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Manager à l’affiche/Sarah Codjo, Directrice de Perlicious : Une tête bien faite pour des mains expertes

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Située à quelques mètres d’un des grands carrefours très fréquentés du populaire quartier Gbèjromédé à Cotonou, la boutique Perlicious ne désemplit pas de visiteurs curieux et d’acheteurs potentiels. Au demeurant, les couleurs qu’elle arbore ne lui autorise pas à passer inaperçue : un alliage harmonieux de d’orange et de rose, des couleurs qui accrochent, des couleurs qui poussent à l’exaltation et à la gaité. La directrice du lieu est une jeune dame pas encore trentenaire, mais déjà une femme d’affaires dynamique et entreprenante. Une femme entrepreneure donc, mais avant tout une créatrice. La création, l’innovation, sont les mots qui vibrent en elles comme échos à une passion dévorante, à un style de vie, à une philosophie. Pourquoi cantonner l’art africain au fer forgé et à la terre, pour ne citer que ces matériaux ? L’Afrique est belle. L’Afrique vit au rythme de musiques endiablées et au diapason de sa nature riche en couleurs ! Sarah Codjo fait partie de la nouvelle vague d’artisans qui font le pari de la modernité, et se promettent de sortir des sentiers battus. Originale dans sa démarche, elle s’est engagée depuis quelques années, à révolutionner l’art du perlage. Sa créativité se décline dans la création de bijoux simples, parfois sophistiqués à partir de perles précieuses et ou semi précieuses et de vêtements dans les matières les plus authentiques d’Afrique. Sarah Codjo, créatrice de bijoux et initiatrice de la marque PERLICIOUS est Béninoise mais se définit comme une citoyenne du monde ayant le devoir de défendre l’Afrique à travers son artisanat. Une Afrique qu’elle essaie de magnifier à travers des créations uniques. Sa passion qui a pris corps dans l’enfance, a bien mûri. L’aventure professionnelle commencée en 2008 au Sénégal, où elle a brillamment achevé ses études de Master Degree en audit et contrôle de gestion, s’est poursuivie en 2009 au Bénin. Un parcours que je vous invite à lire à travers cet entretien, réalisé quelques semaines avant son périple en France dans le cadre de quelques manifestations culturelles, dont notamment le Concours de Miss Bénin France Europe où elle a été sollicitée pour rehausser l’éclat de la beauté des participantes avec ses bijoux d’un autre genre.
 
Par Djamila Idrissou Souler, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Comment tout cela a t’il commencé? Racontez-nous un peu la genèse de cette belle aventure.

Alors tout est parti d’une passion que j’ai toujours eue pour beaucoup de choses, tout ce qui a rapport avec les travaux manuels, le dessin, le collage, la couture et aussi la création de bijou. Mais la passion la plus vive, la plus permanente je vais dire tout au long de ces années ca toujours été la création de bijou. Donc en occurrence je me suis toujours consacrer en dehors des études et a un certain moment j’ai décidé d’en faire le cœur de mon entreprise; c’est à dire de me lancer dans l’entreprenariat avec comme objectif principal, comme pilier central ma créativité, ma capacité de créer de mes propres mains.

Mais cette créativité a évolué au fil des années, vous avez pris des cours de dessins.

Oui tout à fait. Alors il s’avérait que quand j’étais plus jeune, je n’arrivais pas à dessiner des personnages ou des vêtements; je dessinais beaucoup plus des paysages et mes parents m’ont mis à l’école de dessin pour que j’apprenne à dessiner des silhouettes et à partir de ce moment c’est parti très vite. Je dessinais des bijoux pour habiller leur cou et des vêtements pour vêtir ces silhouettes. Voilà un peu. Tout est partir de là.

Rien ne vous destinait à cette carrière de jeune entrepreneur, mais vous l’êtes aujourd’hui et vous gérez depuis trois ans, un atelier de de fabrication de bijou.

Ce qui est assez intéressant c’est de pouvoir mettre les acquis académiques, au service des aptitudes professionnelles lies a la créativité, a l’artisanat; quelque chose qu’on ne vous apprend pas, qui est inné c’est vraiment la beauté de cette aventure.

Lequel de vos parents vous a inculqué ce sens de l’artisanat ?

