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Georgiana Viou : La Masterchef béninoise !

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Manager à l’affiche de ce  vendredi  sent bon les épices, l’oignon cébette, la coriandre, l’ail, le piment, bref, vous allez avoir faim en me lisant ! Et tant mieux. Régalez-vous au propre comme au figuré avec notre chef cuisinier, Georgiana Viou ! Ah mais pour une fois que c’est une femme qui est à l’affiche, il a fallu que ce soit dans le domaine de la cuisine. Stop les clichés. Je vous arrête tout de suite ! Oui j’aurais pu vous choisir un chef cuisinier béninois d’un des grands restaurants de la place. Seulement que je n’en connais pas qui aient fait parler du Bénin culinaire sur une grande chaîne de télévision française, qui depuis a fait le tour de plusieurs pays européens pour partager sa passion avec des milliers de gens, a ouvert sa petite entreprise à Marseille et donne des cours de cuisine à des petits et des grands dans ce pays. Bon, si vous en connaissez, n’hésitez pas, faites-moi signe et puis on en reparle !
Georgiana Viou est une jeune béninoise qui réside en France depuis 15 ans et qui est arrivée à la 13eme place de la première édition de ce sélectif et rigoureux concours de cuisinier amateur, Masterchef. Georgiana a quitté le Bénin en 1999 pour aller étudier les langues en France à l’université de la Sorbonne.  Quelques années plus tard, elle intègre une agence de communication où elle est coordinatrice d’évènements. Il y a neuf ans, elle  a posé ses valises   dans la ville phocéenne, où elle réside avec ses trois enfants et exerce son métier avec tout le dynamisme, la créativité et la simplicité qui lui ont valu la sympathie des membres du jury du concours. Toute cette énergie au service de l’art culinaire n’est pas venue ex-nihilo pourrait-on dire. En effet, la cuisine est une passion qui vit en elle depuis  qu’elle est toute jeune et qu’elle a su nourrir et cultiver aux côtés de sa mère. Disons qu’elle fera ses premières armes dans le restaurant de sa mère, La Case lumineuse à Cotonou dans les années 1990. Elle se souvient qu’à l’université elle régalait ses amis avec des petits plats. A l’époque, rien de bien élaboré et sophistiqué mais on note que l’amour du métier, l’envie de faire plaisir et de partager étaient déjà bien présents et ne cherchaient certainement que des occasions propices de s’exprimer davantage. Son emploi du temps bien rempli de jeune entrepreneur ne lui laisse pas toujours le temps de s’échapper de ses fourneaux afin de revenir au pays se ressourcer. Et quand c’est le cas, comme en ce moment, c’est souvent le lieu d’un marathon qui lui donne à peine le temps de souffler, partagée qu’elle est entre les rendez-vous professionnels et les visites à la famille et aux amis. Votre Quotidien a voulu saisir l’occasion de son court séjour au pays, en cette fin du mois d’octobre pour s’entretenir avec elle sur ses projets et sa nouvelle vie de chef cuisinier. Tout cela s’est fait dans une ambiance conviviale et autour d’un délicieux plat de tartare de bar. Bonne lecture, bon appétit !

Entretien réalisé par Djamila IDRISSOU SOULER

De l’eau a coulé sous les ponts depuis Masterchef en 2010. Qu’avez-vous fait depuis?

Hé bien beaucoup de belles choses se sont passées depuis et en grande partie grâce à cette belle expérience avec Masterchef. J’ai ouvert un atelier que j’ai tout simplement appelé L’Atelier de Georgiana ». C’est un atelier de cours de cuisine et de pâtisserie qui existait déjà et que j’ai racheté. J’y ai apporté ma touche personnelle en y ajoutant le principe de la dégustation le midi où les gens peuvent venir manger. Il y a un îlot central où se déroulent les cours qui se transforme en table d’hôtes les midis. Tout le monde mange autour de la même table. Moi je me réserve juste un espace pour dresser les assiettes, derrière j’ai les plaques où je cuisine. Et comme ça a commencé à avoir beaucoup de succès, j’ai mis une deuxième table dans le fond de la pièce, une grande table pour garder l’esprit de la table d’hôte. Les gens viennent à deux, trois quatre ou même tout seul. Et tout ça crée une ambiance bien conviviale, d’ailleurs assez unique à Marseille. C’est ouvert tous les midis du lundi au vendredi.


Vous employez combien de personnes pour faire marcher l’affaire ?


C’est une petite entreprise. Nous sommes trois : au début juste moi et mon plongeur. Et depuis la rentrée, j’ai une jeune dame que je forme pour le moment et qui s’occupe de la vente à emporter. Parce que nous avons également une clientèle assez différente de celle qui vient les midis. Il s’agit en fait de ceux qui préfèrent commander et manger hors du restaurant.


