transport, nous n’avons pas pu garder cette activité plus longtemps. Nous avons été obligés de positionner l’avion dans un autre pays pour pouvoir l’exploiter. On a constaté que l’écart était trop grand. Il s’est passé quelque chose que nous-même n’arrivons pas à comprendre. La plus grande clientèle devait être l’Etat, mais les cadres qui devaient appliquer cette décision de l’Etat, ne l’ont pas appliqué, ils ont préféré continuer à  voyager avec leur voiture et ça s’est passé comme ça. L’Etat pouvait nous acheter des heures de vol à l’année, quand vous voyez dans les pays centrafricains par exemple, l’Etat achète des heures pour permettre aux fonctionnaires de l’Etat de voyager avec des bons de transport au niveau de la structure d’Etat. Au Bénin, il faut reconnaitre que le Gouvernement à l’époque avait demandé aux ministères de se prêter au service de Cotair pour aller au Nord. Mais bon l’expérience aussi valait d’être vécue.

Mais comment cela se fait-il ? Vous ne réalisez pas des études de marché avant de lancer vos projets?

Alors, je voudrais que vous reteniez quelque chose : il faut toujours faire attention entre les études de marché et la réalité du terrain. Les études vous révèlent toujours de très bons lendemains mais le terrain arrive à imposer sa loi. Moi, je préfère dans la situation où je suis aujourd’hui vivre le terrain que de me fier à une étude de faisabilité. En moins de 4 mois d’exploitation nous avons atteint les 70% du taux de remplissage.

L’avion, les bus… finalement vous passez pour l’homme d’affaires béninois spécialisé dans les transports. Cela vous va comme étiquette ?

Oui ! Parfaitement. Et c’est un choix parce qu’aujourd’hui, lorsque vous regardez bien notre environnement il y a 3 volets : s’éduquer, se nourrir et se déplacer. Et quand vous prenez ces 3 volets, pour moi celui qui vient en 2eme position c’est le transport. Il faut le développer dans tous ses sens. C’est pour ça que j’ai voulu m’investir dans le secteur pour aider la population à mieux se déplacer. Il est important pour moi de permettre la mobilité des Béninois. Parce quand vous ne vous déplacez pas, vous n’êtes pas en mesure d’apporter une plus-value.

Quel est le projet pour ne pas dire le rêve qui vous tient le plus à cœur ?

Ma vision c’est de faire de BenAfrique une société pérenne, à l’instar des grandes sociétés de transport dans le monde, de la Ratp en France par exemple ou de la TransBrasiliana au Brésil. Mon rêve est que mes arrières petits-fils puissent naître, connaître et développer à leur tour, cette entreprise. Et que le flambeau passe de génération en génération. Et je pense que cela est possible, nous y travaillons ardemment. Aujourd’hui, ce qui me réjouit c’est que les Béninois prennent la chose du bon côté, ils sont en train de comprendre notre démarche. Ce qui me réjouit, c’est que tout le monde me pousse à aller dans ce sens, le baromètre me démontre que cette activité est retenue et est encouragée par les Béninois, cela m’enchante énormément et me donne du courage à aller de l’avant.

Cotonou est-elle une commune privilégiée pour être la seule à bénéficier de ce type de transport jusque-là ?

Nous commençons avec 52 bus à Cotonou et l’objectif est d’étendre l’activité dans d’autres communes pour que, chaque grande ville du Bénin ait son transport urbain collectif ; c’est mon ambition. Et tel que les choses évoluent aujourd’hui, où l’Etat béninois et mon partenaire la Mairie de Cotonou sont décidés de nous aider à porter le flambeau très haut, je pense que le rêve un jour deviendra réalité. Le déploiement de ce réseau dans les autres communes dépendra de leurs infrastructures pour que le choix de la ville soit opéré.

Oui mais, dans l’ensemble la viabilité du projet dépend fortement aussi des routes. Nous n’avons pas vraiment de routes au Bénin…

Nous avons choisi pour Cotonou les meilleurs axes. Cotonou est traversée par une route Inter-Etats qui est très bien conçue et ça nous permet de rouler sur la traversée de Cotonou et les autres embranchements choisis sont des embranchements bien desservis et sur lesquels nous n’avons pas de problèmes de roulement.

Abordons le volet technique et humain du projet. Comment se fait l’entretien des bus ?

Les bus BenAfrique sont très bien entretenus. Comme toute activité, le transport aussi ne s’improvise pas. Nous à BenAfrique, nous sommes entourés des meilleurs professionnels brésiliens spécialisés dans le transport qui ont exporté leur savoir-faire au-delà du Brésil. Et c’est ce savoir-faire qu’ils sont en train de léguer aux Béninois. Nous travaillons donc aujourd’hui avec cette équipe de Brésiliens. Il faut avouer que les techniciens Brésiliens qui sont sur place au Bénin, ont beaucoup apprécié le savoir-faire des Béninois. Les Béninois ont une formidable capacité d’adaptation. En très peu de temps, ils ont eu à apprendre beaucoup. Ils se sont adaptés à la manière de travailler des Brésiliens. Aujourd’hui ils ont compris qu’il faut un peu plus de sérieux. C’est ce que nous avons constaté. Maintenant à l’intérieur des Bus, il y a de tout. Ce n’est pas l’apanage des Bus BenAfrique. On essaie de faire de la sensibilisation pour que chacun sache qu’il utilise un service public où le droit de tous doit être respecté.

Oui, il y a vraiment tous  les types de personnes dans un transport en commun. Il faut une saine cohabitation entre les commerçants bien chargés de colis ou de vivres et le fonctionnaire qui va au bureau, l’élève qui va au cours… J’exagère peut-être, mais juste savoir si vous avez instauré des normes ?