Je pense que c’est du côté de la famille de ma  mère, parce que nous avons de grands ébénistes.

Vous avez fait de longues études; tout ce dont rêve la plupart des parents. Vous auriez pu travailler dans une grande entreprise de la place et vous satisfaire d’un salaire régulier plus ou moins confortable. Mais vous avez choisi la voie de l’artisanat. Pourquoi ?

Tout simplement parce que j’ai remarqué que sur le plan local, c’est typique au Benin je vais dire. C’est que l’artisanat est considéré comme le domaine ou vont ceux qui n’ont pas réussi à l’école, les tarés. Mais non, pas du tout. L’artisanat c’est d’abord la capacité à créer de ses mains et ce n’est pas à cataloguer une certaine partie de la société comme je ne peux pas réussi dans les études donc je me mets à travailler mes mains. Quand vous prenez sur le plan occidental mondial de façon générale, le milieu de la mode ou les plus grands stylistes ce sont des gens hyper cales. Dans le domaine intellectuel, c’est des gens qui ont de grands diplômes, c’est des gens qui sont très cultivés qui peuvent expliquer leurs parcours, leurs créations. Pour créer il faut d’abord avoir une certaine démarche intellectuelle et ensuite pour confectionner il faut par exemple dans mon cas, pouvoir compter, avoir des notions de symétrie ensuite il y a le cote de la gestion de la société parce que je gère aussi ma société. Et pour cela, il fallait que j’aie des acquis en marketing, en finance, en audit et contrôle de gestion, parce que quand je voyage, il faut bien que je contrôle tout ce qui se passe chez moi.

Vous avez donc travaillé à acquérir des diplômes conséquents vous permettant de mieux mettre à profit cette passion que vous avez.

Absolument. Je suis contre le fait qu’on considère l’artisanat ou la culture de façon générale, comme le creuset de ceux qui n’ont pas réussi à l’école ou les comparer à la roue de secours. Je considère que ce sont des préjugées qui doivent être bannis.

Perlicious vous permet de vous exprimer et de transmettre des messages à travers vos créations. Quels sont ces messages ?

Le premier message c’est que déjà on peut faire de l’artisanat coloré. Parce que, j’avais remarqué en me lançant, que l’artisanat n’était pas très coloré, l’artisanat africain avait plus un aspect terreux, alors que L’Afrique c’est vraiment le continent des couleurs. Vous avez l’Océan Atlantique qui borde notre pays qui est hyper coloré et très bleu, un bleu qui varie même selon les saisons. Nous avons de la végétation, nous avons une faune et une flore hyper colorées. Je ne comprenais pas pourquoi on allait toujours vers le terreux, le poussiéreux.

Quand le projet a vraiment mûri, comment avez-vous procédé afin de concrétiser votre idée?

J’ai eu mon master très jeune avant mes 25ans et j’ai eu le temps de travailler longtemps dans différentes entreprises. J’ai travaillé dans une entreprise de mode a l’étranger, j’ai travaillé dans le milieu du pétrole, j’ai travaillé dans le milieu de l’audiovisuel et au Benin j’ai travaillé dans le domaine ou j’ai vraiment appris, c’est à dire dans le domaine de l’expertise comptable. Tous ces acquis m’ont permis de créer non seulement mon capital, parce que le but à la fin c’était de créer ma propre entreprise, donc de pratiquer ce que j’ai appris, de voir comment ça se gère dans différentes entreprises.

Vous avez donc réalisé des économies pour constituer votre capital?

Absolument. Je trouve que c’est déjà une très bonne idée que je sois à mon propre compte, parce que c’est le meilleur moyen de s’épanouir, c’est faire ce qu’on aime, on n’a pas l’impression de travailler.

Donc vous aviez votre apport personnel, la caution morale et le soutien des parents. Vous n’avez pas pensé à solliciter les institutions comme le FNPEJ par exemple ?

Non, pas du tout.

Pourquoi? Il y a beaucoup de facilités aujourd’hui offertes aux jeunes pour créer leur entreprise.