Précisons donc que tout cela se passe à Marseille où vous vivez depuis 9 ans et où apparemment vous êtes plus connue qu’au Bénin. Mais dites-nous un peu ce que vous réussissez à apporter d’original pour ne pas dire de « Béninois » à ce décor méditerranéen?


Ce que j’apporte c’est le fait que je cuisine avec mes origines béninoises, dans la mesure où moi je travaille beaucoup sur les marinades comme font nos mamans.  Donc une viande avant de la cuisiner je dois la mariner correctement avec du gingembre, de l’ail,  du poivre, etc. Il m’arrive de préparer des plats typiquement béninois comme  le « Amiwo » poulet par exemple que je mets au menu et qui passe très bien. Et récemment pour un évènement, j’ai même fait du « Kpétè », mais un peu transformé. C’est-à-dire que j’ai utilisé de la viande de cochon et le sang de cochon pour faire le civet mais à la différence d’ici plutôt que de le manger avec une polenta, j’ai fait un œuf mollet (œuf mi cuit) et une émulsion de pommes de terre. Mais le « kpétè » il y en avait vraiment beaucoup et bien assaisonné. L’œuf et la pomme de terre ont adouci légèrement. J’ai appelé ça L’œuf au sang. C’était, il faut le dire dans le cadre d’un évènement autour du monde baroque donc ça a bien passé ;  les gens ont trouvé ça fabuleux. Voilà et de plus en plus maintenant j’ai envie de mettre mes origines dans la cuisine que je fais à Marseille.

 
Comment tout cela s’est enchaîné. Les études de langues, le job dans une agence de communication et puis le changement de trajectoire pour vous retrouver aujourd’hui dans le monde de la cuisine.


En fait la cuisine m’a rattrapée. Dans l’agence de communication, très vite, dès le début j’ai dit à mon patron moi, mon truc c’est la cuisine. J’ai des enfants, j’ai des charges, il fallait bien pouvoir subvenir aux besoins de la famille. Donc c’était un travail, on va dire plutôt « alimentaire ». Je suis tombée sur un bon patron qui a compris. Au bout de trois ans, j’ai vraiment décidé de me lancer en cuisine et je suis partie. J’avais envie de rentrer au pays, parce que je pensais sincèrement m’installer ici. Je suis donc venue faire un peu de prospection et voir comment je pourrais m’établir. Mais c’est que dans la foulée, mes amies en France, qui se sont dit que je n’avais pas de boulot et que j’avais donc du temps libre ont entendu parler de ce concours et c’est comme ça qu’elles m’ont inscrite à Masterchef. Alors quand moi je suis retournée à Marseille après quelques allers-retours, j’avais du courrier qui m’attendait. Mon mari me dit : tu dois te présenter à une émission de cuisine avec un plat ! Voilà l’histoire. C’est comme ça que je me suis retrouvée à ce concours sur TF1. Hé bien j’y suis allée et à ma grande surprise j’ai été prise, j’ai gravi tous les échelons, jusqu’à la 13ème place. Nous étions quelques milliers au tout début pour les grandes sélections et ils en ont retenu 100 pour entrer dans la grande cuisine, après ils en ont gardé 20 finalistes et ensuite ils ont écumé jusqu’à la finale.


Nous au pays, nous avons pu suivre tout ça sur la chaîne TF1 et nous étions fiers parce que vous étiez la seule béninoise du lot.


C’est vrai, les candidats venaient de tous les horizons et c’est vrai aussi qu’il y a beaucoup de Béninois qui cuisinent en France et qui cuisinent très bien d’ailleurs. Mais je suis restée la seule béninoise à avoir participé à cette émission à ce jour.

Dites-nous comment vous avez réussi à vous distinguer?


Disons que j’ai toujours été passionnée de cuisine, parce que j’ai baigné dedans. Comme vous le savez, ma mère avait un restaurant, La Case lumineuse. Et quand je suis allé en France je me suis naturellement intéressée à la cuisine française, par rapport aux enfants, par rapport au mari que j’avais. Mais bon je n’étais pas une grande cuisinière en tant que tel. Et c’est vrai que pour cette émission, je stressais un peu et je me suis demandée dans quoi je m’embarquais. Je me sentais complètement comme un outsider. Les autres candidats parlaient de leurs émotions d’enfance, de la soupe de leur grand-mère. Moi ma grand-mère elle me faisait de la pâte avec du gombo. Quand pendant l’émission, on nous remettait les ingrédients pour faire nos plats, moi je ne retrouvais rien de ce que je connaissais pour  faire des plats qui rappelaient mes émotions d’enfance (éclats de rires). Je crois que j’y suis allée au feeling en fin de compte. Avant d’aller à Masterchef,  j’avais déjà envie en tout cas de faire de la cuisine mon métier. Peut-être pas à un niveau très élevé, étoilé etc. parce qu’étant mère de famille, je ne pouvais plus me permettre de m’absenter pendant un an pour aller suivre une formation à l’école et donc par la force des choses que je me suis « auto-formée ». Je peux dire que je fais, ce que je dis souvent, une cuisine de maman toute simple mais qui a du goût et je m’attèle à ça depuis quatre ans. J’avance tout doucement mais sûrement.


