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Sylvain Treuil, Directeur de l'Institut Français du Bénin : Un management novateur au service de la culture

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Elle trône majestueuse et plus belle que jamais. C’est qu’elle refuse de vieillir la grande dame ! A cinquante ans et des poussières, l’institution située en plein cœur de la grouillante capitale économique béninoise, s’impose comme une actrice incontournable de la promotion artistique et culturelle au Bénin. Une institution  et un gage de crédibilité pour les artistes qui y exposent leurs talents et se soumettent à la critique d’un public de plus en plus diversifié et exigeant.
Un espace de création, de diffusion, d’évasion, un carrefour de rencontres, d’échanges et de partage de savoirs, l’Institut Français du Bénin est tout cela et bien plus encore pour ses nombreux visiteurs. Sa jeunesse et sa modernité, il la doit aux différents managers qui se sont succédés à sa tête et qui ont chacun à leur tour et chacun avec son style, su le réinventer, l’adapter aux différentes époques qu’il a traversé avec panache. Une vingtaine de personnes travaillent activement pour tenir la médiathèque, l’auditorium, les différentes salles de spectacles, le grand parc ouvert, les salles de cours, etc. Sylvain Treuil est le chef d’orchestre de cette équipe au service de la coopération bilatérale et du rayonnement de la diplomatie culturelle de la France.
Né à Madagascar de parents coopérants, Monsieur Treuil n’a pas voulu rompre les attaches avec ce continent qu’il affectionne. Cet enseignant, gestionnaire de projets culturels, et passionné de cinéma a décidé de servir son pays à partir de l’Afrique et cela fait au moins vingt ans que ça dure. Il connaît bien l’Afrique centrale, il a fait les pays comme le Cameroun et l’Algérie. Mais, le Bénin, demeure pour lui une destination de choix. Comme il l’affirme : « Le Bénin est un pays très agréable, calme, il n’y a pas de violence, les Béninois sont très accueillants, il y a une très grande richesse culturelle ». Mais que de clichés je lui rétorque alors ! Oui, peut-être mais des clichés qui sont vrais, riposte Monsieur Treuil.
Il est au poste depuis septembre 2012 et travaille, comme il le souligne lui-même, « à remettre en marche l’Institut » et à davantage «  pousser la création béninoise et soutenir les artistes ». Sa priorité à terme est d’accroitre la coopération culturelle afin de mieux soutenir et accompagner les opérateurs culturels locaux.

Nous sommes ici dans un cadre qui respire la propreté et la fraîcheur. Ça a l’air sans doute banal et évident mais la propreté, est-elle une de vos priorités ?

C’est effectivement une priorité. Quand je suis venu à l’Institut en septembre 2012, je n’ai pas trouvé un institut qui faisait preuve de modernité, j’ai trouvé plutôt un Institut désuet qui avait vieilli, dont les différents directeurs n’avaient pas suffisamment pris soin à mon sens….


Ces anciens directeurs ne seront pas contents !

Oui ils ne seront peut-être pas trop contents mais vous savez le climat est assez difficile donc s’il y a un manque d’entretien ça se dégrade assez vite. C’est un travail en permanence. C’est un peu l’image de la France, donc il faut être moderne, avoir des bâtiments agréables à vivre où les gens sont contents de venir. En arrivant la première chose que j’ai faite était d’inspecter les toilettes publiques pour voir l’état dans lequel elles étaient. Et c’était justement dans un état catastrophique. Donc, cela a fait partie de mes premiers travaux. C’est une nécessité, un impératif d’avoir des bâtiments qui répondent aux normes de propreté, de visibilité, qui soient fonctionnels pour tout le monde.


Vraiment pour tout le monde ? On se dit justement et peut-être à tort que l’Ifb est un lieu paS trop élitiste et plus encore, un espace réservé au « Yovos » comme on dit chez nous.

Non, nous espérons ne pas l’être. Le bâtiment est ouvert. Il y a régulièrement des spectacles gratuits et évidemment tout le monde est invité à venir. Laissez-moi vous dire que 95% de notre public est béninois. Les instituts français n’ont pas été créés dans le monde pour satisfaire à la demande des « yovos ». Nous sommes d’abord là pour les Béninois et si ce préjugé perdure il faut lutter contre.

On apprend que la France a fermé quelques établissements culturels dans le monde. Dites-nous pourquoi et comment vous justifiez le maintien en service de ceux de l’Afrique de l’ouest, notamment ?

La  carte du monde, l’évolution de la politique française fait qu’il y a un déplacement vers les pays émergents, comme l’Inde, la Chine, le Brésil, la Russie par exemple, où on a des créations d’Instituts ou d’Alliances françaises. Donc forcément si on crée quelque part, il faut fermer ailleurs. Vous connaissez la crise économique que vivent l’Europe et la France, notamment. On a des restrictions budgétaires donc il faut équilibrer, faire en fonction des intérêts géopolitiques de la France et pour accompagner les pays émergents qui sont dans un développement accru. Pourquoi il y a toujours des Instituts en Afrique de l’ouest, hé bien pourquoi pas ?

