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Interview exclusive avec ‘’Philo’’ le patron du ‘’Bomayé Musik’’ : «Je n'ai pris que des artistes qui sortent de nulle part…»

Philo

Son enfance comme son parcours professionnel n’a pas été de toute aise. Mais, aujourd’hui, Maya Moanda, du haut de sa quarantaine, est plus connu sous le pseudo de ‘’Philo’’, et dans le monde de la production musicale, ce surnom sonne comme un générique. La résistance aux aléas professionnels et l’attachement ferme à son art ont fait du patron de la structure ‘’Bomayé music’’ l’un des meilleurs producteurs de la musique africaine. Plus d’une vingtaine d'années déjà dans la musique. L’homme a commencé jeune, entre 19 et 20 ans en tant qu'artiste avant que la carrière de producteur ne prenne le dessus. À son actif, plusieurs artistes déjà hissés au pinacle du succès. Naza, Keblack, Jay Max, Hiro, Youssoupha. Bref, ils sont nombreux à gagner le titre de star grâce à cette grosse machine de la production.

Matin Libre : En tant qu'artiste, vous aviez quand-même pratiqué un type de musique parlez-nous en ?

Maya Moanda alias ‘’Philo’’ : Je veux citer le rap. On a commencé par le rap. C'était une belle manière de s'exprimer. C’était une belle manière aussi de pouvoir exprimer ses atouts littéraires, de jouer avec les mots. Après, j'ai quand même allié le rap avec un groupe qui s'appelle Bara King avec l'afro très tôt.

Le parcours, comment ça a commencé ?

C'est en découvrant un autre artiste et en séduisant. Moi, mon parcours musical est quand-même un parcours difficile. Je n'avais pas un soutien derrière. J'étais mon propre producteur, j'étais mon propre manager. Et je ne le souhaite à personne puisque c'est plutôt difficile de tout gérer soi-même. En tout cas, àun moment, j'ai fait la rencontre d'un jeune  artiste qui venait de me faire écouter son texte et sur lequel je me dis non mais c'est vraiment bien ce qu'il fait. Cet artiste-là, c'est l'artiste qui va me faire  arrêter ma carrière de rappeur. C'est cet artiste qui me réveille.  Je crois en lui et il faut qu'il m'arrête pour que je puisse lui laisser ma place. Et c'est pour être derrière cette personne-là  et être son producteur et son manager au début. Cet artiste-là, il s'appelle Youssoupha.

C'est pratiquement par lui que vous avez ouvert la porte de producteur. Avec ces artistes, ces stars que vous avez rencontrés sur votre chemin, les relations ont-elles été toujours bonnes ?

Il y a un instant,  je parlais des artistes qui marchent. Mais, il y a des artistes pour qui ça n'a pas marché et sur qui j'ai perdu beaucoup d'argent. Tipan qui est Français, Sam’s qui est sénégalais, et Kozy qui était Congolais. Mais, c'est un moment de miser et de perdre son argent parce que ça ne marche pas, ça ne fonctionne pas. En plus, on se sépare avec l'artiste. C'est à dire qu'on perd son argent. Je n'ai jamais été pour la séparation avec les artistes. Moi je veux aller jusqu'au bout. Mais l’artiste avec qui on ne s’entend plus peut recommencer ailleurs. Mais, nous, entre temps, on perd de l'argent, on perd de l'énergie. Ce sont des contentieux qu’on gère avec sagesse. Avec Keeblack, Naza, Hiro, Youssoupha, ça fonctionne. Les vraies difficultés, c'est de tomber sur des artistes qui ne fonctionnent pas et sur lesquels on perd de l'argent.

Dans ces cas-là, est-ce qu'il vous est arrivé par exemple de vous retrouver à la justice avec des artistes ? 

Ah! Hum! Presque.  Pas vraiment. Juste avec des contentieux qu'on arrive à régler à l'amiable. C'est possible, car, il y a des avocats entre nous.Ça m'est déjà arrivé, mais on règle ça à l'amiable. Mais, il n'y a pas d'animosité. L'essentiel pour moi, c'est la musique. Tous les artistes qui partent de chez moi, je ne leur souhaite que du bonheur. Pourquoi, parce qu'on a un catalogue avec eux et si demain ces artistes qui n'ont pas fonctionné chez nous fonctionnent ailleurs, le catalogue vit toujours. Moi, je connais des gens qui ont des catalogues composés des albums d'Alpha Blondy. Pourtant, Alpha Blondy n’a pas cartonné avec eux à l’époque. Mais, quand il a commencé par cartonner après, ça leur fait revivre leur catalogue.  Donc, on est dans la construction. Quoiqu'il arrive pour moi, il y a juste des contentieux mais il faut savoir se parler, s'exprimer, se pardonner, et surtout vouloir le bien des artistes.