Quel message pourriez-vous adresser à des jeunes ayant la passion de la cuisine comme vous, et qui seraient certainement en train de douter de réussir à en faire un métier ?


La cuisine c’est des horaires très lourds. On commence très tôt et on finit très tard. C’est un métier exigeant, difficile, il faut vraiment aimer ça pour le faire. Contrairement parfois à l’image que l’on peut s’en faire, la cuisine ce n’est pas juste on a des ingrédients, on mélange et à la fin on fait un joli dressage. C’est sympa, c’est ma passion j’adore ça mais derrière il y a de la rigueur à avoir. La vie de tous les jours, professionnellement c’est un peu plus compliquée que ça. Moi, ma journée type par exemple, c’est je vais faire mes courses à 7heures du matin. Il y a les cours qu’il faut taper, les recettes à écrire en amont, tout l’administratif dont il faut s’occuper, le site internet, etc. C’est du management, une affaire qu’il faut réussir à faire tourner et pouvoir en vivre. Donc au début moi j’ai commencé seule. On est dans un pays où les charges sont lourdes et si on s’amuse à prendre n’importe qui pour chaque tâche très vite on se retrouve coincée. Il faut donc accepter dans un premier temps de se sacrifier, se retrousser les manches et être au four et au moulin. Et une fois que ça commence à tourner et qu’on arrive à avoir de la trésorerie on peut commencer alors à élargir l’équipe, rajouter des personnes à des postes clés. Il faut donc que la passion soit plus forte que tout. Moi je vis aujourd’hui de ce métier et je ne regrette rien. Je ne le fais pas par passe-temps. La cuisine est un secteur ou a priori on ne devrait pas chômer tant qu’on fait quelque chose de bon et qu’on ne se moque pas du client.


Comment vous projetez-vous dans les quatre prochaines années ?


Dans quatre ans, j’espère que j’aurais un nouvel établissement, un vrai restaurant différent de l’Atelier, toujours à Marseille. Et une fois que ce projet sera bien établi, j’espère pouvoir rentrer à Cotonou pour ouvrir un restaurant ou en tout cas, m’investir dans la formation (même si cela paraît des grands mots) à travers une école de cuisine, dont je ne m’occuperais pas toute seule. L’idée serait de trouver des investissements qu’ils soient publics ou privés et surtout avec les relations que j’ai en France, amener des gens à parrainer ce projet pour être sûr qu’il soit mis en œuvre comme il se doit et que l’on puisse à Cotonou et au Bénin en général, on ait à la fin des cuisines comme il se doit et justement pourquoi pas susciter des vocations.

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Mini bio


 

Georgiana est née le 10 novembre 1976. Elle a fait ses études primaires et secondaires successivement au Collège Montaigne et au Collège de l’Union. Elle entamera des études d’Anglais à l’Université d’Abomey-Calavi avant de partir étudier à la Sorbonne en France en 1999. Elle a travaillé pendant une courte période dans une agence de communication avant que l’aventure Masterchef, concours de cuisine organisé par la chaine de télévision française depuis 2010, ne lui donne définitivement la possibilité d’exprimer totalement sa passion pour la cuisine. Elle vit dans la ville de Marseille depuis 2006 où elle a ouvert son atelier dans lequel elle donne des cours de cuisine.
Toutes les informations sur son atelier sur le site : www.gorgiana.fr

Ma cuisine de Marseille


 

« Ma Cuisine de Marseille », est le premier livre de recettes de cuisine écrit par Georgiana Viou en 2011. Ce livre est l’histoire de rencontres, d’un coup de foudre. Il contient des recettes typiquement marseillaises. Elle l’a écrit à l’issue de quelques recherches et en s’inspirant de produits du terroir.

Georgiana chez vous


 

Georgiana chez vous c’est un ensemble de documentaires qui a été diffusé sur la chaîne Voyage. Elle a permis à « notre Masterchef » de faire un tour d’Europe de la cuisine. De ville en ville, elle s’invite au sein de familles pour leur apprendre à faire des recettes simples et variées. L’objectif est de réussir à prouver que même dans les conditions du quotidien, où il arrive que l’on manque de temps et de moyens, on peut tout de même réussir à faire une cuisine équilibrée et avec des produits locaux.

Dernière modification lemardi, 06 janvier 2015 09:46
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