Certains pays sont-ils plus intéressants que d’autres ?

Non pas particulièrement.


Est-ce que c’est en fonction de la politique extérieure de la France dans chaque pays, que l’Institut prend de l’importance ?

Si on prend le Bénin, c’est un pays qui fait à peu près dix millions d’habitants et vous avez un Institut qui est très important. Le Nigéria a cent vingt millions d’habitants et l’Institut est beaucoup plus petit. Pareil, si vous prenez l’exemple du Togo ou du Niger. C’est lié à l’histoire. Il n’y a pas vraiment de raison particulière à ce qu’un centre soit plus gros d’un pays à l’autre. On peut avoir un petit pays avec un grand centre et un grand pays avec un petit centre. Pour la petite histoire, le Centre de Cotonou devait être créé à Porto-Novo au départ, il y avait une négociation, une demande pour que cela soit fait à Porto-Novo et l’histoire a voulu que cela soit placé à Cotonou qui était une ville en développement. En 1963, le terrain où se trouve aujourd’hui l’Institut était en friche, il y avait beaucoup de choses qui n’étaient pas encore construites sur toute cette partie jusqu’à l’aéroport. Donc, c’est peut-être la taille du terrain dont avait bénéficié la France entre l’Ambassade et l’Institut qui a impliqué une construction importante. Après, c’est lié aux différents directeurs et conseillers de coopération qui ont parcouru cette période et qui se sont sans doute battu pour avoir un grand théâtre de verdure, une paillotte, tout cela n’existait pas au départ. Ce n’est pas la France qui décide, ce sont les Directeurs qui sont sur place et qui essaient de forcer les choses pour avoir plus de crédits, plus d’équipements.


L’Institut Français a une annexe à Parakou. Vous pourriez décider d’en avoir une autre dans une autre grande ville du pays, cela est-il prévu ?

Non, ce n’est pas prévu. Au contraire ce qui a été décidé c’est de fermer toutes les annexes dans le monde. C’est d’ailleurs le cas dans beaucoup de pays africains. Parakou est certainement une des dernières annexes encore opérationnelle en Afrique. C’est une exception on va dire.

Tout est fait pour rendre la France belle et attrayante en même temps qu’il devient de plus en plus difficile de pouvoir contempler sa beauté de plus près (sourire).

Je ne vous suis pas sur ce plan là parce que ce n’est pas les chiffres que l’on a. le nombre de visas délivrés est en augmentation. Je sais que les chiffres sont en forte progression. La France est dans une période où justement, la politique des visas est plus ouverte que par le passé. Et quand on dit plus ouverte, c’est pour voyager. Ça ne veut pas dire que les gens qui demandent le visa veulent nécessairement s’installer en France. Il y a beaucoup de fausses impressions à ce sujet, mais il faut voir la réalité des chiffres. Pour les Béninois, les chiffres dépassent les 10.000 par an. Le consulat de France pourra certainement mieux répondre à vos questions que moi (sourire).


L’Institut offre au Bénin, une belle vitrine de promotion aux artistes béninois particulièrement. Est-ce qu’ils bénéficient d’un soutien institutionnel de votre part pour une meilleure visibilité en France et des possibilités d’échanges avec leurs homologues ?

Nous nous occupons du Bénin, mais effectivement via l’Institut Français de Paris, il y a des appels à projets et les artistes béninois peuvent participer pour faire des résidences de création, des échanges artistiques. Dans ce cadre, il y a des artistes béninois qui partent régulièrement en France pour échanger, pour créer. L’Ifb mobilise ses crédits sur le Bénin, parce que nous n’avons pas l’envergure financière pour aider des artistes à faire des représentations ou des concerts en France. Mais dès qu’on peut, on joue un rôle de facilitateur de contact plutôt. Il y a de nombreux jeunes que nous essayons de promouvoir ici depuis deux ans. On essaie de faire au moins trois ou quatre jeunes artistes chaque année. On a déjà exposé Benjamin Deguenon, Marius Dansou, Rémy Samuz, et ces artistes-là ont bénéficié en partie, de cette visibilité qu’ils ont eue depuis leur exposition pour des projets en France.

Que pensez-vous de la floraison d’espaces culturels privés au Bénin et travaillez-vous avec eux ou êtes-vous plutôt en concurrence?

Ah non !! Pas du tout. Nous ne sommes pas dans cet esprit-là. Au contraire, on cherche à développer des partenariats avec des opérateurs culturels locaux pour faire des activités hors les murs. C’est notre démarche. On n’y arrive pas toujours mais ici, nous sommes plutôt dans un esprit d’ouverture.


Comment se fait la programmation des activités et la sélection des artistes ?

