TPL_GK_LANG_MOBILE_MENU

MTN NEW GO 970x250 Px-01-1

A+ A A-

Fondateur de l’Agence Images Diffusion - Erick Ahounou, : Le photo « artiste »

erick-ahounou

Un photographe est quelqu’un qui prend des photos avec un appareil photo qu’il soit numérique ou non. Basique comme définition. Et si l’on s’en tient à cela, on peut conclure aisément que nous sommes donc tous des photographes. C’est vrai que la mise sur le marché d’appareils légers, faciles d’utilisation rend la pratique de la photographie accessible au grand monde. Désormais, pour capter des moments de vie, des scènes de la vie quotidienne, que ce soit dans la sphère privée ou publique, il n’est pas nécessaire d’avoir absolument un appareil sophistiqué. Un clic sur le téléphone ou la tablette et le tour est joué. Le numérique a totalement modifié l’univers de l’image pour le bonheur des narcissiques que nous sommes tous. Ha ! Mais c’est qu’il ne faut pas rêver non plus. Tout le monde peut-il se targuer d’être un Henri Cartier Bresson (photographe français décédé il y a 10 ans et considéré comme le pionnier du photojournalisme et de la photographie d’art) ou un Malick Sidibé (photographe malien surnommé l’œil de Bamako) ?

Et puis, savez-vous qu’un  appareil photo peut coûter dans les sept mille euros ? Non, ne rêvons pas trop. Amateurs de « selfies » et autres, rangez-vous. Ici, on parle de professionnalisme, on parle de métier, d’investissement personnel dans un savoir-faire, dans une compétence. Et, cette compétence, notre manager à l’affiche de ce vendredi la possède à coup sûr. Il la possède tellement qu’elle en devient un prolongement de sa personnalité. Erick-Christian Ahounou fait de la photo sa passion et sa vie depuis plus de 20 ans. Il s‘est pris d’amour pour la photographie dès l’âge de 12 ans et c’est à Cotonou en autodidacte qu’il se familiarise progressivement avec ce métier, par la réalisation d’albums photos relatifs à des baptêmes, mariages et autres cérémonies qui ne manquent jamais de se tenir régulièrement les week-end. Mais Erick Ahounou ne compte pas s’arrêter là. Avec sa soif de perfection et cette envie tenace de pousser cette ferveur à un plus haut niveau, il s’engage dans le photojournalisme, et devient en 1999 le président de l’Association Nationale des Reporters d’Image du Bénin. Il se forme par divers stages en Afrique comme en Europe et se fait un nom. Son avantage, la polyvalence. C’est un touche à tout : « Ma formation d’autodidacte et mes stages de recyclage m’ont amené à faire autant l’actualité pratique, le sport et les spectacles. J’adore le mouvement, les manifestations ». On le sent presque jubiler en nous disant cela. Il s’est fait remarquer avec « Erotisme du regard », une exposition qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive en 1998 à Cotonou. Oui, il avoue volontiers son côté provocateur et s’affirme en homme de défi. Ainsi, il expose en noir et blanc, une trentaine de clichés de nu féminin. Exposition unique en son genre à l’époque et encore aujourd’hui d’ailleurs. Hommage à la beauté de la femme, à ses formes splendides mises en scène avec de simples accessoires (foulards, perles, colliers, etc). L’exposition aura du succès aussi bien au Bénin qu’à l’étranger, notamment en France, aux Pays Bas et en Finlande. De nombreuses autres expositions suivront avec autant de succès.

Erick-Christian Ahounou ainé d’une fratrie de six enfants, est marié et père de deux enfants. Très proche de sa famille, sa seule tristesse qu’il partage avec nous, au moment de l’entretien, est de ne pas pouvoir être au Bénin, aux côtés de sa chère maman, qui souffle justement aujourd’hui ses 80 ans. Non, malheureusement, si l’ami Erick a le don de capter et d’immortaliser de fort belle manière, des instants de vie, il n’a pas encore reçu le don d’ubiquité. Nous acceptons donc avec plaisir, d’être son porte-voix et de présenter nos meilleurs vœux à la mère de celui qui, avec la curiosité d’un enfant toujours en quête de terrains inconnus à explorer, avec volonté et rigueur, a réussi à se tailler une place de choix et un nom qui vaut son pesant de crédibilité et de respect, dans cet univers des envouteurs que sont les photographes, selon le mot de Michel Tournier.

Par Djamila Idrissou Souler - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Pensez-vous que la photographie est un art ?

Je paraphraserai un des grands photographes contemporain pour répondre à cette question. Je ne suis pas si brillant en anglais mais cette phrase de Ansel Adams m’a marquée ‘’ You don’t take a photograph, you make it ‘’ Je sais que la photographie est une œuvre de l’esprit, le combat continue pour sa classification. Pour moi sans généraliser, certaines photos peuvent être considérées pour de l’art.

Mais aujourd’hui tout le monde peut faire de la photo : il suffit d’un appareil numérique, de Photoshop par exemple et le tour est joué ?