Oui c’est vrai. Mais pour avoir travaillé personnellement dans la finance, pour avoir été comme on dit, de l’autre cote de la barrière, je me suis toujours dit que je ne vais pas dépendre d’institutions financières, du moins au début, parce que quand on a une petite entreprise tout de suite aller vers les institutions financières ça peut vous faire couler parce qu’on est pas habitué à gérer, en plus c’est l’argent d’autrui. De toute façon si je ne paie pas on va trouver un moyen. Mais quand c’est votre propre capital, il y a une façon de se sacrifier; c’est plus personnel, c’est plus individuel.

Vous encourageriez des jeunes comme vous, des jeunes filles notamment à se lancer dans ce secteur ?

Absolument. Mais il faut savoir que beaucoup ont voulu se lancer en pensant que pour le faire, il est nécessaire d’écraser ce qui existait déjà. Ce qui n’est pas le cas. Il faut se lancer parce qu’on sait qu’on va s’en sortir. Moi j’étais sur de m’en sortir parce que c’est ma créativité, c’est personnel, c’est moi comme on le dit.

Vous dirigez une équipe de combien de personnes?

Je dirige une équipe de onze personnes à travers trois pays.

C’est à dire?

C’est à dire  qu’il y a des gens ici au Bénin, il y a des gens au Sénégal et y a aussi des collaborateurs en France. Au Bénin, il y a cinq personnes. Je travaille avec des couturiers, des matelassiers et puis un ébéniste.

Ou achetez-vous les perles?

Il y a des perles que je trouve sur le marché local, pas que le marché à Cotonou, différents marches au Benin. Donc les matières comme par exemple la rocaille, les petites perles que nous utilisons d’habitude pour nos tours de reins. Il y a le raphia qui vient du Nord du Bénin. Je travaille avec des associations de Femmes.

Vous utilisez le raphia pour faire des chaussures, des sacs?

Exactement. C’est fait avec des couleurs particulières et teintées de manière artisanale avec des plantes. J’ai des bottes de raphia que je travaille, ensuite vous avez des matières qui viennent d’un peu partout de l’Afrique : des pierres semi précieuses comme l’agate qui vient du Brésil mais qu’on trouve aussi au Nigeria. Il y a la patte de verre qu’on trouve au Sénégal et il y a aussi des matières que je travaille et qui viennent de l’Afrique du Sud notamment le Batik.

Donc vous aimez beaucoup ce textile; ce tissu dont vous faites la promotion un peu partout “le batik” qui est typiquement africain et parce que vous avez fait le choix de ne pas exploiter le Wax.

Ce n’est pas vraiment que je sois contre. Mais personnellement, je trouve qu’il y a déjà beaucoup de personnes qui le font. Je préfère offrir au public quelque chose qui n’est pas très commun et qui est très beau et qui est portable

Le Wax aussi est très  beau.

Oui, bien sûr, le Wax est très beau et très répandu. Moi, j’aime quand les clients viennent vers moi et me disent : “j’ai trouvé quelque chose d’exceptionnel chez vous, ça change un peu de ce que tout le monde fait ». Pour moi, c’est le plus important parce que du coup ça booste ma créativité. Je suis obligée de créer autrement, sinon j’utilise le Wax et je fais comme tout le monde

Parlons du sac en batik que vous avez appelé Tribal. C’est une création unique. Déjà pourquoi ce nom : Tribal ?

Le nom a été donné par une cliente. Oui, je travaille beaucoup avec mes clientes. Je lui ai demandé pourquoi tribal? Elle a expliqué que la racine « tri » fait penser au triangle et aussi le fait que ce soit une matière typiquement africaine, tribal pour dire aussi que Perlicious est comme une tribu. C’est comme un signe de reconnaissance.

Où achetez-vous vos matériaux ?

J’ai des fournisseurs qui se déplacent et j’achète également en ligne ou j’achète directement quand je me déplace lors de mes voyages.

Vous habillez des particuliers pour des mariages, mais aussi surtout des artistes musiciens. Vous êtes assez sollicitée à ce niveau-là. Comment cela a-t-il commencé, notamment avec la chanteuse Pépé Oléka ?

Alors, tout part de l’amour que nous avons toutes les deux, chacune pour le travail de l’autre, pour l’art de l’autre. J’aime beaucoup son art que je trouve moderne africain parce que c’est accessible à tout le monde. Ce n’est pas catalogué « africain traditionnel », c’est plutôt l’Afrique qui s’ouvre au monde. En tout cas, c’est ma vision de son art et je pense qu’elle apprécie aussi le mien, c’est pour ça que la collaboration s’est faite très facilement.