Elle se fait tout simplement entre le Directeur de l’Institut et le Responsable de la programmation. Elle se fait par trimestre et se base sur des spectacles que nous avons vus personnellement et que nous décidons d’intégrer. Nous étudions aussi des dossiers avec des vidéos qu’on nous envoie. En ce qui concerne le théâtre par exemple, pour toutes les pièces béninoises, africaines ou françaises en résidence au Bénin, j’ai demandé maintenant avant toute programmation de voir un bout de la pièce en audition. C’est un filtre que je m’impose pour essayer d’améliorer la qualité de la programmation du Centre. Pour le reste, ce sont des troupes que je vois lors de mes vacances quand je vais sur des festivals, j’essaie de voir un maximum de pièces ou de concerts. Nous avons aussi des grands noms de la musique africaine que nous essayons d’inviter régulièrement, comme Victor Démé, Danialou, Vieux Farka Touré, Habib Koité, Angélique Kidjo. Justement nous avons Lionel Loueké qui vient bientôt pour la première fois au Bénin avec son groupe américain. Là, nous sommes en novembre mais je peux vous dire que tout est déjà bouclé jusqu’en mars 2015. Et je peux vous annoncer que nous aurons l’humoriste ivoirien Digbeu cravate, six ou sept spectacles de contes, le groupe Teriba qui revient dans un nouveau format, un nouveau concert, un nouveau show totalement différent des anciens, pour ne citer que ça.

Justement, quelques noms reviennent assez souvent et on a l’impression que certains artistes sont comme les « chouchous » de l’Institut français plus que d’autres.

J’essaie de casser ça. C’est vrai que quand on regarde la programmation ces dix dernières années, on voit régulièrement les mêmes noms… Mais vous savez comment ça se passe au Bénin ?

Non, dites-moi

C’est qu’il n’y a pas suffisamment de lieux de diffusion à Cotonou, donc forcément les artistes se tournent vers le Centre. Par facilité, par nécessité, les artistes se tournent vers le Centre pour se produire.  Après, on essaie de faire le choix d’appuyer plutôt les musiciens qui évoluent d’un concert à un autre et offrent quelque chose de différent à chaque fois. On ne joue pas le même concert tous les deux ans avec les mêmes chansons. C’est le but, même si on n’y arrive pas tous les jours.

L’entretien et le fonctionnement de cet outil ne doit pas être une mince affaire. Nous parlions de la crise économique. Cela a-t-il une quelconque répercussion sur le budget qui vous est alloué ?

Le budget est important de l’ordre de 500 mille et 1 million d’euros ; ça dépend des années. On est plutôt dans une santé financière qui est correcte mais c’est vrai que c’est parfois compliqué parce que la dotation de fonctionnement de l’Etat français est disons, en stagnation. Il faut donc pouvoir trouver des ressources complémentaires.


Et où les trouvez-vous ces ressources ?

Le fait d’être passé de Centre culturel français à Institut français a ouvert les missions que le Centre n’avait pas. A l’époque les Directeurs ne s’occupaient que de la diffusion culturelle, maintenant c’est totalement différent puisque les Directeurs doivent s’occuper de la coopération culturelle, de la coopération universitaire, du département de langue française, du service Campus France qui aide les étudiants désireux de poursuivre leurs études en France. Nous avons un ensemble de services qui est bien au-delà de ce que faisait le Centre Culturel. C’est bien pour cela que ça va au-delà du changement de nom, c’est vraiment un changement de mission. Cela nous permet d’avoir des revenus supplémentaires, à travers les cours de français, les certifications, les diplômes de français etc.

La crise n’a-t-elle pas entrainé une baisse au niveau de la programmation ?

Oui, si vous regardez le niveau de la programmation ces dix dernières années. Mais depuis deux ans, j’ai augmenté le budget de diffusion culturelle de 50% à l’Institut. Mon prédécesseur n’avait pas un budget suffisant parce qu’il ne faisait pas d’autofinancement. Plus on dégage de ressources complémentaires, plus on peut développer le budget de la culture, parce que ça coûte mais ça ne rapporte presque rien, en termes financiers.

Si la culture coute aussi chère pour un pays comme la France, alors on imagine aisément les difficultés des pays africains et du Bénin particulièrement !

La culture c’est important et on ne peut pas mettre ça de côté. Pour n’importe quel pays africain avoir des festivals qui soient connus internationalement c’est important. La culture est une richesse, un atout pour le Bénin, il faut la faire valoir !


Un bon manager répond à quelles qualités selon vous ?

Un bon manager est à l’écoute de ces agents, il est source d’initiatives, sait mettre des priorités en fonction des demandes des agents et de la politique qu’il doit mener.


Que retenons-nous ?

J’aimerais pour finir dire qu’il faut que ceux qui ont encore des préjugés sur l’Institut viennent nous voir pour les casser. L’Institut est avant tout un institut pour les Béninois et au service des Béninois.

entretien-ifb

Par Djamila Idrissou Souler (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. )

Dernière modification lemardi, 06 janvier 2015 09:43
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