C’est vrai qu’aujourd’hui tout le monde, ou presque, fait des photos. Chacun peut facilement appuyer sur la touche du déclencheur d’un appareil photo, d’un smartphone ou d’une tablette. Le monde évolue et la technologie est passée par là. Observez lors d’une manifestation officielle, ou d’un mariage, tous veulent immortaliser ces moments. Le numérique a tué la photographie, surtout en Afrique. Mais c’est de bonne guerre. Nous ne pouvons rien contre l’évolution. Je dirai simplement que quand les gens ont vraiment besoin d’une photo pour une utilisation professionnelle, ils savent à quelle porte taper.

Il y-a-t-il une école pour apprendre à devenir photographe ?

Bien sûr qu’il y a des écoles et des centres spécialisés pour se former. Moi j’ai certes eu un parcours atypique, autodidacte à la base, j’ai pu bénéficier grâce à la coopération française de plusieurs stages de perfectionnements en Afrique et en France entre 1992 et 2000. Malgré plus d’une trentaine d’années de pratique, je viens à nouveau de boucler deux mois  (Octobre-Novembre) de recyclage au CESTI à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, financé par l’UEMOA avec la participation des 8 pays de l’Union. Comme un logiciel il faut faire des mises à jour pour rester compétitif.

Comment pensez-vous que votre profession ait évolué par rapport à vos débuts ?

Disons, que de l’eau a coulé sous les ponts, depuis mon fameux  Kodak Instamatic offert par mes frères ainés en 1974  au numérique que j’utilise aujourd’hui, en passant par mes autres argentiques. Je pense avoir gravi beaucoup d’échelons et très positivement fait mon petit bonhomme de chemin. Je le referai volontiers si c’était à refaire.

Qu’est-ce qui vous passionne tellement dans l’exercice de ce métier ?

J’aime souvent dire que j’ai réussi à faire de ma passion mon métier. Trouverai-je les mots exacts pour mieux expliquer parfois cette montée d’adrénaline ? Disons simplement que c’est un métier de contact, le photographe reste aussi un témoin du temps. Quand le photojournaliste se retrouve au bon endroit au bon moment et sort des clichés exclusifs …. Hummmm c’est tout un bonheur. C’est simplement la passion. Rire …

Vous avez commencé à Cotonou comme photographe personnel de personnalités politiques, après vous avez fait des expositions de nu. Le grand écart, est vraiment grand (sourire). Comment passer de l’un à l’autre ?

Rires … L’un n’exclut pas l’autre. Le nu est aussi un genre photographique comme faire des photos sur un paysage, se spécialiser en Sport ou en Théâtre. Moi, je me disais que j’avais déjà une petite renommée dans la presse et j’ai voulu marquer les esprits en faisant un sujet perso, j’ai d’abord pensé à un sujet ethnographique, chemin faisant je ne l’ai pas trouvé assez accrocheur, puis une idée lumineuse jaillit un jour, et je me suis dit : pourquoi pas le nu ? En effet les nus (corps sans tête) de Pierre-Jean AMAR, un maitre de stage avec qui j’ai fait le Portrait et le Laboratoire N/B m’ont marqués en son temps. L’aventure du nu continue donc, moi qui pensais qu’elle ne durerait pas. J’ai même réussi à exposer le nu au Sénégal (rire). Bref, je reste photojournaliste, pas artiste.  J’ai certains sujets personnels que je me donne le temps de traiter, dont le nu.

De Cotonou à Dakar, comment s’est faite la transition ? Pourquoi avoir quitté le pays et qu’est-ce qui motive le choix de Dakar ?

Je connaissais Dakar pour y avoir séjourné chaque année entre 1996 et 2000, pas vraiment eu besoin de m’adapter. J’étais photographe, et je  continuais dans le même domaine. Dégoûté surtout par la politique de mon pays, j’avais besoin de changer d’air, de tenter autre chose, ailleurs. Une nouvelle agence de presse privée venait d’y être créée depuis Février, mon profil a plu et le 20 Mai 2006 j’ai plié bagages pour m’installer à Dakar. En réalité, j’avais le choix, pour 2 structures différentes, entre le Nigéria et le Sénégal. Dakar l’a emporté parce que j’aimais cette ville, j’y avais beaucoup d’amis, l’environnement professionnel présentait plus de défis, offrait plus de concurrence. J’aime les challenges et tout cela devenait des avantages pour moi. J’y rentrais comme Chef Département Photo, ce qui est une motivation supplémentaire.

Parlons de Aid, votre société de photographie basée à Cotonou : comment vous organisez-vous ?

Pendant 6 ans, jusqu’en 2012, j’ai acquis en tant que Chef Département Photo, beaucoup d’expériences, j’ai un réseau qui ne demande que d’être  fructifié. L’Agence Images Diffusion qui pour le moment demeure une agence virtuelle de ventes de photos finira bien par devenir vraiment physique, en 2015 « inchallah » ! Pour le moment elle gère des contacts, beaucoup plus dans la presse internationale et sert de relais photographes-clients.