Malgré tous ces contentieux et difficultés que vous avez essuyés, vous n'avez pas baissé les bras. Qu'est-ce qui vous donne le courage de continuer ?

C’est déjà beaucoup d'endurances. On fait face à toutes les difficultés mais on ne s'arrête pas. C’est  la foi en Dieu et la foi en soi. J'associe toujours les deux, c’est très important pour moi parce je remarque parfois qu'il y a des gens qui parlent de la foi en Dieu sans la foi en soi derrière. Parce que Dieu aussi veut qu'on ait foi en lui. Ce qui est important, c'est l'honnêteté, l'humilité aussi. L'humilité, ça veut dire que chaque  chose qu'on gagne, il faut remercier, il faut remercier autour de soi, c'est très important. Ne pas déconsidérer, ne serait-ce que pour l'argent. Ce qu’on gagne, c'est qu'on part de zéro à 30.000 euros. 30.000 euros c'est beaucoup.

Votre relation avec les autres producteurs de la sous-région comment ça se passe ?

Déjà avec Blue Diamond, le contact est super bien passé. Avec Sidikou, Alviral, de bonnes personnes. Sidikou, c'est quelqu'un qui nous a accueillis et  je le remercie. C'est déjà quelqu'un de sincère, d'honnête,  et d'humble parce que c'est un grand Monsieur qui se plie en quatre pour me mettre à l'aise ; c'est vraiment énorme. Je pense que c'est avec ces genres de personnes avec lesquelles on a envie de  travailler, on a envie de développer, envie de faire des échanges comme nous, on l'a fait. Je pense que tout va se faire en échanges...Avec Sidikou, je parlerai de la création d'une sorte d'association de producteurs Africains et on se mettrait sûrement ensemble en vue de créer une synergie, de se voir une fois par an et de voir les problématiques sur les artistes qu'on a à développer. Je les développe en occident, mais je pense qu'il y a une association énorme à faire. Il ne faut pas qu'elle soit Béninoise, il ne faut pas que ça soit Française ni Congolaise mais que ça soit Africaine. Je pense qu'à un moment, il faut qu'on puisse créer cette association avec le maximum de producteurs et pourquoi pas, peut être un rassemblement où tous, on pourrait se voir et s'échanger les idées.

Est-ce qu'il vous est arrivé en tant que producteur de prendre un artiste de son terreau, c'est à dire du plus bas niveau et de le pousser jusqu'en haut ? Ou bien vous attendez que l'artiste commence d'abord ?

Si tu connais l’histoire du ‘’Bomayé’’, ce n’est que ça. Je prends l'artiste d'en bas et je l'élève. Pour l'instant, je n'ai pris que des artistes qui sortent de nulle part. C'est le concept. Avant, on l’appelait "le révélateur de talents". Moi, c'est ce que je fais. Je trouve plus excitant  de prendre un artiste qu'on ne connaît pas et de l'élever. Aujourd'hui, je peux prendre un artiste qu'on connaît. Je crois que j'ai les moyens. Je le vois, je lui donne des sous, je le développe. Mais, la problématique est que je ne peux peut-être pas lui donner l'ADN ‘’Bomayé’’, parce qu'il sera déjà formaté, ce sera compliqué. Un artiste qui est déjà une star quelque part, toi tu vas lui dire d'aller à droite, d'aller à gauche, il va te dire : pourquoi tu me parles ? Moi, j'ai envie d'avoir une  certaine lignée sur mon label. Pour moi, c'est important de prendre dès les débuts. Naza on l'a pris de zéro, Keblack on l'a pris de zéro, Youssoupha je l'ai pris de zéro, Hiro je l'ai pris de zéro, Bana c4... Tous mes artistes, je les prends toujours de zéro pour en faire un vrai développement. Parlant de développement, je mettais sept ans à développer un artiste. Aujourd'hui, je mets deux  ans voire  un an et demi à développer un artiste. Le développement est beaucoup plus rapide parce qu’on a l’internet, les réseaux sociaux. Avant,on n'avait pas ça, avec Youssoupha, j'ai mis sept ans pour le développer.

Il y a aussi que l'artiste a de la matière ?

Oui l'artiste a de la matière. L'artiste, il faut qu'il soit motivé, il faut qu'il soit productif. C'est très important.

Et sur cette durée de sept ans, vous avez énormément dépensé ?