Y a t-il eu d’autres artistes en dehors de PEPE OLEKA?

Bien sûr. J’ai eu à accessoiriser le premier concert au CCF de Sessimè et aussi il y avait eu le placement d’accessoires dans les clips de Jay Killah et dans le clip de Nasty Nesta. J’ai accessoirisé aussi notamment le DJ de RFI qui est un Bénino-Togolais (DJ CRYSPY).

Dites-moi un peu comment vous arrivez à écouler vos bijoux, vous ne visez que le marché local ou arrivez-vous à vendre également à l’extérieur ?

Il y a la boutique pour le Bénin et il y a également le site internet qui est une ouverture sur le monde. Donc l’achat en ligne est possible. C’est vrai que pour le moment, nous n’avons pas encore mis en place les moyens de paiement. Tout cela sera fait très prochainement. Parallèlement j’organise aussi souvent des ventes privées qui me permettent d’être plus proche de ma clientèle internationale. J’en ai d’ailleurs faite une récemment à Dakar. Je peux dire que tout se passe bien. Je vis de cela depuis trois ans maintenant, tout va bien.


Sarah Codjo quels sont vos projets à moyen et long termes ?

Moyen, long termes, cela a déjà commencé à travers la création d’une sous marque déposée. Il faut dire que Perlicious est une marque déposée pour plusieurs activités, pour plusieurs classes comme on dit. Et la nouvelle classe à laquelle j’ai touché, c’est les vêtements. Mais des vêtements réservés à une cible particulière. Je crée Perlicious Curves pour les femmes de la taille 38 à la taille 50, pour mettre en valeur les rondeurs. A long terme, j’envisage de créer aussi pour les enfants, parce que j’ai de plus en plus de demandes pour les petites filles et les petits garçons dont les parents sont tendances.

Et si je vous demandais votre dernier mot pour conclure cet entretien

Ce serait un message à tous les jeunes qui veulent se lancer et particulièrement aux femmes, ça ne sert à rien de se faire la guerre. Chacun doit juste se lancer dans ce qu’il sent comme un don, ce qu’il a d’inné, de personnel. Ça peut être savoir vendre un produit à défaut de savoir le créer. L’entreprenariat, oui mais avec au cœur de votre entreprenariat ce que vous savez faire. Parce que si vous devez dépendre des autres, de collaborateurs, d’artisans, d’employés, un jour viendra où ces gens-là partiront et vous allez vous retrouvez seul. Or, le but c’est la pérennité. Ce n’est pas quelque chose qu’on fait comme ça pour gagner de l’argent rapidement et passer à autre chose.

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Mini Bio


 

Sarah Codjo a fait ses études primaires et secondaires à Cotonou. Son BAC G2 (comptabilité-gestion) en poche, elle embarque en 2004,  à 17 ans pour le Sénégal, et y obtient au bout de trois ans un Diplôme Supérieur de Gestion (DSG) option Finance. Deux ans plus tard elle décroche un Master en Audit et Contrôle de Gestion ainsi que plusieurs attestations en Anglais.
Elle choisit la voie de l’entreprenariat seule à pouvoir lui offrir l’opportunité de s’épanouir professionnellement dans un domaine qui est pour elle une passion : la création de bijoux et de vêtements. Depuis 2012, elle a représenté le Bénin, son pays d’origine, lors de défilés de mode, d’expositions et de rencontres culturelles,  dans les pays suivants : Bénin - France – Ethiopie – Kenya – Afrique du Sud – Malawi.

Ses récompenses


•    2012 : Elue Représentante de la jeunesse Béninoise pour le compte de Play For Union, un projet de l’Union Africaine
•    2013 : Prix du Meilleur Produit Culturel du Bénin, décerné par l’Ambassade des U.S.A au Bénin.
•    2014 : Prix de Femme de l’Année 2014 dans le domaine des Arts au Bénin décerné par la Galerie GIROT.

D.I.S

Dernière modification lelundi, 06 juillet 2015 06:13
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