Et puis vous voyagez aussi beaucoup grâce à la photo… parlez-nous de vos voyages

Voyagez beaucoup … c’est relatif. Oui il m’arrive de voyager, j’ai eu la chance de connaitre, grâce à la photographie une petite vingtaine de pays en Afrique et quelques pays en Europe. J’ai eu la chance d’intervenir lors d’un débat au Festival de Photojournalisme de Perpignan sur «  le regard que peut porter un photographe africain sur la production des photographes du Nord en Afrique », à Berlin de parler en tant que photographe ayant couvert les évènements essentiels sur la période chaude autour du 3e mandat du Président Wade, nous ici au Sénégal on l’a appelé Chronique d’une Révolte : une exposition photographique qui retrace une saison de protestation liée aux évènements sociopolitiques qui ont eu lieu au Sénégal depuis la date inoubliable du 23 Juin 2012. C’est dire que parfois je ne suis pas derrière mon appareil. Cependant, les parties les plus attrayantes de mes voyages sont celles où le but est de photographier, les évènements de 2005 au Togo, à la poursuite de Etireno (le fameux bateaux avec un commandant suédois et qui transportait des mineurs ouest africains) dans les eaux internationales du Nigéria, les camps de refugies en Mauritanie et en Somalie, et couvrir les obsèques de Mandela, ont été des faits marquants personnellement dans mon parcours.

Vous êtes marié et vous avez deux enfants. Je suppose que la famille n’a plus recours à un photographe pour immortaliser les grands moments marquants. J’imagine que vous êtes toujours de service.

Oui, le Sénégal m’a aussi donné mon épouse, une guinéenne, et mes enfants sont nés ici, des moments inoubliables. C’est vrai qu’ici le « le cordonnier n’est pas le plus mal chaussé », j’adore photographier les miens. J’utilise très peu des compétences extérieures pour immortaliser nos bons moments, deux fois, seulement, si ma mémoire est bonne … durant les baptêmes. Je m’occupe avec plaisir de tout le reste.

Quels sont vos projets immédiats ?

Je rentrerai dans quelques jours me ressourcer, voir les miens, embrasser ma mère qui fête son anniversaire aujourd’hui, justement. Pour le moment, je suis retenu ici pour des raisons professionnelles. Je prendrai le temps de donner un coup de pouce sensible à un sujet que j’ai commencé à traiter depuis 2000 et qui porte sur « Les scarifications et tatouages au Bénin ». Le projet a accusé beaucoup de retard pour diverses raisons, mais je compte bien le faire avancer. Si tout va bien, je devrais également exposer durant le 1er semestre 2015 sur La Lutte Sénégalaise. Je vous ai parlé plus haut de mieux formaliser AID, et puis j’ai d’autres sujets documentaires de retour à Dakar et un sujet sur l’intégration économique d’un (e) béninois (e) au Sénégal. 2015 devant être une année de beaucoup de travail et de déplacements.
 

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui souhaiteraient devenir comme vous : un grand photographe, reconnu pour son savoir-faire et son dynamisme ?


Grand Photographe ? Vous me jetez beaucoup de fleurs, que Dieu entende vos prières et nous prête longue vie. Mais pour le moment je ne suis pas encore grand, expérimenté d’accord. La motivation première doit être le désir. Ne pas penser tout de suite que l’on peut se faire beaucoup d’argent dans ce métier. Il faut, même en autodidacte, apprendre et maitriser le b a ba de la photographie. Il est à noter qu’un appareil photo n’a jamais fait une grande image, pas plus qu’une machine à écrire n’a jamais fait un grand roman. Il faut la patience de se donner les moyens de ses ambitions et inévitablement le succès suivra.

erick-ahounou1
Profil de notre manager


 

Erick-Christian Ahonou est photojournaliste freelance. Avant de fonder son agence, Aid (Agence Images Diffusion) en 2000, il a collaboré de nombreuses années (entre 1990 et 2006), avec des agences de presse réputées telles que Gamma, Galbe.Com, l’Afp, Reuters et la Pana. Aujourd’hui, il gère son agence depuis Dakar, et continue de promener son objectif sur les sujets personnels qui l’interpellent, mais également sur l’actualité brÜlante et grave de l’Afrique (bouleversements socio-politiques, violences faites aux femmes et aux enfants) ou comme celle plus légère constituée par exemple, de défilés de mode, de compétitions de lutte africaine, etc. Car, c’est bien cela qui caractérise notre manager : la soif de liberté. Un luxe qu’il peut bien se permettre à cette étape de son art. Son travail a été reconnu et distingué par de prestigieux prix tels que ceux du Fujifilm African Press Photo Awards éditions 2004 et 2005.

Dernière modification lemardi, 06 janvier 2015 09:40
Connectez-vous pour commenter
Retour en haut

Application Mobile

app-mobile-android

Abonnement Numérique

abonnement-numerique

Abonnement Papier

abonnement-papier

Inscrivez-vous à notre Newsletter et revevez l'information en continu ! Les dernières nouvelles, les dernières déclarations, l'information où que vous soyez !