Énormément. Alors, je ne peux pas comptabiliser vraiment, parce que je n’avais pas assez de sous mais j'ai dépensé énormément. Même le temps, ça m'a  pris. J'ai passé tout mon temps à développer des artistes. Chaque année, on gagnait un peu plus, mais un peu plus. Et après, il y a eu un accélérateur et boom !!!, on fait le bingo avec "Noir désir". C'est beaucoup de temps et le temps, c'est de l'argent. Ce n'est pas quantifiable. On peut dire oui, une certaine somme. Je ne voudrais pas trop en parler-là mais... Voilà, c'est le temps.

A peu près, à combien on peut estimer la somme que vous dépensez sur un artiste, pour qu'il se révèle ?

Déjà, pour penser à un album vite fait au complet, pas moins de 30 à 40.000 euros. En Franc CFA, je pense à 25, voire 30 millions.

À partir du moment où l’artiste commence par devenir gonflé comment vous le gérez ?

(Rire) On doit être des fois psychologues. Les artistes, c’est comme les enfants. Quand ils grandissent, ils ont leurs caprices. Malheureusement, il faut qu’on compose avec parce qu’on a misé de l’argent et tout. Après, oui, il y a des artistes ingrats. Il y en a d’autres, il faut juste savoir leur parler. C’est des êtres humains. On ne gère pas des machines, ils ont besoin de discussions.Je dois aussi le respecter.Personnellement, les artistes que je gère ont chacun leur caractère. Mais, c’est des gens qui reconnaissent et savent d’où ils viennent.

 ‘’Philo’’, pourquoi ce pseudo ?

Au début, quand je chantais, je m’appelais ‘’Philo’’. Le philosophe en fait. ‘’Philo’’ ça veut dire amour, parce que je veux donner beaucoup d’amour aux gens.

Vous êtes producteur et ce métier se confond à beaucoup d’autres métiers de la musique, qu’en dites-vous ?

Au Congo chez moi par exemple, quand les gens me voient, ils m’appellent manager. Et je m’applique toujours à rectifier, je ne suis pas manager, je suis producteur. Les gens ne connaissent vraiment pas les métiers de la musique. Le manager est au service de l’artiste. Il ne doit pas prendre des décisions sans que l’artiste ne soit au courant.Un manager, c’est un développeur de carrière. Alors qu’un producteur, c’est le développeur du disque en vérité. C’est lui qui investit sur le contenu. Encore qu’il y a plusieurs catégories de producteurs.

 Il y a le producteur musical,le producteur délégué qui est quelqu’un à qui on donne le budget pour développer.

Et le retour sur investissement comment vous arrivez à recouvrer ?

Quand vous travaillez et que vous avez de la bonne stratégie c’est logique que vous ayez votre retour sur investissement.

Entre l’artiste et son producteur comment la part du pourcentage  se fait ?

Le producteur prend beaucoup de risque donc, il prend beaucoup de pourcentage. Environ 90% revient au producteur et entre 10 et 20 % revient à l’artiste. Mais l’artiste ne mise rien. Il mise peut être de son temps mais c’est le producteur qui met le paquet. Il a des salariés à payer, il paye les clips, les disques, et autres.

Philo, cet entretien c’est aussi la vie privée de l’invité. Alors un producteur de votre trempe avec plein de sous c’est quand même beaucoup de femmeset la vie en poupe ?

(Rire à gorge déployée) Non, mais on essaye d’être modéré. Je pense que les femmes c’est super gentille, c’est bien mais c’est beaucoup d’énergie aussi. Je crois qu’il faut faire très attention. Je me rappelle moi, j’ai eu des artistes qui m’ont dit : «j’ai un empire à construire, je ne veux pas de femme dans mon couloir. Je ne touche aucune femme tant que je ne vais pas terminer mon album». Quand on a des objectifs auxquels on tient, c’est ce qu’on doit dire.L’association avec quelqu’un c’est toujours quelque chose de très délicat.

Alors du haut de sa  quarantaine Philo nous dira qu’il n’est pas marié avec cinq, dix, quinze enfants ?

(Sourire profond, visage rayonnant) Je ne suis pas encore marié.

Et si on l’invite à table ?

Je ne bois d’alcool du tout. Ma boisson préférée en France, c’est l’Oasis tropical. Ici, je prends du Youki. Comme met, je prends africain. J’aime le Sakamadésso, c’est du haricot avec des légumes mélangés. Je le prends avec du riz. C’est un met de chez nous au Congo Rdc.

Réalisé par Teddy GANDIGBE

Dernière modification lelundi, 07 mai 2018 08:13
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