Nous transportons beaucoup plus des personnes que des bagages. La priorité est donnée aux personnes debout. En 3 mois, nous étions à plus de 15.000 passagers. Depuis que nous avons arrêté notre service d’accueil a explosé vous ne pouvez pas imaginer comment les gens grognent ou les gens nous motivent à reprendre le trafic. On a reçu environ 3000 coups de fil. Aucune entreprise humaine n’est parfaite. Mais ce que moi je veux demander aux gens, c’est  de critiquer dans le bon sens. Parce que ceux qui ont le courage et prennent le risque d’entreprendre ont besoin d’être soutenus. Et généralement, c’est ceux qui ne font rien, et qui ne prennent aucun risque qui ont l’art de critiquer. Mais malheureusement c’est ce qui caractérise le Béninois.  Et si nous on devait les suivre, on ne fera rien. Les Béninois doivent comprendre que ce pays est à nous tous et qu’on doit le développer tous ensemble.

Mais les gens sont libres de critiquer et de relever les lacunes quand il y en a quand même !!

Oui mais quand c’est bien aussi, ils ont le devoir de le dire et de soutenir et de faire des critiques constructives.

Et qu’en est-il du comportement des conducteurs  de ces bus. Vous les avez formés sur leur tenue et la manière de se comporter avec les clients ?

Tous les conducteurs sont formés aux normes brésiliennes avec une formation rigoureuse sans oublier que le critère de choix était très sélectif.

En lançant ce projet, vous avez parlé de la création d’environ 5000 emplois

C’est toujours possible si les Béninois veulent vraiment lutter contre la pollution atmosphérique, ils laisseront d’autres types de moyens de transport au profit du transport urbain collectif et organisé. Ainsi, nous augmenterons très rapidement notre parc, parce qu’il y aura une bonne relation entre la demande et l’offre.
 
Que pensez-vous de l’idée de tramway pour la ville de Cotonou émise par certains en 2011 ?

Ça viendra. Mais quand on prend le niveau de développement du Bénin aujourd’hui, pour moi le Tramway n’est pas la meilleure solution. Parce qu’en réalité actuellement rien n’est fait pour pouvoir recevoir ce type de transport. J’imagine même que le plan directeur de la ville de Cotonou, n’a pas prévu un certain nombre de choses. Et si quelqu’un a l’idée de le faire, je dois saluer cette idée mais  je lui dirais de faire attention et de ne surtout pas se fier aux études de faisabilité. Ici au Bénin, c’est le terrain qui commande. Les études de faisabilité ont montré leurs limites dans la réalisation des projets. Moi, aujourd’hui, je préfère lancer un projet sans études de faisabilité mais composer avec le terrain pour que le terrain me montre quelles sont les réalités de cette affaire. C’est le terrain qui vous oriente.  

dg-benafrique1

Rappel


 

En août 2012, Léhady Soglo premier Adjoint au Maire de Cotonou, accompagné de tout un parterre de personnalités, lance officiellement le projet de transport urbain collectif au Bénin. Ce projet devait permettre de réduire la pollution atmosphérique et de créer pas moins de 5000 emplois en prenant en compte justement la reconversion de quelques « zémidjans » (conducteurs de taxi-motos ) en mécaniciens, électriciens, conducteurs, ajusteurs, soudeurs, tickettiers, agents d’entretien, etc. L’évènement fut grandiose, le projet encensé et applaudi. Il y avait effectivement un sérieux vide qui n’attendait qu’à être comblé. Parmi tous les problèmes quotidiens rencontrés par le commun des Béninois (logement décent, travail décent, fourniture de l’électricité, etc.) celui de la mobilité figure en bonne place. Ainsi, cinquante-deux (52) bus avaient été prévus pour desservir le réseau de transport urbain collectif, comportant huit lignes pour couvrir la ville. Après quelques semaines de décollage difficile, les responsables de la société ont dû procéder à certains réaménagements. A l’écoute de leurs usagers, les exploitants ont revu à la baisse le tarif de transport par ligne, le portant alors à 200 au lieu de 300 FCFA originellement prévus. Mais cela ne suffira pas. D’autres considérations amèneront BenAfrique à carrément suspendre l’exploitation de ces bus pour une durée de 13 mois ! Un sevrage brutal et sévère pour ceux-là qui avaient déjà commencé par composer avec ce mode de transport bien pratique. Les nombreux appels de relance dont la société est constamment assaillie est un baromètre qui a permis à BenAfrique de se rendre réellement compte qu’elle ne s’est pas trompée en investissant dans ce projet. Il est donc question plus que jamais, de tout mettre en œuvre pour reprendre l’exploitation en offrant désormais, davantage de garanties pour sa pérennité et même son extension.

Suggestion de lecture
«L’impossible est possible» de l’écrivain Irlandais, Joseph Murphy est peut-on dire, le livre de chevet de notre Manager. Thiburce Montcho avoue avoir été profondément marqué par cet ouvrage dans lequel il puise beaucoup de force et de détermination. Joseph Murphy a écrit une trentaine de livres traduits dans plusieurs langues. L’écrivain est un ardent défenseur des possibilités de réalisations par la pensée et développe des moyens d’autosuggestion pour y arriver. D’après lui, l’être humain est fait pour être riche et nie la pauvreté en tant qu’une vertu. Sa pensée se concentre sur l’importance du subconscient, qu’il présente comme étant d’une richesse infinie.

Dernière modification levendredi, 24 octobre 2014 04:50
Connectez-vous pour commenter
Retour en haut

Application Mobile

app-mobile-android

Abonnement Numérique

abonnement-numerique

Abonnement Papier

abonnement-papier

Inscrivez-vous à notre Newsletter et revevez l'information en continu ! Les dernières nouvelles, les dernières déclarations, l'information où que vous soyez !